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La droite la plus lâche du monde ?

Si pour Elisabeth Lévy la France a la droite la plus bête du monde, pour Philippe Bilger c’est encore plus grave… 


Éric Ciotti est-il toujours président de LR ? La décision judiciaire du débat sur son sort sera connue ce soir, après que le bureau politique l’a à nouveau exclu. Il faut en tout cas le remercier de permettre à beaucoup de médias et de citoyens de faire des gorges chaudes sur la tonalité vaudevillesque de ces derniers jours et de le tourner en dérision, lui qui le 11 juin a annoncé un rapprochement électoral avec le RN. Chacun y va de sa moquerie, de son mot d’esprit, de ses attaques sur sa personne.

De telle sorte que s’abandonner à cette drôlerie collective – est-elle si réjouissante ? – a fait totalement oublier le fond du débat et l’intérêt ou non de la solution qu’il a proposée, sans en parler à quiconque auparavant. En réalité, son énorme faute réside dans cette solitude. Sa trahison, à mon sens, est moins dans la substance de son initiative que dans ses modalités médiatiques. On peut tout à fait lui imputer des ambitions électorales ou ministérielles sans que son pavé dans la mare du politiquement et médiatiquement correct soit moins passionnant à analyser.

La droite la plus lâche du monde ?

En tout cas j’éprouve la plus profonde admiration pour la gauche socialiste, pour les écologistes de Marine Tondelier toujours au premier plan, pour les communistes, et, d’une certaine manière aussi pour LFI et le NPA ! Quel courage ont eu ces partis, quelle superbe indifférence au jugement d’autrui, ils n’ont pas eu besoin de la permission de la droite pour, en quatre jours, oublier ce qui les avait séparés et se préparer à livrer de concert la bataille des élections législatives !

L’histoire de la gauche et de l’extrême gauche est au fond le récit d’un réalisme tellement dominant qu’on pourrait le qualifier de cynisme. Elles se fabriquent, à intervalles réguliers, un ennemi dont elles surestiment délibérément le danger et qui les rassemble. Comme le « fascisme » est à nos portes, il est urgent d’occulter tout ce qui est moral et de mener la lutte qui ne sera jamais finale puisque la démocratie a beau exister, elle compte peu face aux prurits révolutionnaires qui n’attendaient par exemple que la déroute du macronisme et le triomphe du RN pour reprendre toute leur vigueur.

Le pragmatisme sans s’encombrer de morale pour les alliances est donc à gauche ; et la moraline exigée de la droite. Une inégalité qui loin de s’atténuer s’amplifie.

François Mitterrand n’était pas communiste et il a fait l’union avec le parti communiste sans barguigner, en dépit du passé et du présent d’alors de ce dernier.

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François Hollande qui avait dénoncé vigoureusement LFI et Jean-Luc Mélenchon, n’a rien trouvé à redire à la miraculeuse coalition de la gauche socialiste avec l’extrême gauche. L’indécence serait pour lui la nomination de Jean-Luc Mélanchon comme Premier ministre mais non cette union tirée par les cheveux et dénuée de toute éthique.

NPA est dans le Front populaire, pourtant Philippe Poutou a proféré des horreurs après le pogrom du 7 octobre.

Il n’y a que des détails vite réglés qui auraient pu interdire la réconciliation enthousiaste avec LFI et un JLM qui avec habileté a su faire le modeste. Ce parti, globalement ou par l’entremise de certains de ses députés ou de la bouche même de JLM, entre autres est antisémite, hait Israël, défend le Hamas qui n’est pas « terroriste » mais « résiste », pourfend la police qui « tue », brandit des drapeaux palestiniens et suscite un désordre et une vulgarité parlementaires guère éloignés d’un antiparlementarisme.

Broutilles donc qui n’ont pas fait hésiter une seconde les forces de gauche pour se dresser, avec ce parti hier honni, contre le RN qui a eu l’énorme tort républicain d’avoir été placé en tête par une multitude de citoyens, ceci quasiment dans toute la France. Comment ne pas être estomaqué par une telle audace, un tel mépris des convenances, un tel sens de l’efficacité, une volonté si affichée de victoire, une telle certitude d’avoir raison et de devoir tout faire pour éviter à la France le sort funeste d’une droite républicaine et d’une droite extrême réunies ? Même Raphaël Glucksmann, avec mille scrupules, s’est plié à cette chape de plomb !

Je me moque mais il n’y a pas de quoi.

Triste droite…

En face on a une droite qui depuis l’intervention d’Éric Ciotti se couvre la tête de cendres, invoque de Gaulle (celui-ci tout au long de sa vie, notamment sur le plan international et dans certains de ses choix à la Libération, a pourtant été un pragmatique indifférent au qu’en dira-t-on), Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy comme si ceux-ci avaient été des exemples et demeuraient, morts ou vivants, des guides moraux, délire dans des dénonciations ridicules par leur outrance, se pose en juge alors que les principales personnalités qui se sont exprimées ont largement mis la main dans le déclin de leur camp – Valérie Pécresse notamment – et dans la totale éradication de la fierté intelligente et argumentée d’être de droite.

La droite de LR est aux antipodes d’une domestication par le RN mais au moins la ferait échapper à la peur de son ombre et à celle de s’allier pour des motifs électoraux. Sur le plan régalien, LR et RN sont proches. Le comble est que ceux qui ont tout fait pour tirer de la réalité des leçons lucides en matière de sécurité, d’autorité et de justice feignent aujourd’hui de jouer les vierges effarouchées.

Je ne demande pas à la droite d’avoir une témérité sans morale comme la gauche de ces derniers jours mais au moins de ne pas se camper dans une faiblesse qui la soumet au diktat que ses adversaires lui imposent, lui interdit de prendre acte des évolutions du RN sous l’égide de Marine Le Pen et surtout, en contestant la réalité d’une dédiabolisation comme la gauche, la prive de toute analyse politique au profit d’un confortable opprobre moralisateur.

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Si on examine le cours de l’Histoire, on est obligé de constater que l’extrême gauche, désaccordée d’une conception équilibrée, pacifique et civilisée de la République, suscite de plus en plus de suffrages, médiatiquement et politiquement, tandis que le RN qui n’a cessé d’opérer une authentique normalisation continue à être traité comme s’il était demeuré fidèle à ses origines sulfureuses et à l’ère de Jean-Marie Le Pen.

Que je sache, nous sommes en démocratie et, si la droite est vraiment indépendante, elle a précisément la faculté, sans peur ni lâcheté, de s’allier avec qui elle veut. De grâce, que le discours sur les valeurs soit autre chose qu’un cache-misère politique et électoral !

La droite la plus lâche du monde ?

Un signe de plus. Qu’il faille estimer François-Xavier Bellamy parce qu’il énonce cette évidence que faute de candidat LR il voterait pour le RN plus que pour l’extrême gauche, montre à quel degré de pusillanimité le parti est tombé. Le président du Sénat ose affirmer « qu’il irait à la pêche » s’il avait ce choix à effectuer ! Une honte!

Triste droite.

Une exigence et un regret pour finir.

Le débat sur les alliances de LR est trop important pour être laissé au seul bureau politique. Les militants doivent se prononcer.

Le seul grave reproche à imputer au président Ciotti est de n’avoir pas eu l’honnêteté de livrer, de manière transparente, cette réflexion capitale à tous ceux qui croient plus que jamais, contre le macronisme mou et l’extrême gauche dangereuse – on le voit chaque soir et le 7 juillet au soir puis les jours suivants probablement davantage encore -, à une droite assurée d’elle-même.

Le Mur des cons

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Néoféminisme: les «allumeuses» au bucher !

Dans un bouquin, Christine Van Geen entend « déconstruire » le stéréotype de l’allumeuse, « figure culturelle et littéraire de la misogynie ». Original…


Femmes, la lutte que nous menons de toute éternité contre le patriarcat connaît depuis #MeToo des avancées fulgurantes ; nous voici sur le point de tordre le cou à la bête immonde. Nos intellectuelles, femmes puissantes s’il en est, entrent enfin dans la danse aux côtés des artistes ; leur ambition : débusquer le porc de toute soie, où qu’il fouisse. 

Un terme bâillon apparu en 1850

En 2023, on avait salué le brillant essai de l’universitaire Jennifer Tamas intitulé Au non des femmes, cet ouvrage de qualité invitait à poser sur nos textes classiques un œil neuf et libéré de siècles d’interprétation patriarcale pour y déceler la discrète révolte des héroïnes du Grand Siècle contre la mâle sujétion. Dans Allumeuse, opus éclairant, Christine Van Geen, normalienne, docteur et agrégée de philosophie « déconstruit » maintenant le stéréotype de l’allumeuse : « figure culturelle, littéraire et mythologique structurante de la misogynie ».

Quand un viril prédateur traite une femme d’allumeuse, explique-t-elle, cela sonne d’une manière légère et en apparence exempte de la violence que recèlent les épithètes « pute » ou « salope ». Pourtant celles que l’intempérant frustré qualifie ainsi sans qu’on ne s’en émeuve seraient souvent victimes de « violences sexistes », les allumés prétendant qu’elles auraient délibérément aguiché pour mieux se refuser. « Allumeuse » serait, d’après notre lumineuse philosophe, « un terme bâillon » employé par les hommes et qui sous-entend : « tu l’as bien cherché et tu ne peux pas dire le contraire. » Il n’y aurait donc pas d’allumeuse sans une frustration couplée à une lâcheté masculines. Forte de cette découverte (Majeure pour la cause féminine, on en convient), notre femme-lumière se propose d’installer enfin l’électricité dans la caverne de ses sœurs pour attiser la flamme de leur résistance contre l’oppression patriarcale ; son but : éveiller la gent féminine à l’asymétrie qui existe en matière de consentement entre elle et les mâles. Soit.

Notre femme savante commence et ça n’est pas pour le coup inintéressant, par exposer l’origine du terme allumeuse : « Le mot est apparu vers 1850, notamment dans l’argot des policiers, qui appellent « allumeuse » une prostituée qui ne devait apparaître dans les rues qu’au moment de l’allumage des réverbères. » L’allumeuse, d’abord fille des rues, devient dans le langage cru de la fin d’un XIXe siècle misogyne celle qui attise le désir sans le contenter. On trouve la première occurrence de ce terme sous la plume de Joris-Karl Huysmans, dans son roman, Là-Bas. Le héros se dérobe au moment d’étreindre la femme mariée qu’il avait séduite, terrorisé par l’appétit charnel de la dame : « Se rend-elle compte combien les soubresauts charnels sont grotesques. Ou bien est-elle, ce que je crois, une mélancolique et terrible allumeuse qui ne songe qu’à elle (…) » Las ! Après cet intéressant préambule, Christine Van Geen surfe ensuite sur l’air corrompu du temps et enivre ses lecteurs des vapeurs délétères de l’idéologie néo-féministe, formatant ainsi leur pensée. Notre Bélise plaque tout d’abord sa doctrine sur la mythologie, la littérature et les arts puis élargit sa démonstration au rap et à la représentation des femmes dans notre culture actuelle. 

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Embarquons : au commencement est Ève : première tentatrice face au premier couard, certainement émasculé : « La Genèse n’est pas le récit de la première tentatrice. C’est l’histoire du premier lâche. » Suivent Salomé, Cassandre, Galatée, la Lorelei ou les Sirènes d’Ulysse. Puis, on écornifle au passage ces salauds de bourgeois occidentaux décadents qui fantasment depuis le XIXe siècle sur un Orient dévolu au seul assouvissement des désirs dominants et dépravés de la race colonisatrice. « L’Orient vu par les Occidentaux est le lieu par excellence de la projection des fantasmes sur un « autre » imaginaire. Les bourgeois occidentaux se prennent de passion pour les images de caravanes de chameaux, d’odalisques voluptueuses en leurs harems (…) Cet Orient fantasmatique n’a rien de réel. Il est le miroir de désirs de domination violente et de sensualité débridée (…) Il construit le regard du colon, fasciné par cet objet à la fois inférieur et infiniment désirable. » 

Des pistes pour se soustraire à l’emprise

La philosophe s’appuie ensuite, sans surprise, sur une figure plus contemporaine, Marilyn Monroe, afin de décrire le malheur des femmes contraintes à sur-jouer leur féminité pour tirer leur épingle du jeu dans un monde fait pour les hommes. Entrer ainsi dans le jeu masculin ne sert qu’à diviser les femmes entre elles et par là même à les inféoder davantage à la mâle férule : « Les femmes sont perdantes sur tous les tableaux lorsqu’elles croient à la fable de leur pouvoir censément « magique » de séduction : elles perdent l’accès aux moyens de production en voulant être perçues comme féminines et désirables (…) « Le marché à la bonne meuf », comme l’appelle Virginie Despentes dans King Kong Théorie, est bien le seul champ qu’on laisse à l’exercice d’un pouvoir féminin, si on définit cette « féminité » comme une capacité magique d’allumer le désir. Dans ce marché, seule les belles et les jeunes sont en lice. Les autres, les « moches », les « mal baisées », les « imbaisables », sont déféminisées parce que non conformes aux canons de la beauté en vigueur. » On est d’accord, c’est dégueulasse tout comme la réussite à l’École Normale Supérieure et à l’agrégation de notre penseuse (panseuse), concours qui exclut, à ce qu’on en sait, les atrophié.e.s. du bulbe.

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Comment échapper alors au redoutable piège tendu ? Il difficile de dire aux femmes soumises à l’injonction de plaire depuis toujours pour survivre : « Écoutez-vous et cessez de plaire » concède Christine Van Geen. Néanmoins, elle n’est pas sans proposer des pistes pour se soustraire à l’emprise masculine. Aussi, mesdames, sachez que : « Une femme qui cesse volontairement de séduire sort du domaine des jugements (…) Elle vole un corps, le sien au patriarcat » ; adoptez la « moche attitude ». Autre façon de procéder : performer l’archétype proposé ; « forcer le trait », jouer avec dans le « drag », « hommes, femmes, homos, hétéros, trans, faisant exploser les codes de la séduction. » Mes ami.e.s,  à vos plateformes ; que la fête du slip commence ! Et surtout, que les femmes reprennent au langage ce qu’il a fait au féminin parce que : « La langue est raptée, comme l’est leur désir. Se réapproprier les corps, c’est aussi réinvestir les mots. Utiliser le féminin pour les noms d’activité et de métiers, comme on impose son corps, sans chercher, à plaire ». Un seul credo, donc : « Déplaisez-vous les uns les autres. » 

De la menace que constituent les nouveaux « allumés » (de tout poil, si j’ose dire) issus d’autres racines que les détestables racines judéo-chrétiennes, qu’on se rassure, il ne sera jamais question dans cet essai. Entre érudition assenée et injonctions servies par une écriture sans grâce, on tient là un texte qui marquera, on n’en doute pas une seconde, l’histoire du féminisme. 

