Audrey Pulvar, suspendue d'antenne à iTélé.

Chère Audrey,

J’écris « chère », nous ne nous connaissons pas. Ou si peu. Nous ne nous sommes vus qu’une fois ou deux. La dernière, c’était à la petite fête qu’avait organisée David Abiker quand il a sorti son zizi. Comme c’est pas tous les jours que David fait ça (du moins en public), il y avait du beau monde. Beaucoup. Tu nous avais dit, à Elisabeth Lévy et à moi, qu’à la rentrée tu allais débarquer sur une radio. C’était pas signé. Juste en négociations. Tu ne voulais pas en dire plus. J’avais glissé, innocent que je suis, que c’était évident et que tu allais rejoindre la matinale de France Inter. Tu avais rougi. Ou plutôt rosi. Enfin, je ne sais plus, avec ces histoires d’Arnaud Montebourg, si c’est le rouge ou le rose qui t’était monté aux joues.

Donc, si je t’écris, chère Audrey, c’est que j’ai appris, ces dernières semaines, que tu affectionnais le genre épistolaire. Quand ça te chante ou plutôt quand ça ne te chante pas, tu sors ta plus belle plume comme David Abiker sort son plus beau zizi, tu couches sur le papier ce que tu penses, tu plies la lettre, l’enfouit dans une enveloppe et écris l’adresse de son destinataire à la main. Je suppose que, comme tu es très féminine, tu pratiques comme les adolescentes de ma jeunesse et les femmes de Flaubert – aucun effluve dans les sms –, en parfumant ta lettre. Pas au Guerlain, ah ! ça non, pas au Guerlain ! Tu timbres, tu postes.

Voilà pourquoi je t’écris aujourd’hui : il faudrait que tu te remettes au boulot et que tu épistoles au directeur d’iTélé. Il vient de te suspendre de l’antenne au motif que tu sors avec Arnaud Montebourg et qu’Arnaud Montebourg est candidat aux primaires que le Parti socialiste organisera peut-être pour désigner son candidat à la présidentielle de 2012.

Evacuons le cœur du sujet, parce que nous ne sommes pas des poulets de Bresse nés de la veille : Arnaud Montebourg n’a aucune chance. Titine, Ségo et DSK sont en train de faire l’essayage du manteau de la peau de l’ours qui n’a pas encore été tué, mais ton Nono est hors-champ dans leur scénar.

Donc, au motif que ton Jules a tout pour être le plus malchanceux des candidats putatifs à des primaires que le Parti socialiste n’organisera peut-être pas – et s’il les organise, il recomptera les votes –, la direction d’iTélé te suspend de l’antenne. Et toi, tu ne récrimines pas. Tu acceptes et confesses que c’est normal, qu’il ne doit pas y avoir de confusion des genres, etc.

Sauf que, nom d’une pancarte du MLF, ton corps t’appartient ! Et dans ton corps, derrière tes beaux yeux, il y a une cervelle dont tu peux te servir puisque tu as montré que tu savais souvent le faire.

En acceptant d’être virée, même pas manu militari de l’antenne d’iTélé, tu dessers la cause des femmes. Certes, je suis mal placé pour parler de féminisme, moi qui pense avec Guitry que « les femmes seront les égales de l’homme lorsque, chauves, elles trouveront ça distingué ». Mais une idée, dans tout cela, m’est insupportable : celle de supposer que tu serais incapable de départir tes coucheries de tes pensées.

Soit la direction d’iTélé considère que tu es une soumise, incapable de penser par toi-même. Soit elle considère que tu es une pute qui aurait prostitué à son mac jusqu’à son entendement.

Eh, Audrey, réveille-toi. Ni pute ni soumise, tu n’es. Ne rejoins pas si rapidement la cohorte des Anne Sinclair et des Béatrice Schönberg. Joue-nous la Antoinette Fouque. Aie des couilles, ma chérie, et colle-moi ces jean-foutre aux prud’hommes ! Parce qu’ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin : quand ils auront prouvé qu’à iTélé t’es la gonzesse totalement soumise de Montebourg, ils te suspendront aussi de France Inter. Ce n’est pas parce que tu es une nana attachante que tu dois te faire suspendre.

Au nom de quoi aurais-tu abdiqué ton métier, ta déontologie, ta faculté de penser ? Parce que tu sors avec un mec et que ce mec veut se placer au sein du Parti socialiste ? C’est aberrant.

Révolte-toi, ma vieille ! Défends, à travers toi, la cause de toutes ces femmes qui ne votent pas comme leur mari, de ces femmes qui savent faire la part des choses et garder leur quant-à-soi (c’est précisément ce qu’on appelle la déontologie). Nous n’en sommes plus au temps de la minorité perpétuelle du sexe faible, où l’homme entraînait jusqu’à l’isoloir femme et enfants. Révolte-toi, et n’oublie pas une chose : je ne suis, moi, et ne serai jamais candidat aux primaires du Parti socialiste.

Je t’embrasse.

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