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Portrait du bourgeois progressiste

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Les rêves universalistes de notre bourgeoisie progressiste sont voués à l’échec. Ni les pays non-occidentaux, ni les minorités communautaires en Europe ne sont ouverts aux leçons de tolérance et d’égalité qu’elle prêche avec tant d’hypocrisie. Et pendant ce temps, les identités nationales auxquelles tiennent les classes populaires s’effritent sous la double action de l’immigration massive non contrôlée et de la propagande idéologique. Tribune de Charles Rojzman.


La bourgeoisie progressiste a adopté les valeurs de tolérance et d’ouverture à l’autre de ses ancêtres des Lumières. Elle a en horreur tous les extrémismes. Elle ne perçoit le danger des guerres que lorsqu’il est accompagné d’agressivité et de violence qu’elle attribue à des individualités (Khadafi, Saddam Hussein, Milosevic, Poutine…) et non à des masses. Elle bénéficie, avec l’immigration, d’une domesticité exotique et mal rémunérée. Elle a des contacts civils et agréables avec des pairs de toutes origines et de toutes couleurs. Elle voit dans le rejet des étrangers des milieux populaires un racisme qu’elle réprouve. Héritière des valeurs du XVIIIe siècle et de la maçonnerie, elle rêve d’un monde régi par la raison et l’intérêt bien compris et se méfie des passions populaires identitaires qu’elle imagine, à tort ou à raison, pouvant conduire au chaos ou à la guerre civile. Ce faisant, elle méconnaît l’importance de l’identité pour donner du sens, particulièrement dans une période caractérisée par la peur d’un futur incertain.

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Sa mise en avant des vertus de tolérance l’amène à considérer avec bienveillance les identités étrangères sans voir le danger qu’elles représentent pour l’identité nationale. D’ailleurs, sa passion pour la raison universelle lui fait croire que le monde lui ressemble dans cette vision universaliste, et elle croit que les idéaux occidentaux seront portés un jour ou l’autre par toute humanité, méconnaissant l’importance des émotions et des passions qui, pour elle, sont la survivance d’une âme primitive. S’identifiant au camp du bien, elle milite pour le rêve d’une immigration raisonnée, pour un développement durable, pour l’écologie sans s’apercevoir que ses luttes ne sont pas partagées par les milieux populaires qui souffrent des conséquences de la globalisation qu’elle met en œuvre. Elle ne voit pas que de nouvelles puissances sont aux aguets, avec leurs propres volontés hégémoniques et impérialistes et vont profiter de cette faiblesse qui est au cœur du rêve irénique occidental, d’autant plus qu’elles connaissent les corruptions et les vices que cache cet idéalisme proclamé.

Alain Delon, le non-vendu

Certes, tout le monde dira que c’était « un monstre sacré », « une légende du cinéma ». Mais il ne faut pas oublier qu’il était aussi un gaulliste et un patriote, fier et amoureux de la France.


Acteur, certes, mais avant tout un homme d’honneur et de fidélité, de parole brève, qui fut, derrière des yeux glaçants de beauté, des yeux de givre bleu, un homme-braise : une braise ardente d’amour, de vérité, de passion, d’engagement filial, un homme-cri, cri muet de l’âme navrée et du souvenir meurtri, cri porté en silence, cri retenu, comme fait le loup de Vigny.

Un homme décent, pudique à l’extrême, un homme soucieux de la dette symbolique, attaché aux liens invisibles et immatériels de la transmission et de la parole donnée ou reçue, de l’affection.

Un nostalgique et un non-commerçant, c’est-à-dire de toute façon déjà un voyou pour notre époque actuelle.

Un homme du respect et de la distance, fuyant la fusion et ses mensonges simulacres, un dangereux aristocrate naturel venu du peuple, un non-transparent, un mystère.

Un homme-mystère, oui et qui emportera toujours du Mystère. Nous n’aimons pas, nous autres, ce qui n’est pas mystérieux. Nous n’aimons pas les bons, les gentils, les objectivables et les objectivés, les gens qui sont rendus, ou se sont rendus, ceci ou cela par désir d’emporter l’adhésion ou de plaire. Delon n’était pas « sympathique ».

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Nous aimons les « monstres indéfinissables » de Pascal, d’autant qu’ils ont le talent, le charisme, la grâce même, dont souvent Delon sut faire preuve dans quelques chefs-d’œuvre.  

Dur, arrogant, imbu de lui-même, lit-on parfois. Sûrement. Et le contraire aussi.

Bourreau des cœurs ? oui mais bourreau, à l’évidence et avant tout, de lui-même, bourreau ombrageux, consumé sans gémir par ses propres démons et son enfance chaotique. Un sale caractère ? Non, du caractère. « Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses : il ne nous intéresse pas » dirait René Char.

Nous aimons l’infini de la Question, nous aimons, parmi les êtres, ceux dont nous ne faisons pas le tour. Les escarpés. Les indéfinissables qui rayonnent, les grands déçus et les misanthropes, les solitaires magnifiques.

Alain Delon, l’indéfinissable

Les énigmes à eux-mêmes et aux autres. Ceux qu’on connaît bien et qu’on ne comprendra vraisemblablement jamais : il y aura toujours un reste, un trouble, un possible. Nous aimons ce qui nous échappe et qu’on n’a pas stabilisé bêtement. Delon n’est pas un objet défini.

Un homme imparfait et droit, un homme viril, fort et fragile, un tigre souple avec, à peine passante, la séduction magique et ambiguë du féminin reprise par l’autorité brusque ou belliqueuse du mâle.

Un homme, acteur fascinant, qui brûlera longtemps dans ses films et dans les souvenirs car il incarna la France.

Car, oui, épris profondément de Romy ou Mireille, icônes et fées délicieusement vivantes et proches du cinéma de la France des années 70-80, il fut aussi un amoureux de la France : un vrai gaulliste, un patriote, n’ayant jamais eu honte de faire savoir hautement qu’il aimait son pays et le visage singulier de celui-ci.

Un non-vendu, en somme.

Les combattantes du PKK et des FARC : actrices du féminisme

Les résistantes : les femmes du PKK, kurdes, et des FARC, colombiennes, sont engagées dans une lutte similaire contre l’Etat au nom de l’anti-impérialisme et de l’anti-capitalisme. Voir les Episodes 1, 2 et 3.


Certaines femmes ont fait le choix de rejoindre des mouvements les plaçant dans une position qui les amèneraient à être traitées comme des ennemies de l’Etat. Nous pensons évidemment aux résistantes de la Seconde Guerre mondiale, aux algériennes pro-FLN (Front de libération nationale), aux combattantes du LTTE (Les Tigres Tamils) au Sri-Lanka et du Sendero Luminoso (le Sentier Lumineu) au Pérou, aux militantes du PKK (Partiya Karkerên Kurdistan) en Turquie et à celles des FARC de Colombie (Forces armées révolutionnaires de Colombie).

J’ai reçu dans mon cabinet deux ex-combattantes dans des organisations terroristes. Gulan, originaire de Turquie, réfugiée en France et ancienne membre du PKK ; ainsi que Marca, originaire de Colombie, engagée dans le mouvement des FARC. Ces deux femmes m’ont amenée à travers nos échanges à une meilleure compréhension de ces deux mouvements, qui laissent aux femmes une place importante dans leurs rangs.

La médiatisation de la guerre entre l’Etat islamique et les Kurdes dans le nord de la Syrie, de 2014 à 2016, a révélé au public la présence importante et structurée de femmes dans les rangs kurdes, au sein du PKK, et la crainte qu’elles inspiraient à leurs adversaires. Le PKK, considéré comme organisation terroriste par une grande majorité de la communauté internationale, a été fondé en Turquie en 1978 par Abdullah Öcalan et Sakîne Cansiz, une femme. Mouvement à caractère révolutionnaire, marxiste-léniniste, il a fait du rejet des valeurs patriarcales de la société traditionnelle kurde l’un de ses axes idéologiques majeurs. Très tôt, son idéologie a intégré les problématiques liées au genre. Mouvement précurseur en matière de féminisme dans une zone géographique traditionnellement « masculine ». Il est aujourd’hui montré comme un exemple en la matière, le féminisme faisant partie intégrante du projet politique.

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Représentant 1% des effectifs militaires en 1987, la part des femmes évoluera à 10% en 1993, 30% en 1999, et 40% aujourd’hui selon diverses estimations. Les postes à responsabilité sont systématiquement occupés par un homme et une femme. Chaque unité combattante du PKK dispose de son pendant féminin, en Iran, en Syrie, en Irak pour ne citer qu’elles. L’acceptation des femmes au sein du PKK est-elle sans sacrifice pour elles ? Dans une société où l’honneur d’un groupe ou d’une famille reposent sur le comportement sexuel des femmes, se pose alors la question de la conciliation entre mixité et honneur tribal ? La réponse est simple, la sexualité est complètement interdite aux combattants et surtout aux femmes ! La chasteté des jeunes femmes est obligatoire. Pour Gulan, que j’ai interrogée sur ce sujet, cet interdit n’est pas forcement vécu comme un sacrifice mais plutôt comme une libération des contraintes liées à leur genre, tels que le mariage et la maternité.

Les combattantes peshmerga, malgré l’admiration qu’elles suscitent, ont cependant été déconsidérées d’une certaine manière par la presse. On nous a montré de belles jeunes femmes, souriantes, coiffées de leurs foulards à fleurs, mitraillette sur l’épaule. Cette érotisation de la guerrière kurde finit par renforcer les stéréotypes du rapport de la femme à la violence !

Les combattantes du PKK sont très proches de leurs sœurs d’armes colombiennes des FARC : elles s’expriment leur solidarité dans deux messages vidéo adressés en 2013 et 2014.

En 2013, les femmes FARC adressent aux femmes du PKK le message suivant : « Nous sommes sœurs d’armes contre le capitalisme et l’impérialisme et toutes formes d’injustice dans ce monde, nous sommes des combattantes internationales ». En 2014, les femmes du PKK adressent en retour aux femmes des FARC ce message : « Dans un monde global, la solidarité est devenue une tâche indispensable pour tous les mouvements révolutionnaires ». C’est dans le contexte de la guerre civile qui opposa les libéraux et les conservateurs que les FARC, principale guérilla communiste, vont s’engager dans le conflit armé colombien. Les FARC seront placées sur la liste noire des organisations terroristes des Etats-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

Le conflit entre les FARC et le gouvernement colombien sera le plus long de l’Amérique latine, il aura duré 52 ans. Les FARC sont également connues comme la guérilla la plus riche au monde, en raison de ses liens étroits avec les narcotrafiquants où les femmes représentent 40% des militants.

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Dès le début, en 1964, les militants FARC ont admis les femmes auprès d’eux. Dans les années 80-90, le nombre d’engagées a énormément augmenté, obligeant les responsables à prendre en compte la notion du genre. Des tâches domestiques auxquelles on les avait assignées par nature, les femmes vont peu à peu accéder aux armes et changer le rapport de la femme aux actions armées. A L’image de leurs sœurs d’armes du PKK, les dirigeants FARC vont prendre des mesures afin de réguler leur sexualité en rendant la contraception et l’avortement obligatoires. Extraordinaire mesure dans un pays aussi conservateur et catholique que la Colombie !

Dans l’affaire de l’enlèvement du journaliste français, Roméo Langlois, c’est une des cadres des FARC qui sera arrêtée en 2012. « C’est elle qui a géré l’aspect politique et médiatique de l’enlèvement de Langlois. Elle a une grande expérience dans la manipulation des masses et est chargée de l’endoctrinement des nouvelles recrues », a précisé le colonel Carlos Alberto Vargas Rodriguez à la presse nationale. » En revanche, plus de dix ans après son arrestation, aucun autre élément n’a été trouvé la concernant.

