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Macron-Burnham, Farage-Bardella: dansons le quadrille à Londres !


Macron-Burnham, Farage-Bardella: dansons le quadrille à Londres !
Le roi et la reine d'Angleterre, accompagnés du président français, Emmanuel Macron, et de Mme Brigitte Macron, ainsi que du Premier ministre, Andy Burnham, et de Marie-France Van-Heel, visitent l’exposition consacrée à la tapisserie de Bayeux au British Museum, Londres, 2 septembre 2026 © Richard Pohle/WPA Pool/Shutterstock/SIPA

Le président Macron était à Londres pour rencontrer le nouveau Premier ministre Andy Burnham et rappeler que, depuis le Brexit, l’entente cordiale demande encore quelques séances de thérapie. Pendant ce temps, Jordan Bardella était à Birmingham pour sceller avec Nigel Farage une nouvelle «entente cordiale» anti-immigration, avant que Channel 4 ne vienne gâcher la fête… Jeremy Stubbs raconte. 


Mercredi soir, c’était la Tapisserie de Bayeux, le roi et la reine, des petites blagues diplomatiques et des grandes déclarations d’amitié entre les peuples… Jeudi, c’étaient plutôt des négociations tendues sur des questions vitales – comme l’immigration illégale à travers la Manche – pour Emmanuel Macron et son hôte, le Premier ministre travailliste, Andy Burnham. Presque au même moment, Jordan Bardella faisait lui aussi la traversée de la Manche – afin de soutenir son homologue populiste de droite, Nigel Farage. Cet autre binôme a fait une tentative conjointe, à l’occasion de l’université d’été de Reform UK, de voler la vedette au couple Macron-Burnham sur la question de l’immigration. Mais c’était sans compter sur une intervention calculée par les forces du progressisme…

« Les Tories et le Labour ne mettront jamais fin à l’invasion de notre pays. Jordan Bardella et moi arrêterons les bateaux pour toujours », a promis Nigel Farage à son auditoire. Birmingham, aujourd’hui. Photo RS.

Une partie de canotage dans la Manche ?

Pour le président Macron, sa visite à Londres prolongeait ses tentatives pour réparer les relations franco-britanniques, après l’ère des bisbilles avec Theresa May, Boris Johnson et Liz Truss. Du côté de M. Burnham, la visite du président français représentait son premier vrai défi à l’international. Simple maire d’une ville (malgré l’importance de Manchester) jusqu’au 20 juillet dernier, parachuté au 10 Downing Street sans la légitimité qu’apporte une élection nationale, Burnham n’était pas du tout une figure internationale et a peu d’expérience géopolitique. Sa première visite à l’étranger, le mois dernier, pour soutenir M. Zelensky à Kiev, dans la pure tradition de la « Coalition des volontaires », n’a rien eu de controversé. Macron était son premier invité de marque à Downing Street. Bien que l’occasion ait été l’arrivée au British Museum de la tapisserie (en fait une broderie) de Bayeux, la venue du chef de l’État français symbolise bien les nouvelles priorités en politique étrangère des uns et des autres. Burnham, comme presque tous les travaillistes, comme beaucoup de Britanniques, veut resserrer les liens avec l’Europe, et la France est, depuis toujours, la porte d’entrée du continent terrestre. Et l’UE, la France en tête, a besoin du Royaume Uni pour renforcer à la fois ses capacités dans le domaine de la défense et sa résistance, sur le plan économique, face à la Chine et aux Etats-Unis. MM. Burnham et Macron se sont donné une grande accolade comme de vieux amis. En réalité, c’était deux ex-grandes puissances qui se serraient de froid dans un monde qu’elles ne font plus trembler.