Rien de bien novateur dans cet écrit, donc. Il sert scolairement l’idéologie néo- féministe mâtinée de wokisme en vogue. En réac, on s’accorde à penser avec Flaubert (Lettre à Louise Colet du 11 septembre 1846) que décidément : « Le Philosophe est d’ordinaire une espèce d’être bâtard entre le Savant et le Poète et qui porte envie à l’un et à l’autre. La métaphysique vous met beaucoup d’âcreté dans le sang. »

Allumeuse: Genèse d'un mythe

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La morale des planqués

Auteur de best-sellers, Marc Lévy a livré le 21 avril son analyse politique de la situation dans laquelle nous nous trouvons, sur le plateau de Laurent Delahousse. Un peu hors sol.


Invité de Laurent Delahousse sur France 2, Marc Lévy, auteur de best-sellers planétaires, a délivré aux téléspectateurs une émouvante leçon de politique. De façon extrêmement originale, il a dénoncé les populismes qui sapent les démocraties occidentales. Prenant des risques inouïs, il a dénoncé les fake news des réseaux sociaux et la culture de post-vérité qui anime l’extrême droite. Quitte à choquer, il a séparé l’échiquier politique occidental entre les forces du bien et celles du mal. Audacieux, il a reproché à ces dernières de « créer des peurs » (infondées) ou « d’inventer des ennemis » (imaginaires).

On peut donc conclure qu’il ne faut pas craindre les changements culturels qu’induit l’immigration massive, et que les islamistes ne pourraient constituer des ennemis réels. En revanche, l’apocalypse climatique ne figure pas au catalogue des peurs irrationnelles du romancier, alors que les thuriféraires du programme gaullo-chiraquien de Marine Le Pen constituent les vrais ennemis de nos démocraties. L’auteur aux 50 millions de livres vendus ne pense certainement pas qu’on puisse qualifier de fake news des assertions comme « à l’école, le niveau monte », ou « aucun lien entre immigration et insécurité ». S’il s’inquiète (légitimement) des livres brûlés dans certains États américains républicains, il ne souffle mot des autodafés organisés par les progressistes d’Amérique du Nord.

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Marc Lévy ne voit pas la différence flagrante qui existe entre les deux principales composantes occidentales. Les États-Unis d’un côté, puissance économique et militaire éclatante, assise sur les Gafam et une immigration chrétienne intégrable. De l’autre, une Europe bureaucratique largement désarmée, menacée par une Afrique musulmane revancharde et une Russie à laquelle la progressiste Angela Merkel a vendu son pays.

Surtout, ce multimillionnaire dispense ses lénifiantes leçons de morale depuis… Manhattan, où il vit depuis 2008 ! À l’instar d’Omar Sy – lui, depuis la Californie –, est-il envisageable que les donneurs de leçons, exilés sous des cieux plus cléments, envisagent une pudique mise en veilleuse de leur irritante moraline ?

À la soupe !


Décidément, tous les égouts et les couleuvres sont dans la nature profonde de la social-médiocratie française. Que ne feraient-ils pas pour une gamelle bien remplie, jusqu’où n’iraient-ils pas dans la compromission, le déshonneur, l’indécence pour conquérir ou garder un bout de banquette cramoisie dans les palais de la République ?
En deux nuits de marchandages de très bas étage, voilà bien que Place publique se mue en fille publique, se vendant corps et âme (quelle âme, me direz-vous ?) à la gloutonnerie mélenchonienne. Voilà bien que le PS en miettes se prostitue pour d’autres miettes, celles que consentiront à lui laisser ceux, les aboyeurs de l’Assemblée, les thuriféraires du Hamas, les nostalgiques de la terreur robespierriste, les promoteurs de cette nouvelle « solution finale » que serait la disparition pure et simple de l’État d’Israël, ceux, donc, qui dans la fange de cette partouze politicarde seront les véritables maîtres tout simplement parce qu’ils sont les plus violents. Les autres se coucheront. Ils ont un talent tout naturel pour cet exercice, semble-t-il.
Le label Nupes n’étant plus aussi vendeur qu’il le fut voilà à peine deux ans et demi, on ravale la façade en Front Populaire. Pourquoi se gêner ?
Pillage et saccage seraient donc bien aussi les deux mamelles de cette France-là, la France à la Rose. Pillage de l’enseigne, saccage de l’héritage. On ne meurt que deux fois, dit-on. Pour Léon Blum, la seconde fois c’était à l’heure même où les tristes pitres qui se prétendent ses continuateurs signaient l’accord de la honte.

Quand De Gaulle, Giscard et Chirac étaient (bien) plus à droite que «l’extrême droite»

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Si Jordan Bardella est d’extrême droite, en raison notamment des positions du RN sur l’immigration, où classer du coup le général de Gaulle et ses pâles épigones ? Les pudeurs de gazelle des dirigeants LR vis-à-vis de toute alliance électorale sont-elles vraiment justifiées ?


« Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas, vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très intelligents. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se séparent de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber 10 millions de musulmans qui demain seront 20 millions, et après-demain 40 ? Si nous faisons l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » Ainsi s’exprime le général de Gaulle auprès d’Alain Peyrefitte en 1959, durant la guerre d’Algérie1.

Les gaullistes sont devenus conformistes

Pour le président de la République, qui considère que « nous sommes avant tout un peuple européen de race blanche, de culture gréco-latine et de religion chrétienne », l’intégration est une « entourloupe » vouée à l’échec. « Avez-vous songé que les musulmans se multiplieront par deux, puis par cinq, pendant que la population française restera presque stationnaire ? C’est un tour de passe-passe puéril ! », martèle-t-il à son interlocuteur, avant de conclure : « Vous voyez un président arabe à l’Élysée ? » Le général préférera donc accorder l’indépendance à l’Algérie. Après la signature des accords d’Évian en mars 1962, près de 70 000 anciens supplétifs de l’armée française et leur famille (selon les dernières estimations des historiens) sont torturés et massacrés par la population locale sans que la France n’intervienne. « Nous ne devons pas nous laisser envahir par la main-d’œuvre algérienne, qu’elle se fasse ou non passer pour des harkis ! Si nous n’y prenions pas garde, tous les Algériens viendraient s’installer en France », déclare le chef de l’État en Conseil des ministres, quelques mois plus tard2. Alors Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Renaud Muselier, Laurent Wauquiez, Jean-François Copé et consorts, toujours gaullistes ?

Il y a quelque chose de loufoque à voir certaines grandes figures de la droite autoproclamée « républicaine » évoquer pompeusement le général de Gaulle, la croix de Lorraine, l’esprit de la Résistance ou Munich pour vilipender une éventuelle alliance électorale avec « l’extrême droite ».

Nos si conformistes « gaullistes » du XXIe siècle, visiblement fort soucieux de leur image dans les médias, refusent donc de se livrer à une telle « infamie », pour reprendre les termes de Renaud Muselier. La France est en train de couler mais leur vertu elle, reste à flot, c’est l’essentiel. Pendant ce temps, la gauche est prête à se regrouper sans barguigner autour d’un parti de plus en plus antisémite et de moins en moins républicain (avec la complaisance ahurissante de ces mêmes médias)… On serait d’ailleurs très curieux de connaître la définition précise de ce qu’est « l’extrême droite » aux yeux de nos « gaullistes » du dimanche. Ignorent-ils que les premiers à rallier l’homme du 18 juin à Londres en 1940 viennent pour la plupart de l’extrême droite, la vraie ?  

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Sur le plan historique, un parti d’extrême droite qui accepte le jeu démocratique, refuse la violence, défend la laïcité, combat l’antisémitisme, ne remet pas en cause le mariage homosexuel et va même jusqu’à voter la constitutionnalisation du droit à l’IVG serait une grande première. Signe que les temps ont décidément bien changé, c’est la simple critique de l’immigration et de ses effets pervers, la défense des frontières ou des positions fermes sur la sécurité qui vous extrême-droitise automatiquement de nos jours, alors même que ces idées étaient partagées et considérées comme le bon sens le plus élémentaire par la plupart des partis politiques de droite comme de gauche sous la IIIe, IVe et Ve République, jusqu’au Parti communiste de Georges Marchais à la fin des années 1970. Dans les années 1980 le RPR de Jacques Chirac, qui se veut l’héritier du gaullisme, préconise en sus de la restriction de l’accès aux allocations familiales, la suppression du droit du sol et l’expulsion des immigrés au chômage depuis plus de deux ans. Soit le programme de « l’extrême droite » aujourd’hui.

Quand Valéry Giscard d’Estaing plaidait pour le droit du sang dans Le Figaro

C’est une époque où le RPR s’allie avec le FN à Dreux, lors des élections municipales de 1983, avec l’assentiment de la plupart des têtes d’affiche de la droite républicaine dont Alain Juppé et Jean-Claude Gaudin, pour qui l’essentiel est de « battre l’adversaire socialo-communiste ». Jean-Claude Gaudin, dont le fils spirituel et bras droit à Marseille sera un certain Renaud Muselier. C’est une époque où le chef de l’opposition de droite, Jacques Chirac, vote à l’Assemblée contre la dépénalisation de l’homosexualité (en 1982) et fait lors d’un meeting à Marseille (en 1988) un éloge décomplexé de ce qui est devenu depuis un crime contre l’humanité : « Je suis fier du passé, de l’œuvre coloniale de la France. Il n’y a que les intello-gaucho-masochistes pour critiquer cela. C’est pourtant une image superbe de la France. Quand Jacques Médecin inaugure à Nice une place de l’Indochine, je dis qu’il a raison. » Sans oublier l’envolée lyrique sur « le bruit et les odeurs » entre deux verres de pinard, lors d’un dîner-débat à Orléans (en 1991) devant 1 300 militants hilares3

L’année précédente, les états généraux de la droite (RPR et UDF) réunis à Villepinte prônent une politique d’assimilation stricte, la fermeture des frontières, l’expulsion rapide des clandestins, la limitation du droit d’asile et du regroupement familial, tout en proclamant l’incompatibilité entre l’islam et nos lois. « L’islam n’apparaît pas conforme à nos fondements sociaux et semble incompatible avec le droit français », affirment en cœur les signataires du texte final parmi lesquels Chirac, Giscard, mais aussi Sarkozy, Bayrou ou Juppé. Même le RN n’ose plus défendre en 2024 une telle position, tenue désormais par le seul Éric Zemmour. Dans un article publié en septembre 1991 dans Le Figaro, intitulé « Immigration ou invasion », le crypto-fasciste Valéry Giscard d’Estaing préconise l’abandon du droit du sol au profit du droit du sang et écrit notamment, parenthèses incluses : « Le type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration (arrivée d’étrangers désireux de s’installer dans le pays) vers celui de l’invasion (action d’entrer, de se répandre soudainement, selon la définition donnée par Littré). »

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Ironie de l’histoire et nonobstant l’anachronisme, Jordan Bardella et Marine le Pen feraient aisément figure de gauchistes face aux radicaux-socialistes d’il y a même pas un siècle, preuve que la « fascisation » du Rassemblement national – ce que le peu flatteur terme d’« extrême droite » insinue en creux est pour le moins vaseuse. En 1938, un vrai « munichois », pour le coup, le président du Conseil Édouard Daladier, partisan de la préférence nationale en matière d’emploi, promulgue un décret-loi sur la police des étrangers qui prévoit l’internement de tous les « indésirables étrangers », puis « de tout individu considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les propriétaires ont l’obligation de déclarer l’hébergement de toute personne non française. À l’époque, ce sont essentiellement les Juifs venus d’Europe centrale qui sont visés. L’ancien ministre des Colonies du Cartel des gauches fait de la lutte contre l’avortement son autre cheval de bataille et se félicite de mener une politique favorisant « la répression des vices et la lutte contre les fléaux sociaux qui constituent autant de dangers pour l’avenir de la race ». En 1939, le nombre des affaires d’avortement instruites devant les tribunaux explosera, passant de 90 procès au premier trimestre à 277 au deuxième et 509 au troisième.

Chaque parti politique a un placard à cadavres

Au-delà de ses positions sur l’immigration, la diabolisation du Rassemblement national malgré son évolution politique depuis 2011, son changement de nom et la volonté de Marine Le Pen de le « respectabiliser », vient essentiellement des dérapages antisémites de son père et de l’origine du parti. Ses nombreux contempteurs rappellent régulièrement que le Front national, fondé en 1972, compte à ses débuts cinq ex-collabos notoires4, oubliant au passage de préciser que les anciens résistants (33 au total) sont bien plus nombreux encore, ce qui n’excuse d’ailleurs rien. Sauf qu’au petit jeu de la reductio ad Hitlerum, chaque parti politique cache des cadavres dans son placard. Il suffit de l’ouvrir. L’histoire du Parti socialiste et de son ancêtre la SFIO n’a, par exemple, rien de glorieux non plus à l’aune de la morale du XXIe siècle (on occultera pudiquement le Parti communiste pour ne pas allonger inutilement la lecture de cet article). Au-delà des diatribes antisémites de Jean Jaurès et de nombreux socialistes d’un autre siècle, ou des discours colonialistes de Léon Blum sur les « races supérieures » censées « attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation »5, souvenons-nous qu’une grande majorité  des parlementaires socialistes votent les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940 et que 12 des 17 ministres socialistes de la IIIe République encore en vie à la Libération sont exclus du parti en raison de leur compromission sous l’Occupation.

