Réputé plus fin que son cousin parisien et frère ennemi NTM, IAM c’est le rap conscient et engagé, à l’inverse du rap enragé et brutal du groupe de Joey Starr. Réellement qu’en est-il ? Comme NTM, IAM, acronyme à prendre au second degré de Indépendantistes Autonomes Marseillais, est l’exemple typique de cette contre-culture érigée en culture de masse, encensé partout et qui n’a pour gage de rébellion que celle qui lui permet de vendre plus de disques encore. Artistiquement, IAM c’est surtout un album culte : « L’école du micro d’argent », des textes dans leurs formes plutôt moins pires que ce qui se fait d’habitude dans le rap et une ambition musicale indéniable, dans la mesure de ce que permet un des genres les plus pauvres de la musique populaire.
Au niveau de l’intelligence, c’est autre chose. IAM est contre le racisme, n’aime ni les gens de droite ni Frigide Barjot. IAM pense que les racailles de banlieues sont des petits gars sympathiques, des « potes » victimes d’un système raciste qui lorsqu’ils incendient, violent en réunion, vitriolent la gueule d’une gamine coupable d’avoir fait des études et profanent la stèle érigée en sa mémoire, le font parce qu’ils l’ont vu à la télé. IAM c’est un leader, Akhenaton, fils d’immigrés d’origine italienne, converti à l’islam, mais à l’islam cool, celui des Lumières dont parle Malek Chebel et que personne n’a jamais vu autrement qu’à la marge puisqu’il n’existe aucune religion qui ne tolère d’autre lumière que celle de Dieu – et c’est bien le seul point sur lequel s’entendent juifs, catholiques, musulmans et Michel Onfray. IAM n’aime pas la corruption des politiques à Marseille, IAM est pour la démocratie, contre l’intolérance et les amalgames. Bref, IAM c’est l’esprit Canal, le talent en plus et, reconnaissons-le, le sarcasme idiot en moins…
De fait, aujourd’hui IAM revient avec un album « Art martiens », plutôt bon dans son style, et dont le premier single s’intitule, nous y reviendrons, Spartiate Spirit – esprit spartiate. Pourquoi pas ? Le problème c’est qu’IAM est un groupe conscient qui entend dire les choses et nous assomme avec ses propos mille fois entendus sur la France moisie, la manif pour tous, le Bloc identitaire et les Français qui n’aiment pas le rap : « les enfants de Pétaing ! ». Une fois encore, pourquoi pas ? Mais à invoquer « le maréchal Pétaing ! », invoquons-le clairement et interrogeons-nous sur un groupe à l’idéologie désespérément consensuelle, qui déclare sur un ton énervé ce que tout le monde dans les media dit en continu depuis trente ans. Posons la question d’un groupe qui radote ces paroles qu’on l’autorise à radoter et qui, finalement, demeure sourd aux raisons légitimes qui poussent toute une partie de la France dehors, cette France des campagnes, des petits blancs provinciaux méprisés qui ont le privilège étrange de se faire assassiner sans que personne n’en dise mot. Pour un groupe qui demande à ce qu’on écoute « les raisons de la colère » voici une chose bien étonnante. À moins que les membres d’IAM soient eux aussi des « enfants de Pétaing ! » – Pétain qui, rappelons-le, désirait lui aussi, vieillard semi sénile, la révolution ; comme quoi, il ne suffit pas d’être révolté pour être du côté des justes –, les fils d’une France scindée en deux et qui ne tolèrent que ceux qui leur ressemblent.
Les membres d’IAM le disent clairement : ils en ont marre de cette France qui n’est pas comme eux ! Aussi n’est-ce peut-être pas un hasard s’ils se réclament des citoyens-guerriers de la cité de Sparte que Rousseau, dans sa part la plus inquiétante, oppose en la vantant à la démocratique Athènes, et que les groupuscules d’extrême droite reprennent à leur compte. Spartiates qui voyaient dans les hordes perses venues les assiéger l’horreur du sang mêlé et l’anomie de la décadence… Nous disions donc : « les enfants de Pétaing » !

*Photo : IAM, Spartiate Spirit.

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