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Poutine / présidentiables: un tragique décalage

Le billet politique de Philippe Bilger


Poutine / présidentiables: un tragique décalage
La police allemande inspecte un champ près d'un poste électrique de l'opérateur Amprion, près de la ville de Bergheim, après un incident considéré comme un acte d'ingérence russe. Allemagne, le 2 septembre 2026 © Henning Kaiser/DPA/SIPA

Sabotage d’un poste électrique à Bergheim, attaque au drone à Leipzig: en Allemagne, la guerre hybride russe s’installe au cœur de l’Europe. Pendant ce temps, en France, François Ruffin et Dominique de Villepin rivalisent de belles formules… Le débat politique français semble désespérément hors-sol, regrette Philippe Bilger


Vladimir Poutine menace de plus en plus l’Europe, par toutes sortes d’attaques et d’offenses. Il la teste, vérifie la fiabilité de ses lignes rouges, la rapidité de ses réactions, la force ou non de son consensus. Il y a eu Leipzig et les drones, et l’intelligence du processus allemand pour en identifier à coup sûr les responsables : la Russie y est indiscutablement impliquée. Auparavant, il y avait eu plusieurs incidents, apparemment bénins, des immixtions visant à déstabiliser notre campagne présidentielle et certains candidats, une intrusion cynique dans notre espace démocratique, au propre comme au figuré, avec cette certitude et cette arrogance sans pareilles, comme si notre faiblesse était acquise et notre modération garantie.

Cette offensive multiforme de la Russie de Poutine est devenue tellement préoccupante et dangereuse que d’aucuns, par exemple Frédéric Encel, le 2 septembre sur BFM TV, n’hésitent plus à parler d’« esprit munichois » pour fustiger quelques passivités, soutiens et complaisances. À supposer que la prise de conscience de cette invasion subtile ou ostensible, de ces intrusions grossissant à vue d’œil, soit enfin à la hauteur, qu’oppose-t-on à cette menace sur le plan national? Certes, ce n’est qu’un débat parmi d’autres. Il y en aura de multiples, mais, pour peu qu’ils soient du même acabit, on peut, on doit craindre un terrifiant décalage entre la fureur du monde et nos dialogues républicains.

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Comment, en effet, ne pas éprouver un malaise devant l’apparente confrontation d’un François Ruffin — on avait cru comprendre qu’il s’orientait plutôt vers le Parti communiste et Fabien Roussel — et d’un Dominique de Villepin (BFM TV) ? Heureux de se retrouver l’un face à l’autre, tous deux abondaient en formules pour complaire à leur public : l’ancien Premier ministre distillait ses nobles banalités, son lyrisme vague et incantatoire (surtout bien se garder du factuel !), tandis que son contradicteur, qui l’était si peu, était très fier de ses saillies comme « il faut faire dérailler le train », en évoquant la France et une esquisse d’union nationale qu’il serait bien incapable de réaliser.

Il n’était pas question, dans ces échanges, d’aborder les réalités internationales, même si Dominique de Villepin n’a pas manqué — passage obligé — de vitupérer Donald Trump, mais tout de même ! Comment imaginer que ces personnalités noyées dans leur verbe soient un jour capables de prendre la mesure du dictateur Poutine et de la stratégie redoutablement efficace et meurtrière de la Russie ? Le hiatus était accablant entre ce qu’elles nous montraient et ce qui, chaque jour, ajoutait à la folie et à l’horreur de notre univers !

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J’ose à peine le dire, mais, face à ce gouffre, il y avait comme une vague nostalgie de François Hollande qui, dans le registre international, n’avait pas été médiocre ni tendre, ou même de la « grande gueule » d’un Jean-Luc Mélenchon, avec évidemment l’illusion qu’il saurait l’avoir partout ! On ne peut plus se permettre d’avoir des nains, authentiques ou se surestimant, face à l’absolue perversion des géants ou des caractériels. Le 2 septembre au soir, j’ai eu un coup de blues.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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