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Après deux semaines bien méritées de congé paternité, je reviens frais et dispos dans mon collège de Beauce. Une rapide inspection du laboratoire de SVT me révèle que mes collègues n’ont pas perdu leur temps : j’y trouve un petit isoloir dont le rideau a été tiré. Intrigué par l’objet inconnu, je tire ledit rideau. Et là surprise ! Derrière le voile pudique, est fièrement dressé, droit comme la justice et orné d’un préservatif, un godemichet d’une trentaine de centimètre de long ! Un rapide examen de l’objet me permet de constater que le souci du réalisme va jusqu’à reproduire la vascularisation superficielle de l’organe génital masculin.

L’effet de surprise dissipé, je m’interroge quant à la présentation théâtrale de l’ensemble : de toute évidence, certains adultes de l’établissement avaient eu la géniale idée pédagogique de proposer à mes élèves de 4ème (niveau concerné par les cours de reproduction humaine : 13-14 ans) d’aller s’entraîner « à l’aveugle » (derrière le voile) à disposer un préservatif sur un pénis dont la taille ferait rougir de honte le premier venu. Après prise de renseignement auprès de mon collègue, il s’avère que j’avais vu juste : les profs et l’infirmière du collège avaient proposé aux élèves de se rendre à l’infirmerie  pour aller s’entraîner à l’aide d’un dispositif reproduisant les conditions réelles de leur première expérience sexuelle : seraient-ils chronométrés ? Pourraient-ils comparer leurs temps ? Autant de questions que je gardais pour moi.

Bien évidemment, ma première réaction fut d’informer mon aimable collègue : si un adulte s’avisait de proposer ce type d’expérimentation à ma fille de 13 ans, il entendrait sûrement parler de la définition du scandale. Ne désirant aucunement cautionner ce type de proposition pédagogique déplacée, j’informais mon chef d’établissement de la présence du théâtre de marionnette disposé dans mon laboratoire. Sa seule crainte fut de n’avoir jamais vu l’infirmière avec l’objet en main : il espérait bien que cela venait d’elle et non d’un élève de l’établissement…

Aucune allusion au fait d’imposer à des enfants ce genre de vision, car s’il ne leur a pas été imposé de « travailler » avec, j’imagine qu’on a dû leur montrer le dispositif, les projetant dans l’univers de la pornographie : on leur propose ainsi une vision morcelée du corps, réduisant la personne à un organe qui sera variable en fonction du type d’usage que l’on compte en faire. Cela permet de développer leur esprit de consommateur primaire…

Proposer à des gamins et gamines de 13 ans d’aller tripoter une énorme bite en plastique ne pose pas plus de problème que cela à grand-monde. Sidérant ! Ainsi, si certains enseignants se sont dit « gênés » par ce type de procédé, il n’y en eu aucun pour protester énergiquement; et c’est bien là le nœud du problème.

De nos jours, on a l’indignation facile : s’indigner contre ce dictateur de Poutine, ces salauds de colons israéliens, tant que cela ne vient pas nous frotter, nous empoisser : car à partir de cet état-là, il faut exercer notre responsabilité et poser un acte. C’est bien le problème d’Hessel dans son truc de 32 pages :   condamner un événement survenu à l’autre bout de la planète est facile, il suffit de montrer son indignation à son voisin ; il opinera du chef bien content de participer à ce mouvement de « la révolte pour les nuls » qui a l’énorme avantage de permettre de ne pas sortir de son salon.

En revanche, quand cela a lieu dans notre sphère professionnelle, cela devient autrement plus compliqué car il faut passer à l’action : c’est poser un acte qui est devenu très difficile : il faut sortir de son confort. Or, c’est précisément ce que l’on nous interdit depuis plus d’un siècle de satisfaction de l’ego.

En fin de compte, il semble que cela ait un peu dérangé certains adultes du collège mais pas autant que l’augmentation des effectifs dans leur classe : après tout, ce sont les gamins des autres, ce n’est pas comme si nous avions une quelconque responsabilité éducative à leur endroit…

*Photo :  DR.

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