Ou le loup et l’agneau


Nicolas Bouzou est un Samaritain du bonheur. Venu présenter, à la télévision, son livre L’amour augmenté devant des invités acquis à la modernité des relations liquides, cet économiste a fait la promotion décomplexée, mais non dérégulée, des nouvelles formes de relations amoureuses et de procréation qui, loin, pense-t-il, de l’affaiblir ou de la détruire, feront de la famille « augmentée », une valeur renforcée. Foi de Nicolas. Le titre, sur le modèle de l’IA, annonce, astucieusement, la couleur. Opposé à la GPA —pour l’instant— rien d’étonnant que ce quadragénaire dynamique se dise favorable à la PMA pour tous : la PMA, c’est son domaine.

La loi féroce du marché

Le propos de Bouzou illustre celui de la juriste Olivia Sarton dans son livre La PMA, ce qu’on ne vous dit pas paru, récemment, aux éditions Téqui. Dans ce livre très documenté, on y apprend comment « le marché procréatif aux dimensions mondiales s’étend sur le champ scientifique, multidisciplinaire des NBCI : nanotechnologie, biotechnologie, informatique et sciences cognitives ». Tout particulièrement, le marché innovant de la biotechnologie, coté en bourse, sur le marché Euronext. Le secteur de la PMA constitue donc « un secteur rentable, générateur de bénéfices, surtout si on l’étend à toutes les femmes dans un contexte d’infertilité grandissant ». En 2016, l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) n’a-t-elle pas représenté 295 millions d’euros qu’on aurait pu utiliser dans les urgences hospitalières ? « Quant aux cliniques privées à but lucratif, elles ont mis la main sur ce secteur de la PMA, générant profits et conflits d’intérêts. » C’est ainsi que le secteur de la santé est devenu un produit commercial. Rien de tel que ce livre pour guérir les âmes de leurs illusions : la loi bioéthique obéit aux intérêts féroces de la loi du marché, dépourvue de tout sentiment.

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Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes de l’AA*. Fils à papa (daddy’s boy), orphelin de père, OGM, l’enfant du futur n’a plus qu’à croiser les doigts pour naître à l’ancienne. Sauf qu’il y a le gendarme : notre droit français, contraignant, qui met des bâtons dans la roue de la Fortune. Le problème de la levée de l’anonymat du donneur, l’adage mater semper certa est, le droit d’avoir un père qui— n’en déplaise à Maître Touraine —n’est pas un privilège réservé à certains, demeurent des entraves juridiques au bonheur pour tous. Même si les tests génétiques, interdits mais utilisés et rentables, rendent inutile cette loi bioéthique, comme le montre l’exemple des Kermalvezen, et même si le Code civil français est remplacé par l’amour, rien n’est joué à l’Assemblée : un père demeure un père, l’indisponibilité patrimoniale, l’indisponibilité patrimoniale, et l’esclavage, interdit.

Un salon délictueux

C’est ainsi qu’une plainte auprès du Procureur de la République de Paris vient d’être déposée par les Associations de protection de l’enfance dont Juristes pour l’enfance, après les faits constatés par huissier, — contre le Salon de l’enfant du 5 septembre, pour motif suivants : délit d’entremise en vue de la GPA interdite en France ; réduction en esclavage, réprimée par le Code pénal ; délit d’entremise pour obtention d’embryons humains contre paiement, réprimé par le Code de santé publique ; délit d’entremise pour l’obtention de gamètes contre un paiement et délit de pratique commerciale douteuse, réprimé par le code de la consommation — le but du salon étant de faire croire à un service licite. Les associations attendent de la justice française une décision ferme contre cette promotion insidieuse de la GPA. La ligne rouge de la GPA dont le garde des Sceaux avait assuré qu’elle ne serait pas franchie, l’a été, sans masque, en toute impunité.

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Tout le monde connaît la fable de La Fontaine : Le loup et l’agneau. Pourquoi le Sénat, en première lecture de la loi, s’est-il mis du côté du loup et non pas de l’agneau ? L’enfant c’est l’infans : celui qui ne peut mot dire. Qui n’a pas droit à la parole. Cet enfant, de quel « droit » sera-t-il orphelin sinon de celui du plus fort ? Le 10 octobre(1), on peut dire, dans la rue, son opposition à une loi qu’on fait passer en force, en brandissant l’illustration de Gustave Doré. Nul doute que le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, appréciera cette initiative populaire partagée.

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