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KFC, Quick, Five Guys… Quand le halal fait recette

Fast food au menu, la polémique en dessert...


KFC, Quick, Five Guys… Quand le halal fait recette
© Mourad Allili/SIPA

Halal: le grand silence


La chaîne de poulet KFC a annoncé que 24 de ses 404 restaurants français passaient, à partir du 21 janvier 2026, au halal, conforme au rite musulman. Elle rejoint là d’autres chaines, comme Five Guys, qui a déjà six restaurants rapides hallal et ne sert plus d’alcool (pas de bière, donc). L’enseigne belge Quick, qui avait frôlé la disparition en 2015, s’est mise à servir exclusivement de la viande halal à partir de 2021 en Belgique et France… Un choix gagnant : l’entreprise est désormais prospère. La chaîne Pizza Hut suit le mouvement avec 13 restaurants hallal. De leur côté, les principales enseignes que sont McDonald’s et Burger King se contentent, elles, de proposer des produits à base de poisson pour attirer tout de même une partie de la clientèle musulmane, pour le moment.

Le halal en progression fulgurante

Parmi les quelque 6 millions de musulmans estimés en France, 67% choisissent « systématiquement » de la viande hallal, et 15 % en achètent « la plupart du temps » (IFOP, 2020). De même, près de 7 personnes sur 10 de confession musulmane achètent des desserts, des chocolats ou des bonbons halal (sans gélatine notamment). Lorsqu’ils achètent leurs produits alimentaires, 58% de ces consommateurs vérifient la composition pour s’assurer qu’ils ne contiennent pas d’ingrédients non halal comme de la gélatine animale, de l’alcool ou du porc, par exemple (un chiffre en augmentation de 10 points sur dix ans).

La viande halal s’est taillé la part du lion ces dernières années, et essaime dans les supermarchés, au point qu’on achète souvent hallal sans le savoir, les abattoirs français ne faisant plus guère la distinction. L’économie halal en France affiche une progression remarquable. En 2025, son chiffre d’affaires est estimé entre 7 et 12 milliards d’euros, contre 5,5 milliards en 2010, soit une augmentation de 27 % en quinze ans. Ce dynamisme place la France au deuxième rang mondial, derrière la Malaisie[1]. Parmi les 10 millions de consommateurs réguliers identifiés, près de trois millions ne sont pas musulmans, selon l’institut Solis. Cette progression constante s’inscrit dans un mouvement global : le marché mondial du halal est évalué à 7 000 milliards de dollars, avec une projection de 10 000 milliards de dollars d’ici 2028[2].

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La viande hallal – dont le mode d’abattage fut combattu avec âpreté par la star Brigitte Bardot, disparue dernièrement – reste un problème très délicat à aborder : il est parfaitement licite que les musulmans en disposent, mais des tensions se créent dès lors que l’on aborde le sujet, car le spectre du racisme rôde. Sur le fond, peut-on en discuter sans polémiques ? Un exemple : l’absence de porc devient fréquente dans les cantines des grandes villes. Doit-on l’accepter ? Oui ou non ? Déjà, lors de son élection en 2007, Nicolas Sarkozy évoquait la question…

Se pose également le défi de la mort des bêtes. Il existe trois façons de tuer les animaux d’élevage : l’abattage dit conventionnel, avec électronarcose préalable et divers paramètres électriques aux normes européennes, l’abattage halal sans électronarcose (c’est le halal, et aussi le casher) enfin l’abattage halal avec une électronarcose atténuée, marginal car peu apprécié des musulmans. Chez les musulmans, l’animal encore vivant est d’abord tourné vers la Mecque. Le sacrificateur, agréé par l’une des trois grandes mosquées de France, prononce une bénédiction puis, une fois égorgé, laisse l’animal se vider de son sang. Ceci posé, l’électronarcose traditionnelle n’empêche pas les animaux de ressentir la peur, pour être honnête ; en revanche, elle abrège la souffrance.

Des clients assistent à la préparation de leurs moutons, dans un abattoir temporaire installé dans un hangar de Pantin, en 2004 © THOMAS COEX / AFP

L’abattage rituel des animaux sans étourdissement est une dérogation aux lois françaises,  strictement encadrée par les articles R214-73 à R214-75 du code rural, modifié selon la circulaire du 14 juin 2018. En clair, le législateur consent à fermer les yeux sur la souffrance de ceux qu’elle considère clairement comme des « êtres sensibles » via les articles 515-14 du code civil et L214-1 du code rural. La souffrance animale est reconnue comme telle – voir les dispositions précitées – mais l’Etat la combat sans vigueur, malgré les protestations des défenseurs des animaux.

Le rite religieux de la fête de l’Aïd el-Kébir crispe culturellement certains Français autochtones, et tous les défenseurs des animaux

Il faut évoquer en outre la fête dite de l’Aïd el-Kébir, célébrée à partir du dixième jour du mois lunaire de dhou al hijja, durant trois jours. La date est décalée chaque année ; le calendrier de l’Hégire considère que nous sommes en 1428. Les musulmans y sont invités à sacrifier un mouton selon un rituel précis. Le service Hallal de la Grande Mosquée de Paris prescrit ainsi que « l’agneau ne doit pas être borgne, il ne faut pas qu’il ait la queue coupée et qu’il ait moins d’un an ». Lors de cette fête, de nombreux moutons, des milliers de par le pays, sont égorgés dans des conditions brutales chez des particuliers, à même le sol souvent – parfois dans les salles de bains ou dans des jardins et cours d’immeubles, privatisés pour la circonstance. 

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Par surcroît, le sacrifice du mouton est un spectacle familial qui interroge. Le site El Moujahid (du journal éponyme, le plus vendu en Algérie) s’en est d’ailleurs fait l’écho en 2022 avec plusieurs témoignages : « Les avis des spécialistes sont contradictoires quant à laisser les enfants assister au sacrifice. Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours assisté étant enfant à l’égorgement du mouton de l’Aïd et je me porte bien » ; « Tout cela se passe dans une ambiance de joie et de bonne humeur sans aucun incident » ; « L’Aïd n’est fait ni pour torturer les moutons ni pour traumatiser les enfants, bien au contraire, c’est un événement crucial attendu impatiemment par les familles algériennes et particulièrement par les enfants qui y voient une fête et rien d’autre ».

Comme souvent, la France possède une législation spécifique (le recours à l’abattage clandestin est un délit réprimé par une peine allant jusqu’à six mois d’emprisonnement et 15 000 € d’amende) qui s’avère très peu appliquée. A l’instar du voile islamique, les amendes sont distribuées au compte-gouttes, et dépassent rarement quelques centaines d’euros, bien loin du maximum théorique. Et rien n’est réellement entrepris par le législateur pour faire stopper l’abattage privé lors de l’Aïd, malgré la pression des associations de défense des animaux. 

La viande hallal, pour résumer, pose trois défis : l’abattage des bêtes sans étourdissement, ce qui est cruel, le fait de supprimer le porc dans les établissements publics, enfin les débordements de l’Aïd. A ces questions, il n’y a aucune réponse convaincante pour l’instant, quand l’islam est devenu la deuxième religion de France. Là comme ailleurs, nos gouvernements regardent passer les trains.

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[1] Source : l’essentiel de l’éco

[2] Source : Ocun groupe



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