« Putain », ils ont que ça à la bouche avec « Merci ». Entre un Omar Sy qui salue son sacre de meilleur acteur par un « Putain j’ai envie de dire putain » avant de se lancer dans la série incontournable de remerciements éprouvants et un Jean Dujardin qui exulte tellement d’avoir été adoubé par Hollywood qu’il ne peut pas s’empêcher de s’écrier : « Ouah, putain, génial, merci », comme le ferait un vulgaire djeun (ou plutôt un djeun vulgaire) devant sa réussite au bac, « putain » semble être le seul mot de la langue française capable d’exprimer la joie absolue.

Putain ne souille donc plus mais complimente, il n’humilie pas mais consacre. Putain c’est l’injure suprême devenue réflexe élogieux. L’entrée tonitruante des Frenchies au panthéon des acteurs oscarsisés (pour les Césars, il y a heureusement moins de concurrence étrangère) s’accompagne donc par une ode obligée à l’esclavage sexuel. Les étoiles de Broadway dégagent soudainement une drôle d’odeur.

Devant cette pathétique inversion, il est surprenant de constater que les féministes, pourtant si sourcilleuses des usages langagiers supposément sexistes ou dégradants n’ont pas poussé leurs hurlements coutumiers.

Les amateurs de circonstances atténuantes, pourront arguer que Jean Dujardin aura pastiché jusqu’au bout Hollywood en en imitant le meilleur comme le pire, en passant de la grâce virtuose de Fred Astaire à la vulgarité mécanique du « Fuck !» qui constelle mécaniquement les dialogues des pires buddy movies.

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