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Follement kitsch?

Paul Tissier, l’architecte des fêtes des Années folles...

Follement kitsch?
Le combat de gladiateurs lors de la fête « Le Banquet chez le proconsul », Hotel Ruhl, Nice 30 janvier 1924, photo Studio Mosesco. © Association Fêtes d’Art

L’histoire n’est pas banale. Stéphane Boudin-Lestienne, chercheur et enseignant passionné par les avant-gardes du XXème siècle, devient locataire en 1983 d’une dépendance d’un domaine provençal dont une vieille dame, Gisèle Paul-Tissier, est l’heureuse propriétaire. Ils se lient d’amitié. Explorant la villa, le jeune homme découvre, dans les anciens communs, de grosses malles remplies d’immenses tissus peints. Il comprend vite la valeur patrimoniale de ce trésor : il a entre les mains les vestiges des fêtes grandioses dont l’architecte Paul Tissier, le mari défunt de Gisèle, fut le concepteur inspiré, sur la Riviera opulente et mondaine des Années folles, puis dans l’Europe entière.

Paul Tissier costumé pour le bal des Quat’z’Art, Paris, 1912 © Association Fêtes d’Art

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La fête est finie

Stéphane Boudin-Lestienne s’investit totalement dans sa quête des sources, au point d’en faire son sujet de thèse.  Il fonde l’Association des Amis de Gisèle Tissier. En 1985, il obtient le classement de la villa Beau-Site, ainsi que des décors du salon de musique. La veuve de Paul Tissier s’éteint en 1988. Depuis, l’enquête autour de cette figure méconnue ne cesse de s’amplifier. S’y agrègent désormais universitaires, édiles, institutionnels… Fondée par Patrick le Nezet, une association, Fête d’Art, valorise le fond d’archives et organise des expositions, de Nice à Menton.  

Etoile filante des Années folles azuréennes, Paul Tissier (1886-1926) est mort subitement, à moins de 40 ans, victime d’un œdème pulmonaire. Apparemment sans laisser de traces. Publié par Norma et signé Stéphane Boudin-Lestienne, un « beau livre » exhume les reliques de cette époque révolue – comme pour nous dire, une fois encore, que décidément en France, la fête est bel et bien finie…

Splendeurs de la Belle Epoque

Paul Tissier n’est pas un architecte de premier plan. Il est vrai que, tôt disparu, il n’a sans doute pas eu le temps de donner toute sa mesure. On lui doit un très grand nombre de projets sur papier –  le bougre dessinait rudement bien ! – et quelques réalisations de style régionaliste, dans l’esprit Beaux-Arts, plutôt pittoresques, dont quelques villas ou lotissements encore existants sur la Côte d’Azur portent témoignage.

Paul Tissier, villa pour Jacques Richepin et Cora Lapacerie, cap d’Antibes, 17 avril 1926 © Association Fêtes d’Art

Ses titres de gloire sont ailleurs. Elève des Beaux-Arts de Paris à la Belle Epoque, bientôt rattrapé par la Grande guerre dont il peindra les ruines à l’aquarelle, il est précocement un amateur de la fête : fervent adepte de l’esprit « rapin », dans la tradition grivoise de l’école, jusqu’à devenir, dès 1911, président du célèbre bal des Quat’z’Arts. Mais c’est après-guerre qu’explose son talent de décorateur. En 1923, Alfred Donadei, le propriétaire du Ruhl, à Nice, le charge d’organiser, pour la Société des grands hôtels, d’énormes fêtes exotiques pour une clientèle de privilégiés : « Banquet chez le proconsul », « Fête russe », « Fêtes des Lanternes »… Programmes immersifs avant la lettre, avec défilés de fauves, numéros musicaux, ballets, sur fonds de velums, de tentures, de bannières, de dais, de constructions éphémères sophistiquées – scénographies spectaculaires dans lesquelles on a souvent recours à des artistes locaux. La réputation de Paul s’étend au point qu’on lui passe bientôt commande de « fééries » déclinées dans des salles ou dans des casinos,  de Chamonix à Boulogne-sur-Mer, de Saint-Sébastien au Touquet, d’Evian à Biarritz, et jusqu’à l’Embassy Club de Londres, pour une reprise de « La Fête de la mer » créée à Ostende, ou d’une rêverie éveillée sur le thème de « Séville »…  L’aventure s’arrête en 1926, avant que Tissier n’ait pu donner sa centième fête. Illusions perdues, pour jamais !  

Paul Tissier, l’architecte des fêtes des Années folles Par Stéphane Boudin-Lestienne. Editions Norma, 256 pages.

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