Ils ont pu néanmoins se féliciter de la réduction du nombre de migrants qui traversent la Manche. Le total est au plus bas depuis 2019. Cette année a vu, pour l’instant, l’arrivée de 16 500 personnes dans des canots pneumatiques, une réduction de 43% par rapport à 2025. Les autorités françaises interceptent 61% des embarcations lancées. Certes, ce succès est le résultat de la nouvelle approche des autorités des deux côtés de la Manche, mais c’est dû aussi à des facteurs géopolitiques comme la stabilisation relative de la Syrie. Burnham et Macron ont annoncé la création d’une nouvelle force de 45 policiers français capable de se déplacer sur toute la côte à l’ouest de Calais, jusqu’à Dieppe et au-delà. Car, comme l’a souligné M. Burnham, les trafiquants de migrants sont constamment en train de changer de tactique. Sous la pression des interventions des forces de l’ordre autour de Calais, ils vont plus loin pour lancer leurs bateaux. Ils ont recours aussi à des canots de plus grandes dimensions – des méga-dinghys qui transportent en moyenne 80 personnes. En août, le record a été battu quand un dinghy de 15 mètres a traversé la Manche avec 230 migrants à bord.

La nouvelle équipe de 45 agents tricolores n’aura pas le droit automatique d’intervenir une fois que les canots sont dans l’eau (sauf en cas de danger de mort pour les « passagers »). Aujourd’hui, 1 050 membres des forces de l’ordre sont déployés côté français, financés en grande partie par le Royaume Uni. Sur ce nombre, seules deux unités, totalisant 125 agents, sont habilitées à intervenir dans l’eau. Outre-Manche, les médias de droite, surtout de la droite populiste, font grand cas de vidéos où on voit des gendarmes qui, les bras croisés, regardent des canots chargés de migrants partir pour l’Angleterre. Les commentateurs mettent l’impuissance des gendarmes sur le compte de la mauvaise volonté, sans comprendre – ou vouloir comprendre – que l’action de ces derniers est entravée par la loi exactement comme celle de leurs homologues anglais.

Le tabloïd de droite The Sun n’a pas été impressionné par la diplomatie de Burnham, le comparant, sur sa une, au roi anglais, Harold, réputé blessé à l’œil par une flèche normande à la bataille de Hastings. Une scène de la tapisserie de Bayeux figurait au-dessus du commentaire suivant, caractérisé par la mauvaise foi habituelle : « Pendant que les canots pneumatiques continuent d’arriver, la France ne propose que 45 flics fainéants de plus ».

Du Brexit au « Made in Europe »

A part la question des migrants, il y a eu des échanges sérieux sur l’avenir du détroit d’Ormuz, ainsi que l’aide à donner à Kiev, notamment la permission de fabriquer en Ukraine le missile franco-britannique, le Scalp/Storm Shadow. Mais surtout, les deux dirigeants ont discuté du rapprochement en cours entre le Royaume Uni et l’Union européenne. Ici, deux des grandes rubriques sont la défense et l’échange de droits d’émission de carbone. Pourtant, Londres craint que le grand plan développé par l’Europe pour sauvegarder et relancer son industrie, « Made in Europe », fasse du tort à des secteurs-clés de l’industrie britannique, notamment l’acier. Le gouvernement a entrepris une campagne de lobbying dans toutes les capitales de l’UE afin de persuader les États-membres que, exclure le Royaume Uni de certains aspects du plan, conçu par exemple pour protéger l’acier européen contre les importations chinoises, mettrait en danger la contribution britannique à des chaînes d’approvisionnement vitales pour Europe. De son côté, l’UE exige du Royaume Uni des concessions au sujet de la circulation des étudiants, notamment la possibilité pour des étudiants européens de payer les mêmes frais de scolarité dans les universités outre-Manche que les Britanniques – plutôt que les prix faramineux payés par les autres étudiants étrangers. Il devait y avoir une réunion au sommet en juillet pour discuter de ces questions, mais comme M. Starmer partait et M. Burnham arrivait, l’événement a été remis à novembre. Entretemps, donc, Burnham a essayé d’amadouer Macron, qui reste toujours un des leaders européens les plus intransigeants sur les concessions à faire aux Britanniques après le Brexit.

