Bien sûr, il y a les grands principes, ceux qui stipulent qu’un ministre, fut-il en vacances, doit surveiller ses fréquentations et se méfier des cadeaux, même lorsqu’ils ne sont pas offerts par des Grecs. On peut penser que c’est pour y avoir dérogé que MAM est dans la tourmente, et qu’elle a dû jurer mais un peu (trop) tard qu’on ne l’y reprendrait plus, et qu’elle ne le reprendrait plus (là, on parle de jet privé).

L’esprit chagrin pourra aussi penser que d’autres raisons, moins limpides, lui valent ce mauvais quart d’heure. Et que ses pires ennemis ne sont pas à chercher à gauche ou dans la presse, mais chez ses bons amis du gouvernement. Ainsi, on dit que nombre d’anciens du cabinet d’Eric Woerth, recasés depuis dans d’autres ministères et non des moindres, ont conséquemment contribué aux fuites qui alimentent le feuilleton quotidien des vacances du couple Alliot-Marie/Ollier, ajoutant chaque jour un petit détail supplémentaire, lequel invalide si possible la déclaration de la veille de la ministre clouée au pilori.

Auquel cas ce ne serait jamais qu’un prêté pour un rendu : lors du déclenchement des Affaires Bettencourt/Woerth/Hippodrome de Compiègne, MAM était Garde des Sceaux, et elle a obstinément regardé de l’autre côté quand Eric Woerth aurait pu espérer qu’elle userait de son pouvoir pour ralentir le cours de la justice (En termes publics , ça donne des déclarations du genre « J’ai confiance dans la justice de mon pays », martelées à l’envi jusqu’au remaniement par l’ex-ministre des Affaires sociales). Or, non seulement MAM n’a pas levé le petit doigt pour tirer son collègue du pétrin (ce qui, soit dit en passant, est tout à fait honorable de la part d’un Garde des Sceaux), mais un membre de son propre cabinet, David Sénat a été pris en flagrant délit de faxage à Gérard Davet du Monde d’un PV d’enquête stratégique de l’affaire Bettencourt (la fameuse audition de Patrice de Maistre, durant laquelle le gestionnaire de fortune de Liliane a placé le couple Woerth au cœur de l’affaire, transformant le scandale Bettencourt en affaire Woerth).

Le clan Woerth (qui était aussi à l’époque le clan Fillon) avait considéré que MAM était forcément au courant de la manœuvre, et ça se comprend : difficile d’imaginer qu’à ce niveau de responsabilité, un collaborateur agisse sans au moins l’accord tacite de son ministre.

Depuis, David Sénat a été lâché par sa patronne, puis a goûté, – côté client – aux joies de la garde à vue, avant d’être chargé en septembre dernier d’une « mission de préfiguration de la cour d’Appel de Cayenne», ses amis de la DCRI nourrissant sans doute l’espoir secret qu’on le muterait prochainement encore plus loin, à savoir en orbite géostationnaire dès le prochain lancement de la fusée Ariane.

Dire que MAM se croyait à l’abri de tout risque de vendetta avec l’éviction de Woerth du gouvernement et la dispersion façon puzzle de son équipe aux quatre coins du VIIème arrondissement… Faut croire qu’en période pré-présidentielle, on n’est à l’abri ni jamais ni nulle part, y compris en pleine trêve des confiseurs au fin fond du Sahara…

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