Exit Delphine Batho, ministre inconnu d’un gouvernement que l’on préfère ignorer. Le dernier acte de Mme Batho, pour complaire aux alliés Verts des socialistes de pouvoir, fut de défiance et de détestation de la ville : elle a signifié « l’entrée en vigueur à partir du 1er juillet 2013, d’une nouvelle réglementation qui s’applique à l’éclairage nocturne des bureaux, des magasins, des façades de bâtiments ». On éteindra donc, par force et sous menace de sanction, « les éclairages inutiles la nuit de 1h à 7h du matin ». Le ministre avance des arguments « sonnants et trébuchants », censés séduire le contribuable maussade : on économisera « l’équivalent de la consommation annuelle d’électricité de 750 000 ménages » soit une économie de 200 millions d’Euros (?). Et ceci, enfin, bien propre à satisfaire les têtes pensantes d’EELV, mais qui me laisse pantois, chancelant, hébété : la présente mesure nous épargnera l’émission de 250 000 tonnes de CO2, et contribuera « à la préservation de la biodiversité en évitant des pollutions lumineuses inutiles. Les éclairages artificiels nocturnes peuvent constituer une source de perturbations significatives pour les écosystèmes, en modifiant la communication entre espèces, les migrations, les cycles de reproduction ou encore le système proie-prédateur
Que faire et où aller dans ce monde, où les socialistes de pouvoir et leurs alliés Verts me prennent chaque jour plus un peu plus ouvertement pour un imbécile ?
« Il pleut les globes électriques
Montrouge Gare de l’Est Métro Nord-Sud bateaux-mouches monde
Tout est halo
Profondeur
Rue de Buci on crie L’Intransigeant et Paris-Sports
L’aérodrome du ciel est maintenant, embrasé, un tableau de Cimabue »[1. Blaise Cendrars, « Contrastes » (extrait), Dix-neuf poèmes élastiques, 1919, Gallimard.]
Qu’ont fait les Verts de la place de Clichy ? Le décor mièvre d’un feuilleton « citoyen », où des couples unis par une insupportable et niaise conjugalité, tous favorables à la publication du patrimoine génétique des élus, se livrent à une réflexion plurielle, afin d’imaginer le changement. Après la guerre, je suggère la mise en place d’une sorte de Nuremberg de l’urbanisme, où l’on jugera les responsables de ces oukases, qui ont enlaidi nos rues, et rendu plus difficiles la circulation des piétons et des véhicules.
Moi, je veux des villes saturées de lumières, des rues électriques, des annonces lumineuses, des mots qui me font de l’œil à la manière d’une belle pute au rimmel frais, point encore lasse des servitudes, je veux des moteurs à explosion, des motos qui ronronnent au feu rouge et grondent atrocement au feu vert. Je vomis la vermitude qui dévore ma ville, Paris, et la transforme peu à peu en ZUP (zone urbaine pacifiée).
J’adore les formes clignotantes, qui me signalent un misérable sex shop ou une pizzeria, je veux une débauche d’ampoules et de néons, qui puisent leur énergie dans des centrales atomiques, silencieuses et puissantes. Je veux du progrès mécanique 2.0 : j’imagine avec ravissement la pénétration des longs tubes d’acier à pointe de diamant dans les entrailles de la terre, le jet violent de l’eau contre la roche pour la briser, son agonie amoureuse dans le jaillissement final du gaz de schiste.
Je veux du travail de nuit mieux payé, des travailleurs harassés, qu’on croise au petit matin ; je veux la rumeur persistante de ma cité noctambule, apercevoir des visages hostiles dans la foule et m’en consoler auprès d’une femme aimable. Je veux rentrer à l’aube, entre chien-proie et loup-prédateur, et, sur le pont Bir-Hakeim, plaquer les paumes de mes mains sur mes oreilles pour assourdir le fracas du métro mêlé à une sirène de police. Je veux remonter le col de mon manteau en cachemire et m’agacer du bout de ma chaussure en daim souillé par une flaque, où se réfléchit l’enseigne rassurante d’un hôtel de luxe. Je veux une ville à la mesure de mes insomnies, m’arrêter longuement devant ses vitrines sacrificielles, je veux être frôlé par l’effroi invisible, et le chercher longtemps en vain. Je veux de la chimie, qui produit des matériaux étonnants et parfois inutiles. J’aime l’idée que les cycles sont rompus, et ne me déplaît nullement l’émoi des écosystèmes affolés. Je veux savoir si je peux m’en sortir seul ou si j’ai besoin de secours, et rentrer dans un grand appartement vide et rarement occupé, où résonne en boucle la voix aigre de Cécile Duflot, qui me menace de le réquisitionner.
Je veux « des femmes atroces dans des quartiers énormes »[2. Guillaume Apollinaire, « 1909 » (extrait), Alcools, Gallimard.] !

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