De redoutables combattantes pour la paix

Majoritairement plus enclines à la paix, les femmes vont jouer un rôle important lors des négociations de paix, entre 1998 et 2002, apportant une expression plus féminine aux groupes de guérillas. Dix ans après, lors du processus de paix de 2012-2016, on estime que 40% de femmes font partie des FARC. Le 12 novembre 2016, le gouvernent colombien et les FARC signent un accord de paix à la Havane. Le militantisme féministe des combattantes a su se faire entendre. Le rôle des femmes dans le conflit colombien a évolué jusqu’à prendre une place décisive, quasi politique. Les femmes prennent les rênes pour bâtir la paix en Colombie !

L’accès des femmes au combat armé, en l’espèce illégal, constitue-t-il un progrès du point de vue de l’émancipation des femmes ? Force est de constater que les femmes prennent de plus en plus de place, en nombre, au combat, sur la scène politique et dans les médias. Cependant, gardons à l’esprit que dans ces organisations les hommes cherchent toujours à les contrôler par le biais de leur corps et de leur sexualité.

Mélodie au 36ème dessous

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Avec la mort d’Alain Delon disparaît le visage de la France d’hier qui, dans un parfum d’éternité, encensait la beauté, le talent et l’intelligence. Le grand acteur aimait les femmes et admirait ses aînés avec sincérité : une vraie leçon d’humilité.


Alain Delon est mort ce 18 août. Il était l’un des derniers félins du cinéma français. L’émotion est grande : il n’est pas scandaleux de mourir à 88 ans, mais cet âge-là emporte aujourd’hui avec lui une époque dont sont également nostalgiques ceux qui ne l’ont pas vécue.

En monstre sacré du 7ème art, Alain Delon nous quitte entre les deux films du moment, le court-métrage plutôt réussi des Olympiades parisiennes et le mauvais long métrage politique de la Dissolution & Co.

En acteur de droite au patriotisme sincère, son départ éclipse – belle ironie du calendrier – le scénario médiatico-politique de destitution présidentielle co-écrit cet été avec gourmandise par quelques saltimbanques LFIstes.

En homme amoureux des plus belles femmes du monde, parce qu’elles ont été inoubliablement belles et inoubliablement amoureuses de lui, il nous arrache à la pauvreté navrante du discours officiel sur les femmes. Il les a aimées avec des mots simples qui avaient alors droit de cité sur les lèvres des hommes : « Je les aime grandes, belles et intelligentes ». Il leur a rendu hommage, dans la vie et dans la mort, comme à la Cérémonie des César de 2008, où sa déclaration d’amour éternel à Romy pour les 70 ans qu’elle n’aura jamais eu le temps d’avoir fit se lever un public entier.

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Oui, nous allons vouloir revoir Les Aventuriers de Robert Enrico (1967) avec Joanna Shimkus s’enfonçant dans l’océan, plutôt que la statue dorée de l’aventurière Jeanne Barret (1740-1807) émergeant des eaux dépolluées de la Seine des JO. Nous allons aimer réentendre Jane Lagrange (Nathalie Delon) lancer à Jef Costello : « J’aime quand tu viens chez moi, parce que tu as besoin de moi », dans Le Samouraï (1967), plutôt que l’énième couplet sur l’odieux patriarcat occidental, les poils aux pattes quand on veut et l’équitable répartition de la parentalité. Et, oui, nous n’allons pas bouder notre plaisir en réécoutant les discours de Michel Audiard qui risquent de faire avaler leur extrait de naissance à des néoféministes un peu chatouilleuses sur le vocabulaire : « J’ai levé une gonzesse de la troupe, une Suédoise ; figure-toi qu’on sort pas ces gonzesses-là en se couchant à huit heures » (Mélodie en sous-sol, 1963).

Les temps ont un peu changé. Nous sommes passés du Guépard (1963) à Mon ami le petit manchot (2024) ; de La Piscine (1969) et son tragique quatuor amoureux, au Grand bain (2018) et sa thérapie de dépressifs via la natation synchronisée ; du Samouraï solitaire trouvant réconfort auprès de la tendre Nathalie Delon et de l’énigmatique Cathy Rosier, aux pieds nickelés d’Un p’tit truc en plus (2024) embarqués dans une cavale comico-empathique aux côtés de jeunes adultes « en situation de handicap » – comme on dit aujourd’hui, pour ne pas dire « handicapés » et n’assigner personne à rien.

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Les temps ont un peu changé, en effet. Dans la France de Delon, on disait qu’on admirait ses aînés. On disait d’eux qu’ils étaient nos maîtres. On restait « le môme » des plus vieux que soi, même auréolé de gloire et de succès.  Aujourd’hui, c’est plutôt « foke les profs » et « cheh » : pas vraiment du niveau de Jean-Pierre Melville même si on note une certaine économie de langage. Alain Delon, que l’on a accusé – sur un ton rigolard et ricaneur, par définition aux antipodes du sien – d’être imbu de lui-même, conjuguait avant tout à la troisième personne son admiration pour Jean Gabin, Luchino Visconti, René Clément et les autres. Il est touchant de l’entendre expliquer en quoi le réalisateur de Plein Soleil (1960) était le meilleur directeur d’acteurs au monde et comment il lui avait « appris le regard » : exprimer avec les yeux tout ce que son personnage avait fait et s’apprêtait à faire. Il était ému de voir Simone Signoret, lors du tournage du Chat (1971), s’asseoir dix centimètres derrière le fauteuil d’acteur de Jean Gabin. Question de préséance et d’hommage silencieux. Notre pays est devenu ennuyeux à se croire obligé de trouver tout le monde exceptionnel et normal, tout en rejetant l’idée même de normalité et de caractère exceptionnel, de peur, encore une fois, d’assigner les gens à résidence d’eux-mêmes.

La France de Delon était aussi une France où l’on parlait correctement, et pour dire quelque chose. On s’exprimait lentement, clairement, on faisait les liaisons, les choses étaient bien dites. Réécoutons-le expliquer la différence entre un acteur et un comédien, entre celui qui vit le rôle et celui qui l’interprète. Ou lorsqu’il avoue avoir été déçu neuf fois sur dix par les villes et les pays lointains qu’il lui avait été donné de voir de près : « On devrait rester sur ses rêves ». Jolie formule. Aujourd’hui, on dit « kiff », même chez les ministres. Aucune importance : grâce à la magie de la rediffusion à l’infini d’une culture commune que l’on sait encore conserver, Maurice Ronet offre toujours un ouvrage de Fra Angelico à Marie Laforêt dans Plein Soleil et Alain Delon souhaite toujours que la phrase d’Alfred de Musset : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois, mais j’ai aimé » soit l’épitaphe qui lui survive.

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La France d’Alain Delon, c’est enfin la France des flics tourmentés (Un Flic, 1972) et non des « All cops are bastards » ; celle d’un film sur la Rafle du Vél’ d’Hiv’ commençant par le glaçant examen pseudo-médical d’une femme déclarée « de faciès plus ou moins judaïque » (Monsieur Klein, 1976), lequel fait étrangement résonner le très récent « T’es juif, toi ? » du tramway de Montpellier ; la France d’un acteur mythique déclarant sans gêne ne pas aimer les fêtes et ne pas apprécier d’être abordé inopinément dans la rue, crimes de lèse-coolitude.

Cette France-là va être rediffusée à la télévision. Elle va réapparaître en photos dans nos magazines. Regardons-la bien dans les yeux. Et prêtons l’oreille. Même dans une France au 36ème dessous, sa mélodie nous parvient encore.

Imposture sociologique, vérité littéraire

Notre chroniqueur ne se contente pas de rompre des lances avec les « pédagogistes ». Voilà qu’il s’en prend aux sociologues, qui œuvrent si intelligemment à chercher les clés de notre société si complexe…


C’était le 1er mai 1968 et j’étais à Paris. Je suis entré à la Sorbonne (occupée, si vous vous rappelez), et dans le hall du grand amphi, j’ai lu cette déclaration pleine de sens : « Quand le dernier des sociologues aura été étranglé avec les tripes du dernier bureaucrate, aurons-nous encore des « problèmes » ? »

Ce qui distingue à jamais le manifestant 68 de celui d’aujourd’hui, c’est qu’il était nourri de culture — philosophie et littérature particulièrement, et pas uniquement les classiques du marxisme. Les pseudo-révolutionnaires actuels, qui protestent à tout bout de champ contre tout et n’importe quoi, doivent s’y mettre à plusieurs pour citer un grand écrivain. Mais ils ont une mine inépuisable de références sociologiques pêchées dans les colonnes de Libé et de l’Obs. Exeunt Balzac, Marx ou Nietzsche, enter Bourdieu, et les disciples de Bourdieu.

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Je faisais ce constat il y a peu, en me colletant avec l’un de mes meilleurs amis / ennemis, Philippe Watrelot, ex-agrégé de SES, conseiller de Najat Vallaud-Belkacem pour laquelle il a écrit un rapport intitulé « Innover pour une École plus juste et plus efficace », et auteur, entre autres, de Je suis un pédagogiste (2021). Tout ce que j’aime. J’interviens de temps en temps sur sa page Facebook (et il a la politesse d’y accueillir mes éructations), et dernièrement, après une énième critique des sociologues de l’Educ-Nat, il a posté une page pleine d’humour :

Haha, ai-je commenté. Je n’aurais pas dû me contenter de si peu, mais FB n’est pas le lieu des analyses complexes. Causeur, qui dispose d’un lectorat moins partisan, l’est sans doute davantage.

Je n’ai jamais compris l’intérêt de la sociologie à partir du moment où existe la littérature — sinon fournir des postes aux petits bras de la philosophie. Pensez que le fondateur de cette « science » du social, Émile Durkheim, a visité les universités allemandes au moment même où Nietzsche publiait ses plus grands livres — et tout ce qu’il en a retenu, c’est le discours des « philosophes sociaux » : certes, quand on ne comprend pas la pensée ultime, on se rabat sur les ersatz. Le Positivisme a tué en grande partie la philosophie française. Heureusement nous avons eu Bergson…

Sociologie, Psycho et Pédagogie ont également stérilisé le recrutement en université. Cessons de créer de nouveaux postes en métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie, comme disait Voltaire, et nous ouvrirons des opportunités en Sciences, Littérature ou Médecine. Créons un corps d’Inspection du Supérieur, qui évalue sans scrupules l’intérêt de telle ou telle recherche, avec possibilité de reverser les inutiles dans le Second degré, et là aussi nous créerons un appel d’air pour tant de docteurs condamnés aujourd’hui à enseigner en collège, faute de postes en université, pendant que de Grands Inutiles se pavanent dans les facs.

Sur le fond de la question, je pose une question. Marx avait pour Balzac une grande admiration, non qu’il approuvât les préférences du romancier pour la monarchie, mais il avait trouvé chez lui une formidable analyse de la société bourgeoise. Qui, à vrai dire, n’a pas pris une ride : les bourgeois ne s’attifent plus avec un spencer, comme le cousin Pons, mais les ressorts sociaux n’ont pas bougé d’un iota : l’argent, l’argent, l’argent. Balzac a, avant Marx, compris que le facteur économique était déterminant en dernière instance. Et que dans un monde bourgeois libéral, le fric était la clef universelle pour décrypter les comportements.

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Balzac, ou Dickens, ou Maupassant : croyez-vous vraiment que les mœurs journalistiques ou parlementaires aient bougé d’un iota depuis Bel-Ami ? Mais aussi bien Proust (lisez Sodome et Gomorrhe et oubliez tout du discours LGBT) ou Anatole France : lire L’Île des Pingouins permet d’accéder à la plus formidable analyse de l’antisémitisme d’avant l’islam. C’était cela, l’atmosphère qui a présidé à la loi de 1905 — et c’est pourquoi il faut la réécrire — sans demander leur avis aux sociologues… Car nos apôtres du collectif, presque tous gens de gauche qui ne veulent surtout pas stigmatiser telle ou telle « communauté », s’interrogent rarement sur les exactions commises aujourd’hui au nom d’Allah le Très Haut et le Miséricordieux, comme le savaient très bien Samuel Paty, Dominique Bernard et les dizaines de victimes de l’islam des caves et des déserts.