Pendant la guerre d’Algérie, c’est sous le socialiste Guy Mollet (1956-1957) que les « pouvoirs spéciaux » sont accordés aux militaires et que certains officiers ne se gênent pas pour manier la gégène sur les terroristes du FLN, pendant que le ministre de la Justice, un certain François Mitterrand, avalise la condamnation à mort de 45 d’entre eux. Le procureur général d’Alger Jean Reliquet ne tardera pas à accuser trois ministres du gouvernement (les socialistes Max Lejeune et Robert Lacoste, ainsi que le radical-socialiste Maurice Bourgès-Maunoury) d’avoir autorisé la torture6. Souvenons-nous enfin que le PS prend les rênes de l’État en 1981 grâce à un homme décoré de la Francisque, qui fleurira pendant plusieurs années la tombe du maréchal Pétain. Une francisque remise en main propre par le vainqueur de Verdun en mars 1943 (on oublie trop souvent de préciser la date), soit tout de même huit mois après la rafle du Vél D’Hiv, organisée par son ami René Bousquet… À ce petit jeu enfin, De Gaulle en personne, mais aussi Giscard et Chirac méritent eux aussi leur point Godwin, c’est pour dire. Le général n’a-t-il pas nommé préfet Maurice Papon et Premier ministre un autre décoré de la Francisque, Maurice Couve de Murville7 ? Soupçonné par les barons du gaullisme d’être une taupe de l’OAS8 (le colonel Bastien-Thiry, organisateur de l’attentat du Petit-Clamart, et son avocat maître Isorni prétendent même qu’il en est membre), Valéry Giscard d’Estaing n’a-t-il pas fait de Maurice Papon son ministre du budget entre 1978 et 1981 ? Très Algérie française lui aussi, le jeune Jacques Chirac n’est-il pas patronné en politique par Charles Spinasse, un ancien ministre du Front Populaire emprisonné à la Libération et exclu de la SFIO pour « félonie » ? En attendant qu’un jour peut-être on nomme bien les choses pour ne pas ajouter au malheur du monde, citons pour conclure ces quelques vers écrits en 1943 par Louis Aragon, qui n’était pas non plus d’extrême droite : « Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles / Au cœur du commun combat. »9


1/ C’était De Gaulle, Alain Peyrefitte.

2/ « La tragédie des harkis : qui est responsable ? », Guy Pervillé dans L’Histoire de mai 2002.

3/ « Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs (…) Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales sans naturellement travailler… (applaudissements nourris dans la salle) Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur (rires), eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou ! Il devient fou ! C’est comme ça. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. »

4/ Les anciens de la division SS Charlemagne Pierre Bousquet, André Dufraisse et Léon Gaultier, l’ex-milicien François Brigneau, ainsi que Roland Gaucher, président de la Ligue des lycéens antifascistes avant la guerre, condamné à la Libération pour son appartenance au Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat (« FN, les ex-résistants de Le Pen », Nicolas Gauthier dans le hors-série Valeurs Actuelles : l’histoire interdite, vol. 2).

5/ « Nous admettons qu’il peut y avoir non seulement un droit, mais un devoir de ce qu’on appelle les races supérieures, revendiquant quelquefois pour elles un privilège quelque peu indu, d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation », déclare Léon Blum le 9 juillet 1925, à la Chambre des députés.

6/ La raison d’État, Pierre Vidal-Naquet.

7/ Nommé par le régime de Vichy directeur des  finances extérieures et des changes en septembre 1940, Maurice Couve de Murville est chargé de superviser les transferts de fonds entre la France et le Troisième Reich, mais aussi de « réduire l’influence juive dans l’économie française ». Cet ancien inspecteur des finances siège parallèlement sous l’autorité du haut commandement allemand à la Commission de Wiesbaden, qui doit appliquer la convention d’armistice. Couve de Murville ralliera le général Giraud, puis le général de Gaulle à Alger en 1943.

8/ Dans C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte raconte un petit-déjeuner au ministère de l’Intérieur, le 1er janvier 1963, qui voit les barons du gaullisme fustiger à tour de rôle VGE, alors ministre des Finances (et absent de la réunion), avant que le Premier ministre Georges Pompidou, passablement irrité, ne mette un terme à ce « déballage ».

9/ La Rose et le Réséda.

Impayable et surtout dangereux François Hollande

Et si c’était l’extrème gauche qui était aux portes du pouvoir ? Sur TF1, l’ancien président de la République a appelé à voter pour le nouveau « Front populaire » dominé par les mélenchonistes


On le voyait de temps en temps dans tel ou tel média, ressassant plus ou moins tacitement son amertume contre son poulain, Emmanuel Macron, qui, emporté sans doute par son destin, l’avait trahi sans états d’âme aucun lors de l’élection présidentielle de 2017. « Monsieur petites blagues », joli sobriquet aux consonances sympas, ne plaisante pourtant pas avec l’affront qu’il a subi et qu’il remâche encore.

Ne vous fiez pas à son allure débonnaire, à son profil arrondi, à ses jeux de mots faciles et autres calembours dont il raffole : François Hollande, s’il n’est pas un fin politique dans le sens noble du terme, dispose cependant de tous les attributs du politicien chevronné. La rancune fait partie de la panoplie. Ennemi intime de longue date de Laurent Fabius, autre orfèvre patenté dans le maniement du surin et un temps poulain préféré donc jalousé de François Mitterrand, il avait trouvé éminemment jouissif de le nommer au Quai d’Orsay dès son élection. Et ce pour une seule raison : le voir placé derrière lui lors des cérémonies officielles ou autres déplacements du chef de l’Etat qu’il était devenu, par un malheureux hasard…

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L’autre soir, au JT de TF1 du très gouleyant Gilles Bouleau, en engageant les Français, la mine grave et le regard farouchement plissé, à faire front au Rassemblement national qui porte de mieux en mieux son nom aujourd’hui, l’ancien président rubicond a franchi le Rubicon. Exhorter, haranguer presque, le peuple de France à voter pour une coalition hétéroclite, bancale, contre nature et surtout infiniment dangereuse, relève de la forfaiture. Il y a quelques jours encore, les plus agités de cette phalange aux sombres desseins n’avait pas de mots assez durs envers Israël, « bourreau » d’un peuple palestinien asservi, tout en justifiant le terrorisme du Hamas, à qui ne manque plus désormais que le Nobel de la Paix. Qui ne dit mot consent et ce ne sont pas les circonvolutions sémantiques de cette nouvelle bande des quatre qui changeront quelque chose…

On sait que le séducteur au scooter, qui a poussé la caricature jusqu’à authentifier l’engin motorisé de ses célèbres exploits nocturnes, rêve de renouer avec les ors de l’Elysée, en cédant à l’irrépressible appel du peuple. Se placer dans la posture d’un éventuel Premier ministre, si cette singulière nouvelle gauche plurielle l’emportait, aurait aussi de l’allure. Notamment celle de régenter un pays sous le regard contrit d’un président dévolu aux chrysanthèmes, que lui-même, dans un grand accès de lucidité dont il a le secret, avait « offert » à la France. Sans doute le syndrome Fabius évoqué plus haut…

D’ici au 7 juillet: procès publics, intimidations, violences?

Il est urgent de sauver le soldat Ciotti, estime notre chroniqueur Ivan Rioufol.


Le vieux monde rend l’âme. Il est congédié par les Français, furieux d’avoir été dépossédés de leur destin et trahis par leurs dirigeants. Le système est à deux doigts de s’effondrer. 

Un système politique à l’agonie

Il n’est déjà plus que sa caricature autoritaire et manichéenne. Le procès public, l’intimidation, la violence vont être ses ultimes défenses jusqu’au 7 juillet, date du second tour des législatives. « La honte », titre ainsi Libération mercredi, sous un portrait d’Éric Ciotti. Le président des Républicains y est accusé d’avoir fait alliance avec le RN en désacralisant le « cordon sanitaire » imposé par la gauche à la droite depuis 40 ans. Mais Libé ne dit rien du répugnant « front populaire » acté autour de La France Insoumise. Pourtant, ce parti est devenu le point de ralliement des nouvelles expressions antisémites et sectaires portées dans les plis de la « nouvelle France » musulmane, défendue par Jean-Luc Mélenchon. 

Cette hémiplégie morale, qui avait déjà permis au PS de s’allier au PC stalinien, n’est plus acceptée que par la droite zombie. Le spectacle qu’elle donne à son tour, à travers ses cadres qui dénoncent la décision de Ciotti, illustre sa proverbiale bêtise collective. Pour le député (LR) Julien Dive, « en 1940, Éric Ciotti n’aurait jamais traversé la Manche ». Cette reductio ad hitlerum rejoint celle de Gérald Darmanin (« Ciotti signe les accords de Munich ») ou de Bruno le Maire, qui appelle la droite à « refuser la collaboration ». S’il y a une menace fasciste, elle est portée par ce monde agonisant : il est prêt à tout pour se maintenir en place. Emmanuel Macron, plus Néron que jamais, est le premier à attiser les braises.

La pensée dominante prête à toutes les outrances

Il va être difficile, ces prochains jours, de soutenir Ciotti dans sa courageuse décision de passer outre les interdits des apparatchiks de son camp, eux-mêmes sous surveillance des garde-chiourmes de la gauche prétendument vertueuse. La fabrique de la pensée dominante ne va pas craindre les outrances pour préserver ses abattis. 

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L’ensemble des sénateurs républicains se sont immédiatement désolidarisés du président du parti et de son choix, semble-t-il non débattu préalablement. La plupart des hauts responsables LR réclament sa démission, sans s’interroger plus avant sur les raisons de la chute jamais endiguée de la droite de gouvernement. Pour ces acteurs en sursis, tous les coups vont être permis dans leur quête de survie. Une même solidarité vitale unit dès à présent la majorité présidentielle à la droite en déroute. 

Votre serviteur a même été prié hier de s’éloigner des plateaux de CNews, le temps de la campagne, pour avoir commis un tweet en soutien à la démarche du président des LR dans sa recherche d’union des droites. Reste que ce sont les citoyens eux-mêmes qui aujourd’hui imposent les choix politiques. Macron pourrait l’apprendre à ses dépens le 7 juillet à 20 heures. Si Ciotti est désavoué par ses pairs, une large partie de la base l’approuve. Une vingtaine de députés LR l’auraient déjà suivi dans ses accords avec Jordan Bardella. Il est urgent de sauver le soldat Ciotti.

A suivre…

La triple imposture dudit nouveau «Front populaire»

Les partis de gauche n’assument plus la marque « Nupes », frappée du sceau de l’infamie mélenchoniste. Mais pourtant, ils parviennent à s’entendre… Pour faire passer la pilule auprès de l’électorat de gauche, ils lancent le nouveau « Front populaire ». Une triple forfaiture, dénonce ici Renée Fregosi. LFI a démontré au cours des derniers mois qu’elle était la porte d’entrée d’un « Sud global » revanchard en France.


Tandis que certains ont pu croire au soir des élections européennes, que le Parti socialiste (PS) était ressuscité par la grâce de son alliance avec Place publique de Raphaël Glucksmann, voilà que son premier secrétaire Olivier Faure se précipite tête baissée dans une Nupes nouvelle formule pour affronter les législatives anticipées de juin-juillet. Alliance électorale électoraliste certes, parce qu’il faut conserver des sièges coûte que coûte, mais aussi parce « LA » gauche unie demeure un fantasme puissant chez les socialistes français, et enfin parce qu’idéologiquement, l’appareil du PS et la plupart de ses jeunes militants sont soumis à l’hégémonie de l’esprit « révolutionnaire » de LFI.

Une fois encore, le PS français refuse d’assumer un positionnement à la fois social, démocratique et laïque qui lui serait propre, et qui l’opposerait à un mouvement prétendument « de gauche », en fait non seulement autoritaire et violent, mais parfois également antisémite – plus proche des SA nazis que des insurgés de la Commune (!). Une fois encore, les socialistes français renoncent à la social-démocratie, foncièrement incompatible avec les avatars du bolchevisme, et de ce fait ils se dérobent au véritable défi de l’époque.

Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, Saint-Paul (974), 19 avril 2024 © Alain ROBERT/SIPA

Les irréconciliables réconciliés

Après Munich, lorsque les démocraties européennes eurent connu « et le déshonneur et la guerre », Léon Blum disait qu’il « aurait mieux valu qu’une rupture franche séparât des éléments irréconciliables au regard d’un problème vital ». A l’époque, il s’était agi d’abord de prendre le risque de la guerre, contre les pacifistes menés par les communistes qui accusaient Blum d’être un « fauteur de guerre ». Ensuite il s’est agi de prendre le risque de la résistance (comme l’ont fait dès juin 1940 un groupe de socialistes autour de Daniel Meyer en passant à la clandestinité, Léon Blum après avoir refusé les pleins pouvoirs à Pétain se retrouvant emprisonné, accusé puis pris en otage à Buchenwald, et quelques autres socialistes en rejoignant De Gaulle à Londres) contrairement aux communistes suivant les ordres de Staline qui avait signé un pacte de non-agression avec Hitler.

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Aujourd’hui, il s’agit d’abord de résister à l’offensive de ce totalitarisme du troisième type qu’est l’islamisme qui par la violence, la pression, l’influence, l’infiltration dans les institutions et la société civile, impose séparation des sexes et des communautés et orthopraxie religieuse. Or, au motif que les musulmans seraient les nouveaux « damnés de la terre », le mouvement LFI (et pas seulement son leader charismatique Jean-Luc Mélenchon) mais aussi le résidu du PS, ainsi que de prétendus écologistes véganes et néo-féministes convertis au wokisme (idéologie anti-occidentale fustigeant le mâle blanc hétérosexuel) se sont rangés aux côtés des islamistes, reproduisant le même type d’attitude que leurs aînés pacifistes puis collaborationnistes face au nazisme.

Propalestinisme délirant à gauche

Négation ou sous-évaluation de la menace, minimisation des attaques, compassion et incantations bêlantes à la paix, voire victimisation des auteurs d’attentats et de massacres ayant prétendument subi les humiliations non plus du traité de Versailles mais de la colonisation, de l’exclusion, de la stigmatisation, et bien sûr de « l’islamophobie ». Mais aussi, boycott d’Israël accusé de façon obsessionnelle de colonisation, d’apartheid, et de « génocide », stigmatisation des Juifs de la diaspora et soutien à leur exclusion des universités notamment, au nom d’un propalestinisme délirant mythifiant « un malheur palestinien » destiné à effacer la Shoah par la substitution de ladite « nakba » (holocauste en arabe), et négation de la légitimité à l’existence d’Israël en réclamant une Palestine sans Juifs « du Jourdain à la Méditerranée ».

Se revendiquant d’un « Sud global » que les nouveaux impérialismes expansionnistes russe, chinois ou iraniens, coalisés ou en concurrence, manœuvrent en sous-main, et que l’antisémitisme contribue grandement à coaguler, cette « gauche unie » se définit en effet clairement comme islamo-gauchiste. La violence tant verbale que physique, érigée en légitime défense du peuple, se pare de l’aura « révolutionnaire », considère le mouvement terroriste du Hamas comme un groupe de « résistance », et légitime également les black-blocs qui infiltrent les cortèges syndicaux comme ils ont pourri les manifestations des gilets jaunes, faisant sciemment monter la tension dans une stratégie déstabilisatrice au sein d’une société française gravement fragmentée et traumatisée.

