Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

ÉL. Arrêtons-nous sur la « question antisémite ». Si on vous lit bien, Le Pen exprime le vieil antisémitisme français qui n’a rien à voir avec l’antisémitisme exterminationniste hitlérien. Mais pour nous être plus familier, est-il plus acceptable ?

J’ai toujours été très frappé par la phrase formidable de Bernanos, qu’aime à citer Finkielkraut : « Hitler a déshonoré l’antisémitisme ». Cet antisémitisme déshonoré par Hitler – qui n’a pas empêché certains de ses adeptes de sauver des juifs – correspond à peu près à celui de Le Pen, rescapé de l’entre-deux-guerres, qui se poursuit et qui, jusqu’à aujourd’hui, reste partagé par une partie de la bourgeoisie et de la grande bourgeoisie françaises. Est-il plus acceptable ? Encore une fois, ce n’est pas notre propos, c’est un antisémitisme d’une autre nature, voilà tout.

ÉL. Reste qu’on vous sent hésitants. Tout en citant des témoignages de l’antisémitisme obsessionnel de Le Pen, vous avancez  qu’il renvoie à la formule de Clermont-Tonnerre : il serait hostile à la nation juive, mais pas aux individus. Ce passage a violemment choqué le directeur de Marianne

La formulation est peut-être maladroite ou incomplète. En tout cas, elle ne dit pas : Le Pen est un homme aussi respectable que Clermont-Tonnerre, ni même son héritier. Ce qui est certain, c’est que Le Pen ne cesse de clamer qu’il n’a absolument rien contre les individus, mais tout contre le « lobby » juif. Alors, on sait bien que l’antisémitisme contemporain se camoufle volontiers derrière le « lobby juif ». Mais rapporter sa rhétorique n’est pas l’approuver ou la justifier.

Jean-Marie Le Pen, une histoire française, Philippe Cohen et Pierre Péan (Robert Laffont).

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