Pas tous heureusement. Il y a des sociologues qui portent le fer dans la plaie — par exemple Florence Bergeaud-Blackler qui a récemment publié une analyse rigoureuse et impitoyable des réseaux fréristes en France (ah, pardon, elle est anthropologue, même si elle a fait ses études dans l’unité de Sciences sociales de Bordeaux). Gilles Kepel, avec qui j’étais récemment au Salon du Livre de la Haute-Tinée, m’a confirmé tout le bien qu’il en dit en préface de son livre, Le Frérisme et ses réseaux.

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Mais pour un sociologue qui ose parler contre la doxa de la spécialité, combien sont, de fait, les complices passifs du communautarisme ? Ou partisans de l’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa — qui est un authentique philosophe, lui, pas un penseur pour Télérama ? Ou adeptes « malgré eux » (comme on disait en 1943 en Alsace) de la domination de l’homme sur la femme à laquelle il impose un voile ? Sans parler de leur refus d’analyser les effets délétères de la consanguinité dans les milieux où l’on épouse volontiers sa cousine, et autres joyeusetés couvertes par le silence, au nom de l’intersectionnalité des luttes…

Je sors dans dix jours un dernier essai intitulé L’Ecole sous emprise — une analyse sans concession de l’entrisme islamiste dans l’Educ-Nat. Parions que nos sociologues y trouveront à redire. Peut-être comptent-ils bien être aux premières loges lorsque la charia sera promulguée en France, et qu’elle les autorisera, comme dans le Soumission de Houellebecq, à avoir quatre épouses et un nombre infini de concubines. Mais ils finiront égorgés comme les autres.

L'école sous emprise

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Alain Delon: Clair-obscur en chair et en os

Le monde vient de perdre un grand acteur. Mais au-delà du comédien Alain Delon, il faut saluer l’homme qui incarnait à sa manière la tradition française du dandy : ce personnage singulier, exigeant avec lui-même comme avec les autres, qui refuse obstinément toute médiocrité, surtout celle de sa propre époque. Hommage du philosophe et écrivain Daniel Salvatore Schiffer.


Comment rendre hommage, sans verser dans la banalité, la redite ou les poncifs, sinon d’évidentes et trop consensuelles platitudes, à celui qui fut peut-être le plus grand acteur (et non, la nuance conceptuelle s’avère ici de mise, simple comédien) français de la seconde moitié du XXe siècle ? Il n’est guère facile, en effet, de parler des mythes, fussent-ils morts ou vivants.

Car celui que l’on qualifie volontiers aujourd’hui, et à juste titre, de « monstre sacré » du cinéma, y compris par son immense carrière internationale, avec des chefs d’œuvre tels que « Le Guépard » (1963) de Luchino Visconti, dans lequel il interprète le rôle de l’aristocratique mais indomptable Tancrède, ou l’énigmatique « Monsieur Klein » (1976) de Joseph Losey, incarnait, de fait, ce qu’un sémiologue aussi pointu, fin et cultivé que Roland Barthes appela jadis à raison, conformément à l’intitulé de son livre le plus célèbre, les « mythologies » du monde moderne et contemporain.

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Ainsi, donc, Alain Delon, cet élégant « samouraï » à la française qu’un réalisateur tel que Jean-Pierre Melville, en 1967 déjà, immortalisa de main de maître, lui fixant à jamais cet intense regard bleu, froid et métallique qu’on lui connaissait, s’en est allé, à l’âge vénérable de 88 ans, dans la nuit de ce 18 août 2024.

Blessure au creux de l’âme ; nostalgie au tréfonds de l’être

Et, pourtant, star d’entre les stars, mais dont une indicible blessure de l’âme, par-delà même sa légendaire beauté ou son charismatique talent, paraissait toujours habiter, sinon hanter, son être le plus profond, insaisissable et secret, Delon semble avoir quitté ce bas monde, pour aller rejoindre définitivement celui des étoiles, sans regret, ainsi qu’il le confia, dépourvu de tout artifice ou fioriture, dans un de ses derniers, parmi les plus touchants et intimes, entretiens : « La vie ne m’apporte plus grand-chose. J’ai tout connu, tout vu. Mais surtout, je hais cette époque, je la vomis », confia-t-il en effet, empli d’une indéfinissable nostalgie là encore, un triste jour d’hiver de janvier 2018. Et, poursuivant sur cette émouvante lancée, d’y conclure, effectivement : « Il y a ces êtres que je hais. Tout est faux, tout est faussé. Il n’y a plus de respect, plus de parole donnée. Il n’y a que l’argent qui compte. On entend parler de crimes à longueur de journée. Je sais que je quitterai ce monde sans regrets » !

Solitude, singularité et distinction

En cela, du reste, Alain Delon, qui fut aussi l’un des grands dandys du siècle, tant par sa foncière solitude que par son irréductible singularité, cette inextinguible distinction de la véritable race des seigneurs, ne s’éloigna guère de ce qu’un esprit aussi raffiné que Roger Kempf dit en un essai aussi emblématique, sur cette épineuse mais essentielle question à l’endroit d’Alain Delon, que son Dandies. Baudelaire et Cie précisément.

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Il y écrit : « Mais loin de se dresser contre ses générateurs misérables, le dandy se contente […] de leur tourner le dos. Que les censeurs se rassurent : il croit […] à la discipline, il a horreur du laisser-aller. Plus insolent que transgresseur, il n’est pas dangereux, face aux trublions de toutes sortes […]. Le dandysme : un monde métaphorique aux couleurs du soleil couchant, un exercice impossible. […] Comment garder le secret ou le silence au temps de l’ordre public ? Comment vivre sur le mode de l’être, non du devenir ? Comment rêver sous le régime du progrès ? Questions terribles et sans réponse, menant parfois au suicide et toujours au rebut et à la mort. Le dandy ne l’ignore pas. Condamné, il s’attend à disparaître, dignement ».

Paraître sans comparaître

Bref, insiste encore Roger Kempf dans cet insigne portrait, tout en nuances et finesse, de l’authentique dandy, mais où l’on croirait également percevoir en filigrane quelques-uns des traits distinctifs, tant sur le plan moral ou intellectuel que psychologique, d’Alain Delon, ce séducteur né, justement, de qui s’entichèrent très sincèrement les plus belles femmes, au premier rang desquelles émergent, bien sûr, ces divines actrices que furent Romy Schneider et Mireille Darc, ou encore la chanteuse anglo-allemande Nico (naguère sulfureuse égérie d’Andy Warhol et autre Lou Reed au temps de l’électrique mais surtout décadent Velvet Underground). Sans oublier, cependant, Nathalie Delon, qui fut, à l’état-civil, sa seule épouse avant qu’il n’en divorçât : « Mélange de retenue et d’ironie, être de parade et de désir, le dandy se défend et s’expose, mais ne comparaît pas. N’ayant de comptes à rendre à personne, il se garde de biffer son passé […]. Prenant les devants, s’il lui plaît, il avoue ses défaites et, narguant l’opinion, joue de sa corde favorite : le mépris ».

Est-ce pour cette raison que l’instinctif, plus encore qu’intuitif, Delon, bête de scène, à la sensibilité quasi animale dans ses aspects les plus sauvages, pour qui la fidélité constituait l’une des principales qualités d’esprit, aima plus les chiens que les hommes, à l’instar de philosophes tels que Diogène ou Schopenhauer ? C’est dire, en tous cas, si le dandy, cet idéaliste qui s’ignore, paraît sans jamais, toutefois, comparaître, sinon devant le tribunal de sa propre et seule conscience.

Le soleil noir de la mélancolie

Mais, de la complexité inhérente à ce dandysme ainsi correctement entendu, et donc a posteriori aussi de cet iconique Alain Delon, c’est Charles Baudelaire, qui fit du dandy un « soleil couchant » comme Gérard de Nerval en fit le « soleil noir » de son ineffable mélancolie, qui en brossa très certainement le plus abouti des tableaux en cette éminente critique d’art – et Dieu sait si Delon fut aussi un très fin connaisseur, en même temps qu’un collectionneur avisé, en matière d’œuvres d’art – que fut son « Peintre de la vie moderne » (1863).

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Il y écrit donc au sujet des dandys : « Que ces hommes se fassent nommer raffinés, incroyables, beaux, lions ou dandys, tous sont issus d’une même origine, tous participent du même caractère d’opposition et de révolte ; tous sont des représentants de ce qu’il y a de meilleur dans l’orgueil humain, de ce besoin, trop rare chez ceux d’aujourd’hui, de combattre et de détruire la trivialité. De là naît, chez les dandys, cette attitude hautaine de caste provocante, même dans sa froideur ». Et, dans la foulée, Baudelaire, hissé ainsi au faîte de ce remarquable portrait, d’en inférer, toujours en ce « Peintre de la vie moderne », dès lors : « comme l’astre qui décline, il [le dandysme] est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie ».

Un clair-obscur en chair et en os ; un oxymore vivant

Et, de fait, ce grand fauve qu’était Alain Delon, cet astre finalement parvenu au crépuscule de sa vie, et à présent tragiquement trépassé, mais non pour autant éteint tant il demeure immortel, fut bien, par ces paradoxes qu’il ne cessa d’incarner tout au long de sa prodigieuse existence, tantôt solaire et tantôt sombre, tantôt féline et tantôt ténébreuse, cet oxymore vivant, pareil, éternellement désormais, à un clair-obscur en chair et en os !

Dandies. Baudelaire et Cie

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Manifeste dandy

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rockisme contre wokisme

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En août, lis ce que te goûte

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Les vacances imposent-elles la vacance de l’esprit ? Autant profiter de ce répit estival pour moissonner les sillons de sa bibliothèque. Sous le soleil d’août, votre serviteur y a passé sa charrue. Lectures par les champs et par les grèves… 2e livraison: « Prendre la mer ». Lire la 1ère livraison.


Voilà un volume un peu lourd pour la plage, mais excellent viatique en croisière ou au bord de la piscine. Comme toujours chez Taschen pour mieux vous mettre dans le bain, l’image flamboie autant que le texte : la maquette séduisante de ce pavé à la reliure rouge et or poinçonnée au fameux pavillon macabre – crâne et ossements croisés – dispense vignettes et illustrations pleine page (signées Michael Custode) entre des chapitres ouverts, chacun, par un feuillet où sur fond vieil or les titres s’affichent en capitales noires – superbe !  Dans leur passionnante introduction, Robert E. et Jill P. May interrogent la Piraterie du passé ( c’est le titre) aux prismes croisés de l’histoire et de l’imaginaire. Forbans, boucaniers, brigands des mers, flibustiers, frères de la côte – les pirates sont souvent confondus avec les corsaires, agents quasi-légitimes des puissances rivales qui s’affrontent sur mer.