Ainsi, cette « Union de la gauche » plus cynique et trompeuse que jamais, qu’ils ont osé rebaptiser « Front populaire » en évoquant 1936, est une triple imposture. Tout d’abord, la perspective de l’arrivée du RN aux portes du pouvoir n’est en rien comparable au péril fasciste des années 30. Le véritable totalitarisme du troisième type qui nous menace et qui a déjà commencé à saper les bases de nos démocraties, c’est principalement l’islamisme. Or contre cette offensive mortifère de l’islam politique, non seulement ce soi-disant Front populaire ne pourra rien, mais encore il y participera activement comme on le voit plus clairement que jamais depuis les massacres génocidaires perpétrés par le Hamas le 7 octobre, avec les prises de positions des différents partis qui composent l’alliance.

Par ailleurs, pour récupérer les électeurs « réformistes » qui avaient retrouvé le chemin des bureaux de vote en croyant pouvoir espérer le réveil d’une gauche démocratique ruinée par les errances du PS et la disruption macronienne, LFI use de la même fourberie que Blum dénonçait avec lucidité chez Lénine. En 1920 au congrès de Tours qui vécut la scission de la SFIO, le leader socialiste, lançait en effet aux partisans de l’internationale communiste malgré leurs vociférations : « Vous pensez, profitant d’une circonstance favorable, entraîner derrière vos avant-gardes les masses populaires non communistes, non averties de l’objet exact du mouvement, mais entretenues par votre propagande dans un état de tension passionnelle suffisamment intense[1] ».

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Blum, ne céda pas à la pression unioniste qui aurait soumis son parti à la tutelle bolchevique car « cette tactique des masses inconscientes, entraînées à leur insu par des avant-gardes, [il ne pouvait] pas l’admettre[2] ». Et plus tard, face à la guerre qui approchait, il aurait voulu refuser à nouveau ce qu’il appelait « la religion de l’unité », d’autant qu’il était persuadé que ce refus d’une unité qui n’était qu’un lâche alignement, « aurait fait preuve ; les masses populaires se seraient aussitôt reformées autour de ceux qui avaient vu clair[3]». De même aujourd’hui, et c’est là sa troisième imposture, la soi-disant unité « à gauche » n’est pas du côté du peuple, ce « Front populaire » LFIste n’a rien de populaire.

Si le prolétariat d’aujourd’hui n’est plus que très marginalement ouvrier, il existe toujours cependant, notamment dans le service à la personne, le nettoyage ou au plus bas de l’échelle dans le secteur de la santé. Mais ces travailleurs n’intéressent pas la prétendue gauche « révolutionnaire », pas plus que les agriculteurs tirant des revenus dérisoires de leur labeur, ou les classes moyennes, dont le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer et qui vivent dans une insécurité physique et culturelle de plus en plus forte, notamment dans la « France périphérique ». Tous ceux-là qui devraient être représentés et défendus par une social-démocratie œuvrant au véritable progrès social, à la transmission de la culture et au partage du pouvoir, sont abandonnés au Rassemblement national qui est le seul à donner l’impression de ne pas les mépriser sans offrir toutefois de véritable solution durable à leurs problèmes.

Alors, jouer au front anti-fasciste dans une coalition de type « castor » comme disait le regretté Laurent Bouvet, c’est-à-dire ayant pour seule boussole désaxée de « faire barrage au RN », relève du mensonge, de l’irresponsabilité et du grotesque. Et cela, que ce soit en passant sous les fourches caudines révolutionnaires et parfois antisémites de LFI, ou en rejoignant le camp macronien, plus égocentrique que centriste, ni de droite ni de gauche parce que technocratique et mondialiste. Il est certes bien tard, mais peut-être l’audace d’affronter enfin le réel du monde actuel et ses menaces existentielles, pourra-t-elle ouvrir de nouvelles perspectives ?


[1] Léon Blum, discours au Congrès de Tour en 1920, « Pour la vieille maison » (p. 25) Cahier de l’OURS, N°4-1969

[2] Léon Blum, discours au Congrès de Tour en 1920, « Pour la vieille maison » (p. 25) Cahier de l’OURS, N°4-1969

[3] Léon BLUM, A l’échelle Humaine (p.306) Ed. Archipoche, Paris 2021

Aner Shapira, héros israélien

La vie d’un député est faite d’allers-retours entre Paris et sa circonscription. Petit aperçu…


Couvre-feu pour les moins de 13 ans

Vous ne pouvez pas ne pas en avoir entendu parler ! Même Élisabeth [Lévy 😉] en a fait son édito dans le dernier numéro de votre journal préféré… Quant à moi, j’ai eu l’opportunité de défendre le couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans sur BFM, le 23 avril dernier. J’étais opposée à Patrick Baudouin, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, qui dénonçait l’arrêté municipal pris par la Ville de Béziers. Je connais bien Patrick Baudouin pour avoir travaillé dix ans à ses côtés (il était président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme – FIDH – lorsque j’y travaillais). Je crois qu’il n’a pas aimé que je le lui rappelle… Il reproche notamment à la Ville de Béziers de ne pas fournir de chiffres probants sur la délinquance des moins de 13 ans. Et pour cause ! Comme ils bénéficient d’une « présomption de non-discernement », ils ne sont quasiment jamais poursuivis lorsqu’ils commettent des infractions. Résultat des courses, la police ne prend plus la peine d’établir de procédures à leur encontre et nous n’avons que peu de statistiques les concernant. J’ai proposé à Patrick Baudouin de venir faire un tour avec notre police municipale la nuit dans les rues de Béziers. Il a décliné… Toujours est-il que la LDH a attaqué – une nouvelle fois ! – notre arrêté municipal en justice. Et qu’elle a été déboutée ! On dirait que les temps changent…

Table des otages 

Le 26 avril, la Ville de Béziers a dressé sur le parvis de son théâtre une grande table des otages retenus par le Hamas depuis le 7 octobre. Une belle et élégante tablée avec, sur chaque assiette, la photo de tous ceux dont nous sommes sans nouvelles depuis trop longtemps. Un moment intense, une émotion profonde, palpable. L’occasion de s’arrêter quelques instants et de penser à ces femmes, ces hommes, ces enfants. Ainsi qu’à leurs familles dont la vie s’est arrêtée depuis plus de 200 jours. En face de nous, une poignée de militants propalestiniens qui brandissent des pancartes. En silence fort heureusement…

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Boomerang

Retour à l’Assemblée nationale. Lors des questions au gouvernement du 30 avril, Manuel Bompard, député LFI, interpelle le Premier ministre alors que les Insoumises Mathilde Panot et Rima Hassan sont entendues le matin même dans les locaux de la police judiciaire pour « apologie du terrorisme ». « Avez-vous l’intention de saper un à un les fondamentaux de notre État de droit ? Quand allez-vous cesser de défigurer la France ?» questionne le député. Et d’accuser le gouvernement de « dévoyer l’antiterrorisme » pour mieux « museler les voix de l’opposition ». C’est le garde des Sceaux qui lui répond en rappelant le « soutien » de La France insoumise au Hamas, avec pour conclusion un tonitruant : « Vos amis à vous, ce sont les mollahs, monsieur Bompard ! Vous devriez avoir honte ! » Cette fois, Éric Dupond-Moretti a raison…

Aner Shapira

Le 27 mai, c’est la journée nationale de la Résistance en France. L’occasion pour nous de rendre hommage à Jean Moulin, enfant de Béziers. Depuis 2018, la Ville profite de cette journée pour mettre à l’honneur un homme ou une femme qui a donné sa vie pour que triomphe la liberté face à l’oppression ailleurs dans le monde. Cette année, nous avons choisi Aner Shapira, jeune homme de 22 ans tué en défendant d’autres personnes lors du festival Supernova en Israël, le 7 octobre 2023. Aner a protégé un abri public bondé de personnes qui s’y étaient réfugiées, en rejetant à l’extérieur les grenades que les terroristes leur lançaient. Il a réussi à en relancer sept, mais la huitième a explosé et l’a tué. Cette journée est pour nous l’occasion de rencontrer sa famille. Devant la dignité des parents, on comprend mieux la grandeur de leur fils aîné…

Sabir

Il faut souvent s’armer de patience dans l’hémicycle. Et supporter de longues séances, parfois interminables, à écouter les mêmes arguments répétés à satiété. Durant l’examen du projet de loi d’orientation agricole, j’ai entendu Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme, nous expliquer que « le bio génère des externalités positives »… Je vous avoue ne pas avoir saisi immédiatement le sens du propos. Et de m’imaginer arriver chez les viticulteurs de ma circonscription pour leur dire : « Le bio est en crise, mais surtout n’arrêtez pas car “il génère des externalités positives”. » Je crois qu’ils me conseilleraient immédiatement de cesser de fréquenter l’Assemblée… 

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Honneur 

Certains jours, je voudrais être sénateur… Le 22 mai dernier, le sénateur Roger Karoutchi est revenu sur les condoléances présentées à l’Iran par notre ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, après la mort du président Ebrahim Raïssi et sur le communiqué du Quai d’Orsay concernant la demande de délivrance d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre et le ministre de la Défense israéliens. Roger Karoutchi attaque fort : « Internationalement, la parole de la France a toujours été pour la lutte contre l’obscurantisme et pour la démocratie. Avez-vous le sentiment que c’est toujours le cas aujourd’hui ? » Pour lui répondre, Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de l’Europe. Après quelques explications embrouillées sur « la France, grande puissance d’équilibre », le ministre se rassoit, visiblement mal à l’aise. Le sénateur reprend alors la parole et ne mâche pas ses mots : « La France obséquieuse avec l’obscurantisme, c’est non ! La France, c’est aussi la voix de la démocratie. Vous me dites que le communiqué du Quai d’Orsay sur la demande du procureur de la CPI est institutionnel. S’il n’est qu’institutionnel, il ne fallait pas le faire ! […] Ne mettez pas sur le même plan un État démocratique avec des instances élues et une organisation terroriste qui a assassiné. » Qui a dit que le Sénat ne servait à rien ?

Aide à mourir

C’est le tour de force du gouvernement. Comment réunir sans les nommer le suicide assisté et l’euthanasie sous le vocable d’« aide à mourir ». Évidemment, cela fait beaucoup moins peur… La commission spéciale s’est finalement prononcée pour un texte qui s’affranchit quasiment de tous les garde-fous imaginés. Envolée, la collégialité de la décision médicale, supprimée la condition du « pronostic vital engagé », exit la nécessité de discernement du patient, assoupli le délai de réflexion de quarante-huit heures. Mais voté, le délit d’entrave à l’euthanasie ! Si ce texte était adopté en l’état dans l’hémicycle, il ferait de la France le pays le plus permissif au monde sur le sujet. Suite au prochain numéro…

Clouons le bec aux « jamais contents »

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.


Chaque jour, au petit matin, le premier message que j’envoie sur les réseaux sociaux est l’annonce d’une « bonne nouvelle ». Ce journal des actualités heureuses, dans une période qui ne l’est pas, a quelque chose de très incorrect. Mais comment ne pas voir, à l’aube, le pire de ce qui s’est passé la veille et le « pas terrible » qui s’annonce. Quand d’autres disent « ce pays est foutu » et en font la chronique quotidienne, quand Hadès, dieu de la mort et roi des enfers, semble être devenu le rédacteur en chef des ondes et des écrans, j’aime déchirer le rideau noir pour faire jaillir la lumière.

Si cela n’est déjà fait, courez vers la salle de cinéma la plus proche pour prendre en plein cœur Un p’tit truc en plus d’Artus. « Clic, clic, pan, pan » (Yanns). Plus de 3 millions d’entrées les trois premières semaines : cela dit quoi de notre époque ? Et puis un livre, de Daniele Mencarelli, La Maison des regards (Globe). Bouleversant récit autobiographique d’un jeune poète, alcoolique, agent d’entretien dans le plus grand hôpital pédiatrique de Londres, qui va renaître grâce à des solidarités humaines taillées dans ce qui doit être le plus dur à supporter. Ou comment aller de la merde et de la mort à la beauté et à la vie.

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Je veux bien ici prendre date : les prochains Jeux olympiques auront la saveur de l’arrivée de la flamme à Marseille. C’était beau ! La cérémonie d’ouverture va clouer le bec à la basse-cour des « jamais contents ». Quant aux « carrément méchants », ils répondent à mes « bonnes nouvelles » du jour par des commentaires où la bêtise a rarement rendez-vous avec le Bescherelle.

La question est ici celle d’une nouvelle espérance. Que peut-on seulement espérer ? Quel chemin emprunter pour aller du souhaitable au possible ? Dans la bataille culturelle et idéologique en cours, j’apprécie la confrontation des récits ! La manière de parler de l’avenir est essentielle. Elle devrait être au cœur des controverses et des disputes ! Les imaginaires devraient davantage être convoqués pour alimenter les débats médiatiques et politiques plutôt que pour faire la chronique permanente des faits avec, comme seul horizon, la prochaine alerte du fil de l’AFP. Qui annonce quoi ? Qui donnera le goût de l’avenir ou le dégoût de ce qui se produira ? C’est d’autant plus important que « nous sommes à l’ère de la communauté de destin de l’humanité, des problèmes fondamentaux de vie et de mort sont communs à tous les humains. L’universel est concret[1]. » 

A lire aussi : La «fierté française» qui emplit les discours des Jeux olympiques est un leurre

Dans mes « bonnes nouvelles » sur X (ex-Twitter) et Facebook, il m’arrive aussi de recopier une pépite comme ce « Si j’avais su que je l’aimais tant, je l’aurais aimé davantage » et « Faisons confiance aux événements, ils ne manqueront pas de se produire[2] ! »

Vous avez vous aussi de « bonnes nouvelles » ? Contactez-moi, je m’en ferai l’écho et, les unes avec les autres, elles pourront même dégager l’horizon.

Ou pas…

La Prochaine fois je vous l'écrirai

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[1] Edgard Morin, Encore un moment…, Grasset, 2023.

[2] Philippe Meyer, La prochaine fois, je vous l’écrirai…, Les Arènes, 2024.

La droite la plus lâche du monde ?

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Bruno Retailleau, Michel Barnier, Michelle Tabarot, Annie Genevard, Valerie Pecresse et Laurent Wauquiez à Versailles, le 12 juin 2024. © Jacques Witt/SIPA

Si pour Elisabeth Lévy la France a la droite la plus bête du monde, pour Philippe Bilger c’est encore plus grave… 


Éric Ciotti est-il toujours président de LR ? La décision judiciaire du débat sur son sort sera connue ce soir, après que le bureau politique l’a à nouveau exclu. Il faut en tout cas le remercier de permettre à beaucoup de médias et de citoyens de faire des gorges chaudes sur la tonalité vaudevillesque de ces derniers jours et de le tourner en dérision, lui qui le 11 juin a annoncé un rapprochement électoral avec le RN. Chacun y va de sa moquerie, de son mot d’esprit, de ses attaques sur sa personne.

