Les réseaux sociaux seront bientôt interdits aux Français de moins de 15 ans. Mais derrière les bonnes intentions se dessinent de plus sombres desseins, estime Ivan Rioufol
Interdire : l’obsession d’Emmanuel Macron, dès qu’il évoque le numérique. Il est vrai que ce nouveau pouvoir médiatique, massif et indomptable, s’est déjà substitué à la presse connivente. Les journalistes labellisés ont acté leur inutilité démocratique en copiant-collant la pensée officielle. Le débat a trouvé refuge sur l’agora de l’internet. Le récit dominant n’y fait plus autorité. La pensée unique a perdu son monopole. C’est dans ce contexte que, mardi, les députés (dont ceux du RN) sont venus appuyer l’idée fixe du chef de l’Etat de mettre au pas ces lieux trop libres. Ils ont voté (130 pour, 21 contre) pour l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans. « C’est ce que préconisent les scientifiques, c’est ce que demandent massivement les Français », a tweeté le chef de l’Etat. L’argument scientiste, brandi quand il s’agit de justifier des censures ou des contraintes, est utilisé pour évacuer les alternatives de bon sens. Quant à la demande massive des Français, elle reste une supposition commode. Certes, la dépendance des jeunes face à TikTok, Snapchat, Instagram, Twitter, etc. pose parfois de graves problèmes d’addiction. Cependant, ce n’est pas à l’Etat intrusif de se substituer à l’autorité parentale pour réguler l’usage de ces réseaux ouverts aux lanceurs d’alerte. Des filtres parentaux pourraient être envisagés. La suppression de l’anonymat est une piste qui n’a pas non plus été retenue. Ce recours à l’interdiction – une première en Europe – est dans la continuité de la politique de Macron qui veut contrôler la libre expression par tous les moyens, y compris l’identification numérique et le suivi personnalisé que nécessitera ce projet liberticide. Le parlement ne peut accepter cette chinoiserie étatique, sauf à faire le jeu d’une macrocrature.
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Observez : le temps des listes noires et des rappels à l’ordre est déjà de retour. D’Edwy Plenel à Laurent Joffrin, le manichéisme des délateurs rempile. Jamais l’accusation en « fascisme » ne s’est mieux portée que ces derniers jours. Il en sera ainsi jusqu’à la présidentielle. La gauche voit des « fachos » partout à sa droite, à commencer par Donald Trump quand il demande aux dirigeants européens de ne pas avoir peur de l’expression des peuples. C’est dans les rangs des « progressistes » en perdition que l’esprit totalitaire reprend corps, à mesure que s’affirme le réveil du peuple oublié et son besoin de réactiver la démocratie confisquée. Les redresseurs de torts s’indignent, à juste titre, de la brutalité de la police fédérale américaine qui tué deux pro-migrants en trois semaines à Minneapolis. Cependant, ces mêmes belles âmes se taisent face au massacre des Iraniens (35.000 morts, dit-on) par l’islamo-fascisme des mollahs. Plutôt que de s’excuser des désastres commis au nom de ses utopies, la gauche dogmatique replonge dans la diabolisation et le dénégationnisme. Pour elle, « la cécité est obligatoire » (Alain Finkielkraut1). En 2020, sur France Inter, le sociologue Geoffroy de Lagasnerie, déclarait : « J’assume totalement qu’il faille reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, pour établir un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes ». Ce type de réflexion stalinienne est ancré chez ceux qui se disent dépositaires de la vérité et de la morale. « Faire taire » est leur mot d’ordre. Ils sont les néo-fascistes.
- Le coeur lourd, Gallimard ↩︎
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