Une cinquantaine de nouvelles très (trop) courtes, écrites à la diable, comme jetées sur le parchemin à la lueur de bougies noires : ainsi se présente le dernier livre du Père Leroy, le célèbre démonologue de l’Université Lumumba de Moscou. Vampires susceptibles comme des romancières, zombies boulimiques, psychopathes torturés, démons à l’ironie turbo-libérale, antifascistes hyperpyrétiques, occultistes enragés, mutants indiscrets, toute une faune infâme défile dans une sorte de carrousel infernal où apparaît même Satan en personne, saturé de cocaïne vénézuélienne et, le pauvre, épuisé par des bataillons de péripatéticiennes subcarpathiques.
Le nouvelliste d’Une si douce apocalypse ou de Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruines s’éloigne de l’univers orwellien qui lui est propre, le monde de Big Sister. Non, ici, il se défoule ; il massacre et projette des rivières de sang noir ; il désosse, dévore et pulvérise façon puzzle des kyrielles de victimes, généralement porteuses du passeport US. A lui tout seul, il ressuscite les films Hammer et leur cortège de cannibales.
Bref, Leroy use de ses nouvelles comme de grenades au phosphore : chaque lancer est par ailleurs dédié à un confrère, de Poe à Owen ; à un cinéaste, de Polanski à Murnau ; à un acteur, de Heston à Vogelsang.
Une amusante pochade à lire dans un bain de lait d’ânesse, une gousse d’ail et Das Kapital à portée de main. Prudence est mère de sûreté.

Dernières nouvelles de l’enfer, Jérome Leroy, L’Archipel, 2013

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