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Le ciel, le soleil… et plus de mer

Le ciel, le soleil… et plus de mer

mer aral nourpeissov

Pour l’Occidental moyen, partir à la mer n’est qu’un rituel estival parmi d’autres. De Palavas-Les-Flots aux plages thaïlandaises, il peut s’adonner à ses pires turpitudes sans autres limites que la loi locale. Il en va différemment des peuples de pêcheurs. Nous autres modernes savons désormais que les mers sont mortelles. Au cas où nous préférerions oublier, l’écrivain kazakh Abdijamil Nourpeissov nous met les bottes dans la mer d’Aral, ce grand lac dessalé qui comptait autrefois parmi les plus grandes étendues d’eau mondiales.[access capability=”lire_inedits”] Son sublime roman Il y eut un jour et il y eut une nuit, écrit en 2000 mais dont L’Âge d’Homme publie aujourd’hui la traduction inédite, nous plonge dans 500 pages d’écume brûlante au cœur d’un paysage dévasté. En ces années brejnéviennes, les aouls[1. Villages.] de pêcheurs ployaient sous les coups de plans quinquennaux pharaoniques. La quête d’un improbable or blanc a ainsi justifié le tarissement des fleuves Syr-Daria et Amou-Daria, vouant la mer à la culture de champs de coton et les pêcheurs à la migration. « La pauvre mer condamnée ressentait une soif terrible, ressemblait à un malade vivant ses derniers jours », ainsi que la dépeint le lyrique Kazakh. Ajoutez les flots de handicapés mentaux que charrient les expériences militaro-industrielles de Baïkonour et la désolation sera complète.

Un tel décor, servi par la précision naturaliste de Nourpeissov, reléguerait presque au second plan l’intrigue romanesque entre le mari (é)perdu, l’apparatchik sans scrupules et l’épouse délaissée dont les destinées s’évanouissaient dans l’enfer neigeux. Au pays où Allah fait bon ménage avec la vodka, l’auteur nous prodigue une leçon de vie magistrale, dispensée dans un style immaculé : « Vivant au sein d’une nature mutilée et profanée, tout homme deviendra un éclopé ». Nous voilà prévenus…[/access]

Il y eut un jour et il y eut une nuit, Abdijamil Nourpeissov (trad. Athanase Vantchev de Thracy),  L’Âge d’Homme, 2013.

*Photo : MaryjoO.

Eté 2013 #4

Article extrait du Magazine Causeur


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