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Algériens d’opérette

Mais qu’est-ce que les Algériens ont bien pu faire à Jean-Paul Brighelli ?


Algériens d’opérette
Quartier du Vieux-Port à Marseille, après le match Algérie / Congo, le 6 janvier 2026 © Frederic MUNSCH/SIPA

Qu’est-ce que les Algériens ont bien pu faire à notre chroniqueur? Ceux qui vivent « là-bas » sont généralement pacifiques, pas du tout obnubilés par le passé, ils forment la première nation d’Afrique grâce à leur sage gestion de ressources infinies, et ils n’exercent aucune discrimination sur les Kabyles. Quant à ceux qui vivent ici, ils sont généralement polis, amicaux, travailleurs, et tout à fait disposés à s’intégrer. Et ne s’adonnent pas à la délinquance, ni à l’islam des caves et des cavernes. Alors? Comment expliquer la diatribe qui suit?


« Pourquoi il se casse le cul avec son nationalisme, Nonœil1 ? Pourquoi ressent-il l’étranger comme une souillure ? Il a rien pigé ! Qu’on les laisse venir et s’installer à leur guise, jamais la France ne deviendra maghrébine, parce que c’est la terre qui fait les hommes. En trois générations : gloup ! Absorbés, nos petits crouilles. Français, fils de Gaulois ! Ramadan mon cul ! Champagne pour tout le monde ! Coq au vin ! Le Chat Noir aura remplacé le tchador ! Ils seront bretons, comme le Jean-Marie. Ils fêteront l’arrivée du beaujolais nouveau. J’en connais des tombereaux : fils et déjà plus français que toi. Assimilés à outrance. Diplômés, techniqués. Tamanrasset ? Fume ! Ils préfèreront Dunkerque. T’as oublié les bagnoles à kroum, les syndicats, le club Med, la machine à laver, la bouffe congelée, l’école laïque, la Roue de la Fortune et toutes ces françaiseries amollissantes qui nous enveloppent de graisse et de cholestérol. Voilà le mot-clef lâché, on les annexera par le cholestérol, mon vieux Cyclope. Ils seront francisés grâce au cochon qui leur faisait si peur. »
(Frédéric Dard, alias San-Antonio, Y en avait dans les pâtes, 1992)

Mais ça, c’était avant. Né en 1921, Frédéric Dard a connu les Algériens venus en France, avant et après l’indépendance de leur pays, pour travailler à la reconstruction du pays puis à l’essor des Trente Glorieuses. Des hommes (principalement) travailleurs, souvent adeptes du veston-cravate, le dimanche, portés par un désir d’intégration — que la politique du logement et des salaires pratiquée alors ne favorisait qu’à la marge. Lorsque Lionel Stoléru, jamais en retard d’une idée saugrenue, leur proposa un « million » (en fait, 10 000 francs) comme prime de départ, il n’eut aucun succès : ces Algériens avaient été naturalisés par leur travail, et par un certain air de liberté qui régnait alors sur l’Hexagone.

Leurs enfants — la deuxième génération — furent élevés d’une main de fer, et incités à devenir de bons petits Français. Cette attitude s’est maintenue et intensifiée après le rapprochement familial instauré en 1976. La pratique de l’islam était fort discrète, le ramadan était une pratique privée, aucune femme n’était voilée (« C’est bon pour là-bas », m’a expliqué un jour une Algérienne récemment immigrée).

Parenthèse. Les petits Algériens arrivés en France dans les années 1970 n’étaient pas plus stupides que leurs homologues français. Mais ils étaient quasiment illettrés, grâce à l’habile politique du gouvernement algérien. Leur attribuer la responsabilité de la baisse de niveau qui résulta du collège unique, instauré la même année, est fort injuste — et en même temps, c’est vrai : mieux formés, mis dans des classes à horaires renforcés, nourri de français et de maths, ils auraient sans peine rattrapé les petits Français de souche — comme le firent à la même époque les jeunes boat people qui s’étaient enfuis du Vietnam et du Kampuchéa libérés…

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Vint la troisième génération, née vers la fin des années 1980 — que San-Antonio, qui meurt en 2000, n’a pas vraiment connue. Ces enfants-là retournent encore parfois au pays pour les vacances, et se prendront pleine face les répercussions des horreurs de la guerre civile algérienne (la « décennie noire » de 1992-2002). Travaillés au corps par l’islam rigoriste du Front Islamique du Salut et les pratiques terroristes du GIA, influencés plus tard par l’entrisme des Frères musulmans, certains d’entre eux se revendiquent plus Algériens que les natifs du pays — en tout cas plus Algériens que leurs parents et leurs grands-parents, accusés d’être des « Oncle Tom », comme disent les Noirs américains.

Généralement incapables de parler et de lire l’arabe littéraire, ces néo-fondamentalistes n’ont avec le Coran que des rapports incertains. Mais ils en répètent les mantras que leur enseignent les prêcheurs islamistes : voilement des femmes, prières en public, hurlements hystériques à l’occasion des matchs de foot de leur pays rêvé où ils ne se rendent quasiment plus jamais (on se rappelle la Marseillaise huée et l’envahissement du terrain, lors d’un France-Algérie de sinistre mémoire au Stade de France le 6 octobre 2001). Ainsi est née une frange de Français résolument hostiles à la France.

Les réseaux sociaux, en permettant la diffusion à grande échelle des prêches et des anathèmes antisémites, n’ont rien arrangé. Voilà une génération dont la tête est farcie de slogans imbéciles et de directives abrutissantes. Convaincus que les femmes sont des créatures inférieures, ils les voilent, les malmènent, les insultent, et refusent d’écouter en classe pour peu que l’enseignant soit une enseignante.

Il y a un cercle vicieux de la bêtise : arrivés ignares, ils repartent fanatiques, chantant les louanges d’un pays où ils ne retournent jamais, de peur de ne pas avoir une prise pour recharger leur portable.

Ajoutons que fidèles à l’enseignement de Tebboune et de ses sbires, ils rejettent sur l’héritage de la « colonisation » le retard intellectuel et économique de leur pays rêvé. On devrait leur imposer la lecture obligatoire de Boualem Sansal.

Le plus désolant, ce sont les filles. Alors que leurs aînées ont bossé dur pour échapper (avec succès souvent) à l’emprise familiale, certaines gamines d’aujourd’hui, intoxiquées de slogans abrutissants, militent désormais pour une littérature halal : Zola ou Maupassant sont nécessairement haram. Pas de sexe hors mariage, pas de violence, pas de blasphèmes — toutes choses qu’elles pratiquent, comme leurs frangins, à l’abri des regards. Tant pis pour la littérature arabe classique, si fertiles en combinaisons acrobatiques — voir les Mille et une nuits.

On mesure ce que des programmes pédagogiques honteux nous ont fait perdre en quarante ans. Pour récupérer ces irrécupérables, il faudrait les isoler de leurs familles, de leur quartier, de leur « communauté », dans des internats où les bruits du monde n’entreraient pas, selon le vœu jadis formulé par cet homme de gauche véritable qu’était Jean Zay sous le Front Populaire.

Mais allez faire comprendre ça aux partis de gauche, qui voient un nouvel électorat chez des gens hostiles à toute démocratie…

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  1. Jean-Marie Le Pen, bien sûr. ↩︎


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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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