Danse avec les stars

Pendant ces discussions au 10 Downing Street, Nigel Farage, autrefois l’homme du Brexit, aujourd’hui le patriote anti-immigrationniste, lançait l’université d’été (en anglais, on dit « Party conference ») de sa formation politique, Reform UK. Après des accusations cette année concernant ses finances personnelles et le financement du parti, qui ont conduit Farage à démissionner de son siège et à se faire réélire dans la même circonscription au mois d’août, l’objectif principal de l’événement était de faire oublier les questions de finance et de probité pour focaliser l’attention générale sur l’offre politique du parti. Bref, il s’agissait de présenter Reform UK comme un parti de gouvernement plutôt que comme la bande à Nigel. A cette fin, M. Farage voulait – comme M. Burnham – rehausser son image d’homme politique international, en invitant Jordan Bardella à l’ouverture du grand événement à Birmingham. Le dauphin de Marine Le Pen a fait un discours devant les militants britanniques qui ressemblent le plus aux siens de l’autre côté de la Manche. Il leur a assuré – utilisant un vocabulaire qui rend hommage à l’esprit, sinon à la lettre, du Brexit – que la France, comme le Royaume Uni, doit « reprendre le contrôle de l’immigration ». Il a promis que, si le RN arrive au pouvoir, le gouvernement français « fera tout son possible pour garantir que la France ne soit plus une porte d’entrée pour l’immigration illégale au Royaume Uni ». Farage a répondu en parlant d’une « nouvelle entente cordiale » et les deux hommes ont exhibé à la foule une sorte de parchemin qui représentait un protocole d’accord (« memorandum of understanding ») pour mettre fin définitivement au trafic de migrants à travers la Manche. Voilà de quoi en emboucher un coin au deux dirigeants élus qui à Downing Street ne discutaient que de leurs modestes succès contre les canots.

Sauf que… les forces du progressisme ont réalisé un grand coup pour essayer de plomber tout l’événement de Reform… et non sans un certain succès. Car jeudi soir, la veille de la grande prestation Farage-Bardella, le journal de la chaîne Channel 4 a livré les résultats d’une enquête menée par une équipe de reporters qui sont aussi des militants écologistes. Faisant grand usage de vidéos filmées en caméra cachée, des scènes montraient deux personnalités de la hiérarchie de Reform évoquer des manières de contourner la loi qui interdit des dons aux partis politiques en provenance d’étrangers. Par conséquent, très tôt vendredi matin, Farage a dû annoncer aux médias que Dan Jukes, son conseiller principal, et James Orr, responsable de l’élaboration des politiques, avaient quitté leurs fonctions en attendant les conclusions d’une enquête interne. Mais les Travaillistes et les Lib-Dems ont saisi l’occasion pour porter plainte auprès de la police qui pourrait décider de mener sa propre enquête, criminelle cette fois. Peu après l’intervention de Farage, le président de Reform Lee Anderson informait la BBC que, non, les deux hommes ne reprendraient jamais leur poste. Quelle que soit la légitimité du reportage, dont la diffusion sert à merveille les intérêts de tous les politiques et idéologues de la gauche et du centre, il est indéniable que Channel 4 a réussi à faire un croche-pied à Farage au moment où il en avait le moins besoin.

A la fin, il reste une question : qui a vraiment volé la vedette au couple de Londres et à celui de Birmingham ? Étant donné l’attention médiatique dont il a fait l’objet, même en France, c’est certainement, Larry, le célèbre chat de Downing Street. Ce matou, blanc et tabby de couleur, né en 2007 est, depuis 2011, le sourcier en chef du « Cabinet » (conseil des ministres). Au moins, lui, il n’a jamais été accusé d’accepter de l’argent douteux ou de laisser passer des intrus, des interlopes ou des illégaux.




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est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

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