De telle sorte que s’abandonner à cette drôlerie collective – est-elle si réjouissante ? – a fait totalement oublier le fond du débat et l’intérêt ou non de la solution qu’il a proposée, sans en parler à quiconque auparavant. En réalité, son énorme faute réside dans cette solitude. Sa trahison, à mon sens, est moins dans la substance de son initiative que dans ses modalités médiatiques. On peut tout à fait lui imputer des ambitions électorales ou ministérielles sans que son pavé dans la mare du politiquement et médiatiquement correct soit moins passionnant à analyser.

La droite la plus lâche du monde ?

En tout cas j’éprouve la plus profonde admiration pour la gauche socialiste, pour les écologistes de Marine Tondelier toujours au premier plan, pour les communistes, et, d’une certaine manière aussi pour LFI et le NPA ! Quel courage ont eu ces partis, quelle superbe indifférence au jugement d’autrui, ils n’ont pas eu besoin de la permission de la droite pour, en quatre jours, oublier ce qui les avait séparés et se préparer à livrer de concert la bataille des élections législatives !

L’histoire de la gauche et de l’extrême gauche est au fond le récit d’un réalisme tellement dominant qu’on pourrait le qualifier de cynisme. Elles se fabriquent, à intervalles réguliers, un ennemi dont elles surestiment délibérément le danger et qui les rassemble. Comme le « fascisme » est à nos portes, il est urgent d’occulter tout ce qui est moral et de mener la lutte qui ne sera jamais finale puisque la démocratie a beau exister, elle compte peu face aux prurits révolutionnaires qui n’attendaient par exemple que la déroute du macronisme et le triomphe du RN pour reprendre toute leur vigueur.

Le pragmatisme sans s’encombrer de morale pour les alliances est donc à gauche ; et la moraline exigée de la droite. Une inégalité qui loin de s’atténuer s’amplifie.

François Mitterrand n’était pas communiste et il a fait l’union avec le parti communiste sans barguigner, en dépit du passé et du présent d’alors de ce dernier.

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François Hollande qui avait dénoncé vigoureusement LFI et Jean-Luc Mélenchon, n’a rien trouvé à redire à la miraculeuse coalition de la gauche socialiste avec l’extrême gauche. L’indécence serait pour lui la nomination de Jean-Luc Mélanchon comme Premier ministre mais non cette union tirée par les cheveux et dénuée de toute éthique.

NPA est dans le Front populaire, pourtant Philippe Poutou a proféré des horreurs après le pogrom du 7 octobre.

Il n’y a que des détails vite réglés qui auraient pu interdire la réconciliation enthousiaste avec LFI et un JLM qui avec habileté a su faire le modeste. Ce parti, globalement ou par l’entremise de certains de ses députés ou de la bouche même de JLM, entre autres est antisémite, hait Israël, défend le Hamas qui n’est pas « terroriste » mais « résiste », pourfend la police qui « tue », brandit des drapeaux palestiniens et suscite un désordre et une vulgarité parlementaires guère éloignés d’un antiparlementarisme.

Broutilles donc qui n’ont pas fait hésiter une seconde les forces de gauche pour se dresser, avec ce parti hier honni, contre le RN qui a eu l’énorme tort républicain d’avoir été placé en tête par une multitude de citoyens, ceci quasiment dans toute la France. Comment ne pas être estomaqué par une telle audace, un tel mépris des convenances, un tel sens de l’efficacité, une volonté si affichée de victoire, une telle certitude d’avoir raison et de devoir tout faire pour éviter à la France le sort funeste d’une droite républicaine et d’une droite extrême réunies ? Même Raphaël Glucksmann, avec mille scrupules, s’est plié à cette chape de plomb !

Je me moque mais il n’y a pas de quoi.

Triste droite…

En face on a une droite qui depuis l’intervention d’Éric Ciotti se couvre la tête de cendres, invoque de Gaulle (celui-ci tout au long de sa vie, notamment sur le plan international et dans certains de ses choix à la Libération, a pourtant été un pragmatique indifférent au qu’en dira-t-on), Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy comme si ceux-ci avaient été des exemples et demeuraient, morts ou vivants, des guides moraux, délire dans des dénonciations ridicules par leur outrance, se pose en juge alors que les principales personnalités qui se sont exprimées ont largement mis la main dans le déclin de leur camp – Valérie Pécresse notamment – et dans la totale éradication de la fierté intelligente et argumentée d’être de droite.

La droite de LR est aux antipodes d’une domestication par le RN mais au moins la ferait échapper à la peur de son ombre et à celle de s’allier pour des motifs électoraux. Sur le plan régalien, LR et RN sont proches. Le comble est que ceux qui ont tout fait pour tirer de la réalité des leçons lucides en matière de sécurité, d’autorité et de justice feignent aujourd’hui de jouer les vierges effarouchées.

Je ne demande pas à la droite d’avoir une témérité sans morale comme la gauche de ces derniers jours mais au moins de ne pas se camper dans une faiblesse qui la soumet au diktat que ses adversaires lui imposent, lui interdit de prendre acte des évolutions du RN sous l’égide de Marine Le Pen et surtout, en contestant la réalité d’une dédiabolisation comme la gauche, la prive de toute analyse politique au profit d’un confortable opprobre moralisateur.

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Si on examine le cours de l’Histoire, on est obligé de constater que l’extrême gauche, désaccordée d’une conception équilibrée, pacifique et civilisée de la République, suscite de plus en plus de suffrages, médiatiquement et politiquement, tandis que le RN qui n’a cessé d’opérer une authentique normalisation continue à être traité comme s’il était demeuré fidèle à ses origines sulfureuses et à l’ère de Jean-Marie Le Pen.

Que je sache, nous sommes en démocratie et, si la droite est vraiment indépendante, elle a précisément la faculté, sans peur ni lâcheté, de s’allier avec qui elle veut. De grâce, que le discours sur les valeurs soit autre chose qu’un cache-misère politique et électoral !

La droite la plus lâche du monde ?

Un signe de plus. Qu’il faille estimer François-Xavier Bellamy parce qu’il énonce cette évidence que faute de candidat LR il voterait pour le RN plus que pour l’extrême gauche, montre à quel degré de pusillanimité le parti est tombé. Le président du Sénat ose affirmer « qu’il irait à la pêche » s’il avait ce choix à effectuer ! Une honte!

Triste droite.

Une exigence et un regret pour finir.

Le débat sur les alliances de LR est trop important pour être laissé au seul bureau politique. Les militants doivent se prononcer.

Le seul grave reproche à imputer au président Ciotti est de n’avoir pas eu l’honnêteté de livrer, de manière transparente, cette réflexion capitale à tous ceux qui croient plus que jamais, contre le macronisme mou et l’extrême gauche dangereuse – on le voit chaque soir et le 7 juillet au soir puis les jours suivants probablement davantage encore -, à une droite assurée d’elle-même.

Le Mur des cons

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Néoféminisme: les «allumeuses» au bucher !

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Marilyn Monroe, 1957. © SIPA

Dans un bouquin, Christine Van Geen entend « déconstruire » le stéréotype de l’allumeuse, « figure culturelle et littéraire de la misogynie ». Original…


Femmes, la lutte que nous menons de toute éternité contre le patriarcat connaît depuis #MeToo des avancées fulgurantes ; nous voici sur le point de tordre le cou à la bête immonde. Nos intellectuelles, femmes puissantes s’il en est, entrent enfin dans la danse aux côtés des artistes ; leur ambition : débusquer le porc de toute soie, où qu’il fouisse. 

Un terme bâillon apparu en 1850

En 2023, on avait salué le brillant essai de l’universitaire Jennifer Tamas intitulé Au non des femmes, cet ouvrage de qualité invitait à poser sur nos textes classiques un œil neuf et libéré de siècles d’interprétation patriarcale pour y déceler la discrète révolte des héroïnes du Grand Siècle contre la mâle sujétion. Dans Allumeuse, opus éclairant, Christine Van Geen, normalienne, docteur et agrégée de philosophie « déconstruit » maintenant le stéréotype de l’allumeuse : « figure culturelle, littéraire et mythologique structurante de la misogynie ».

Quand un viril prédateur traite une femme d’allumeuse, explique-t-elle, cela sonne d’une manière légère et en apparence exempte de la violence que recèlent les épithètes « pute » ou « salope ». Pourtant celles que l’intempérant frustré qualifie ainsi sans qu’on ne s’en émeuve seraient souvent victimes de « violences sexistes », les allumés prétendant qu’elles auraient délibérément aguiché pour mieux se refuser. « Allumeuse » serait, d’après notre lumineuse philosophe, « un terme bâillon » employé par les hommes et qui sous-entend : « tu l’as bien cherché et tu ne peux pas dire le contraire. » Il n’y aurait donc pas d’allumeuse sans une frustration couplée à une lâcheté masculines. Forte de cette découverte (Majeure pour la cause féminine, on en convient), notre femme-lumière se propose d’installer enfin l’électricité dans la caverne de ses sœurs pour attiser la flamme de leur résistance contre l’oppression patriarcale ; son but : éveiller la gent féminine à l’asymétrie qui existe en matière de consentement entre elle et les mâles. Soit.

Notre femme savante commence et ça n’est pas pour le coup inintéressant, par exposer l’origine du terme allumeuse : « Le mot est apparu vers 1850, notamment dans l’argot des policiers, qui appellent « allumeuse » une prostituée qui ne devait apparaître dans les rues qu’au moment de l’allumage des réverbères. » L’allumeuse, d’abord fille des rues, devient dans le langage cru de la fin d’un XIXe siècle misogyne celle qui attise le désir sans le contenter. On trouve la première occurrence de ce terme sous la plume de Joris-Karl Huysmans, dans son roman, Là-Bas. Le héros se dérobe au moment d’étreindre la femme mariée qu’il avait séduite, terrorisé par l’appétit charnel de la dame : « Se rend-elle compte combien les soubresauts charnels sont grotesques. Ou bien est-elle, ce que je crois, une mélancolique et terrible allumeuse qui ne songe qu’à elle (…) » Las ! Après cet intéressant préambule, Christine Van Geen surfe ensuite sur l’air corrompu du temps et enivre ses lecteurs des vapeurs délétères de l’idéologie néo-féministe, formatant ainsi leur pensée. Notre Bélise plaque tout d’abord sa doctrine sur la mythologie, la littérature et les arts puis élargit sa démonstration au rap et à la représentation des femmes dans notre culture actuelle. 

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Embarquons : au commencement est Ève : première tentatrice face au premier couard, certainement émasculé : « La Genèse n’est pas le récit de la première tentatrice. C’est l’histoire du premier lâche. » Suivent Salomé, Cassandre, Galatée, la Lorelei ou les Sirènes d’Ulysse. Puis, on écornifle au passage ces salauds de bourgeois occidentaux décadents qui fantasment depuis le XIXe siècle sur un Orient dévolu au seul assouvissement des désirs dominants et dépravés de la race colonisatrice. « L’Orient vu par les Occidentaux est le lieu par excellence de la projection des fantasmes sur un « autre » imaginaire. Les bourgeois occidentaux se prennent de passion pour les images de caravanes de chameaux, d’odalisques voluptueuses en leurs harems (…) Cet Orient fantasmatique n’a rien de réel. Il est le miroir de désirs de domination violente et de sensualité débridée (…) Il construit le regard du colon, fasciné par cet objet à la fois inférieur et infiniment désirable. » 

Des pistes pour se soustraire à l’emprise

La philosophe s’appuie ensuite, sans surprise, sur une figure plus contemporaine, Marilyn Monroe, afin de décrire le malheur des femmes contraintes à sur-jouer leur féminité pour tirer leur épingle du jeu dans un monde fait pour les hommes. Entrer ainsi dans le jeu masculin ne sert qu’à diviser les femmes entre elles et par là même à les inféoder davantage à la mâle férule : « Les femmes sont perdantes sur tous les tableaux lorsqu’elles croient à la fable de leur pouvoir censément « magique » de séduction : elles perdent l’accès aux moyens de production en voulant être perçues comme féminines et désirables (…) « Le marché à la bonne meuf », comme l’appelle Virginie Despentes dans King Kong Théorie, est bien le seul champ qu’on laisse à l’exercice d’un pouvoir féminin, si on définit cette « féminité » comme une capacité magique d’allumer le désir. Dans ce marché, seule les belles et les jeunes sont en lice. Les autres, les « moches », les « mal baisées », les « imbaisables », sont déféminisées parce que non conformes aux canons de la beauté en vigueur. » On est d’accord, c’est dégueulasse tout comme la réussite à l’École Normale Supérieure et à l’agrégation de notre penseuse (panseuse), concours qui exclut, à ce qu’on en sait, les atrophié.e.s. du bulbe.

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Comment échapper alors au redoutable piège tendu ? Il difficile de dire aux femmes soumises à l’injonction de plaire depuis toujours pour survivre : « Écoutez-vous et cessez de plaire » concède Christine Van Geen. Néanmoins, elle n’est pas sans proposer des pistes pour se soustraire à l’emprise masculine. Aussi, mesdames, sachez que : « Une femme qui cesse volontairement de séduire sort du domaine des jugements (…) Elle vole un corps, le sien au patriarcat » ; adoptez la « moche attitude ». Autre façon de procéder : performer l’archétype proposé ; « forcer le trait », jouer avec dans le « drag », « hommes, femmes, homos, hétéros, trans, faisant exploser les codes de la séduction. » Mes ami.e.s,  à vos plateformes ; que la fête du slip commence ! Et surtout, que les femmes reprennent au langage ce qu’il a fait au féminin parce que : « La langue est raptée, comme l’est leur désir. Se réapproprier les corps, c’est aussi réinvestir les mots. Utiliser le féminin pour les noms d’activité et de métiers, comme on impose son corps, sans chercher, à plaire ». Un seul credo, donc : « Déplaisez-vous les uns les autres. » 

De la menace que constituent les nouveaux « allumés » (de tout poil, si j’ose dire) issus d’autres racines que les détestables racines judéo-chrétiennes, qu’on se rassure, il ne sera jamais question dans cet essai. Entre érudition assenée et injonctions servies par une écriture sans grâce, on tient là un texte qui marquera, on n’en doute pas une seconde, l’histoire du féminisme. 

