Elles sont grosses, mais elles ne vous déçoivent pas. Les années passent, mais elles vous restent fidèles. Je veux parler des perles du bac. La livraison 2013 est si bonne qu’elle ne nous suffit plus. Les regards se tournent déjà vers 2014. On en redemande. Certaines bévues sont si comiques qu’elles semblent légitimer le caractère annuel de cet examen.
« Le travail n’est pas toujours révélateur d’un potentiel : par exemple, certains élèves de ma classe n’ont rien fait pendant l’année et ils auront quand même leur bac. »
Ou encore :
« On voit que l’Union Européenne occupe une place centrale dans les échangismes internationaux. »
Ou encore :
« Grâce à la montée de l’islamisme qui sont austère au politique occidentaux, cette austerité atteind son paroxisme le 11 septembre 2011 lors de l’attentat contre les Etats-unis sur les deux tours jumelles du world trade senteur. »
Ou encore :
« En 1792 les Français déclarent la guerre à plusieurs pays d’Europe pour leur apporter la paix. »
Quelle justesse dans l’erreur ! Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que cette forme d’humour ne m’apparaisse supérieure à l’humour belge, ce qui n’est pas peu dire. Pourtant, c’est en lisant une étude tout à fait sérieuse que je suis tombé sur la perle rare. J’étais assis à la bibliothèque, et je préparais tranquillement mon prochain séminaire sur la notion de dette lorsque j’ai lu ceci : « La liberté moderne est essentiellement l’absence de dette (…) C’est un fait que nous expérimentons quotidiennement. Nous sommes tous ravis de nous libérer d’une dette négative grâce au marché et au mécanisme monétaire. » Ravis ? Grâce au marché ? Quelle pénétrante analyse ! Quelle description on ne peut plus exacte de notre situation réelle ! Précisons que l’auteur est professeur émérite à l’Institut national de la recherche scientifique. Je pense que dans ce titre, c’est surtout le dernier mot qui est important. Flaubert nous avait prévenus : traitée sans ménagement par la littérature, c’est auprès de la science que la stupidité humaine trouvera refuge et consolation. Sans doute n’est-il pas inutile de s’en rappeler à l’heure où l’on fait circuler ce florilège estudiantin. Si les élèves peuvent commettre des bourdes, la palme de la bêtise reviendra toujours à leurs professeurs.

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