« Rousseau contre Hobbes : le vrai duel de la présidentielle » titre Philosophie Magazine en arborant les portraits poudrés de François Hollande et Nicolas Sarkozy relookés dans les habits de leurs illustres aînés philosophes Jean-Jacques Rousseau et Thomas Hobbes. On comprend vite le raccourci : le parti de l’égalité rousseauiste, postulant l’existence d’un homme bon corrompu par la société, s’opposerait au parti de l’ordre hobbesien, soucieux de préserver la sécurité d’une société d’individus poursuivant leurs intérêts spécifiques.

A mon humble avis de futur abstentionniste, ce casting de rêve n’est qu’à moitié juste, et encore… Le président sortant peut à la rigueur camper le Léviathan hobbesien, malgré son bilan pour le moins mitigé en matière de politiques sécuritaire et migratoire, voire le dirigeant minimaliste de la « France de (petits) propriétaires » qu’il appelait de ses vœux en 2007.

Mais que dire d’Hollande en Rousseau ? La plupart des fervents louangeurs ou contempteurs du genevois ne l’ont pas lu. Car l’anthropologie rousseauiste s’avère beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Bien au-delà de l’image d’Epinal d’une nature humaine ontologiquement bonne, son œuvre fertile n’est pas sans paradoxes. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer sa philosophie morale à sa philosophie politique, par exemple en (re)lisant ses projets de Constitution pour la Corse et la Pologne, qui feraient bondir de répulsion les meilleures âmes du PS (le droit du sang, pensez-y !). Et puis, malgré une annonce fiscale tonitruante, le candidat « socialiste » a si bien expliqué à Londres qu’il n’effraierait pas les marchés, qu’on aurait du mal à lui décerner un brevet de rousseauisme.

François Hollande serait plutôt crédible dans la peau d’un Adam Smith, défenseur infatigable du doux commerce entre les nations, pourfendeur du protectionnisme au nez et à la barbe d’un Emmanuel Todd récemment converti au « hollandisme révolutionnaire ». Croyant dans le progrès humain et technologique, Smith n’a rien à envier à l’angélisme de ce qui allait devenir la gauche.

D’ailleurs, au lieu de parler de « duel », pourquoi ne pas réconcilier Hobbes et Smith ? Un Léviathan efficace au service des entrepreneurs et de leurs intérêts, cela aurait un suave parfum d’unité nationale à la Bayrou…

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