Rien de bien novateur dans cet écrit, donc. Il sert scolairement l’idéologie néo- féministe mâtinée de wokisme en vogue. En réac, on s’accorde à penser avec Flaubert (Lettre à Louise Colet du 11 septembre 1846) que décidément : « Le Philosophe est d’ordinaire une espèce d’être bâtard entre le Savant et le Poète et qui porte envie à l’un et à l’autre. La métaphysique vous met beaucoup d’âcreté dans le sang. »

Allumeuse: Genèse d'un mythe

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La morale des planqués

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D.R

Auteur de best-sellers, Marc Lévy a livré le 21 avril son analyse politique de la situation dans laquelle nous nous trouvons, sur le plateau de Laurent Delahousse. Un peu hors sol.


Invité de Laurent Delahousse sur France 2, Marc Lévy, auteur de best-sellers planétaires, a délivré aux téléspectateurs une émouvante leçon de politique. De façon extrêmement originale, il a dénoncé les populismes qui sapent les démocraties occidentales. Prenant des risques inouïs, il a dénoncé les fake news des réseaux sociaux et la culture de post-vérité qui anime l’extrême droite. Quitte à choquer, il a séparé l’échiquier politique occidental entre les forces du bien et celles du mal. Audacieux, il a reproché à ces dernières de « créer des peurs » (infondées) ou « d’inventer des ennemis » (imaginaires).

On peut donc conclure qu’il ne faut pas craindre les changements culturels qu’induit l’immigration massive, et que les islamistes ne pourraient constituer des ennemis réels. En revanche, l’apocalypse climatique ne figure pas au catalogue des peurs irrationnelles du romancier, alors que les thuriféraires du programme gaullo-chiraquien de Marine Le Pen constituent les vrais ennemis de nos démocraties. L’auteur aux 50 millions de livres vendus ne pense certainement pas qu’on puisse qualifier de fake news des assertions comme « à l’école, le niveau monte », ou « aucun lien entre immigration et insécurité ». S’il s’inquiète (légitimement) des livres brûlés dans certains États américains républicains, il ne souffle mot des autodafés organisés par les progressistes d’Amérique du Nord.

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Marc Lévy ne voit pas la différence flagrante qui existe entre les deux principales composantes occidentales. Les États-Unis d’un côté, puissance économique et militaire éclatante, assise sur les Gafam et une immigration chrétienne intégrable. De l’autre, une Europe bureaucratique largement désarmée, menacée par une Afrique musulmane revancharde et une Russie à laquelle la progressiste Angela Merkel a vendu son pays.

Surtout, ce multimillionnaire dispense ses lénifiantes leçons de morale depuis… Manhattan, où il vit depuis 2008 ! À l’instar d’Omar Sy – lui, depuis la Californie –, est-il envisageable que les donneurs de leçons, exilés sous des cieux plus cléments, envisagent une pudique mise en veilleuse de leur irritante moraline ?

À la soupe !

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L'eurodéputé Raphaël Glucksmann (ici sur France 2 le 10 juin 2024) s'alliera avec LFI pour les élections législatives © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Décidément, tous les égouts et les couleuvres sont dans la nature profonde de la social-médiocratie française. Que ne feraient-ils pas pour une gamelle bien remplie, jusqu’où n’iraient-ils pas dans la compromission, le déshonneur, l’indécence pour conquérir ou garder un bout de banquette cramoisie dans les palais de la République ?
En deux nuits de marchandages de très bas étage, voilà bien que Place publique se mue en fille publique, se vendant corps et âme (quelle âme, me direz-vous ?) à la gloutonnerie mélenchonienne. Voilà bien que le PS en miettes se prostitue pour d’autres miettes, celles que consentiront à lui laisser ceux, les aboyeurs de l’Assemblée, les thuriféraires du Hamas, les nostalgiques de la terreur robespierriste, les promoteurs de cette nouvelle « solution finale » que serait la disparition pure et simple de l’État d’Israël, ceux, donc, qui dans la fange de cette partouze politicarde seront les véritables maîtres tout simplement parce qu’ils sont les plus violents. Les autres se coucheront. Ils ont un talent tout naturel pour cet exercice, semble-t-il.
Le label Nupes n’étant plus aussi vendeur qu’il le fut voilà à peine deux ans et demi, on ravale la façade en Front Populaire. Pourquoi se gêner ?
Pillage et saccage seraient donc bien aussi les deux mamelles de cette France-là, la France à la Rose. Pillage de l’enseigne, saccage de l’héritage. On ne meurt que deux fois, dit-on. Pour Léon Blum, la seconde fois c’était à l’heure même où les tristes pitres qui se prétendent ses continuateurs signaient l’accord de la honte.

Quand De Gaulle, Giscard et Chirac étaient (bien) plus à droite que «l’extrême droite»

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Les LR Renaud Muselier et Eric Ciotti (ici photographiés à Paris en 2017) ne sont pas d'accord sur la stratégie d'alliance avec le Rassemblement national de Jordan Bardella et Marine Le Pen © WITT/SIPA

Si Jordan Bardella est d’extrême droite, en raison notamment des positions du RN sur l’immigration, où classer du coup le général de Gaulle et ses pâles épigones ? Les pudeurs de gazelle des dirigeants LR vis-à-vis de toute alliance électorale sont-elles vraiment justifiées ?


« Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas, vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très intelligents. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se séparent de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber 10 millions de musulmans qui demain seront 20 millions, et après-demain 40 ? Si nous faisons l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » Ainsi s’exprime le général de Gaulle auprès d’Alain Peyrefitte en 1959, durant la guerre d’Algérie1.

Les gaullistes sont devenus conformistes

Pour le président de la République, qui considère que « nous sommes avant tout un peuple européen de race blanche, de culture gréco-latine et de religion chrétienne », l’intégration est une « entourloupe » vouée à l’échec. « Avez-vous songé que les musulmans se multiplieront par deux, puis par cinq, pendant que la population française restera presque stationnaire ? C’est un tour de passe-passe puéril ! », martèle-t-il à son interlocuteur, avant de conclure : « Vous voyez un président arabe à l’Élysée ? » Le général préférera donc accorder l’indépendance à l’Algérie. Après la signature des accords d’Évian en mars 1962, près de 70 000 anciens supplétifs de l’armée française et leur famille (selon les dernières estimations des historiens) sont torturés et massacrés par la population locale sans que la France n’intervienne. « Nous ne devons pas nous laisser envahir par la main-d’œuvre algérienne, qu’elle se fasse ou non passer pour des harkis ! Si nous n’y prenions pas garde, tous les Algériens viendraient s’installer en France », déclare le chef de l’État en Conseil des ministres, quelques mois plus tard2. Alors Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Renaud Muselier, Laurent Wauquiez, Jean-François Copé et consorts, toujours gaullistes ?

Il y a quelque chose de loufoque à voir certaines grandes figures de la droite autoproclamée « républicaine » évoquer pompeusement le général de Gaulle, la croix de Lorraine, l’esprit de la Résistance ou Munich pour vilipender une éventuelle alliance électorale avec « l’extrême droite ».

Nos si conformistes « gaullistes » du XXIe siècle, visiblement fort soucieux de leur image dans les médias, refusent donc de se livrer à une telle « infamie », pour reprendre les termes de Renaud Muselier. La France est en train de couler mais leur vertu elle, reste à flot, c’est l’essentiel. Pendant ce temps, la gauche est prête à se regrouper sans barguigner autour d’un parti de plus en plus antisémite et de moins en moins républicain (avec la complaisance ahurissante de ces mêmes médias)… On serait d’ailleurs très curieux de connaître la définition précise de ce qu’est « l’extrême droite » aux yeux de nos « gaullistes » du dimanche. Ignorent-ils que les premiers à rallier l’homme du 18 juin à Londres en 1940 viennent pour la plupart de l’extrême droite, la vraie ?  

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Sur le plan historique, un parti d’extrême droite qui accepte le jeu démocratique, refuse la violence, défend la laïcité, combat l’antisémitisme, ne remet pas en cause le mariage homosexuel et va même jusqu’à voter la constitutionnalisation du droit à l’IVG serait une grande première. Signe que les temps ont décidément bien changé, c’est la simple critique de l’immigration et de ses effets pervers, la défense des frontières ou des positions fermes sur la sécurité qui vous extrême-droitise automatiquement de nos jours, alors même que ces idées étaient partagées et considérées comme le bon sens le plus élémentaire par la plupart des partis politiques de droite comme de gauche sous la IIIe, IVe et Ve République, jusqu’au Parti communiste de Georges Marchais à la fin des années 1970. Dans les années 1980 le RPR de Jacques Chirac, qui se veut l’héritier du gaullisme, préconise en sus de la restriction de l’accès aux allocations familiales, la suppression du droit du sol et l’expulsion des immigrés au chômage depuis plus de deux ans. Soit le programme de « l’extrême droite » aujourd’hui.

Quand Valéry Giscard d’Estaing plaidait pour le droit du sang dans Le Figaro

C’est une époque où le RPR s’allie avec le FN à Dreux, lors des élections municipales de 1983, avec l’assentiment de la plupart des têtes d’affiche de la droite républicaine dont Alain Juppé et Jean-Claude Gaudin, pour qui l’essentiel est de « battre l’adversaire socialo-communiste ». Jean-Claude Gaudin, dont le fils spirituel et bras droit à Marseille sera un certain Renaud Muselier. C’est une époque où le chef de l’opposition de droite, Jacques Chirac, vote à l’Assemblée contre la dépénalisation de l’homosexualité (en 1982) et fait lors d’un meeting à Marseille (en 1988) un éloge décomplexé de ce qui est devenu depuis un crime contre l’humanité : « Je suis fier du passé, de l’œuvre coloniale de la France. Il n’y a que les intello-gaucho-masochistes pour critiquer cela. C’est pourtant une image superbe de la France. Quand Jacques Médecin inaugure à Nice une place de l’Indochine, je dis qu’il a raison. » Sans oublier l’envolée lyrique sur « le bruit et les odeurs » entre deux verres de pinard, lors d’un dîner-débat à Orléans (en 1991) devant 1 300 militants hilares3

L’année précédente, les états généraux de la droite (RPR et UDF) réunis à Villepinte prônent une politique d’assimilation stricte, la fermeture des frontières, l’expulsion rapide des clandestins, la limitation du droit d’asile et du regroupement familial, tout en proclamant l’incompatibilité entre l’islam et nos lois. « L’islam n’apparaît pas conforme à nos fondements sociaux et semble incompatible avec le droit français », affirment en cœur les signataires du texte final parmi lesquels Chirac, Giscard, mais aussi Sarkozy, Bayrou ou Juppé. Même le RN n’ose plus défendre en 2024 une telle position, tenue désormais par le seul Éric Zemmour. Dans un article publié en septembre 1991 dans Le Figaro, intitulé « Immigration ou invasion », le crypto-fasciste Valéry Giscard d’Estaing préconise l’abandon du droit du sol au profit du droit du sang et écrit notamment, parenthèses incluses : « Le type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration (arrivée d’étrangers désireux de s’installer dans le pays) vers celui de l’invasion (action d’entrer, de se répandre soudainement, selon la définition donnée par Littré). »

A lire aussi, Paul Rafin : Le RN, plus gaulliste que Les Républicains?

Ironie de l’histoire et nonobstant l’anachronisme, Jordan Bardella et Marine le Pen feraient aisément figure de gauchistes face aux radicaux-socialistes d’il y a même pas un siècle, preuve que la « fascisation » du Rassemblement national – ce que le peu flatteur terme d’« extrême droite » insinue en creux est pour le moins vaseuse. En 1938, un vrai « munichois », pour le coup, le président du Conseil Édouard Daladier, partisan de la préférence nationale en matière d’emploi, promulgue un décret-loi sur la police des étrangers qui prévoit l’internement de tous les « indésirables étrangers », puis « de tout individu considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les propriétaires ont l’obligation de déclarer l’hébergement de toute personne non française. À l’époque, ce sont essentiellement les Juifs venus d’Europe centrale qui sont visés. L’ancien ministre des Colonies du Cartel des gauches fait de la lutte contre l’avortement son autre cheval de bataille et se félicite de mener une politique favorisant « la répression des vices et la lutte contre les fléaux sociaux qui constituent autant de dangers pour l’avenir de la race ». En 1939, le nombre des affaires d’avortement instruites devant les tribunaux explosera, passant de 90 procès au premier trimestre à 277 au deuxième et 509 au troisième.

Chaque parti politique a un placard à cadavres

Au-delà de ses positions sur l’immigration, la diabolisation du Rassemblement national malgré son évolution politique depuis 2011, son changement de nom et la volonté de Marine Le Pen de le « respectabiliser », vient essentiellement des dérapages antisémites de son père et de l’origine du parti. Ses nombreux contempteurs rappellent régulièrement que le Front national, fondé en 1972, compte à ses débuts cinq ex-collabos notoires4, oubliant au passage de préciser que les anciens résistants (33 au total) sont bien plus nombreux encore, ce qui n’excuse d’ailleurs rien. Sauf qu’au petit jeu de la reductio ad Hitlerum, chaque parti politique cache des cadavres dans son placard. Il suffit de l’ouvrir. L’histoire du Parti socialiste et de son ancêtre la SFIO n’a, par exemple, rien de glorieux non plus à l’aune de la morale du XXIe siècle (on occultera pudiquement le Parti communiste pour ne pas allonger inutilement la lecture de cet article). Au-delà des diatribes antisémites de Jean Jaurès et de nombreux socialistes d’un autre siècle, ou des discours colonialistes de Léon Blum sur les « races supérieures » censées « attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation »5, souvenons-nous qu’une grande majorité  des parlementaires socialistes votent les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940 et que 12 des 17 ministres socialistes de la IIIe République encore en vie à la Libération sont exclus du parti en raison de leur compromission sous l’Occupation.

