2012 a été l’année des beaux films dépourvus de style propre, mais riches d’une incontestable maestria technique, anodins dans leur propos mais virtuoses dans la conduite des récits. De Millénium à Cloclo, de Skyfall à Dans la maison, de L’Amour dure trois ans au Capital et de La Part des anges à De rouille et d’os, on a eu droit à un cinéma qui mobilise tous les points de vue et tous les styles au service d’une efficacité narrative optimale, sans temps morts ni ratés.

En réalité, ce cinéma sûr de son droit et que le doute n’effleure jamais est manipulateur et finalement assez vain, dès lors que les multiples péripéties qu’il égrène ne révèlent jamais rien qui ne soit inscrit dans son programme initial. À l’arrivée, cela donne le cynisme d’Amour, de Michael Haneke, qui se permet de dominer le spectateur de bout en bout, suscitant sa fascination et dirigeant son regard par l’emploi concerté d’un romantisme de pacotille lesté d’un réalisme éprouvant, distribué en vignettes garanties « vu à l’hôpital » . Et ce, pour nous forcer à admette l’horreur du geste final, nécessairement libératoire.

Face à cette déferlante, on en vient à regretter le temps du cinéma aventureux qui privilégiait le mystère plutôt que les intrigues, laissant souvent le spectateur désemparé.

*Photo : Les Patriotes d’Eric Rochant.

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