Le journaliste de Libération Jean Quatremer doit se présenter à un entretien disciplinaire vendredi prochain. Les ressources humaines du journal de gauche lui reprocheraient ses prises de position sur la Palestine et sur l’affaire Traoré. «Les pro-LFI sont à l’offensive», analyse un membre de la rédaction, sous couvert d’anonymat.
Il y a du rififi à Libération. Imaginez que je somme Sud Radio de sanctionner Françoise Degois parce que ses idées me font souffrir. Vous éclateriez de rire et à raison. Erwan Seznec raconte dans Le Point que des salariés de Libération ont organisé une Assemblée générale hier pour exprimer « un malaise, voire un mal-être » causé par des propos de Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du quotidien depuis 40 ans. Ils exigent des sanctions car, disent-ils, « la liberté d’expression ne saurait être le cheval de Troie du racisme ou des discriminations ». Quatremer n’ayant jamais été condamné pour ce type de délit, on se demande ce qu’il a dit qui torture tant ses jeunes collègues.
Le 11 février sur LCI, il estime, non sans raison, que des propos de Francesca Albanese, Rapporteuse de l’ONU pour la Palestine sont antisémites. Il observe que «la presse de droite» a «couvert la montée de l’antisémitisme», contrairement à «la presse de gauche».
Depuis, il a également reposté un tweet où Geraldine Woessner du Point ironise sur certains jeunes gens de Mediapart ou de Libé qui ont du mal avec la déontologie car malgré la décision de la Cour de cassation, ils refusent d’accepter l’innocence des gendarmes dans la mort d’Adama Traoré.
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Pour la jeune garde de Libé, tout ceci est inacceptable. Quand Daniel Schneidermann insulte copieusement Charlie Hebdo, en revanche, ça ne les chagrine pas.
Tout cela finira certainement en eau de boudin. Enfin, c’est probable mais pas absolument certain. La direction du journal prend des pincettes, et promet que la DRH écoutera tous les salariés souffrants. Jean Quatremer est convoqué vendredi, il pourrait écoper d’un simple avertissement, auquel cas il poursuivrait certainement son journal aux prudhommes.
Quelle que soit l’issue de l’affaire, elle révèle l’état d’esprit d’une partie de la classe médiatique, notamment des jeunes journalistes. Ils ont Quatremer dans le collimateur car il n’épouse pas la haine d’Israël. Et ne pas haïr l’Etat juif, selon eux, c’est raciste. Pire, il appelle ses confrères à ouvrir les yeux sur l’antisémitisme d’une partie de la « rue » musulmane. Quelle horreur ! Défense de voir ce qu’on voit.
Le plus consternant n’est pas que des journalistes incultes soient dopés à la propagande mélenchoniste mais qu’ils exigent la criminalisation des opinions qu’ils ne partagent pas. C’est une faillite de l’esprit des Lumières et même de l’esprit démocratique qui suppose que chacun accepte d’être blessé par les idées des autres. C’est une conception sentimentalo-policière du débat : il faut interdire les pensées désolantes. Le Gorafi peut fermer boutique.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale au micro de Patrick Roger