Pendant la guerre d’Algérie, c’est sous le socialiste Guy Mollet (1956-1957) que les « pouvoirs spéciaux » sont accordés aux militaires et que certains officiers ne se gênent pas pour manier la gégène sur les terroristes du FLN, pendant que le ministre de la Justice, un certain François Mitterrand, avalise la condamnation à mort de 45 d’entre eux. Le procureur général d’Alger Jean Reliquet ne tardera pas à accuser trois ministres du gouvernement (les socialistes Max Lejeune et Robert Lacoste, ainsi que le radical-socialiste Maurice Bourgès-Maunoury) d’avoir autorisé la torture6. Souvenons-nous enfin que le PS prend les rênes de l’État en 1981 grâce à un homme décoré de la Francisque, qui fleurira pendant plusieurs années la tombe du maréchal Pétain. Une francisque remise en main propre par le vainqueur de Verdun en mars 1943 (on oublie trop souvent de préciser la date), soit tout de même huit mois après la rafle du Vél D’Hiv, organisée par son ami René Bousquet… À ce petit jeu enfin, De Gaulle en personne, mais aussi Giscard et Chirac méritent eux aussi leur point Godwin, c’est pour dire. Le général n’a-t-il pas nommé préfet Maurice Papon et Premier ministre un autre décoré de la Francisque, Maurice Couve de Murville7 ? Soupçonné par les barons du gaullisme d’être une taupe de l’OAS8 (le colonel Bastien-Thiry, organisateur de l’attentat du Petit-Clamart, et son avocat maître Isorni prétendent même qu’il en est membre), Valéry Giscard d’Estaing n’a-t-il pas fait de Maurice Papon son ministre du budget entre 1978 et 1981 ? Très Algérie française lui aussi, le jeune Jacques Chirac n’est-il pas patronné en politique par Charles Spinasse, un ancien ministre du Front Populaire emprisonné à la Libération et exclu de la SFIO pour « félonie » ? En attendant qu’un jour peut-être on nomme bien les choses pour ne pas ajouter au malheur du monde, citons pour conclure ces quelques vers écrits en 1943 par Louis Aragon, qui n’était pas non plus d’extrême droite : « Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles / Au cœur du commun combat. »9


1/ C’était De Gaulle, Alain Peyrefitte.

2/ « La tragédie des harkis : qui est responsable ? », Guy Pervillé dans L’Histoire de mai 2002.

3/ « Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs (…) Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales sans naturellement travailler… (applaudissements nourris dans la salle) Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur (rires), eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou ! Il devient fou ! C’est comme ça. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. »

4/ Les anciens de la division SS Charlemagne Pierre Bousquet, André Dufraisse et Léon Gaultier, l’ex-milicien François Brigneau, ainsi que Roland Gaucher, président de la Ligue des lycéens antifascistes avant la guerre, condamné à la Libération pour son appartenance au Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat (« FN, les ex-résistants de Le Pen », Nicolas Gauthier dans le hors-série Valeurs Actuelles : l’histoire interdite, vol. 2).

5/ « Nous admettons qu’il peut y avoir non seulement un droit, mais un devoir de ce qu’on appelle les races supérieures, revendiquant quelquefois pour elles un privilège quelque peu indu, d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation », déclare Léon Blum le 9 juillet 1925, à la Chambre des députés.

6/ La raison d’État, Pierre Vidal-Naquet.

7/ Nommé par le régime de Vichy directeur des  finances extérieures et des changes en septembre 1940, Maurice Couve de Murville est chargé de superviser les transferts de fonds entre la France et le Troisième Reich, mais aussi de « réduire l’influence juive dans l’économie française ». Cet ancien inspecteur des finances siège parallèlement sous l’autorité du haut commandement allemand à la Commission de Wiesbaden, qui doit appliquer la convention d’armistice. Couve de Murville ralliera le général Giraud, puis le général de Gaulle à Alger en 1943.

8/ Dans C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte raconte un petit-déjeuner au ministère de l’Intérieur, le 1er janvier 1963, qui voit les barons du gaullisme fustiger à tour de rôle VGE, alors ministre des Finances (et absent de la réunion), avant que le Premier ministre Georges Pompidou, passablement irrité, ne mette un terme à ce « déballage ».

9/ La Rose et le Réséda.

Impayable et surtout dangereux François Hollande

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L'ancien président socialiste François Hollande, JT de TF1, 13 juin 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Et si c’était l’extrème gauche qui était aux portes du pouvoir ? Sur TF1, l’ancien président de la République a appelé à voter pour le nouveau « Front populaire » dominé par les mélenchonistes


On le voyait de temps en temps dans tel ou tel média, ressassant plus ou moins tacitement son amertume contre son poulain, Emmanuel Macron, qui, emporté sans doute par son destin, l’avait trahi sans états d’âme aucun lors de l’élection présidentielle de 2017. « Monsieur petites blagues », joli sobriquet aux consonances sympas, ne plaisante pourtant pas avec l’affront qu’il a subi et qu’il remâche encore.

Ne vous fiez pas à son allure débonnaire, à son profil arrondi, à ses jeux de mots faciles et autres calembours dont il raffole : François Hollande, s’il n’est pas un fin politique dans le sens noble du terme, dispose cependant de tous les attributs du politicien chevronné. La rancune fait partie de la panoplie. Ennemi intime de longue date de Laurent Fabius, autre orfèvre patenté dans le maniement du surin et un temps poulain préféré donc jalousé de François Mitterrand, il avait trouvé éminemment jouissif de le nommer au Quai d’Orsay dès son élection. Et ce pour une seule raison : le voir placé derrière lui lors des cérémonies officielles ou autres déplacements du chef de l’Etat qu’il était devenu, par un malheureux hasard…

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L’autre soir, au JT de TF1 du très gouleyant Gilles Bouleau, en engageant les Français, la mine grave et le regard farouchement plissé, à faire front au Rassemblement national qui porte de mieux en mieux son nom aujourd’hui, l’ancien président rubicond a franchi le Rubicon. Exhorter, haranguer presque, le peuple de France à voter pour une coalition hétéroclite, bancale, contre nature et surtout infiniment dangereuse, relève de la forfaiture. Il y a quelques jours encore, les plus agités de cette phalange aux sombres desseins n’avait pas de mots assez durs envers Israël, « bourreau » d’un peuple palestinien asservi, tout en justifiant le terrorisme du Hamas, à qui ne manque plus désormais que le Nobel de la Paix. Qui ne dit mot consent et ce ne sont pas les circonvolutions sémantiques de cette nouvelle bande des quatre qui changeront quelque chose…

On sait que le séducteur au scooter, qui a poussé la caricature jusqu’à authentifier l’engin motorisé de ses célèbres exploits nocturnes, rêve de renouer avec les ors de l’Elysée, en cédant à l’irrépressible appel du peuple. Se placer dans la posture d’un éventuel Premier ministre, si cette singulière nouvelle gauche plurielle l’emportait, aurait aussi de l’allure. Notamment celle de régenter un pays sous le regard contrit d’un président dévolu aux chrysanthèmes, que lui-même, dans un grand accès de lucidité dont il a le secret, avait « offert » à la France. Sans doute le syndrome Fabius évoqué plus haut…

D’ici au 7 juillet: procès publics, intimidations, violences?

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Le journaliste et polémiste Ivan Rioufol © Hannah Assouline

Il est urgent de sauver le soldat Ciotti, estime notre chroniqueur Ivan Rioufol.


Le vieux monde rend l’âme. Il est congédié par les Français, furieux d’avoir été dépossédés de leur destin et trahis par leurs dirigeants. Le système est à deux doigts de s’effondrer. 

Un système politique à l’agonie

Il n’est déjà plus que sa caricature autoritaire et manichéenne. Le procès public, l’intimidation, la violence vont être ses ultimes défenses jusqu’au 7 juillet, date du second tour des législatives. « La honte », titre ainsi Libération mercredi, sous un portrait d’Éric Ciotti. Le président des Républicains y est accusé d’avoir fait alliance avec le RN en désacralisant le « cordon sanitaire » imposé par la gauche à la droite depuis 40 ans. Mais Libé ne dit rien du répugnant « front populaire » acté autour de La France Insoumise. Pourtant, ce parti est devenu le point de ralliement des nouvelles expressions antisémites et sectaires portées dans les plis de la « nouvelle France » musulmane, défendue par Jean-Luc Mélenchon. 

Cette hémiplégie morale, qui avait déjà permis au PS de s’allier au PC stalinien, n’est plus acceptée que par la droite zombie. Le spectacle qu’elle donne à son tour, à travers ses cadres qui dénoncent la décision de Ciotti, illustre sa proverbiale bêtise collective. Pour le député (LR) Julien Dive, « en 1940, Éric Ciotti n’aurait jamais traversé la Manche ». Cette reductio ad hitlerum rejoint celle de Gérald Darmanin (« Ciotti signe les accords de Munich ») ou de Bruno le Maire, qui appelle la droite à « refuser la collaboration ». S’il y a une menace fasciste, elle est portée par ce monde agonisant : il est prêt à tout pour se maintenir en place. Emmanuel Macron, plus Néron que jamais, est le premier à attiser les braises.

La pensée dominante prête à toutes les outrances

Il va être difficile, ces prochains jours, de soutenir Ciotti dans sa courageuse décision de passer outre les interdits des apparatchiks de son camp, eux-mêmes sous surveillance des garde-chiourmes de la gauche prétendument vertueuse. La fabrique de la pensée dominante ne va pas craindre les outrances pour préserver ses abattis. 

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L’ensemble des sénateurs républicains se sont immédiatement désolidarisés du président du parti et de son choix, semble-t-il non débattu préalablement. La plupart des hauts responsables LR réclament sa démission, sans s’interroger plus avant sur les raisons de la chute jamais endiguée de la droite de gouvernement. Pour ces acteurs en sursis, tous les coups vont être permis dans leur quête de survie. Une même solidarité vitale unit dès à présent la majorité présidentielle à la droite en déroute. 

Votre serviteur a même été prié hier de s’éloigner des plateaux de CNews, le temps de la campagne, pour avoir commis un tweet en soutien à la démarche du président des LR dans sa recherche d’union des droites. Reste que ce sont les citoyens eux-mêmes qui aujourd’hui imposent les choix politiques. Macron pourrait l’apprendre à ses dépens le 7 juillet à 20 heures. Si Ciotti est désavoué par ses pairs, une large partie de la base l’approuve. Une vingtaine de députés LR l’auraient déjà suivi dans ses accords avec Jordan Bardella. Il est urgent de sauver le soldat Ciotti.

A suivre…

La triple imposture dudit nouveau «Front populaire»

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Accord de la Gauche pour un Front Populaire, Paris, 11 juin 2024. De gauche à droite, Fabien Roussel, Olivier Faure, Marine Tondelier et Manuel Bompard © ISA HARSIN/SIPA

Les partis de gauche n’assument plus la marque « Nupes », frappée du sceau de l’infamie mélenchoniste. Mais pourtant, ils parviennent à s’entendre… Pour faire passer la pilule auprès de l’électorat de gauche, ils lancent le nouveau « Front populaire ». Une triple forfaiture, dénonce ici Renée Fregosi. LFI a démontré au cours des derniers mois qu’elle était la porte d’entrée d’un « Sud global » revanchard en France.


Tandis que certains ont pu croire au soir des élections européennes, que le Parti socialiste (PS) était ressuscité par la grâce de son alliance avec Place publique de Raphaël Glucksmann, voilà que son premier secrétaire Olivier Faure se précipite tête baissée dans une Nupes nouvelle formule pour affronter les législatives anticipées de juin-juillet. Alliance électorale électoraliste certes, parce qu’il faut conserver des sièges coûte que coûte, mais aussi parce « LA » gauche unie demeure un fantasme puissant chez les socialistes français, et enfin parce qu’idéologiquement, l’appareil du PS et la plupart de ses jeunes militants sont soumis à l’hégémonie de l’esprit « révolutionnaire » de LFI.

Une fois encore, le PS français refuse d’assumer un positionnement à la fois social, démocratique et laïque qui lui serait propre, et qui l’opposerait à un mouvement prétendument « de gauche », en fait non seulement autoritaire et violent, mais parfois également antisémite – plus proche des SA nazis que des insurgés de la Commune (!). Une fois encore, les socialistes français renoncent à la social-démocratie, foncièrement incompatible avec les avatars du bolchevisme, et de ce fait ils se dérobent au véritable défi de l’époque.

Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, Saint-Paul (974), 19 avril 2024 © Alain ROBERT/SIPA

Les irréconciliables réconciliés

Après Munich, lorsque les démocraties européennes eurent connu « et le déshonneur et la guerre », Léon Blum disait qu’il « aurait mieux valu qu’une rupture franche séparât des éléments irréconciliables au regard d’un problème vital ». A l’époque, il s’était agi d’abord de prendre le risque de la guerre, contre les pacifistes menés par les communistes qui accusaient Blum d’être un « fauteur de guerre ». Ensuite il s’est agi de prendre le risque de la résistance (comme l’ont fait dès juin 1940 un groupe de socialistes autour de Daniel Meyer en passant à la clandestinité, Léon Blum après avoir refusé les pleins pouvoirs à Pétain se retrouvant emprisonné, accusé puis pris en otage à Buchenwald, et quelques autres socialistes en rejoignant De Gaulle à Londres) contrairement aux communistes suivant les ordres de Staline qui avait signé un pacte de non-agression avec Hitler.

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Aujourd’hui, il s’agit d’abord de résister à l’offensive de ce totalitarisme du troisième type qu’est l’islamisme qui par la violence, la pression, l’influence, l’infiltration dans les institutions et la société civile, impose séparation des sexes et des communautés et orthopraxie religieuse. Or, au motif que les musulmans seraient les nouveaux « damnés de la terre », le mouvement LFI (et pas seulement son leader charismatique Jean-Luc Mélenchon) mais aussi le résidu du PS, ainsi que de prétendus écologistes véganes et néo-féministes convertis au wokisme (idéologie anti-occidentale fustigeant le mâle blanc hétérosexuel) se sont rangés aux côtés des islamistes, reproduisant le même type d’attitude que leurs aînés pacifistes puis collaborationnistes face au nazisme.

Propalestinisme délirant à gauche

Négation ou sous-évaluation de la menace, minimisation des attaques, compassion et incantations bêlantes à la paix, voire victimisation des auteurs d’attentats et de massacres ayant prétendument subi les humiliations non plus du traité de Versailles mais de la colonisation, de l’exclusion, de la stigmatisation, et bien sûr de « l’islamophobie ». Mais aussi, boycott d’Israël accusé de façon obsessionnelle de colonisation, d’apartheid, et de « génocide », stigmatisation des Juifs de la diaspora et soutien à leur exclusion des universités notamment, au nom d’un propalestinisme délirant mythifiant « un malheur palestinien » destiné à effacer la Shoah par la substitution de ladite « nakba » (holocauste en arabe), et négation de la légitimité à l’existence d’Israël en réclamant une Palestine sans Juifs « du Jourdain à la Méditerranée ».

Se revendiquant d’un « Sud global » que les nouveaux impérialismes expansionnistes russe, chinois ou iraniens, coalisés ou en concurrence, manœuvrent en sous-main, et que l’antisémitisme contribue grandement à coaguler, cette « gauche unie » se définit en effet clairement comme islamo-gauchiste. La violence tant verbale que physique, érigée en légitime défense du peuple, se pare de l’aura « révolutionnaire », considère le mouvement terroriste du Hamas comme un groupe de « résistance », et légitime également les black-blocs qui infiltrent les cortèges syndicaux comme ils ont pourri les manifestations des gilets jaunes, faisant sciemment monter la tension dans une stratégie déstabilisatrice au sein d’une société française gravement fragmentée et traumatisée.

