L’ancien président que Mélenchon a qualifié de « capitaine de pédalo » et l’ancien Premier ministre qui a précipité les gilets jaunes sur les ronds-points pendant des semaines ont débattu à la télévision. Une émission qu’il ne fallait pas rater.
François Hollande et Édouard Philippe entendent bien se démarquer dans la course à l’Élysée. L’ex-président et l’ex-Premier ministre se sont confrontés lors d’un débat télé le week-end dernier. À défaut de projet contre projet, ça a été banqueroute contre banqueroute…
Édouard Philippe et François Hollande ont débattu ce samedi 29 août. Public Sénat, sans rire, a qualifié le duel de « choc des titans », reprenant le mot d’un spectateur. On sait que les titans, fils d’Ouranos et de Gaïa, divinités du panthéon, régnèrent jusqu’à ce que les dieux, menés par Zeus, les renversent au terme d’un affrontement épique raconté par Hésiode dans sa Théogonie ; et aujourd’hui le mot « titan » évoque ces géants de l’ancien monde à la force extraordinaire, disparus mais dont le souvenir hante encore les mémoires. Mais, se demande le lecteur, à quels « titans » François Hollande et Édouard Philippe pourraient-ils bien se comparer ? Hypérion, le Zénith, père du Soleil et de la Lune ? Océanos qui engendra les fleuves ? Cronos sous le règne duquel les hommes vécurent l’âge d’or ?
Cessons là les plaisanteries.
Édouard Philippe, révélateur de notre décadence, a été surnommé « Kung-Fu Panda » par ses collègues ministres (on a les références qu’on mérite) ; quant à François Hollande, « Flanby », « Pépère », « Guimauve », « Fraise des bois », fort malgré tout de son aura d’ancien président, il me fait plutôt penser à cette inscription taguée sur une maison bourgeoise du cœur de Tours : « mi dieu mi molle ». Non, décidément, s’il fallait trouver un mythe correspondant aux présidents qui se sont succédé au cours des dernières décennies, on irait le chercher dans les rois fainéants.
Pendant plus d’une heure, les « titans » ont donc débattu, Hollande prônant des hausses d’impôts, surtout contre les riches, mais pas trop quand même, Philippe prêchant l’économie des dépenses, mais aussi un petit peu de hausses d’impôts. Conversation « cordiale » a dit la presse, retour aux années 90 (L’Humanité, Marianne) ; le peuple a moins d’égards pour ses fossoyeurs : « loser n° 1 et loser n° 2 veulent nous expliquer ce qui est bon pour la France, écrit un internaute sous la vidéo. Thank you next ! » Cordialement, donc, les deux « titans » de notre politique se sont listé leurs échecs : une heure était peut-être trop courte, il eût fallu la journée. Le public applaudissait : moi aussi, derrière mon écran : eh quoi ? on ne pouvait qu’acquiescer. Ainsi l’un et l’autre, tels deux capitaines piqués au vif et se justifiant pendant que le bateau coule, de l’eau jusqu’aux genoux, défendaient leurs bilans respectifs.
Édouard Philippe aura brillé à Matignon : au terme d’une succession de réformes inutiles et d’une technicité de chambre bleue, mais qui force le respect, il a limité les routes à 80 km/h, avant de retourner détruire les comptes publics au Havre (lire le rapport de la Chambre régionale des comptes de Normandie pour les exercices 2012 à 2017 de la gestion de la ville du Havre). Aucune de ses réformes n’a eu le moindre impact sur l’état déplorable de notre nation, ses finances, sa justice, sa culture. Les suppressions de taxes ont toutes été compensées par des surtaxes parallèles (exemple de la taxe d’habitation) ; des lois, comme le plafonnement des indemnités prud’homales, se trouvent largement détournées par des créations jurisprudentielles issues de la fertile imagination des juges (cf. cette notion floue d’exécution déloyale du contrat de travail qui justifie tous les dommages et intérêts, mais après tout « jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité », écrivait Giraudoux) ; la loi Borne, sur les retraites, qui a fait couler tant d’encre, et dont on ne sait plus trop si elle est entrée en application ou non, n’a plus rien à voir avec le projet initial : finalement, la France croule sous l’endettement, les normes s’accumulent, les charges paralysent l’entreprise, l’insécurité augmente, l’éducation baisse : rien n’a changé, tout s’est aggravé. Le programme présidentiel de l’ancien Premier ministre donne une idée de son bilan : « Entre dysfonctionnements à répétition, surcharges, lenteurs incompréhensibles, sanctions inadaptées, il faut refonder la Justice. […] La France décroche. […] Nous continuons d’emprunter comme si de rien n’était : chaque année, nous léguons un peu plus de dettes à nos enfants et nous abandonnons un peu plus notre liberté à nos créanciers. […] Depuis vingt ans, le niveau baisse, le métier d’enseignant n’attire plus, l’autorité du maître s’érode. » Merci Édouard, tu étais au pouvoir. Et de promettre monts et merveilles, sur les sanctions pénales, sur le regroupement familial, sur l’enseignement et la fiscalité : on y croit ! on y croit !
Quant au bilan de François Hollande, on hésite à mettre les mains dedans ; c’est presque terrifiant : une sorte de chaos, celui-là même d’où vinrent Ouranos et Gaïa : abîme qui alla jusqu’à engloutir le mou démiurge qui l’avait pourtant creusé de ses mains : car, rappelons-le, à l’issue de son mandat, il n’osa pas même se représenter.
Au terme de la Titanomachie, les titans, vaincus par les dieux, furent enfermés au Tartare où ils payèrent leurs fautes. Et l’on n’en entendit plus jamais parler.




