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Causeur : comme un sentiment de capitulation

Causeur : comme un sentiment de capitulation

À Causeur, l’« ennemi » a un nom, et ce n’est pas celui que l’on croit. Ni le marché, ni l’État ; pas davantage la haine que la maladie. Non, l’ennemi c’est… le « Grand Journal de Canal+ »! C’est écrit noir sur blanc à la page 10 du Causeur n°4. Et s’il arrive à l’être malfaisant de prendre forme humaine, Causeur ne s’y trompe pas et sait le reconnaître entre mille :  « CSP+ mal rasé », « quarantenaire à la pointe de la modernité qui occupe un poste à responsabilité dans l’intelligentsia télévisuelle » (chronique de Louis Lanher). Pour plus de sécurité, il est même indiqué comment et où le débusquer : « C’est un salaud à grande conscience qui mène la résistance depuis sa terrasse dominant Paris » (éditorial d’Élisabeth Lévy).

Mais l’ennemi a aussi des droits, et notamment celui d’être invité à se plaindre du mauvais traitement dont il fait l’objet dans une rubrique qui lui est spécialement réservée. Confondu par le portrait-robot du parfait petit salaud dans lequel Causeur a cru m’identifier, j’ai été convié par la rédaction à venir tenir tribune. Il eut été malvenu de refuser une position qui m’autorise sans déplaisir à faire part des haut-le-cœur sincèrement ressentis à la lecture du dernier numéro.[access capability=”lire_inedits”]

Il faut en effet pouvoir découvrir, sans pleurer, une ode au « catholicisme politique » écrite par les ex-chantres de l’anticléricalisme et lire, sans rire, la revue la plus éditorialisée de France vilipender l’ « éditocratie  ambiante ». Que dire encore lorsque l’entre-soi foutraque où Élisabeth Lévy cite Basile de Koch révérant Marc Cohen qui cite Élisabeth Lévy, tance le parisianisme médiatique ?

Causeur est le miroir réfléchissant de ce qu’il abhorre. Au prix d’accommodements qu’il est difficile de taire (adieu, laïcité chérie…), Causeur participe de ce qu’il dénonce. Ainsi, pour tordre le cou à une vision dogmatique de la société dont le « mariage pour tous » serait le point de non-retour, la revue s’est attelée à une réponse qui n’est pas moins idéologique. Si l’on ne peut réduire l’opposition à la loi Taubira à ses excès, on ne peut pas non plus les passer sous silence. Causeur, qui a décidé de se coltiner le « réel » et de consacrer un dossier entier au « mariage pour tous », n’a pas réussi à faire entrer dans une catégorie du réel la manière dont la sympathique Manif pour tous a fini par éjecter de ses rangs la non moins sympathique Frigide Barjot pour cause de déviance « pro-gay ».

Il y a mieux : Causeur a vraisemblablement jugé que le FN ne devrait pas être tabou. La solution à l’épineux problème du traitement du parti d’extrême droite serait donc de ne surtout pas le considérer comme un problème. Il est vrai que ce parti, mis à part son histoire, ses buts et ses méthodes, est tout à fait banal !

En définitive, Causeur a des avis sur tout, c’est sa vocation. Ils sont aiguisés, tranchants, et parfois contradictoires. Il émerge de ce brouhaha qui n’est pas antipathique, une tentative de réhabilitation intellectuelle des forces réactionnaires qui l’est moins et symétriquement, la dénonciation aveugle de la gauche politique et culturelle sous toutes ses formes. Mais à ne pas vouloir choisir, ni parmi ses adversaires, ni parmi ses alliés, Causeur risque, à l’instar de la Manif pour tous, de capituler sur l’essentiel : le sentiment républicain. [/access]

*Photo: abode of chaos.

Septembre 2013 #5

Article extrait du Magazine Causeur


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Avocat au barreau de Paris, ancien président de l’UEJF, est vice-président du groupe socialiste au Conseil de Paris.

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