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Si « la piraterie concerne toute l’histoire de l’humanité », depuis l’antiquité jusqu’à nos jours (où des attaques sont menées contre des pétroliers, des navires de croisière ou des yachts privés dans bien des « points chauds » du globe), c’est au XVIIème siècle que la piraterie connaît son « âge d’or » – de l’Océan indien aux Caraïbes, en particulier autour des colonies espagnoles. De là que « les premiers « pirates de fiction », produits de l’imagination des écrivains », figurent « des représentations plus ou moins fidèles aux informations connues sur ces aventuriers des hautes mers » à travers « gazettes, comptes rendus de procès, souvenirs oraux de personnes ayant survécu à la captivité ».  C’est ainsi qu’« aucun auteur moderne n’a fait davantage pour l’entrée de la piraterie dans la littérature occidentale que  le prolifique écrivain anglais Daniel Defoe (1660-1731) ».  De fait, Robinson Crusoé, roman d’emblée extrêmement populaire, fortement influencé par l’ouvrage néerlandais d’Alexandre-Olivier Exquemelin, Histoire des aventuriers, à l’authenticité hautement revendiquée, constitue la matrice d’un genre qui fera florès au XIXème siècle – de Jules Vernes ( L’île mystérieuse) à Stevenson ( L’île au trésor), en un temps où la menace n’est plus que littéraire…  Howard Pyle (1853-1911), célèbre auteur et illustrateur américain, très informé sur le sujet, « travailla à humaniser ces personnages à un degré qu’auraient fortement contesté leurs victimes ».  Citons encore Le corsaire aux cheveux d’or, roman d’aventures de Louis Noir, parmi ces livres de formation, éditions qui, « étiquetées « littérature pour jeunes garçons » et considérées comme une lecture familiale » entêtèrent longtemps les ardeurs adolescentes. Si les auteurs observent à juste titre que Hamlet ou La tempête de Shakespeare ne sont pas précisément des histoires pour bambins, les productions théâtrales qui, tel Peter and Wendy de James Barry (1860-1937), y glanèrent une part de leur inspiration, participaient de la bonne éducation : « Lorsque Peter Pan fut joué pour la première fois à Londres en 1904, il fut jugé comme un tour de force de la littérature d’aventure populaire compatible avec les idées victoriennes sur la colonisation ».

D.R. Taschen.

Quels vaisseaux, quels vêtements, quels étendards arboraient ces gens de la mer ? Quels étaient leurs mœurs ? A ces questions, les auteurs répondent prudemment. Ce qui est sûr, c’est que « le monde de la piraterie de haute mer était presque exclusivement masculin ». Et qu’« à une époque où le commerce international des esclaves était légal et florissant, les pirates […] intégraient parfois les captifs noirs à leur équipage ».

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Passé cette introduction, Pirates exhume de copieux extraits de ces « incunables » que sont Robinson Crusoé, L’île mystérieuse et l’île au trésor. Mais pour le lecteur français, c’est surtout l’occasion de découvrir, occupant la dernière partie du volume ( utilement complété par des notices, un glossaire, une bibliographie), quelques morceaux choisis du Livre des pirates, anthologie écrite et illustrée par Howard Pyle, et publiée, dix ans après le décès de ce dernier, par Harper & Brothers en 1921 : « merveilleuses biographies et vignettes des plus célèbres pirates du monde atlantique des années 1600 et 1700  [Henry Morgan, Barbe noire, Edward Low] […] ainsi que de personnages plus obscurs, comme le Français Pierre Le Grand » ou encore Capitaine Avary, instigateur du marronnage, cette pratique barbare consistant à abandonner un marin sur une île déserte en punition de quelque crime…

Bien d’autres illustrateurs sont convoqués pour animer ce digest haut en couleur : de Jules Férat (1829-1906) à Zdenek Burian, natif de Moravie (1905-1981) en passant par Frank Schoonover (1877-1972) ou George Varian (1865-1923). Si l’ouvrage conçu par nos deux universitaires américains Robert E. et Jill P. May accuse forcément un certain tropisme anglo-saxon, Pirates n’en offre pas moins un bourlingage récréatif dans ces eaux agitées où les hors-la-loi de la navigation s’égaillèrent de par le monde.

A lire : Robert E. et Jill P. May, Pirates. Histoires de Daniel Defoe, Jules Vernes, Robert Louis Stevenson et Howard Pyle (Taschen, 2024), 392pp, 30,00€

Un été en noir et blanc à Landerneau

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Grande rétrospective Cartier-Bresson au Fonds Hélène & Edouard Leclerc (FHEL) dans la cité finistérienne où 300 œuvres du photographe français sont exposées jusqu’au 5 janvier 2025.


Il se passe toujours quelque chose à Landerneau, et plus généralement dans le Finistère. « La Fête du Bruit » a réuni le week-end du 9, 10 et 11 août des milliers de festivaliers sur les bords de l’Élorn. Le pont habité en tremble encore. La semaine d’avant, c’était la presqu’île de Crozon qui s’agitait aux percussions du Festival du Bout du Monde. En Bretagne, on sait soulever les foules aussi bien qu’à Paris sur la Place de la Concorde, durant les Jeux Olympiques. Landerneau n’a surtout plus à rougir face à l’offre culturelle des capitales européennes. Elle leur tient même la dragée haute. Dans l’ancien couvent des Capucins, le Fonds Hélène & Edouard Leclerc (FHEL) créé à l’automne 2011, par la richesse de sa programmation et son ambition internationale, rivalise avec de prestigieuses institutions. Il a reçu plus de 2 millions de visiteurs depuis son ouverture au public en 2012. Du 15 juin jusqu’au 5 janvier, et pour la première fois, le FHEL accueille sa première grande rétrospective photo après avoir ouvert ses salles à Gérard Fromanger, Joan Miró, Dubuffet, Giacometti, Chagall ou Enki Bilal. La BD étant la marotte de Michel-Edouard Leclerc. Cette saison, le FHEL a choisi Henri Cartier-Bresson (1908-2004), photographe emblématique du XXème siècle, fils de bonne famille, « le cœur à gauche », fondateur de l’agence Magnum en 1947 qu’il quittera en 1974 en raison de sa « dérive mercantile », compagnon de route des communistes, chasseur d’image au toucher humaniste, toujours au plus près du brasier de l’actualité et cependant, léger comme une brise, cet insaisissable aura sillonné la planète, de Mexico à la Gare Saint-Lazare pendant des décennies.

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Cette exposition majeure, la plus complète depuis celle du Centre Pompidou en 2014, revient sur une longue carrière en 23 plans-séquence, elle est ponctuée par des portraits de l’artiste qui ne se laissait pas photographier facilement et montre sa palette étendue, du reportage aux clichés plus intimistes. Il fut notre meilleur sociologue, captant les soubresauts de notre pays et sa lente transformation. On découvre également un Cartier-Bresson sensible à l’esthétique surréaliste, son goût prononcé pour les figures géométriques à ses débuts, il fut formé à la peinture cubiste, puis sa recherche de l’instant décisif dans la stylisation du mouvement. Cartier-Bresson est un insatiable voyageur, il séjourne à Séville en 1933, au Mexique en 1934, il assiste au couronnement de George VI en 1937 à Londres, il choisit alors délibérément de ne pas photographier le roi mais plutôt les spectateurs présents. Il réalisera un film « Le Retour » en 1945 après trois ans de captivité dans un stalag et deux évasions ratées, il adhèrera au Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD). La liberté retrouvée, il ne s’arrêtera plus, il se lance dans un périple américain en juillet 1947 et parcourt 16 000 miles en voiture. Cartier-Bresson sera partout où le monde l’appelle, aux funérailles de Gandhi, lors de la partition de l’Inde, à l’arrivée de Mao au pouvoir, à Berlin après la construction du Mur, mais aussi en Russie au moment du dégel, dans la moiteur de Cuba, au Japon en 1965 ou en mai 1968 à Paris.

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En un instant, son cliché dit tout des forces et des fragilités de l’espèce humaine. J’aime par-dessous tout le Cartier-Bresson tendre, comme sur cette photo prise au Lac Sevan en Arménie, montrant un père tenant à bout de bras son enfant ou ses gamins ensorcelés devant l’étal d’un marchand de miniatures auto, le désir du jouet est plus fort que tout. Et puis, Cartier-Bresson, c’est la mémoire de notre nation dans son imagerie populaire, un fort des halles tatoué et casquette en biais fixe l’objectif, un coureur lit le journal sur la piste du Vel d’Hiv avant la course des 6 jours, un Solex est garé devant une affiche publicitaire exhibant un décolleté ravageur, ou ma préférée, une scène du monde d’avant dans sa friabilité souveraine, on y voit un décor oublié, une agence de la Banque Nationale de Paris, un Citroën Type H aux couleurs de Monoprix juste devant, et au premier plan, un enfant allongé sur la lunette arrière d’une DS.

« Henri Cartier-Bresson », Fonds Hélène & Edouard Leclerc, Landerneau, du 15 juin 2024 au 5 janvier 2025.

Monsieur Nostalgie

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Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo

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Se passer du passé ?

C’est le titre de l’éditorial de notre ami Alain de Benoist en ouverture du dernier numéro de la revue Eléments. Son analyse a séduit apparemment notre chroniqueur, qui revient sur cette caractéristique extraordinaire de la modernité : l’élimination a priori de tout ce qui fut avant.


Alain de Benoist a mauvaise presse auprès des gens de gauche, qui lui reprochent, sans jamais l’avoir lu, d’avoir donné à la « nouvelle droite » les armes conceptuelles dont la Gauche revendiquait la propriété. Encore que cela change doucement : Front populaire (la revue souverainiste, pas le conglomérat de crétins qui a usurpé la mémoire de Léon Blum) est allé jusqu’à interviewer le rédacteur en chef de la revue, François Bousquet, pour éclaircir la position de notre philosophe désormais octogénaire — mais dont le petit doigt contient plus d’intelligence que toute la Gauche réunie.

Dans l’éditorial du dernier numéro (août-septembre) de la revue Eléments, « le magazine des idées à l’endroit », Benoist commence par signaler ce paradoxe français : si le public plébiscite les livres d’Histoire (et les romans historiques…), le système scolaire, lui, a décidé depuis lurette de faire table rase du passé, comme le suggère « L’Internationale » :« Tout se passe comme si l’Histoire devait être neutralisée ou vaporisée. Pourquoi ? Parce qu’elle est porteuse d’un récit que certains détestent et voudraient voir se clore. Parce qu’elle est porteuse de tous les dangers de la mémoire. Parce qu’elle renvoie à quelque chose qui n’aurait rien à nous dire, sinon susciter en nous des pensées incorrectes : le passé ».

J’ai expliqué dans La Fabrique du crétin que derrière cette éradication scolaire de l’Histoire, il y a le rêve des européanistes de liquider la mémoire de la France. D’éviter qu’une référence aux rois qui ont fait la France, aux grandes journées qui l’ont ébranlée ou fortifiée, se greffe dans les cervelles enfantines, alors que l’actualité (Mbappé, les Jeux olympiques, et le fait qu’il fasse chaud en été) fournit des réponses aux grands questionnements de notre temps : Zaho de Sagazan a-t-elle du talent, le McDo est-il hallal, avec qui Lucie Castets a-t-elle fait l’enfant qu’elle partage avec sa « femme »…

Autrement plus important que de savoir comment l’UE finance les réseaux fréristes à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros n’est-ce pas… Ou comment l’Angleterre a-t-elle fini par exploser de colère en se voyant livrée à la charia et aux meurtres rituels… Les journalistes ont choisi leur camp.

Alain de Benoist épingle « ceux qui rêvent d’une Europe seulement dotée d’une « mémoire négative », ceux qui ne s’intéressent au passé que pour en faire un repoussoir, un motif de repentance […] Pour les pétroleuses du néoféminisme, le passé, c’est la domination et le patriarcat. Pour les « wokistes », le passé n’a été qu’obscurantisme, colonialisme, persécutions et discriminations — à oublier d’urgence, sinon pour prononcer un mea culpa permanent ».

Taubira et consorts frappent plus dur que Jéhovah.

C’est une bien curieuse idée que celle de la culpabilité du fait des « fautes » de nos pères — une idée judéo-chrétienne, en fait : « J’agis contre celui qui a péché, dit le Seigneur (Exode, 34, 6-7), contre ses enfants jusqu’à la troisième ou quatrième génération ». Les wokes actuels font bien mieux, ils vous reprochent les fautes de vos aïeux les plus anciens. Pas de pardon dans le monde de la faute universelle. Taubira et consorts frappent plus dur que Jéhovah.

