Le Président n’avait pas grand-chose à faire. Comme on dit, le message était clair. François Hollande l’a dit et répété, il a « entendu le message des Français ». Il fallait changer maintenant, pour de vrai, ça devait déménager. Exit le neurasthénique nantais et stop le chantier de Notre-Dame des Landes, on avait trop chatouillé les Verts. Out les ministres-s-e-s du genre Vallaud-Belkacem, Peillon et Taubira, on avait trop fait peur aux banlieues et aux familles catho. Bye bye l’arriviste hidalgo de la Place Beauvau, on avait quand même expulsé deux fois plus de Roms que Sarko.

C’était très simple : il suffisait de dégager tous ces fauteurs de troubles, de donner vraiment les moyens d’agir à un ou deux EELV, et de tout faire pour rattraper l’électorat traumatisé par deux ans de « réformes sociétales » aussi dangereuses qu’inopportunes. Pour en finir avec le hollandisme, rejeté par l’immense majorité des Français, le président n’avait plus qu’à remanier son attitude et son phrasé, imitant au mieux son prédécesseur survolté. Et les Français constateraient qu’ils avaient bien été écoutés, eux aussi.

Sauf que non, non, rien n’a changé. Tout va continuer. Au lieu de sanctionner Valls et Taubira pour leurs mensonges face caméra, Hollande fait de l’un son Premier ministre et laisse à l’autre le soin de mener à bien sa suicidaire réforme pénale. Premier résultat obtenu : les écolos claquent la porte et refusent d’avance leur vote de confiance, et les rigolos du Front de Gauche rejoignent officiellement l’opposition. Remaniement d’avril ? Attendez, ce n’est pas fini : sur seize nouveaux ministres,  les deux seuls nouveaux arrivants s’appellent François Rebsamen et… Ségolène Royal.

Autrement dit : personne n’est puni, tout le monde est promu. Les neufs ministres qui gardent leur fauteuil auront désormais davantage de prérogatives, afin de pouvoir poursuivre leur travail dans les meilleures conditions. Comme si on les félicitait pour leur politique, au moment même où les Français viennent de leur signifier qu’ils n’en voulaient plus. Quiconque a pu croire un instant que les socialistes reprendraient du poil de la bête d’ici les élections européennes peut aller se rhabiller. Ils seront tous à poil face à Copé et à un FN surgonflé.

À ce stade, on est tenté de se demander si François Hollande n’a pas calculé son coup. À moins qu’il ne soit une taupe de l’UMP, son pari doit reposer sur la probabilité d’avoir à remanier encore avant l’été. Dans cette perspective, évidemment, autant rajouter une couche bien grasse de « sociétalisme » pendant que c’est encore jouable. Parce qu’avec le scrutin proportionnel des européennes, le message des Français va finir par être trop lisible pour ne pas être compris. Les Verts feront dans les 10%, les rouges à peine moins, et le FN plus du double.

Il se pourrait bien que le changement, ce soit en juin. Et qu’alors, avec un peu de chance, Manuel Valls ait déjà perdu suffisamment de points de popularité pour ne plus menacer Hollande de concurrence déloyale en 2017. Il ne manquerait plus à ce dernier, dès lors, qu’à user de la dernière technique Sarkozy dont il ne se soit pas encore inspiré : nommer un « gouvernement d’ouverture », avec centristes dociles et écologistes bon teint, pour flatter toutes les parties et devenir le grand arbitre qu’il n’a jamais été. À moins, bien sûr, que la fessée soit telle qu’une dissolution s’impose. On peut toujours rêver.

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Pascal Bories
est journaliste.
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