« Chante, chante, danse et mets tes baskets/ Chouette c’est sympa tu verras/ Viens surtout n’oublie pas/ Vas-y ramène-toi et tout le monde chez moi » a peut-être fredonné Marine Le Pen en conviant Les Forbans à se produire en spectacle lors du conseil national du Front National qui se déroule à huis clos à Paris ce week-end. Il n’en fallait pas plus pour que « Bébert » Kassabi passe pour le leader d’une bande de skinheads, une profession pourtant peu compatible avec le port de la banane.

Les esprits antifascistes ont beau s’être échauffés, on a appris depuis que Bébert n’avait jamais voté de sa vie et postulait même à la fête de l’Huma tous les ans avec ses petits camarades, en vain… le grand barnum aux punkachiens préférant New Order aux Forbans (si ça, c’est pas une sacrée concession à la loi du marché…).

Le hic, c’est que Bébert ne se contente pas de minimiser sa participation à la fiesta frontiste. Il dit carrément ne jamais avoir voté de sa vie, et ne pas avoir décidé de chanter pour le FN. Le groupe de copains désormais quinquas aurait simplement envoyé ses dépliants publicitaires, bien décidés à se vendre au plus offrant. Jackpot : ce fut le FN, 8000 euros bruts empochés pour une heure de concert, et les unités de bruit médiatique qui vont avec.

Sans adhérer obligatoirement aux thèses du FN – ni discuter de la faisabilité d’une sortie de l’euro et des controverses macroéconomiques entre Jacques Sapir et Daniel Cohen – les vieux compères auraient pu simplement assumer leur présence au milieu des congressistes. Ou, comme Daniel Guichard, arguer qu’ils chantent indifféremment devant des assemblées communistes ou lepénistes, mais qu’ils en ont et conchient les sermons de leurs détracteurs.

Parce qu’en déployant ad nauseam l’argument économique, Bébert et ses copains passent pour ce qu’ils ne sont pas : des marchandises de chair et d’os qu’on convoque où l’on veut quand on veut pour qu’elles accomplissent leurs prestations moyennant quelques liasses de billets froissés. À ceux qui l’ignorent encore, j’apprendrai que cette profession a un nom : le plus vieux métier du monde.

Partager
Manuel Moreau
est journaliste et syndicaliste.