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Royaume-Uni: «Il est beaucoup plus facile de parler de l’immigration aujourd’hui qu’il y a vingt ans»

Entretien avec David Goodhart

Royaume-Uni: «Il est beaucoup plus facile de parler de l’immigration aujourd’hui qu’il y a vingt ans»
David Goodhart © Simon & Schuster

David Goodhart, journaliste et écrivain britannique, est l’auteur de Les Deux Clans : la nouvelle fracture mondiale et de La Tête, le cœur et la main : la lutte pour la dignité et le statut social au xxie siècle.


Causeur. Les chiffres révélés par l’Observatoire de l’immigration et de la démographie en France vous étonnent-ils ?

David Goodhart. Nullement. La situation au Royaume-Uni est très similaire. Selon le dernier recensement en Angleterre et au Pays de Galles, qui date de 2011, 14 % de la population appartenait à des ethnies non blanches. Ce chiffre doit être bien plus élevé maintenant. Presque la moitié des écoliers du primaire et un tiers des élèves du secondaire appartiennent à des minorités.

La majorité ressent une anxiété légitime qui n’a rien à voir avec la xénophobie

La majorité des Britanniques est-elle à l’aise face à cette situation ?

Si les minorités sont préoccupées par des questions de justice sociale, la majorité ressent une anxiété légitime qui n’a rien à voir avec la xénophobie, mais tout à voir avec l’extrême rapidité du changement. La plupart des Britanniques peuvent s’accommoder de l’évolution démographique si elle n’est pas trop rapide. Ce qui les inquiète le plus, c’est l’évolution culturelle. Surtout à Londres et dans d’autres villes où le pourcentage des habitants appartenant aux minorités ethniques est le plus élevé, il y a des différences de normes et de valeurs qui minent la cohésion sociale. Dans quelle mesure peut-on exiger des immigrés qu’ils s’adaptent aux traditions de la société d’accueil ? Cette question représente un défi paradoxal pour une société démocratique fondée sur la liberté de l’individu. Et si on n’organise pas un débat public ouvert sur l’immigration, elle devient une cause rentable pour les extrémistes.

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Y a-t-il un débat apaisé sur l’immigration au Royaume-Uni ?

Il est beaucoup plus facile de parler de l’immigration aujourd’hui que quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet il y a vingt ans. À cette époque, toute expression de scepticisme au sujet de l’immigration de masse était dénoncée comme raciste. Le Brexit a joué un rôle important dans cette évolution. Le vote en sa faveur a été largement motivé par la conviction que la libre circulation au sein de l’UE était préjudiciable aux intérêts de l’ouvrier britannique. Comme les immigrés en question étaient des Européens blancs chrétiens, il est désormais clair que l’hostilité à l’immigration n’est pas nécessairement une affaire de racisme. En revanche, si nous avons plus de liberté pour parler de l’ampleur quantitative de l’immigration, il reste difficile de parler de l’intégration culturelle.

Est-ce à dire que le gouvernement de Boris Johnson a toute latitude pour réduire les flux annuels d’immigrés ? 

La pression de l’opinion publique pour le faire est moins importante qu’auparavant. Pendant vingt ans, selon les sondages, l’immigration représentait une des trois questions les plus importantes pour 75 % des personnes interrogées : ce chiffre est tombé aujourd’hui à 50 %. La fin de la libre circulation a calmé le jeu. En revanche, s’agissant des migrants venant du reste du monde, le solde migratoire net n’est pas en train de diminuer. Le système des visas pour le travail et les études reste assez libéral, et la classe politique a fait des déclarations très accueillantes envers les Hongkongais et les Afghans. Et puis il y a les migrants qui traversent la Manche. Cette année il y en aura entre 12 000 et 15 000. Cela ne représente pas grand-chose par rapport à l’ensemble des immigrés, mais ils attirent beaucoup d’attention médiatique et gênent le gouvernement. Les Britanniques croyaient avoir repris le contrôle de leurs frontières : l’arrivée des clandestins leur suggère le contraire.

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Les autorités pourront-elles endiguer le flux des clandestins ?

Le nouveau système prévu par le gouvernement, plus draconien pour les demandeurs d’asile qui n’arrivent pas au Royaume-Uni par les voies officielles, n’aura qu’un effet dissuasif minimal. Les tribunaux sont généralement favorables aux demandeurs d’asile ; les trafiquants sont très débrouillards ; et il y a de plus en plus de personnes dans les pays pauvres ayant l’argent nécessaire pour se payer le voyage. Quant aux expulsions des clandestins et des déboutés de l’asile vers leur pays d’origine, ceux-ci ne font pas preuve d’une grande coopération !

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Septembre 2021 – Causeur #93

Article extrait du Magazine Causeur


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est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

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