Présentée depuis longtemps comme le monument fondateur de notre littérature, La Chanson de Roland offre un surprenant paradoxe : elle fut durant des siècles un monument invisible. Ni Ronsard, ni Corneille, ni sans doute Chateaubriand ne la lurent. Écrit aux alentours de 1100, ce texte, dont l’influence fut considérable en Europe (ne serait-ce que parce qu’il imposa le vers décasyllabique) se perdit par la suite et ne fut retrouvé qu’après 1830. Dès lors, les éditions et translations se multiplièrent, de Léon Gautier (1872) et Petit de Julleville (1894) à Maurice Bouchor (1899) et Joseph Bédier (1921). Jean Dutourd fait observer que la IIIe République, hantée par la défaite de 1870, exalta au cœur du récit national deux héros glorieux et vaincus : Vercingétorix et Roland, auxquels Edmond Rostand ajouta, en 1897, son inoubliable Cyrano.

Rappeler Roland, éditions P.O.L., 393 p., 20 euros. Pour une édition universitaire, on recommandera celle du Livre de Poche, coll. « Lettres gothiques », présentation et traduction de Ian Short (1990). Voir aussi l’essai de Jean Maurice, La Chanson de Roland, PUF, 1992.