En tout cas, tant que vous êtes Blancs. Cette même livraison d’Eléments propose une interview de Jeremy Carl, récent auteur de The Unprotected Class : How Anti-White Racism is Tearing America Apart. La charte des droits civiques de 1964 rend impossible, quand on est Blanc, de se plaindre de racisme. Au point que nombre de Blancs, pour peu qu’ils aient quelque part un ancêtre vaguement basané, revendiquent une appartenance à l’une ou l’autre des communautés protégées par la Constitution — ce que ne sont pas les Blancs.

Un rêve pour les partisans de la culpabilité indéfiniment diluée.

Daoud Boughezala a de son côté recueilli les propos de Morgan Sportès, qui n’est pas un écrivain négligeable, et qui note, l’air de rien : « Les Possédés de Dostoïevski étaient des fanatiques politiques, mais ils avaient une culture révolutionnaire. Nos djihadistes sont pour la plupart des zombies incultes. C’est en cela qu’ils sont des dépossédés ». L’un des objectifs-phare de l’Educ-Nat actuelle, c’est d’empêcher les élèves de posséder ne serait-ce qu’un semblant de mémoire collective — ce qui les constituerait en collectivité française au lieu de les compartimenter en communautés antagonistes.

Nous allons en crever. Et les profs d’Histoire qui se complaisent, pour acheter la paix scolaire, à évoquer la traite atlantique sans même mentionner la traite saharienne, bien plus durable et meurtrière, sont des salopards qu’il faut révoquer urgemment.

Nous n’avons de culpabilité que par rapport à nos propres actes. Ce qu’ont fait mon père ou mon grand-père n’est pas de mon ressort. Et quand un Musulman, à Montpellier, massacre dans le tramway un Blanc qu’il soupçonne sans raison d’être juif — pour les fanatiques, tous les Blancs sont Juifs —, il doit être puni lourdement, et pas condamné à un an ferme sans maintien en détention, ce qui lui permettra de recommencer demain — sous les yeux las des autres voyageurs dont aucun n’est intervenu. Qu’aurions-nous entendu si un partisan du RN était tombé à bras raccourci sur un Maghrébin ou un Africain — la ville n’en manque pas…

Soleil noir

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A paraître le 29 août :

L'école sous emprise

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Présidentielle U.S : La faute révélatrice de Kamala Harris

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Est-ce le début de la fin de la lune de miel entre Kamala Harris et l’Amérique ?  Le choix de Tim Walz pour vice-président fait du « ticket » démocrate un duo progressiste ancré dans l’aile gauche du parti. Une aile trop radicale pour une majorité des électeurs. Les médias ont encensé ce choix, pas sûr que les Américains suivent.


Jusqu’à présent tout allait pour le mieux pour Kamala Harris. Elle et les Démocrates avaient réussi leurs coups. Leurs deux coups. D’abord le « coup d’Etat » interne contre Joe Biden. Ensuite leur « coup d’éclat » médiatique pour lancer la campagne de Kamala Harris, candidate présidentielle remplaçante. Mais avec le choix de Tim Walz, Kamala a commis une erreur qui fera peut-être de ce choix le premier tournant de la campagne.

Pour rappel Joe Biden n’a pas renoncé à briguer un second mandat de son plein gré. Il a été convaincu, certains diraient même « forcé » de le faire. Il a été en quelque sorte déposé. Son débat désastreux du 27 juin face à Donald Trump a servi de point de départ et de justification à une campagne coordonnée qui s’est conclue le dimanche 21 juillet par l’annonce de son retrait. Cette campagne a mobilisé l’ensemble de l’appareil démocrate : les donateurs, tel George Clooney, porte-parole du tout Hollywood, les anciennes éminences grises du parti dont David Axelrod, directeur de campagne d’Obama en 2008 et James Carville, son alter égo avec Clinton en 1992 ; les élus du Congrès dont  Nancy Pelosi, ancienne speaker de la Chambre et Chuck Schumer chef des Démocrates au Sénat ; avec l’appui opportun des médias qui dénonçaient soudain à hauts cris ce qu’ils avaient consciencieusement ignoré pendant trois ans, à savoir, les déficiences de Joe Biden… 

Toutefois ce n’est pas l’âge ni les capacités cognitives diminuées de Joe Biden qui ont motivé ce coup d’Etat de palais. C’est la montée de Donald Trump dans les sondages face à l’apathie de Biden. Les Démocrates ont vu se profiler une déroute électorale et ils ont décidé d’agir. Biden aurait-il caracolé cinq points devant Trump dans les intentions de vote, rien de tout cela ne serait arrivé. Les Démocrates lui seraient rester fidèles jusqu’au bout.

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Biden hors course, les Démocrates s’exposaient à une bataille interne pour la nomination. Selon la règle, les quatre mille délégués qu’il avait réunis derrière lui, à partir des suffrages de quatorze millions d’électeurs exprimés tout au long des primaires de l’hiver et du printemps, se trouvaient « libérés » par son retrait. Ils pouvaient soutenir n’importe qui. Sauf si lui-même désignait son successeur et appelait ses délégués à le soutenir. Un peu comme la dernière volonté d’un mourant à laquelle personne ne s’oppose. C’est ce qu’il fit lors de l’annonce de son retrait en invitant le parti à se rassembler derrière Kamala Harris, l’incarnation de la nouvelle génération. Kamala Harris étant sa vice-présidente, une certaine logique de succession était respectée. Et cela satisfaisait les partisans de la diversité puisqu’elle est à la fois femme et Noire, deux minorités « opprimées ».

Le coup a parfaitement fonctionné. En vingt-quatre heures Kamala reçut la promesse du soutien de suffisamment de délégués pour être assurée de la nomination – qui ne sera officialisée que le 19 août à Chicago lors de l’ouverture de la Convention nationale démocrate. Désormais, une nouvelle campagne commençait avec deux priorités. Un, unifier le parti derrière Kamala Harris. Deux, « définir » Kamala auprès de l’électorat.

L’unification a été obtenue en rassurant l’aile gauche du parti, la plus radicale, la plus rebelle, la plus exigeante et la plus bruyante. Kamala Harris dans ses premières déclarations a défendu le droit à l’avortement sans limite, pour signifier son féminisme sans réserve; le droit à une protection de santé renforcée via une extension de « l’Obama-care », le programme d’assurance santé mis en place par Barack Obama à partir de 2010 ; le droit des séniors à une retraite et une protection sociale (droit que personne ne conteste mais qui est menacé par la faillite des caisses sociales) ; le besoin de créer des « emplois verts » et de lutter contre l’inflation. Enfin elle a confronté le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu sur le besoin d’un cesser-le-feu à Gaza, une demande chère à l’aile propalestinienne du parti.

Ensuite il fallait « définir » Kamala. « Définir » dans le jargon politique américain, c’est installer dans l’esprit des électeurs l’image, sommaire mais durable, d’une personnalité. C’est une étape cruciale dans une campagne. Un peu comme de faire une première impression à un nouvel employeur ou à ses futurs beaux-parents. On a rarement deux occasions de le faire.

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Kamala est certes vice-présidente depuis 2021 mais elle a été largement invisible, au cours des presque quatre années passées. Les Américains moyens qui ne suivent pas l’actualité politique de près ne la connaissent pas. Les démocrates avaient l’occasion de la présenter sous l’éclairage de leur choix. Ils ont choisi l’enthousiasme pour la campagne, la générosité pour les démunis, et la fermeté face aux extrémistes, c’est-à-dire Trump. Ils ont mis l’accent sur sa personne, pas sur ses idées. Sur sa réussite en général, pas sur ses accomplissements particuliers. Et pour cause, ils sont inexistants. 

Les Républicains ont tenté de présenter aux électeurs un contre-portrait de Kamala Harris. D’offrir leur propre définition du personnage. Ils sont souligné ses penchants ultra-progressistes – sur l’immigration clandestine qu’elle veut décriminaliser ; sur l’assurance-santé qu’elle veut nationaliser ; sur la peine de mort qu’elle veut bannir ; sur l’avortement qu’elle veut légaliser sur tout le territoire fédéral ; sur le cannabis qu’elle veut légaliser ; sur la police dont elle a voulu réduire les budgets  (« defund the police ») durant les émeutes de 2020… 

Leur narratif, pourtant basé sur des déclarations passées et des faits documentés, n’a pas été entendu. Pas au-delà de leur propre base. C’est le problème des Républicains. Ils ne bénéficient pas d’une chambre d’écho, constituée par les grands médias, comme en bénéficient les Démocrates. C’est une bataille où ils partent avec un handicap dont ils doivent tenir compte. 

Mais c’est Kamala Harris elle-même qui est, involontairement, venue à leurs secours. Car elle a dû prendre une première décision capitale : se choisir un colistier. C’est-à-dire un candidat à la vice-présidence des Etats-Unis. Son choix s’est porté sur un certain Tim Walz, gouverneur du Minnesota. Et ce choix en dit long sur Kamala elle-même. Avec quinze jours à peine pour se décider, la liste des prétendants s’est rapidement réduite à deux personnalités, offrant à Kamala deux options radicalement différentes. D’un côté Josh Shapiro, gouverneur de la Pennsylvanie. De l’autre Tim Walz.

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Josh Shapiro est le jeune (47 ans) et très populaire gouverneur démocrate de la Pennsylvanie, l’un des « Etats clés » de l’élection présidentielle. Etat clé parce qu’au résultat à la fois incertain et déterminant. La Pennsylvanie, état industriel du Midwest, compte vingt « grands électeurs ». A lui seul il pourrait faire la différence le 5 novembre. Le scrutin s’annonce très serré, et celui de Trump ou de Harris qui remportera cet Etat fera un grand pas vers la victoire. Il aurait été logique que Kamala Harris fasse de Josh Shapiro son colistier pour s’attirer les grâces des électeurs de cet Etat et le mettre dans son escarcelle.

Toutefois Josh Shapiro est un démocrate plutôt centriste. Il est aussi juif et a toujours défendu vigoureusement Israël dans son conflit avec le Hamas. Le choix de Shapiro aurait déplu à l’aile pro-Hamas du parti Démocrate avec le risque de voir la Convention Nationale, qui débutera le 19 août prochain, perturbée par des manifestations voire des heurts, autour de la situation au Proche-Orient, comme ce fut le cas en 1968 au sujet d’une autre guerre, celle du Vietnam. Le spectacle de cette division aurait été du plus mauvais effet à la télévision et aurait sans doute ruiné les chances de victoire des démocrates. Kamala Harris a donc préféré ne pas prendre ce risque. Par conviction, ou par prudence, elle s’est donc inclinée devant l’aile radicale anti-israélienne du parti Démocrate. Avec l’espoir que celle-ci se tienne coi, au moins le temps de son couronnement à Chicago. Par sûr que ce pari fonctionne. Sa réunion publique à Detroit le 6 août a été perturbée par une poignée de manifestants pro-Hamas.

Son choix s’est donc porté sur Tim Walz, homme de 60 ans, gouverneur du Minnesota depuis 2018, après avoir été représentant de cet Etat au Congrès. Le Minnesota n’est pas un Etat clé. Le candidat Démocrate l’a emporté à toutes les élections présidentielles depuis 1976. En 2020 Joe Biden y a battu Donald Trump de sept points, 52% contre 45%. Sur le plan strictement mathématique le choix de Walz n’apporte donc rien au « ticket » démocrate. Par contre Walz est un ultra-progressiste, d’ailleurs soutenu par Bernie Sanders, et lui et Kamala Harris sont en parfait unisson sur les grandes questions qui divisent la société américaine aujourd’hui : immigration, énergie, avortement, santé, éducation, genre, etc. En choisissant Walz, Kamala a donc révélé ce qu’elle pense vraiment et là où elle veut emmener l’Amérique, au-delà de ses déclarations de circonstance et du portrait flatteur ciselé à souhait par les médias. Ceux qui s’interrogeaient encore pour savoir si elle était plutôt « modérée » ou plutôt « radicale » ont leur réponse. C’est une radicale, comme Walz qui se revendique comme tel.

