Dans son roman dystopique Le Retour du Roi, David Engels ne croit plus aux lendemains qui chantent…

Professeur d’histoire romaine et essayiste politique, David Engels (1979) s’était naguère fait connaître du public cultivé par un stimulant essai, Le Déclin (Éditions du Toucan), où il comparait certains aspects de l’Union européenne avec des symptômes de la décadence romaine. Dans un autre essai, Que faire ? Vivre avec le déclin de l’Europe (De Blauwe Tijger), il proposait des pistes pour résister à ce déclin et au désespoir qu’il peut susciter.
Dans un Occident « à bout de souffle », où le moment de vérité — l’inévitable collision entre l’idéologie bien-pensante (croissance durable & vivre ensemble) et le réel — approche à grands pas, le nihilisme gagne du terrain. Dualisation féroce de la société, immigration de masse et mutation anthropologique du continent, crise financière, radicalisations idéologiques et/ou religieuses, déclin des codes et de la famille naturelle, dissolution de la culture européenne sous les coups du mercantilisme et des dogmes relativistes — le tableau est loin d’être rose, en tout cas pour qui fait encore preuve de recul, d’esprit critique et de culture historique.
A lire aussi: Sur le pont de Tolbiac, on y meurt, on y meurt…
Le Retour du Roi est son premier roman, dont le personnage principal, un intellectuel dissident et nomade, ressemble beaucoup à l’auteur. Nous le suivons de Berlin à Oxford, de Łódź à Bruxelles, traqué par l’appareil sécuritaire d’une UE à peine dystopique. De colloques en conférences, le proscrit rencontre une kyrielle de figures, du dénonciateur à l’illuminé luciférien, du résistant au vendu. Engels se contente en effet de forcer un peu le trait, sans exagérer, pour donner de notre bel aujourd’hui un tableau qui fait froid dans le dos : chômage de masse et effondrement de la classe moyenne, mainmise chinoise (avec présence militaire !), loi islamique appliquée avec générosité et wokisme obligatoire, guerre civile de moins en moins larvée… Et, partout, l’aveuglement, le fanatisme et la lâcheté.
En vérité, Engels décrit un effrayant phénomène que les historiens de la Rome républicaine connaissent bien : la proscription. Le crime de son proscrit ? « Inciter à la haine », pour citer l’incantation officielle, qui permet de priver une cible, n’importe laquelle, de ses libertés. La réalité est tout autre : cet intellectuel nourri, comme Engels, de Tolkien et de Spengler, se cabre face à l’effondrement de sa civilisation. Les pages les plus émouvantes du roman illustrent cette mélancolie qui frappe les amoureux de l’Europe, qu’il faut désormais qualifier d’ancienne. Un fragile espoir naît avec le couronnement d’un roi… en Syldavie, possible étape vers la Restauratio Imperii.
A lire aussi: Rappeneau, la grâce et l’enchantement
Engels confie qu’il s’agit là d’un livre de commande, ce qui apparaît vite aux yeux du lecteur attentif. Roman à thèse, engagé donc, rédigé à la hâte et dans une optique explicative (avec quelques ficelles un peu grosses), Le Retour du Roi n’évite pas toujours une sorte de prêchi-prêcha paléo-conservateur, rendu plus indigeste encore par des affirmations sur la foi catholique, « seule et unique voie salutaire », ou sur le Notre-Père comme universelle formule magique. Le salut par la messe en latin paraît bien illusoire…
Une citation me paraît résumer l’éthique, respectable, de David Engels : « Fortifier et défendre une civilisation vieillissante n’est pas moins héroïque que d’étendre ses frontières au temps de sa jeunesse. »
David Engels, Le Retour du Roi, Editions du Verbe haut, 294 pages.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !


