François Mitterrand a sciemment favorisé au cours des années 1980 l’émergence du Front national pour mettre un caillou dans la chaussure de la droite. Ce faisant, il l’a érigé en héraut de l’idée nationale dont la gauche était jusque-là un des piliers. En abandonnant la nation à l’extrême droite, la gauche mitterrandienne a trahi tout à la fois Danton, Gambetta et Clemenceau.

Mitterrand-Jospin-Hamon: même combat

Au tournant des années 1990, avec l’Acte unique puis Maastricht, François Mitterrand a pu déclarer « la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir ». Antiphrase pour faire passer le message « la France est notre passé, l’Europe est notre patrie ». Là encore, la gauche choisit d’abandonner l’idée de Patrie aux derniers gaullistes sociaux qui accompagnaient Philippe Séguin. Pierre Mendès France et Pierre Brossolette peuvent se retourner dans leur tombe.

Après la nation et la patrie, il fallait renoncer à la souveraineté qui en est le corollaire. Lionel Jospin a accompagné et encouragé au cours de sa mandature tous les transferts de souveraineté, juridique, réglementaire et économique que lui imposait l’Union européenne en créant une jurisprudence dans laquelle on est aujourd’hui enfermé.

Durant toute cette période, la gauche a aussi nourri tous les abandons idéologiques concernant l’instruction. Hormis Jean-Pierre Chevènement, tous les ministres de l’Education nationale de gauche ont renoncé aux idéaux de Jules Ferry et de ses hussards noirs de la République pour confier l’instruction de nos enfants à des pédagogistes qui valorisent les « apprenants » au détriment des « sachants » et du savoir. L’effondrement de la France dans les classements Pisa ne touchent pas les élèves de Janson-de-Sailly, mais en premier lieu les enfants d’immigrés. Là encore la gauche a trahi sa mission émancipatrice.

Le fossoyeur du travail et de la laïcité

Restait à s’attaquer à la laïcité. Qui est un autre volet de l’émancipation : permettre à des citoyens, d’échapper à leur condition religieuse ou supposée telle pour s’épanouir dans la société. Après bien d’autres, Benoît Hamon qui s’apprête à porter le drapeau du parti socialiste incarne la vision multi-culturaliste de la société dans laquelle des hommes et des femmes de gauche en viennent à stigmatiser tous les témoignages qui révèlent des atteintes aux libertés. Avec eux, la laïcité est abandonnée à la droite conservatrice et le voile devient un symbole de liberté des femmes. Situation inversée, complètement à rebours de tout ce que la gauche a entrepris pendant deux siècles pour extraire les hommes et les femmes de l’influence rétrograde et liberticide de la religion. Avec Hamon, l’islamo-gauchisme a de beaux jours devant lui. Qui pourrait reconnaître aujourd’hui dans le PS de Benoît Hamon les combats d’Emile Combes et de René Viviani ?

Il manquait à ce désastre la question du travail. Là encore, le score de Hamon, deux fois supérieur à celui de Montebourg et sa victoire probable au second tour des primaires, symbolise le renoncement au productivisme et au travail. Dans sa vision de la société, la fin du travail est inéluctable et le destin des Français est de rejoindre les rangs croissants des assistés. Passons sur l’impossible financement de son revenu universel, l’idée seule de cette mesure entraîne la gauche sur la voie du renoncement à ce qu’elle a longtemps défendu : l’émancipation par un travail justement rémunéré et la conquête des droits sociaux corollaires à la contribution de chacun aux progrès de la société. Jean Jaurès, Léon Blum et Léon Jouhaux ne constituent plus aucune référence pour les porteurs de cette idéologie.

Nation, patrie, souveraineté, instruction, laïcité, travail… Ce sont tous les fondements de l’émancipation qu’on enterre aujourd’hui. Hamon va mettre les derniers clous sur le cercueil du Parti socialiste dimanche prochain. Désormais le destin de la gauche se jouera ailleurs et autrement.

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Xavier Théry
travaille dans un grand groupe de communication.