Trump et Macron : des présidents sans limites
Le ton monte entre Trump et Macron. Susceptible comme une jeune fille éconduite, Donald Trump n’a pas apprécié qu’Emmanuel Macron décline son invitation à intégrer son ONU-Bis (Conseil de la paix). C’était une proposition qu’on ne peut pas refuser. Aussi sec il a diffusé un message privé où Macron lui donne du mon ami, lui dit qu’il ne comprend pas ce qu’il fait au Groenland et l’invite à Paris pour en parler. Pendant sa conférence de presse assez baroque hier, Trump a dit qu’il n’irait pas et ironisé sur le fait qu’il aime bien Emmanuel mais que celui-ci n’est plus là pour longtemps. Traduction : cause toujours.
A lire aussi, Patrick Atlan: Trump: le pouvoir de dire « peut-être »
Ce n’est pas la première fois que Donald Trump se moque de notre président. Sa fixette sur Macron donne envie de penser que la fermeté du président français, serait-elle seulement verbale, l’agace prodigieusement. Ou alors il pense que la France ne compte pas.
Ce n’est pas un scoop, Trump n’a pas de surmoi, il se fout des bonnes manières. Il insulte ses alliés, fait des caprices (cf. la lettre folle au Premier ministre norvégien) et pratique le rapport de forces brut.
Mais tout de même, la diffusion de messages privés est un nouveau cap franchi. On pourrait appeler ça un « revenge pol », même si ce n’est pas si mauvais pour l’image de Macron.
A lire ensuite, Marcel Gauchet: «Macron aura eu l’air d’un président mais il n’avait pas la chanson»
La nouveauté n’est pas tant que le pouvoir se mette en scène (ce qui est vieux comme les Ray-ban du président…), mais l’effacement de la barrière entre public et privé que Trump pousse à son point ultime. L’homme le plus puissant du monde s’exprime publiquement comme Madame Michu ou n’importe quel ado accroché à son écran. Vous connaissez la théorie des deux corps du Roi, un mortel, un éternel, l’homme et la fonction. Chez Trump ils n’en font qu’un. Dans une moindre mesure, Emmanuel Macron aussi efface la distinction quand il se trémousse avec des youtubeurs ou des rappeurs.
Le poisson ne pourrit pas seulement par la tête. En réclamant la transparence à tous les étages, nous contribuons tous à cette entreprise de désacralisation. Exhibition pour soi, dévoilement pour les autres: nous avons le droit de savoir et désormais le droit de voir. La vie de notre voisin et celle de notre président. Le pouvoir doit s’exercer en pleine lumière, sous surveillance constante du projecteur de l’opinion. Ce qui est caché est suspect. Cela dessine un rêve totalitaire. Comme l’amour et la vie elle-même, le pouvoir a pourtant besoin de secret.
Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger.




