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Le nouveau visage monstrueux de DC Studios

Connaissez-vous Clayface? Une gueule d’ange à tomber par terre!


Le nouveau visage monstrueux de DC Studios
Tom Rhys Harries © Warner Bros.

Avec ce thriller horrifique et multi-référentiel consacré à l’un des ennemis les plus fascinants de Batman, le Britannique James Watkins réconcilie le film de super-héros, la romance gothique et la grande tradition du body horror.


Attention, quelques révélations argileuses dans les lignes qui suivent…

Voici sans doute l’une des meilleures adaptations d’un personnage de DC Comics qu’il nous ait été permis de voir sur grand écran ! Le principal responsable en est assurément son réalisateur, le petit gars de Nottingham, James Watkins, déjà auteur des excellents Eden Lake et La Dame en noir, pour les fans et les connaisseurs de cinéma horrifique. Sans oublier un scénario signé Hossein Amini et le légendaire Mike « Stephen King’s adapted movies » Flanagan, également auteur de l’histoire originale et que l’on ne présente plus…

De gueule d’ange à gueule d’argile

Pour les puristes de comics américains, précisons qu’il s’agit du troisième long métrage du nouveau DC Universe et qu’il appartient à son premier chapitre, intitulé Gods and Monsters. Le film est centré sur le personnage complexe, ambivalent et polymorphe de Gueule d’argile, Clayface en version originale, identité criminelle successivement endossée par plusieurs adversaires de Batman. Si la première incarnation, Basil Karlo, fut créée en 1940 par Bill Finger et Bob Kane, celle de Matt Hagen, dont s’inspire librement le film, apparut en 1961 sous la plume de Bill Finger et le crayon de Sheldon Moldoff.

Mais il n’est évidemment pas nécessaire d’être un spécialiste pour suivre ce thriller romantico-surnaturel au cœur d’un Gotham City plus polarisé que jamais entre ses bas-fonds mal famés et clochardisés et, aux antipodes, ses boîtes de nuit aux néons scintillants réservées aux milliardaires et aux happy few, points de ralliement électriques et pervers pour stars du show-business et mafieux véreux.

Matt Hagen, interprété par l’athlétique Gallois Tom Rhys Harries, est un jeune acteur à la frimousse angélique, issu d’un milieu défavorisé, qui vient d’être nommé dans la catégorie du meilleur acteur pour la prochaine cérémonie des Oscars. Mais sa vie bascule lorsqu’il a l’outrecuidance de se laisser séduire, le soir même, par la vamp Mia Torrez, incarnée par Joana Ribeiro, elle-même acoquinée au caïd local barbu dénommé Markos Szabo, joué par David Dencik. Un méchant caricatural en costard, au regard noir et au patronyme à consonance magyare, qui fait un peu désordre dans l’Amérique trumpiste…

Littéralement défiguré au cours d’une expédition punitive dans son appartement, le pauvre Matt n’a d’autre issue que de se porter volontaire pour devenir le cobaye clandestin d’une opération chirurgicale enfreignant évidemment toutes les règles élémentaires de la bioéthique. Au domicile de la Dr Caitlyn Corr, incarnée par la Britannique Naomi Ackie, il se fait injecter de puissantes nanites, minuscules agents artificiels capables de régénérer les tissus endommagés. Le résultat est quasi miraculeux : Matt retrouve un visage propre et lisse et pense pouvoir revenir illico dans le grand bain de la célébrité…

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Mais c’était évidemment sans compter sur les réactions impromptues de son corps et de ses tissus cellulaires, qui présentent la désagréable particularité de se dégrader rapidement, surtout lorsque Matt rumine sa rancœur et échafaude une hypothétique vengeance contre celles et ceux qui ont ruiné sa vie et sa carrière. La métaphore est en elle-même magnifique : le corps devient le réceptacle monstrueux des tourments de l’âme.