A preuve : GB News, la télé des déplorables

Tim Walz rejette toute restriction au droit à l’avortement, y compris, quant à l’avancement de la grossesse. En France la limite est de seize semaines ;

Il veut rendre l’enseignement universitaire totalement gratuit, c’est-à-dire à la charge des contribuables ;

Il a instauré au Minnesota un programme de repas gratuits dans toutes les écoles ;

Il a fait du Minnesota un Etat refuge (« sanctuary state) pour les adolescents « transgenres ». Cela signifie qu’un mineur peut se rendre au Minnesota pour y subir une opération chirurgicale pour changer de sexe, et que l’Etat n’interfèrera pas avec sa décision, et ne coopèrera pas avec d’autres Etats pour l’en empêcher ;

Il a également fait installer des tampons hygiéniques dans les toilettes pour garçons des écoles publiques. Pourquoi une telle absurdité ? Au cas où des lycéennes transgenres – nées filles mais se prenant pour des garçons – les utilisent. Il y a gagné le surnom de « Tampon Tim ».

Le Minnesota de Tim Walz est un Etat où les repris de justice incarcérés conservent le droit de vote. Dans beaucoup d’autres ce droit leur est retiré le temps de leur incarcération.

Tim Walz est opposé à la pratique du « fracking », la fracturation hydraulique qui a fait exploser la production énergétique des Etats-Unis. Il est partisan d’une transition énergétique et a subventionné d’innombrables entreprises pour développer, aux frais du contribuables, l’économie verte. 

Il est favorable à la légalisation de la marijuana à usage « récréatif ».

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En outre, la droite américaine l’accuse de vouloir restreindre la liberté d’expression et d’avoir, durant le Covid, ouvert un « numéro vert », donc une ligne de téléphone gratuite, invitant ses concitoyens à dénoncer leurs voisins s’ils venaient à enfreindre le confinement. Ron De Santis, le gouverneur républicain de la Floride, a parlé d’une « snitch line », une « ligne des balances ».

Les grands médias ont salué le choix de Kamala Harris, au prétexte que Tim Walz serait un « homme simple issu du peuple » (« folksy » en anglais), preuve que mêmes les Démocrates sont conscients de la vague populiste qui déferle sur l’Amérique. De leur côté, les Républicains ont été plutôt rassurés. Ils savent maintenant à qui ils ont affaire. A charge pour eux de faire comprendre aux Américains les implications du ticket Harris-Walz sur la société, l’identité et l’avenir des Etats-Unis.

Cet article a été publié pour la première fois, dans une version plus longue, sur le blog de Gerald Olivier.

Sur la route de la Maison Blanche

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Portrait du bourgeois progressiste

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Des collectifs féministes à une manifestation contre l'extrême droite, le 23 juin 2024 à Paris © JEANNE ACCORSINI/SIPA


Les rêves universalistes de notre bourgeoisie progressiste sont voués à l’échec. Ni les pays non-occidentaux, ni les minorités communautaires en Europe ne sont ouverts aux leçons de tolérance et d’égalité qu’elle prêche avec tant d’hypocrisie. Et pendant ce temps, les identités nationales auxquelles tiennent les classes populaires s’effritent sous la double action de l’immigration massive non contrôlée et de la propagande idéologique. Tribune de Charles Rojzman.


La bourgeoisie progressiste a adopté les valeurs de tolérance et d’ouverture à l’autre de ses ancêtres des Lumières. Elle a en horreur tous les extrémismes. Elle ne perçoit le danger des guerres que lorsqu’il est accompagné d’agressivité et de violence qu’elle attribue à des individualités (Khadafi, Saddam Hussein, Milosevic, Poutine…) et non à des masses. Elle bénéficie, avec l’immigration, d’une domesticité exotique et mal rémunérée. Elle a des contacts civils et agréables avec des pairs de toutes origines et de toutes couleurs. Elle voit dans le rejet des étrangers des milieux populaires un racisme qu’elle réprouve. Héritière des valeurs du XVIIIe siècle et de la maçonnerie, elle rêve d’un monde régi par la raison et l’intérêt bien compris et se méfie des passions populaires identitaires qu’elle imagine, à tort ou à raison, pouvant conduire au chaos ou à la guerre civile. Ce faisant, elle méconnaît l’importance de l’identité pour donner du sens, particulièrement dans une période caractérisée par la peur d’un futur incertain.

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Sa mise en avant des vertus de tolérance l’amène à considérer avec bienveillance les identités étrangères sans voir le danger qu’elles représentent pour l’identité nationale. D’ailleurs, sa passion pour la raison universelle lui fait croire que le monde lui ressemble dans cette vision universaliste, et elle croit que les idéaux occidentaux seront portés un jour ou l’autre par toute humanité, méconnaissant l’importance des émotions et des passions qui, pour elle, sont la survivance d’une âme primitive. S’identifiant au camp du bien, elle milite pour le rêve d’une immigration raisonnée, pour un développement durable, pour l’écologie sans s’apercevoir que ses luttes ne sont pas partagées par les milieux populaires qui souffrent des conséquences de la globalisation qu’elle met en œuvre. Elle ne voit pas que de nouvelles puissances sont aux aguets, avec leurs propres volontés hégémoniques et impérialistes et vont profiter de cette faiblesse qui est au cœur du rêve irénique occidental, d’autant plus qu’elles connaissent les corruptions et les vices que cache cet idéalisme proclamé.

Alain Delon, le non-vendu

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Alain Delon, dans "Le cercle rouge", 1970. © NANA PRODUCTIONS/SIPA

Certes, tout le monde dira que c’était « un monstre sacré », « une légende du cinéma ». Mais il ne faut pas oublier qu’il était aussi un gaulliste et un patriote, fier et amoureux de la France.


Acteur, certes, mais avant tout un homme d’honneur et de fidélité, de parole brève, qui fut, derrière des yeux glaçants de beauté, des yeux de givre bleu, un homme-braise : une braise ardente d’amour, de vérité, de passion, d’engagement filial, un homme-cri, cri muet de l’âme navrée et du souvenir meurtri, cri porté en silence, cri retenu, comme fait le loup de Vigny.

Un homme décent, pudique à l’extrême, un homme soucieux de la dette symbolique, attaché aux liens invisibles et immatériels de la transmission et de la parole donnée ou reçue, de l’affection.

Un nostalgique et un non-commerçant, c’est-à-dire de toute façon déjà un voyou pour notre époque actuelle.

Un homme du respect et de la distance, fuyant la fusion et ses mensonges simulacres, un dangereux aristocrate naturel venu du peuple, un non-transparent, un mystère.

Un homme-mystère, oui et qui emportera toujours du Mystère. Nous n’aimons pas, nous autres, ce qui n’est pas mystérieux. Nous n’aimons pas les bons, les gentils, les objectivables et les objectivés, les gens qui sont rendus, ou se sont rendus, ceci ou cela par désir d’emporter l’adhésion ou de plaire. Delon n’était pas « sympathique ».

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Nous aimons les « monstres indéfinissables » de Pascal, d’autant qu’ils ont le talent, le charisme, la grâce même, dont souvent Delon sut faire preuve dans quelques chefs-d’œuvre.  

Dur, arrogant, imbu de lui-même, lit-on parfois. Sûrement. Et le contraire aussi.

Bourreau des cœurs ? oui mais bourreau, à l’évidence et avant tout, de lui-même, bourreau ombrageux, consumé sans gémir par ses propres démons et son enfance chaotique. Un sale caractère ? Non, du caractère. « Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses : il ne nous intéresse pas » dirait René Char.

Nous aimons l’infini de la Question, nous aimons, parmi les êtres, ceux dont nous ne faisons pas le tour. Les escarpés. Les indéfinissables qui rayonnent, les grands déçus et les misanthropes, les solitaires magnifiques.

Alain Delon, l’indéfinissable

Les énigmes à eux-mêmes et aux autres. Ceux qu’on connaît bien et qu’on ne comprendra vraisemblablement jamais : il y aura toujours un reste, un trouble, un possible. Nous aimons ce qui nous échappe et qu’on n’a pas stabilisé bêtement. Delon n’est pas un objet défini.

Un homme imparfait et droit, un homme viril, fort et fragile, un tigre souple avec, à peine passante, la séduction magique et ambiguë du féminin reprise par l’autorité brusque ou belliqueuse du mâle.

Un homme, acteur fascinant, qui brûlera longtemps dans ses films et dans les souvenirs car il incarna la France.

Car, oui, épris profondément de Romy ou Mireille, icônes et fées délicieusement vivantes et proches du cinéma de la France des années 70-80, il fut aussi un amoureux de la France : un vrai gaulliste, un patriote, n’ayant jamais eu honte de faire savoir hautement qu’il aimait son pays et le visage singulier de celui-ci.

Un non-vendu, en somme.

Les combattantes du PKK et des FARC : actrices du féminisme

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Une combattante du PKK en Iraq, en 2014. © LE CAER VIANNEY/SIPA

Les résistantes : les femmes du PKK, kurdes, et des FARC, colombiennes, sont engagées dans une lutte similaire contre l’Etat au nom de l’anti-impérialisme et de l’anti-capitalisme. Voir les Episodes 1, 2 et 3.


Certaines femmes ont fait le choix de rejoindre des mouvements les plaçant dans une position qui les amèneraient à être traitées comme des ennemies de l’Etat. Nous pensons évidemment aux résistantes de la Seconde Guerre mondiale, aux algériennes pro-FLN (Front de libération nationale), aux combattantes du LTTE (Les Tigres Tamils) au Sri-Lanka et du Sendero Luminoso (le Sentier Lumineu) au Pérou, aux militantes du PKK (Partiya Karkerên Kurdistan) en Turquie et à celles des FARC de Colombie (Forces armées révolutionnaires de Colombie).

J’ai reçu dans mon cabinet deux ex-combattantes dans des organisations terroristes. Gulan, originaire de Turquie, réfugiée en France et ancienne membre du PKK ; ainsi que Marca, originaire de Colombie, engagée dans le mouvement des FARC. Ces deux femmes m’ont amenée à travers nos échanges à une meilleure compréhension de ces deux mouvements, qui laissent aux femmes une place importante dans leurs rangs.

La médiatisation de la guerre entre l’Etat islamique et les Kurdes dans le nord de la Syrie, de 2014 à 2016, a révélé au public la présence importante et structurée de femmes dans les rangs kurdes, au sein du PKK, et la crainte qu’elles inspiraient à leurs adversaires. Le PKK, considéré comme organisation terroriste par une grande majorité de la communauté internationale, a été fondé en Turquie en 1978 par Abdullah Öcalan et Sakîne Cansiz, une femme. Mouvement à caractère révolutionnaire, marxiste-léniniste, il a fait du rejet des valeurs patriarcales de la société traditionnelle kurde l’un de ses axes idéologiques majeurs. Très tôt, son idéologie a intégré les problématiques liées au genre. Mouvement précurseur en matière de féminisme dans une zone géographique traditionnellement « masculine ». Il est aujourd’hui montré comme un exemple en la matière, le féminisme faisant partie intégrante du projet politique.

