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Ces jeunes plantes montées en haine

Anatomie de l’endoctrinement islamiste


Ces jeunes plantes montées en haine
Mohamed Louizi Photo DR.

Dans Graines du mal (FYP Editions), Mohamed Louizi décrit les méthodes employées par les islamistes pour inculquer leurs idéologies totalisantes dans la tête des enfants.


Ancien militant islamiste ayant rompu avec les Frères musulmans il y a pile vingt ans (en octobre 2006), Mohamed Louizi est un « doux radical » du combat humaniste, qui n’est pas sans rappeler Boualem Sansal, la foi en plus. Après un premier récit paru en 2016, dans lequel il revenait sur ses quinze ans d’engagement frériste, puis un ouvrage d’éclairages sur l’histoire complexe de l’islam publié en 2017, il aborde aujourd’hui le cœur du projet djihadiste : l’emprise idéologique, inscrite sous le sceau de la peur, exercée sur les enfants.

Avertissement

Imane, Hugo, Fatoumata, Ibrahim, Chloé, Moussa, Rachid et Abdelalim sont les protagonistes de Graines du mal. Personnages fictifs, ces enfants incarnent pourtant des trajectoires bien réelles. Car Louizi écrit de l’intérieur, c’est ce qui fait sa force. Il assume de dire « je » et n’hésite pas à évoquer le militantisme qui fut autrefois le sien auprès des jeunes, au Maroc puis en France. Il raconte même – on imagine le courage que cela requiert – comment il tenta jadis d’endoctriner sa fille aînée, alors qu’il était un jeune père encore acquis à la cause.

Dès l’avertissement, il revendique de parler « de l’islam et non de l’islamisme ». Un parti pris assumé et argumenté qui donne au livre toute sa cohérence. La fracture rhétorique avec le discours politico-médiatique classique n’en est pas moins nette. En Europe, ceux qui, à l’instar de Louizi, assument une critique frontale de l’islam, ceux qui voient la religion et le fait politique comme un tout, ceux qui refusent de réduire le problème à une dérive marginale, sont ostracisés voire judiciarisés.

Le constat de départ est connu : décrochage de nos quartiers périurbains peuplés majoritairement d’immigrés, écart des réussites scolaires que la précarité n’explique pas à elle seule, contestation des enseignements, tensions autour de la laïcité. Si, pour décrire le phénomène, Louizi s’appuie notamment sur les données de la Cour des comptes, les enquêtes PISA et les enquêtes d’opinion, la force de sa démonstration est ailleurs.

Alors que les politiques publiques raisonnent en rénovation du bâti ou en dédoublement de classes, autrement dit en appelant à « toujours plus de moyens », l’auteur désigne un « mur » plus déterminant que ceux qui font se tenir debout les établissements scolaires : le mur mental. À quoi bon augmenter les moyens si, en dehors des enceintes de l’Education nationale, on inculque à l’enfant que ce qui est enseigné en classe est illicite ?

Quand l’islam fait peur

Pour nous faire comprendre cette mécanique, Louizi file une métaphore. Douze « graines », avance-t-il, sont plantées dans les jeunes esprits, tel un « moteur de la peur » à douze pistons qui maintient l’individu sous contrôle par l’isolement affectif, la menace de l’au-delà et la surveillance entre pairs. Louizi ausculte avec précision chacune de ces douze graines : la soumission à Allah, la vision binaire d’un monde composé de loyaux envers Allah et d’ennemis d’Allah, la pureté des origines islamiques, la haine antijuive, la dénonciation permanente d’un complot contre les musulmans, le rejet de la démocratie et de « l’Occident pilleur », la traque et la persécution des apostats, la sacralisation de la langue arabe, la mythification de la mort, l’invisibilisation des femmes et le séparatisme, c’est-à-dire la vie à l’écart des ennemis de la religion.

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Dans un passionnant interlude intitulé « L’islam est une matrice islamophobe », Louizi montre comment l’islam se sert de la peur pour régner sur les fidèles. La peur de la liberté de conscience, la peur du corps, la peur de l’autre, la peur de l’enfer. Pour l’auteur, c’est là la clé qui permet de comprendre le passage à l’acte jihadiste, analysée comme une projection extérieure de la terreur intérieure qui habite le croyant radicalisé. Pour étayer sa thèse, Louizi convoque Hannah Arendt ainsi que la notion de « totalitarisme d’atmosphère » empruntée à la sociologue Nathalie Heinich.

Mais Graines du mal n’est pas seulement un réquisitoire. L’épilogue intitulé « Le chemin de la liberté », change de registre. Il s’ouvre par une fable sur les origines de la vie en société. Au départ, les hommes, effrayés par une éclipse, inventent le rite du sacrifice et s’en remettent au pouvoir des prêtres. Puis vient le « premier dissident » qui préfère observer les astres. C’est sur les pas de ce dissident que Louizi essaye de marcher depuis 2006, décrivant sa foi intime comme ouverte sur le cosmos et libérée de la peur.

Regarder le danger en face

A travers sa propre expérience, il s’adresse aux parents et aux enfants musulmans pour qui la religion est devenue un carcan. Il leur rappelle les vers du poète libanais arabophone Elia Abu Madi (1890-1957) au sujet d’un petit caillou dont l’absence fait céder le barrage. Tel un gravier, chacun peut résister à la puissance d’une idéologie totalitaire qui dévaste tout sur son passage. Avec ce livre d’alerte et d’espérance, Louizi continue de tracer sa voie humaniste singulière, qui envisage la raison humaine jamais comme entièrement détruite mais « seulement débranchée ». Et de lancer cet appel aux enseignants, aux éducateurs, aux élus et aux parents : apprendre à un enfant à douter, c’est lui rendre sa capacité à freiner sa chute dans l’idéologie totalisante, notamment religieuse.

A l’heure où l’usage multiple des « -ismes » sert plus à cacher le réel qu’à regarder le danger en face, on ne peut que recommander ce récit très personnel, celui d’un homme qui a connu la machine de l’intérieur et en est sorti, tel Soljenitsyne, pour témoigner. Une œuvre d’autant plus remarquable qu’elle a demandé à son auteur une immense bravoure physique et psychique, si rare dans notre société occidentale tétanisée, elle aussi, par la peur et vidée de son énergie vitale.

Mohamed Louizi est un homme à l’engagement calme et discret. Sa manière d’être lui a valu menaces, calomnies et isolement. Résultat, il n’est quasiment jamais invité dans les médias pour raconter son histoire. Espérons cependant que, cette fois-ci, son ouvrage sera lu, conseillé, partagé, sans être pillé comme ses précédents écrits hyper-documentés le furent par certains journalistes ou experts autoproclamés.

360 pages



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est enseignante.

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