Ainsi, cette « Union de la gauche » plus cynique et trompeuse que jamais, qu’ils ont osé rebaptiser « Front populaire » en évoquant 1936, est une triple imposture. Tout d’abord, la perspective de l’arrivée du RN aux portes du pouvoir n’est en rien comparable au péril fasciste des années 30. Le véritable totalitarisme du troisième type qui nous menace et qui a déjà commencé à saper les bases de nos démocraties, c’est principalement l’islamisme. Or contre cette offensive mortifère de l’islam politique, non seulement ce soi-disant Front populaire ne pourra rien, mais encore il y participera activement comme on le voit plus clairement que jamais depuis les massacres génocidaires perpétrés par le Hamas le 7 octobre, avec les prises de positions des différents partis qui composent l’alliance.

Par ailleurs, pour récupérer les électeurs « réformistes » qui avaient retrouvé le chemin des bureaux de vote en croyant pouvoir espérer le réveil d’une gauche démocratique ruinée par les errances du PS et la disruption macronienne, LFI use de la même fourberie que Blum dénonçait avec lucidité chez Lénine. En 1920 au congrès de Tours qui vécut la scission de la SFIO, le leader socialiste, lançait en effet aux partisans de l’internationale communiste malgré leurs vociférations : « Vous pensez, profitant d’une circonstance favorable, entraîner derrière vos avant-gardes les masses populaires non communistes, non averties de l’objet exact du mouvement, mais entretenues par votre propagande dans un état de tension passionnelle suffisamment intense[1] ».

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Blum, ne céda pas à la pression unioniste qui aurait soumis son parti à la tutelle bolchevique car « cette tactique des masses inconscientes, entraînées à leur insu par des avant-gardes, [il ne pouvait] pas l’admettre[2] ». Et plus tard, face à la guerre qui approchait, il aurait voulu refuser à nouveau ce qu’il appelait « la religion de l’unité », d’autant qu’il était persuadé que ce refus d’une unité qui n’était qu’un lâche alignement, « aurait fait preuve ; les masses populaires se seraient aussitôt reformées autour de ceux qui avaient vu clair[3]». De même aujourd’hui, et c’est là sa troisième imposture, la soi-disant unité « à gauche » n’est pas du côté du peuple, ce « Front populaire » LFIste n’a rien de populaire.

Si le prolétariat d’aujourd’hui n’est plus que très marginalement ouvrier, il existe toujours cependant, notamment dans le service à la personne, le nettoyage ou au plus bas de l’échelle dans le secteur de la santé. Mais ces travailleurs n’intéressent pas la prétendue gauche « révolutionnaire », pas plus que les agriculteurs tirant des revenus dérisoires de leur labeur, ou les classes moyennes, dont le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer et qui vivent dans une insécurité physique et culturelle de plus en plus forte, notamment dans la « France périphérique ». Tous ceux-là qui devraient être représentés et défendus par une social-démocratie œuvrant au véritable progrès social, à la transmission de la culture et au partage du pouvoir, sont abandonnés au Rassemblement national qui est le seul à donner l’impression de ne pas les mépriser sans offrir toutefois de véritable solution durable à leurs problèmes.

Alors, jouer au front anti-fasciste dans une coalition de type « castor » comme disait le regretté Laurent Bouvet, c’est-à-dire ayant pour seule boussole désaxée de « faire barrage au RN », relève du mensonge, de l’irresponsabilité et du grotesque. Et cela, que ce soit en passant sous les fourches caudines révolutionnaires et parfois antisémites de LFI, ou en rejoignant le camp macronien, plus égocentrique que centriste, ni de droite ni de gauche parce que technocratique et mondialiste. Il est certes bien tard, mais peut-être l’audace d’affronter enfin le réel du monde actuel et ses menaces existentielles, pourra-t-elle ouvrir de nouvelles perspectives ?


[1] Léon Blum, discours au Congrès de Tour en 1920, « Pour la vieille maison » (p. 25) Cahier de l’OURS, N°4-1969

[2] Léon Blum, discours au Congrès de Tour en 1920, « Pour la vieille maison » (p. 25) Cahier de l’OURS, N°4-1969

[3] Léon BLUM, A l’échelle Humaine (p.306) Ed. Archipoche, Paris 2021

Aner Shapira, héros israélien

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Hommage rendu au résistant israélien Aner Shapira tué par le Hamas lors du 7 octobre 2023. © Ville de Béziers

La vie d’un député est faite d’allers-retours entre Paris et sa circonscription. Petit aperçu…


Couvre-feu pour les moins de 13 ans

Vous ne pouvez pas ne pas en avoir entendu parler ! Même Élisabeth [Lévy 😉] en a fait son édito dans le dernier numéro de votre journal préféré… Quant à moi, j’ai eu l’opportunité de défendre le couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans sur BFM, le 23 avril dernier. J’étais opposée à Patrick Baudouin, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, qui dénonçait l’arrêté municipal pris par la Ville de Béziers. Je connais bien Patrick Baudouin pour avoir travaillé dix ans à ses côtés (il était président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme – FIDH – lorsque j’y travaillais). Je crois qu’il n’a pas aimé que je le lui rappelle… Il reproche notamment à la Ville de Béziers de ne pas fournir de chiffres probants sur la délinquance des moins de 13 ans. Et pour cause ! Comme ils bénéficient d’une « présomption de non-discernement », ils ne sont quasiment jamais poursuivis lorsqu’ils commettent des infractions. Résultat des courses, la police ne prend plus la peine d’établir de procédures à leur encontre et nous n’avons que peu de statistiques les concernant. J’ai proposé à Patrick Baudouin de venir faire un tour avec notre police municipale la nuit dans les rues de Béziers. Il a décliné… Toujours est-il que la LDH a attaqué – une nouvelle fois ! – notre arrêté municipal en justice. Et qu’elle a été déboutée ! On dirait que les temps changent…

Table des otages 

Le 26 avril, la Ville de Béziers a dressé sur le parvis de son théâtre une grande table des otages retenus par le Hamas depuis le 7 octobre. Une belle et élégante tablée avec, sur chaque assiette, la photo de tous ceux dont nous sommes sans nouvelles depuis trop longtemps. Un moment intense, une émotion profonde, palpable. L’occasion de s’arrêter quelques instants et de penser à ces femmes, ces hommes, ces enfants. Ainsi qu’à leurs familles dont la vie s’est arrêtée depuis plus de 200 jours. En face de nous, une poignée de militants propalestiniens qui brandissent des pancartes. En silence fort heureusement…

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Boomerang

Retour à l’Assemblée nationale. Lors des questions au gouvernement du 30 avril, Manuel Bompard, député LFI, interpelle le Premier ministre alors que les Insoumises Mathilde Panot et Rima Hassan sont entendues le matin même dans les locaux de la police judiciaire pour « apologie du terrorisme ». « Avez-vous l’intention de saper un à un les fondamentaux de notre État de droit ? Quand allez-vous cesser de défigurer la France ?» questionne le député. Et d’accuser le gouvernement de « dévoyer l’antiterrorisme » pour mieux « museler les voix de l’opposition ». C’est le garde des Sceaux qui lui répond en rappelant le « soutien » de La France insoumise au Hamas, avec pour conclusion un tonitruant : « Vos amis à vous, ce sont les mollahs, monsieur Bompard ! Vous devriez avoir honte ! » Cette fois, Éric Dupond-Moretti a raison…

Aner Shapira

Le 27 mai, c’est la journée nationale de la Résistance en France. L’occasion pour nous de rendre hommage à Jean Moulin, enfant de Béziers. Depuis 2018, la Ville profite de cette journée pour mettre à l’honneur un homme ou une femme qui a donné sa vie pour que triomphe la liberté face à l’oppression ailleurs dans le monde. Cette année, nous avons choisi Aner Shapira, jeune homme de 22 ans tué en défendant d’autres personnes lors du festival Supernova en Israël, le 7 octobre 2023. Aner a protégé un abri public bondé de personnes qui s’y étaient réfugiées, en rejetant à l’extérieur les grenades que les terroristes leur lançaient. Il a réussi à en relancer sept, mais la huitième a explosé et l’a tué. Cette journée est pour nous l’occasion de rencontrer sa famille. Devant la dignité des parents, on comprend mieux la grandeur de leur fils aîné…

Sabir

Il faut souvent s’armer de patience dans l’hémicycle. Et supporter de longues séances, parfois interminables, à écouter les mêmes arguments répétés à satiété. Durant l’examen du projet de loi d’orientation agricole, j’ai entendu Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme, nous expliquer que « le bio génère des externalités positives »… Je vous avoue ne pas avoir saisi immédiatement le sens du propos. Et de m’imaginer arriver chez les viticulteurs de ma circonscription pour leur dire : « Le bio est en crise, mais surtout n’arrêtez pas car “il génère des externalités positives”. » Je crois qu’ils me conseilleraient immédiatement de cesser de fréquenter l’Assemblée… 

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Honneur 

Certains jours, je voudrais être sénateur… Le 22 mai dernier, le sénateur Roger Karoutchi est revenu sur les condoléances présentées à l’Iran par notre ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, après la mort du président Ebrahim Raïssi et sur le communiqué du Quai d’Orsay concernant la demande de délivrance d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre et le ministre de la Défense israéliens. Roger Karoutchi attaque fort : « Internationalement, la parole de la France a toujours été pour la lutte contre l’obscurantisme et pour la démocratie. Avez-vous le sentiment que c’est toujours le cas aujourd’hui ? » Pour lui répondre, Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de l’Europe. Après quelques explications embrouillées sur « la France, grande puissance d’équilibre », le ministre se rassoit, visiblement mal à l’aise. Le sénateur reprend alors la parole et ne mâche pas ses mots : « La France obséquieuse avec l’obscurantisme, c’est non ! La France, c’est aussi la voix de la démocratie. Vous me dites que le communiqué du Quai d’Orsay sur la demande du procureur de la CPI est institutionnel. S’il n’est qu’institutionnel, il ne fallait pas le faire ! […] Ne mettez pas sur le même plan un État démocratique avec des instances élues et une organisation terroriste qui a assassiné. » Qui a dit que le Sénat ne servait à rien ?

Aide à mourir

C’est le tour de force du gouvernement. Comment réunir sans les nommer le suicide assisté et l’euthanasie sous le vocable d’« aide à mourir ». Évidemment, cela fait beaucoup moins peur… La commission spéciale s’est finalement prononcée pour un texte qui s’affranchit quasiment de tous les garde-fous imaginés. Envolée, la collégialité de la décision médicale, supprimée la condition du « pronostic vital engagé », exit la nécessité de discernement du patient, assoupli le délai de réflexion de quarante-huit heures. Mais voté, le délit d’entrave à l’euthanasie ! Si ce texte était adopté en l’état dans l’hémicycle, il ferait de la France le pays le plus permissif au monde sur le sujet. Suite au prochain numéro…

Clouons le bec aux « jamais contents »

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La patrouille de France survole le Vieux-Port de Marseille lors de la cérémonie de l'arrivée de la flamme olympique le 8 mai 2024. © Frederic Munsch/SIPA

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.


Chaque jour, au petit matin, le premier message que j’envoie sur les réseaux sociaux est l’annonce d’une « bonne nouvelle ». Ce journal des actualités heureuses, dans une période qui ne l’est pas, a quelque chose de très incorrect. Mais comment ne pas voir, à l’aube, le pire de ce qui s’est passé la veille et le « pas terrible » qui s’annonce. Quand d’autres disent « ce pays est foutu » et en font la chronique quotidienne, quand Hadès, dieu de la mort et roi des enfers, semble être devenu le rédacteur en chef des ondes et des écrans, j’aime déchirer le rideau noir pour faire jaillir la lumière.

Si cela n’est déjà fait, courez vers la salle de cinéma la plus proche pour prendre en plein cœur Un p’tit truc en plus d’Artus. « Clic, clic, pan, pan » (Yanns). Plus de 3 millions d’entrées les trois premières semaines : cela dit quoi de notre époque ? Et puis un livre, de Daniele Mencarelli, La Maison des regards (Globe). Bouleversant récit autobiographique d’un jeune poète, alcoolique, agent d’entretien dans le plus grand hôpital pédiatrique de Londres, qui va renaître grâce à des solidarités humaines taillées dans ce qui doit être le plus dur à supporter. Ou comment aller de la merde et de la mort à la beauté et à la vie.

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Je veux bien ici prendre date : les prochains Jeux olympiques auront la saveur de l’arrivée de la flamme à Marseille. C’était beau ! La cérémonie d’ouverture va clouer le bec à la basse-cour des « jamais contents ». Quant aux « carrément méchants », ils répondent à mes « bonnes nouvelles » du jour par des commentaires où la bêtise a rarement rendez-vous avec le Bescherelle.

La question est ici celle d’une nouvelle espérance. Que peut-on seulement espérer ? Quel chemin emprunter pour aller du souhaitable au possible ? Dans la bataille culturelle et idéologique en cours, j’apprécie la confrontation des récits ! La manière de parler de l’avenir est essentielle. Elle devrait être au cœur des controverses et des disputes ! Les imaginaires devraient davantage être convoqués pour alimenter les débats médiatiques et politiques plutôt que pour faire la chronique permanente des faits avec, comme seul horizon, la prochaine alerte du fil de l’AFP. Qui annonce quoi ? Qui donnera le goût de l’avenir ou le dégoût de ce qui se produira ? C’est d’autant plus important que « nous sommes à l’ère de la communauté de destin de l’humanité, des problèmes fondamentaux de vie et de mort sont communs à tous les humains. L’universel est concret[1]. » 

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Dans mes « bonnes nouvelles » sur X (ex-Twitter) et Facebook, il m’arrive aussi de recopier une pépite comme ce « Si j’avais su que je l’aimais tant, je l’aurais aimé davantage » et « Faisons confiance aux événements, ils ne manqueront pas de se produire[2] ! »

Vous avez vous aussi de « bonnes nouvelles » ? Contactez-moi, je m’en ferai l’écho et, les unes avec les autres, elles pourront même dégager l’horizon.

Ou pas…

La Prochaine fois je vous l'écrirai

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[1] Edgard Morin, Encore un moment…, Grasset, 2023.

[2] Philippe Meyer, La prochaine fois, je vous l’écrirai…, Les Arènes, 2024.