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Représentant 1% des effectifs militaires en 1987, la part des femmes évoluera à 10% en 1993, 30% en 1999, et 40% aujourd’hui selon diverses estimations. Les postes à responsabilité sont systématiquement occupés par un homme et une femme. Chaque unité combattante du PKK dispose de son pendant féminin, en Iran, en Syrie, en Irak pour ne citer qu’elles. L’acceptation des femmes au sein du PKK est-elle sans sacrifice pour elles ? Dans une société où l’honneur d’un groupe ou d’une famille reposent sur le comportement sexuel des femmes, se pose alors la question de la conciliation entre mixité et honneur tribal ? La réponse est simple, la sexualité est complètement interdite aux combattants et surtout aux femmes ! La chasteté des jeunes femmes est obligatoire. Pour Gulan, que j’ai interrogée sur ce sujet, cet interdit n’est pas forcement vécu comme un sacrifice mais plutôt comme une libération des contraintes liées à leur genre, tels que le mariage et la maternité.

Les combattantes peshmerga, malgré l’admiration qu’elles suscitent, ont cependant été déconsidérées d’une certaine manière par la presse. On nous a montré de belles jeunes femmes, souriantes, coiffées de leurs foulards à fleurs, mitraillette sur l’épaule. Cette érotisation de la guerrière kurde finit par renforcer les stéréotypes du rapport de la femme à la violence !

Les combattantes du PKK sont très proches de leurs sœurs d’armes colombiennes des FARC : elles s’expriment leur solidarité dans deux messages vidéo adressés en 2013 et 2014.

En 2013, les femmes FARC adressent aux femmes du PKK le message suivant : « Nous sommes sœurs d’armes contre le capitalisme et l’impérialisme et toutes formes d’injustice dans ce monde, nous sommes des combattantes internationales ». En 2014, les femmes du PKK adressent en retour aux femmes des FARC ce message : « Dans un monde global, la solidarité est devenue une tâche indispensable pour tous les mouvements révolutionnaires ». C’est dans le contexte de la guerre civile qui opposa les libéraux et les conservateurs que les FARC, principale guérilla communiste, vont s’engager dans le conflit armé colombien. Les FARC seront placées sur la liste noire des organisations terroristes des Etats-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

Le conflit entre les FARC et le gouvernement colombien sera le plus long de l’Amérique latine, il aura duré 52 ans. Les FARC sont également connues comme la guérilla la plus riche au monde, en raison de ses liens étroits avec les narcotrafiquants où les femmes représentent 40% des militants.

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Dès le début, en 1964, les militants FARC ont admis les femmes auprès d’eux. Dans les années 80-90, le nombre d’engagées a énormément augmenté, obligeant les responsables à prendre en compte la notion du genre. Des tâches domestiques auxquelles on les avait assignées par nature, les femmes vont peu à peu accéder aux armes et changer le rapport de la femme aux actions armées. A L’image de leurs sœurs d’armes du PKK, les dirigeants FARC vont prendre des mesures afin de réguler leur sexualité en rendant la contraception et l’avortement obligatoires. Extraordinaire mesure dans un pays aussi conservateur et catholique que la Colombie !

Dans l’affaire de l’enlèvement du journaliste français, Roméo Langlois, c’est une des cadres des FARC qui sera arrêtée en 2012. « C’est elle qui a géré l’aspect politique et médiatique de l’enlèvement de Langlois. Elle a une grande expérience dans la manipulation des masses et est chargée de l’endoctrinement des nouvelles recrues », a précisé le colonel Carlos Alberto Vargas Rodriguez à la presse nationale. » En revanche, plus de dix ans après son arrestation, aucun autre élément n’a été trouvé la concernant.

De redoutables combattantes pour la paix

Majoritairement plus enclines à la paix, les femmes vont jouer un rôle important lors des négociations de paix, entre 1998 et 2002, apportant une expression plus féminine aux groupes de guérillas. Dix ans après, lors du processus de paix de 2012-2016, on estime que 40% de femmes font partie des FARC. Le 12 novembre 2016, le gouvernent colombien et les FARC signent un accord de paix à la Havane. Le militantisme féministe des combattantes a su se faire entendre. Le rôle des femmes dans le conflit colombien a évolué jusqu’à prendre une place décisive, quasi politique. Les femmes prennent les rênes pour bâtir la paix en Colombie !

L’accès des femmes au combat armé, en l’espèce illégal, constitue-t-il un progrès du point de vue de l’émancipation des femmes ? Force est de constater que les femmes prennent de plus en plus de place, en nombre, au combat, sur la scène politique et dans les médias. Cependant, gardons à l’esprit que dans ces organisations les hommes cherchent toujours à les contrôler par le biais de leur corps et de leur sexualité.

Mélodie au 36ème dessous

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Alain Delon au Festival de Cannes, le 19 mai 2024. LAURENT VU/HAEDRICH JEAN-MARC/SIPA

Avec la mort d’Alain Delon disparaît le visage de la France d’hier qui, dans un parfum d’éternité, encensait la beauté, le talent et l’intelligence. Le grand acteur aimait les femmes et admirait ses aînés avec sincérité : une vraie leçon d’humilité.


Alain Delon est mort ce 18 août. Il était l’un des derniers félins du cinéma français. L’émotion est grande : il n’est pas scandaleux de mourir à 88 ans, mais cet âge-là emporte aujourd’hui avec lui une époque dont sont également nostalgiques ceux qui ne l’ont pas vécue.

En monstre sacré du 7ème art, Alain Delon nous quitte entre les deux films du moment, le court-métrage plutôt réussi des Olympiades parisiennes et le mauvais long métrage politique de la Dissolution & Co.

En acteur de droite au patriotisme sincère, son départ éclipse – belle ironie du calendrier – le scénario médiatico-politique de destitution présidentielle co-écrit cet été avec gourmandise par quelques saltimbanques LFIstes.

En homme amoureux des plus belles femmes du monde, parce qu’elles ont été inoubliablement belles et inoubliablement amoureuses de lui, il nous arrache à la pauvreté navrante du discours officiel sur les femmes. Il les a aimées avec des mots simples qui avaient alors droit de cité sur les lèvres des hommes : « Je les aime grandes, belles et intelligentes ». Il leur a rendu hommage, dans la vie et dans la mort, comme à la Cérémonie des César de 2008, où sa déclaration d’amour éternel à Romy pour les 70 ans qu’elle n’aura jamais eu le temps d’avoir fit se lever un public entier.

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Oui, nous allons vouloir revoir Les Aventuriers de Robert Enrico (1967) avec Joanna Shimkus s’enfonçant dans l’océan, plutôt que la statue dorée de l’aventurière Jeanne Barret (1740-1807) émergeant des eaux dépolluées de la Seine des JO. Nous allons aimer réentendre Jane Lagrange (Nathalie Delon) lancer à Jef Costello : « J’aime quand tu viens chez moi, parce que tu as besoin de moi », dans Le Samouraï (1967), plutôt que l’énième couplet sur l’odieux patriarcat occidental, les poils aux pattes quand on veut et l’équitable répartition de la parentalité. Et, oui, nous n’allons pas bouder notre plaisir en réécoutant les discours de Michel Audiard qui risquent de faire avaler leur extrait de naissance à des néoféministes un peu chatouilleuses sur le vocabulaire : « J’ai levé une gonzesse de la troupe, une Suédoise ; figure-toi qu’on sort pas ces gonzesses-là en se couchant à huit heures » (Mélodie en sous-sol, 1963).

Les temps ont un peu changé. Nous sommes passés du Guépard (1963) à Mon ami le petit manchot (2024) ; de La Piscine (1969) et son tragique quatuor amoureux, au Grand bain (2018) et sa thérapie de dépressifs via la natation synchronisée ; du Samouraï solitaire trouvant réconfort auprès de la tendre Nathalie Delon et de l’énigmatique Cathy Rosier, aux pieds nickelés d’Un p’tit truc en plus (2024) embarqués dans une cavale comico-empathique aux côtés de jeunes adultes « en situation de handicap » – comme on dit aujourd’hui, pour ne pas dire « handicapés » et n’assigner personne à rien.

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Les temps ont un peu changé, en effet. Dans la France de Delon, on disait qu’on admirait ses aînés. On disait d’eux qu’ils étaient nos maîtres. On restait « le môme » des plus vieux que soi, même auréolé de gloire et de succès.  Aujourd’hui, c’est plutôt « foke les profs » et « cheh » : pas vraiment du niveau de Jean-Pierre Melville même si on note une certaine économie de langage. Alain Delon, que l’on a accusé – sur un ton rigolard et ricaneur, par définition aux antipodes du sien – d’être imbu de lui-même, conjuguait avant tout à la troisième personne son admiration pour Jean Gabin, Luchino Visconti, René Clément et les autres. Il est touchant de l’entendre expliquer en quoi le réalisateur de Plein Soleil (1960) était le meilleur directeur d’acteurs au monde et comment il lui avait « appris le regard » : exprimer avec les yeux tout ce que son personnage avait fait et s’apprêtait à faire. Il était ému de voir Simone Signoret, lors du tournage du Chat (1971), s’asseoir dix centimètres derrière le fauteuil d’acteur de Jean Gabin. Question de préséance et d’hommage silencieux. Notre pays est devenu ennuyeux à se croire obligé de trouver tout le monde exceptionnel et normal, tout en rejetant l’idée même de normalité et de caractère exceptionnel, de peur, encore une fois, d’assigner les gens à résidence d’eux-mêmes.

La France de Delon était aussi une France où l’on parlait correctement, et pour dire quelque chose. On s’exprimait lentement, clairement, on faisait les liaisons, les choses étaient bien dites. Réécoutons-le expliquer la différence entre un acteur et un comédien, entre celui qui vit le rôle et celui qui l’interprète. Ou lorsqu’il avoue avoir été déçu neuf fois sur dix par les villes et les pays lointains qu’il lui avait été donné de voir de près : « On devrait rester sur ses rêves ». Jolie formule. Aujourd’hui, on dit « kiff », même chez les ministres. Aucune importance : grâce à la magie de la rediffusion à l’infini d’une culture commune que l’on sait encore conserver, Maurice Ronet offre toujours un ouvrage de Fra Angelico à Marie Laforêt dans Plein Soleil et Alain Delon souhaite toujours que la phrase d’Alfred de Musset : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois, mais j’ai aimé » soit l’épitaphe qui lui survive.

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La France d’Alain Delon, c’est enfin la France des flics tourmentés (Un Flic, 1972) et non des « All cops are bastards » ; celle d’un film sur la Rafle du Vél’ d’Hiv’ commençant par le glaçant examen pseudo-médical d’une femme déclarée « de faciès plus ou moins judaïque » (Monsieur Klein, 1976), lequel fait étrangement résonner le très récent « T’es juif, toi ? » du tramway de Montpellier ; la France d’un acteur mythique déclarant sans gêne ne pas aimer les fêtes et ne pas apprécier d’être abordé inopinément dans la rue, crimes de lèse-coolitude.

Cette France-là va être rediffusée à la télévision. Elle va réapparaître en photos dans nos magazines. Regardons-la bien dans les yeux. Et prêtons l’oreille. Même dans une France au 36ème dessous, sa mélodie nous parvient encore.

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Imposture sociologique, vérité littéraire

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Le sociologue Pierre Bourdieu

Notre chroniqueur ne se contente pas de rompre des lances avec les « pédagogistes ». Voilà qu’il s’en prend aux sociologues, qui œuvrent si intelligemment à chercher les clés de notre société si complexe…


C’était le 1er mai 1968 et j’étais à Paris. Je suis entré à la Sorbonne (occupée, si vous vous rappelez), et dans le hall du grand amphi, j’ai lu cette déclaration pleine de sens : « Quand le dernier des sociologues aura été étranglé avec les tripes du dernier bureaucrate, aurons-nous encore des « problèmes » ? »

Ce qui distingue à jamais le manifestant 68 de celui d’aujourd’hui, c’est qu’il était nourri de culture — philosophie et littérature particulièrement, et pas uniquement les classiques du marxisme. Les pseudo-révolutionnaires actuels, qui protestent à tout bout de champ contre tout et n’importe quoi, doivent s’y mettre à plusieurs pour citer un grand écrivain. Mais ils ont une mine inépuisable de références sociologiques pêchées dans les colonnes de Libé et de l’Obs. Exeunt Balzac, Marx ou Nietzsche, enter Bourdieu, et les disciples de Bourdieu.

