Dans deux articles du Point.fr, j’ai évoqué (très brièvement, et plus par manière de plaisanterie que pour accabler cette ambulance) la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (FIDL). Dans l’un, je la traitais de « couveuse du PS » ; dans l’autre, j’en remettais une couche (culotte) en parlant de « pouponnière des futurs cadres » du même parti.
Un certain Xavier Hasendhal (il était déjà à la FIDL en 2010 — dans le Val d’Oise : il y est toujours cinq ans plus tard ? Quelqu’un a dit à son lycée que les redoublements étaient désormais interdits ?) me reproche ces propos qui n’avaient d’autre fin qu’une écorchure ironique légère : « Je vous contact au sujet de deux articles que vous avez récemment rédigé sur le site Le Point.fr. » m’écrit-il. Phôtes d’orthographe comprises (ah, l’accord du participe avec le COD antéposé, quel nœud d’embrouilles ! Pourquoi Mme Vallaud-Belkacem n’y met-elle pas bon ordre ?), alors qu’il continue en m’affirmant que contrairement à ce que je feignais d’affirmer dans un article tout au second degré, « nous tenons à la langue française et que nous l’utilisons dans toute sa largeur au quotidien » — qu’est-ce diable que la largeur de la langue ?
Il me somme donc « de retirer ces lignes de [mes] articles, à moins de prouver [mes] dires avec des éléments tangibles. » Sinon, menace-t-il, il pourrait tirer les conséquences (juridiques ? Allons donc !) de ces propos « diffamatoires ».
Pauvre chou ! Sais-tu bien qui je suis ? comme dit Corneille (1606-1684, je le porte à ta connaissance, car je sens bien qu’il faut ici faire œuvre de pédagogie…). Sais-tu bien qu’il ne faut pas trop chatouiller le Brighelli qui sommeille ? Et que l’on ne gagne rien à menacer quand on n’a pas de quoi étayer ses accusations ?

Oui, la FIDL est la pouponnière du PS, et même la pouponnière de ses dirigeants. Depuis 1987 (cette Fédération est née dans les remous du mouvement contre la réforme Devaquet, qui laissa sur le carreau Malek Oussekine, divin cadeau pour des jeunes qui se cherchaient et couraient très vite devant les forces de l’ordre, contrairement à d’autres jeunes vingt ans avant), nombre des dirigeants de la FIDL ont appartenu ou appartiennent à l’élite de la rue de Solferino. Si je cumule les responsables de la FIDL (Carine Seiler, Delphine Batho, future ministre, Sonia Samadi ou Léa Filoche, digne fille de son père, que je connais un peu et dont j’ai parlé ici même) et ceux de SOS Racisme (après tout, les deux ont été condamnés ensemble dans de vilaines affaires), organisation sœur de la FIDL (Julien Dray, Harlem Désir, Malek Boutih, Dominique Sopo ou Cindy Léoni, ces deux derniers membres en même temps du Mouvement des Jeunes Socialistes, la garderie des futurs cadres du parti), si je tiens compte aussi de ceux, parmi les précités, qui sont aujourd’hui dans l’organigramme de la mairie de Paris et ceux qui sont passés par des partis frères (le MRG pour Fodé Sylla à SOS Racisme, le courant mélenchonien pour nombre d’autres « lycéens »), je peux vraiment dire que ce mouvement, qui par définition n’a pas vocation à retenir ses membres dès lors qu’ils ont fini par passer le Bac, est une officine de sélection et de recrutement des élites socialistes. Tout comme l’UNEF de Bruno Julliard (qui a lui aussi battu des records de longévité estudiantine, cinq ans d’études de 1999 à 2006) est, au niveau universitaire, la chambre d’écho de la FIDL[1. Souvenir personnel de Bruno Julliard, invité comme moi dans l’émission À vous de juger, en 2005, et se penchant sans cesse sur Maman Aubry pour lui demander ce qu’il fallait dire, ou si ce qu’il avait dit était bien. Au moins, ils s’occupent de leurs poussins, au PS.].
« Elites » est bien sûr un mot très exagéré — et d’ailleurs honni par Najat Vallaud-Belkacem, qui sauf erreur n’a pas cru bon de tenter la première sélection de la FIDL, mais la reçoit à sa demande et en a obtenu un soutien sans faille parfaitement désintéressé. La FIDL a par exemple protesté — à juste titre — contre la réforme Chatel des lycées, mais n’a rien dit contre l’inique réforme du collège, qui la continue (elle la continue si bien que le ministère en a reporté sine die le bilan). Deux poids, deux mesures, alors qu’il s’agit d’un même projet d’économies à la petite semaine, avec pour effet l’appauvrissement des contenus et la paupérisation intellectuelle des plus déshérités.

Alors au lieu de me chercher des noises pour une plaisanterie dans un contexte de charge ironique, la FIDL ferait mieux de s’interroger sur ce qui serait bon pour les élèves : je me tiens à sa disposition pour lui donner un cours du soir (magistral, bien entendu) sur la question. Et je ferai preuve de mansuétude avec elle.

*Photo : Wikimedia commons

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Jean-Paul Brighelli
enseignant et essayiste français.Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.