Comme Jacques Chirac, François Hollande a choisi le décor champêtre et non la bibliothèque élyséenne comme cadre de sa photo officielle. Il faut reconnaître que se faire tirer le portrait en tenue d’apparat avec les blasons et tout le tralala républicain dans un lieu qui incarne l’héritage et l’inscription dans une histoire, la filiation avec une tradition, l’attachement à un passé commun, qui ont forgé une nation et un peuple, aurait fait tache pour le président de la « normal attitude ». À la verticalité historique s’oppose donc l’horizontalité de la pelouse du jardin. C’est plus rassurant !

Et comme normal veut dire comme tout le monde, donc comme personne, c’est Depardon, notre photographe de la France sans les Français qui a été choisi pour prendre la photo qui sera accrochée pendant les cinq prochaines années dans toutes les mairies et commissariats de notre pays.

« J’ai pris son visage comme un paysage » explique, sans l’ombre d’un sourire, le photographe absolument convaincu de la réussite de son cliché qualifié pour sa géniale qualité de « Fragonard ». Le tout sans une once de flagornerie bien entendu ! L’appel du visage, si cher à Levinas, est étouffé pour faire entendre la voix de la Nature amorale et apolitique. Le paradoxe est à son comble. Déshumaniser Hollande en le naturalisant et qualifier sa photo en empruntant le nom d’un portraitiste flamboyant, ça frise franchement le ridicule.

Mais finalement, bouder si fort ce lieu qui nous personnalise, nous particularise, nous différencie, qui fait de nous des être humains et non pas une simple masse de chair, ostraciser ce visage pour en faire un paysage, s’accorde bien avec l’amour de l’uniformité, valeur sacrée de la gauche qui, dans l’individualité, voit toujours l’œil du mal.

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