Le maire de Cannes fait campagne sur le libéralisme économique – un courant de pensée qui n’a malheureusement jamais franchement connu les faveurs des Français. A droite, tout le monde a en mémoire les 3.9% du candidat libéral Madelin à la présidentielle de 2002, note le quotidien Le Monde.
Les images sont chic et choc. Le maire de Cannes, candidat déclaré aux élections présidentielles de 2027, ayant rompu avec éclat voilà peu avec son parti politique, les Républicains, donne ces jours-ci dans le symbole-qui-parle-aux-gens. Du moins l’espère-t-on du côté de ses soutiens.
«Afuera» sur la Croisette
Ainsi, il s’est montré, sourire type jeune premier au bas des marches du festival de sa clinquante ville, occupé à passer à la broyeuse le Code du travail, celui de l’environnement et, pour faire bonne mesure, celui de la commande publique. Il est vrai, qu’avec le sourire de star, l’image, la mise en scène qui marquent, qui frappent les esprits sont de rigueur sur la Croisette.
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Le message est clair. Vive la Liberté, brûlons ce qui pèse, finissons-en avec la bureaucratie castratrice, les normes oppressantes, la jungle labyrinthique des réglementations. Taillons là-dedans à la serpe, allons-y au bulldozer. Ça peut plaire. Oui, parmi ceux qui pensent que la simplification administrative et normative constitue l’alfa et l’omega de la solution aux problèmes de la France d’aujourd’hui, en effet, on est en droit d’applaudir. Alors ces enthousiastes de la première heure chantent « Vive la liberté ! Vade retro paperasse ! »
Cela dit, à entendre ceux qui sont déjà dans les stalles de départ pour 2027, c’est à dire les autres concurrents, tous nous entonnent à peu près la même ritournelle. La simplification administrative semble bien être, à chaque consultation électorale, notre monstre du Loch Ness bien à nous, le mulet de bataille et que les démocraties du monde entier nous envient. Mais si…
Un libéral perdu au pays des ronds de cuir
En fait, le petit secret à deux balles est que M. Lisnard entend revêtir l’armure du chevalier blanc du libéralisme économique, assumé, décomplexé comme se plaisent à revendiquer ses fans. Le Saint-Michel terrassant le dragon de la bureaucratie, le Fly Tox de la fourmilière des normes et règlements, l’Attila des bataillons pléthoriques de la fonction publique.
La démarche en soi est intéressante. On ne le niera pas.
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À cela près que, derrière les Codes du travail, de l’environnement, de la commande publique, il y a un fort héritage de travaux législatifs, de combats autour d’enjeux de société, qui sont eux-mêmes le produit d’une histoire, la nôtre, de certaines mentalités, celles des Français. Broyer du papier, certes, ça fait de l’image. Est-ce que cela fait un programme présidentiel, chez nous, au pays de Courteline et de Père Ubu?
Pour que cela soit, pour que le pari de M. Lisnard – du moins en l’état actuel de ce qu’on connaît de sa démarche – fonctionne, il faudrait aussi que, précisément, nombre d’habitudes et d’usages français évoluent du tout au tout. Un océan d’habitudes et d’usages, carrément. Il reste donc à savoir si broyer du papier, des Codes et des lois suffit à broyer les pesanteurs mentales qui vont avec.





