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Exit Mélenchon, exit Vanneste…

Vers 20h30, il y a eu un instant d’espoir lorsqu’on a appris que Jean-Luc Mélenchon arrivait en deuxième position à Hénin-Beaumont intra-muros derrière Marine Le Pen mais devant Philippe Kemel, le maire de Carvin et candidat socialiste. Puis il a fallu se rendre à l’évidence : le duel annoncé entre les deux cadors de la présidentielle n’aurait pas lieu. Ce revers pour Mélenchon, on peut l’interpréter de plusieurs manières.

Hénin-Beaumont et sa circonscription sont d’abord le vrai laboratoire de la désespérance ouvrière. Ce territoire connut, en moins d’une génération, le désespoir, l’espoir et à nouveau le désespoir. La fermeture des mines, la reconversion puis les délocalisations sauvages de « patrons voyous » (le terme a aussi souvent été utilisé par MLP durant la campagne), on les a vues chez Metaleurop ou Samsonite. On y connut aussi le clientélisme des socialistes et l’impéritie de leur gestion, ce qui conduisit en prison le précédent maire PS d’Hénin-Beaumont.
On peut se dire, comme Marine Le Pen au moment de sa « mue sociale », que tout est possible dans une région si bouleversée, en manque de repères culturels et politiques, y compris s’y tailler un fief durable. En face, Jean-Luc Mélenchon s’est dit qu’il pouvait continuer le combat idéologique de la présidentielle et récupérer ceux qui se trompent de colère.
Il sera facile, après coup, de dire qu’il s’agissait d’une erreur tactique. Ne parlons pas du « parachutage » qui est la chose la mieux partagée du monde à droite comme à gauche et qui n’a rien d’antidémocratique, les législatives étant, rappelons-le, le moyen de donner des élus à la Représentation Nationale.

On peut aussi penser, au bout du compte, que dans une circonscription socialiste depuis toujours, ce qui reste de la gauche a malgré tout voulu voter utile. Il est d’ailleurs intéressant de voir que Le JDD comme La Voix du Nord ont bien pris soin, dans leur sondages, de montrer presque jusqu’au bout un Mélenchon en deuxième position mais aussi dans le même temps, de proposer des hypothèses de deuxième tour où le socialiste, comme par hasard, battait Marine Le Pen plus facilement que Mélenchon (53/47 contre un très serré 51/49). On aurait voulu faire peur aux électeurs de gauche qu’on ne s’y serait pas pris pas autrement. Comme elle ne croit pas les sondages et qu’elle a bien raison, Marine Le Pen doit aujourd’hui se sentir très heureuse d’avoir le socialiste pour dernier adversaire, « l’inconnu du Bassin minier » comme on dit là-bas. Pour une raison simple : c’est qu’elle sait très bien que sans les 21% de Mélenchon, elle aurait été élue au premier tour.

Eh oui, je vais vous avouer un secret, la candidature de Mélenchon, puisqu’on admettra qu’il n’y a pas 21% de bobolchéviques[1. Comme Valeurs Actuelles appelle joliment les CSP+ qui votent Mélenchon.] dans les corons, a amené sur son nom un bon nombre de voix potentiellement lepénistes, ce que le socialiste aurait bien été incapable de faire. Il faudra d’ailleurs regarder bureau par bureau comment vont se faire les reports des électeurs de Mélenchon au second tour… Il n’empêche, c’est un échec, l’image de JLM étant sans doute encore trop sociétale.

Comme nous sommes dans le Nord-Pas-de-Calais, restons-y. Il n’y a pas que Mélenchon qui ait été déconnecté de son électorat naturel dans la région. Dans la 10ème du Nord, Christian Vanneste, le député sortant, a été sauvagement éliminé dès le premier tour. Le héraut de la Droite Populaire et du rapprochement avec le FN, non investi par l’UMP, qui avait scandalisé par ses déclarations sur la déportation des homosexuels après tant d’autres, arrive en 4ème position. La socialiste arrive en tête avec 30% devant le candidat officiel de l’UMP (24%) et le FN qui, avec 18,06% mais moins de 12,5% des inscrits, ne pourra se maintenir. Christian Vanneste peut crier à la trahison de l’UMP, au règne du politiquement correct, il n’a en tout cas pas été très connecté avec une circonscription assez mixte socialement, qui compte même de beaux quartiers de la vieille bourgeoisie démocrate-chrétienne. Dans cette circonscription où il aurait pu faire un hit aussi bien dans les zones périurbaines que dans « les avenues calmes et profondes », il a raté le coche. Question d’oreille, sans doute.

Il n’a pas entendu ce que ces propos pouvaient avoir de choquant pour le médecin de droite avec son pull bleu-marine sur les épaules qui se rend à la messe tous les dimanches et lit Maxence Van der Meersch. Ce médecin ne hurle pas à l’homophobie mais il ne prend pas non plus Vanneste pour un martyr de la liberté d’expression. Et il y a un ton qui ne lui plaît pas, une musique qui n’est pas la sienne. Alors il préfère aller voter Modem et UMP et laisser tomber celui pour qui il votait sans discontinuer depuis 1993 et qui n’avait connu que deux brèves éclipses du Palais Bourbon.
Par exemple, dans la commune frontalière et plutôt aisée de Bousbecque, avec ses jolies chaumières flamandes où le maire sans étiquette (comme tant d’autres dans la circonscription) avait pourtant indiqué sa préférence pour Vanneste, celui qui rassemblait en 2007 au premier tour 1108 voix (56, 62%) n’en récolte plus que 470 (24, 74%). Il faut croire que l’installation de la vidéosurveillance, chantier auquel Christian Vanneste se vantait d’avoir part, n’a pas convaincu, les caméras n’ayant pas empêché la socialiste d’y arriver en tête.

Quand on se réclame des valeurs chrétiennes de la civilisation française comme Christian Vanneste, on peut le faire sans nécessairement désigner systématiquement un groupe ou une minorité. Les Nordistes, comme les autres Français, peuvent souhaiter fermeté et sécurité et même éprouver des angoisses identitaires au-delà de leurs angoisses économiques. Le problème, c’est qu’il y a une façon de les relayer sans nécessairement tenir un langage de guerre civile ou d’atmosphère pré-apocalyptique, ce que même le FN ne fait plus. Non seulement, ce n’est pas très élégant sur un plan moral mais en plus, sur un plan politique, c’est manifestement catastrophique. Alors, à déconnecté, déconnecté et demi…
 
*Photo : Philippe Kemel


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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