Et c’est parti pour un grand huit immersif de près de deux heures dans le corps et la tête de ce cher Matt, dont le visage, vous l’aurez compris, évolue de Charybde en Scylla… ou plutôt de gueule d’ange en gueule d’argile ! L’argile étant ici un doux euphémisme pour désigner une très répugnante pâte à modeler organique qui va lui permettre de prendre l’apparence des salauds qu’il ambitionne d’éliminer, en leur faisant préalablement mordre la poussière… ou les revêtements chics de bureaux de Gotham City.

Body horror et tyrannie des apparences

Quantité de références à l’Histoire du cinéma mondial parsèment cet excellent divertissement, du Fantôme de l’Opéra dont le cinéma n’a cessé de réinventer la légende et qu’Alexandre Castagnetti ressuscite à son tour sur les écrans français ce mercredi 28 octobre à l’indépassable classique Les Yeux sans visage de Georges Franju, de La Mouche de David Cronenberg à Darkman de Sam Raimi, sans oublier Bruiser de George A. Romero, autre fable cruellement ironique sur un homme humilié dont l’effacement du visage libère les pulsions vengeresses.

On pense encore à Basket Case de Frank Henenlotter, à The Substance de notre chère Coralie Fargeat tricolore, et même au mythique Scarface de Brian De Palma, au détour d’une scène enivrante, vertigineuse et surchauffée au sein du Vesuvo, la boîte de nuit, bien nommée, du mafieux Szabo. De Franju à Cronenberg, de Romero à Raimi, le visage mutilé ou recomposé n’est jamais un simple effet horrifique : il devient le champ de bataille où s’affrontent l’identité intime, le regard social et la monstrueuse tyrannie des apparences.

Le parallèle avec Bruiser apparaît à cet égard particulièrement fécond. Dans le film de Romero, le visage de Henry Creedlow devient une surface blanche et vide, traduction plastique de son effacement social et de l’anéantissement de sa personnalité. Chez James Watkins, celui de Matt Hagen devient au contraire une matière saturée de formes possibles. Romero filmait un homme auquel la société avait retiré toute identité ; Clayface raconte le calvaire d’un homme qui, devenu capable d’emprunter toutes les identités, ne parvient plus à retrouver la sienne. Cette tragédie du visage rejoint directement La Mouche de David Cronenberg. Comme Seth Brundle / Jeff Goldblum, Matt accepte une expérience scientifique censée réparer ou améliorer son existence, avant que son propre corps ne devienne autonome, instable et monstrueux. Le héros ne se contente plus de porter le monstre en lui : il le devient biologiquement. Mais là où la métamorphose de Brundle est inexorable et entropique, celle de Matt demeure plastique, mouvante et mimétique. Il transforme ainsi sa perte d’identité en une faculté d’usurpation dont il ne tarde pas à devenir lui-même le prisonnier.

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Clayface pose dès lors les questions fondamentales de la dictature de l’apparence et de la célébrité à tout prix dans nos sociétés hyperconnectées, où règnent le culte de l’instant, l’obsession de l’image et la tyrannie d’une beauté manufacturée, retouchée et réparée jusqu’à l’abjection. À Gotham comme à Hollywood, le visage n’est plus seulement le miroir de l’âme : il est une marchandise, un passeport social et, lorsqu’il se décompose, une condamnation à mort professionnelle.

Les spectatrices devraient tomber raides dingues du beau Matt… du moins avant qu’il ne commence à perdre la face, au sens le plus littéral du terme ! Quant aux spectateurs, jeunes ou moins jeunes, ils pourront toujours se laisser ensorceler par la vénéneuse Mia ou confier leurs chairs défaillantes à la douce doctoresse Corr, chirurgienne de l’impossible dont le patronyme semble annoncer que, dans cette histoire, tout finira nécessairement par se corrompre. Mais à Gotham – chacun devrait pourtant le savoir – derrière les plus beaux visages mijote toujours quelque chose de passablement répugnant, comme si la décomposition des chairs devenait le reflet organique d’une certaine Amérique décrépite et déliquescente…

Actuellement dans les salles. 1h 48



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