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Je faisais ce constat il y a peu, en me colletant avec l’un de mes meilleurs amis / ennemis, Philippe Watrelot, ex-agrégé de SES, conseiller de Najat Vallaud-Belkacem pour laquelle il a écrit un rapport intitulé « Innover pour une École plus juste et plus efficace », et auteur, entre autres, de Je suis un pédagogiste (2021). Tout ce que j’aime. J’interviens de temps en temps sur sa page Facebook (et il a la politesse d’y accueillir mes éructations), et dernièrement, après une énième critique des sociologues de l’Educ-Nat, il a posté une page pleine d’humour :

Haha, ai-je commenté. Je n’aurais pas dû me contenter de si peu, mais FB n’est pas le lieu des analyses complexes. Causeur, qui dispose d’un lectorat moins partisan, l’est sans doute davantage.

Je n’ai jamais compris l’intérêt de la sociologie à partir du moment où existe la littérature — sinon fournir des postes aux petits bras de la philosophie. Pensez que le fondateur de cette « science » du social, Émile Durkheim, a visité les universités allemandes au moment même où Nietzsche publiait ses plus grands livres — et tout ce qu’il en a retenu, c’est le discours des « philosophes sociaux » : certes, quand on ne comprend pas la pensée ultime, on se rabat sur les ersatz. Le Positivisme a tué en grande partie la philosophie française. Heureusement nous avons eu Bergson…

Sociologie, Psycho et Pédagogie ont également stérilisé le recrutement en université. Cessons de créer de nouveaux postes en métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie, comme disait Voltaire, et nous ouvrirons des opportunités en Sciences, Littérature ou Médecine. Créons un corps d’Inspection du Supérieur, qui évalue sans scrupules l’intérêt de telle ou telle recherche, avec possibilité de reverser les inutiles dans le Second degré, et là aussi nous créerons un appel d’air pour tant de docteurs condamnés aujourd’hui à enseigner en collège, faute de postes en université, pendant que de Grands Inutiles se pavanent dans les facs.

Sur le fond de la question, je pose une question. Marx avait pour Balzac une grande admiration, non qu’il approuvât les préférences du romancier pour la monarchie, mais il avait trouvé chez lui une formidable analyse de la société bourgeoise. Qui, à vrai dire, n’a pas pris une ride : les bourgeois ne s’attifent plus avec un spencer, comme le cousin Pons, mais les ressorts sociaux n’ont pas bougé d’un iota : l’argent, l’argent, l’argent. Balzac a, avant Marx, compris que le facteur économique était déterminant en dernière instance. Et que dans un monde bourgeois libéral, le fric était la clef universelle pour décrypter les comportements.

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Balzac, ou Dickens, ou Maupassant : croyez-vous vraiment que les mœurs journalistiques ou parlementaires aient bougé d’un iota depuis Bel-Ami ? Mais aussi bien Proust (lisez Sodome et Gomorrhe et oubliez tout du discours LGBT) ou Anatole France : lire L’Île des Pingouins permet d’accéder à la plus formidable analyse de l’antisémitisme d’avant l’islam. C’était cela, l’atmosphère qui a présidé à la loi de 1905 — et c’est pourquoi il faut la réécrire — sans demander leur avis aux sociologues… Car nos apôtres du collectif, presque tous gens de gauche qui ne veulent surtout pas stigmatiser telle ou telle « communauté », s’interrogent rarement sur les exactions commises aujourd’hui au nom d’Allah le Très Haut et le Miséricordieux, comme le savaient très bien Samuel Paty, Dominique Bernard et les dizaines de victimes de l’islam des caves et des déserts.

Pas tous heureusement. Il y a des sociologues qui portent le fer dans la plaie — par exemple Florence Bergeaud-Blackler qui a récemment publié une analyse rigoureuse et impitoyable des réseaux fréristes en France (ah, pardon, elle est anthropologue, même si elle a fait ses études dans l’unité de Sciences sociales de Bordeaux). Gilles Kepel, avec qui j’étais récemment au Salon du Livre de la Haute-Tinée, m’a confirmé tout le bien qu’il en dit en préface de son livre, Le Frérisme et ses réseaux.

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Mais pour un sociologue qui ose parler contre la doxa de la spécialité, combien sont, de fait, les complices passifs du communautarisme ? Ou partisans de l’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa — qui est un authentique philosophe, lui, pas un penseur pour Télérama ? Ou adeptes « malgré eux » (comme on disait en 1943 en Alsace) de la domination de l’homme sur la femme à laquelle il impose un voile ? Sans parler de leur refus d’analyser les effets délétères de la consanguinité dans les milieux où l’on épouse volontiers sa cousine, et autres joyeusetés couvertes par le silence, au nom de l’intersectionnalité des luttes…

Je sors dans dix jours un dernier essai intitulé L’Ecole sous emprise — une analyse sans concession de l’entrisme islamiste dans l’Educ-Nat. Parions que nos sociologues y trouveront à redire. Peut-être comptent-ils bien être aux premières loges lorsque la charia sera promulguée en France, et qu’elle les autorisera, comme dans le Soumission de Houellebecq, à avoir quatre épouses et un nombre infini de concubines. Mais ils finiront égorgés comme les autres.

L'école sous emprise

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Alain Delon: Clair-obscur en chair et en os

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Alain Delon dans "Le Samouraï" (1967) de Jean-Pierre Melville. NANA PRODUCTIONS/SIPA 13/07/2018

Le monde vient de perdre un grand acteur. Mais au-delà du comédien Alain Delon, il faut saluer l’homme qui incarnait à sa manière la tradition française du dandy : ce personnage singulier, exigeant avec lui-même comme avec les autres, qui refuse obstinément toute médiocrité, surtout celle de sa propre époque. Hommage du philosophe et écrivain Daniel Salvatore Schiffer.


Comment rendre hommage, sans verser dans la banalité, la redite ou les poncifs, sinon d’évidentes et trop consensuelles platitudes, à celui qui fut peut-être le plus grand acteur (et non, la nuance conceptuelle s’avère ici de mise, simple comédien) français de la seconde moitié du XXe siècle ? Il n’est guère facile, en effet, de parler des mythes, fussent-ils morts ou vivants.

Car celui que l’on qualifie volontiers aujourd’hui, et à juste titre, de « monstre sacré » du cinéma, y compris par son immense carrière internationale, avec des chefs d’œuvre tels que « Le Guépard » (1963) de Luchino Visconti, dans lequel il interprète le rôle de l’aristocratique mais indomptable Tancrède, ou l’énigmatique « Monsieur Klein » (1976) de Joseph Losey, incarnait, de fait, ce qu’un sémiologue aussi pointu, fin et cultivé que Roland Barthes appela jadis à raison, conformément à l’intitulé de son livre le plus célèbre, les « mythologies » du monde moderne et contemporain.

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Ainsi, donc, Alain Delon, cet élégant « samouraï » à la française qu’un réalisateur tel que Jean-Pierre Melville, en 1967 déjà, immortalisa de main de maître, lui fixant à jamais cet intense regard bleu, froid et métallique qu’on lui connaissait, s’en est allé, à l’âge vénérable de 88 ans, dans la nuit de ce 18 août 2024.

Blessure au creux de l’âme ; nostalgie au tréfonds de l’être

Et, pourtant, star d’entre les stars, mais dont une indicible blessure de l’âme, par-delà même sa légendaire beauté ou son charismatique talent, paraissait toujours habiter, sinon hanter, son être le plus profond, insaisissable et secret, Delon semble avoir quitté ce bas monde, pour aller rejoindre définitivement celui des étoiles, sans regret, ainsi qu’il le confia, dépourvu de tout artifice ou fioriture, dans un de ses derniers, parmi les plus touchants et intimes, entretiens : « La vie ne m’apporte plus grand-chose. J’ai tout connu, tout vu. Mais surtout, je hais cette époque, je la vomis », confia-t-il en effet, empli d’une indéfinissable nostalgie là encore, un triste jour d’hiver de janvier 2018. Et, poursuivant sur cette émouvante lancée, d’y conclure, effectivement : « Il y a ces êtres que je hais. Tout est faux, tout est faussé. Il n’y a plus de respect, plus de parole donnée. Il n’y a que l’argent qui compte. On entend parler de crimes à longueur de journée. Je sais que je quitterai ce monde sans regrets » !

Solitude, singularité et distinction

En cela, du reste, Alain Delon, qui fut aussi l’un des grands dandys du siècle, tant par sa foncière solitude que par son irréductible singularité, cette inextinguible distinction de la véritable race des seigneurs, ne s’éloigna guère de ce qu’un esprit aussi raffiné que Roger Kempf dit en un essai aussi emblématique, sur cette épineuse mais essentielle question à l’endroit d’Alain Delon, que son Dandies. Baudelaire et Cie précisément.

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Il y écrit : « Mais loin de se dresser contre ses générateurs misérables, le dandy se contente […] de leur tourner le dos. Que les censeurs se rassurent : il croit […] à la discipline, il a horreur du laisser-aller. Plus insolent que transgresseur, il n’est pas dangereux, face aux trublions de toutes sortes […]. Le dandysme : un monde métaphorique aux couleurs du soleil couchant, un exercice impossible. […] Comment garder le secret ou le silence au temps de l’ordre public ? Comment vivre sur le mode de l’être, non du devenir ? Comment rêver sous le régime du progrès ? Questions terribles et sans réponse, menant parfois au suicide et toujours au rebut et à la mort. Le dandy ne l’ignore pas. Condamné, il s’attend à disparaître, dignement ».

Paraître sans comparaître

Bref, insiste encore Roger Kempf dans cet insigne portrait, tout en nuances et finesse, de l’authentique dandy, mais où l’on croirait également percevoir en filigrane quelques-uns des traits distinctifs, tant sur le plan moral ou intellectuel que psychologique, d’Alain Delon, ce séducteur né, justement, de qui s’entichèrent très sincèrement les plus belles femmes, au premier rang desquelles émergent, bien sûr, ces divines actrices que furent Romy Schneider et Mireille Darc, ou encore la chanteuse anglo-allemande Nico (naguère sulfureuse égérie d’Andy Warhol et autre Lou Reed au temps de l’électrique mais surtout décadent Velvet Underground). Sans oublier, cependant, Nathalie Delon, qui fut, à l’état-civil, sa seule épouse avant qu’il n’en divorçât : « Mélange de retenue et d’ironie, être de parade et de désir, le dandy se défend et s’expose, mais ne comparaît pas. N’ayant de comptes à rendre à personne, il se garde de biffer son passé […]. Prenant les devants, s’il lui plaît, il avoue ses défaites et, narguant l’opinion, joue de sa corde favorite : le mépris ».

Est-ce pour cette raison que l’instinctif, plus encore qu’intuitif, Delon, bête de scène, à la sensibilité quasi animale dans ses aspects les plus sauvages, pour qui la fidélité constituait l’une des principales qualités d’esprit, aima plus les chiens que les hommes, à l’instar de philosophes tels que Diogène ou Schopenhauer ? C’est dire, en tous cas, si le dandy, cet idéaliste qui s’ignore, paraît sans jamais, toutefois, comparaître, sinon devant le tribunal de sa propre et seule conscience.

Le soleil noir de la mélancolie

Mais, de la complexité inhérente à ce dandysme ainsi correctement entendu, et donc a posteriori aussi de cet iconique Alain Delon, c’est Charles Baudelaire, qui fit du dandy un « soleil couchant » comme Gérard de Nerval en fit le « soleil noir » de son ineffable mélancolie, qui en brossa très certainement le plus abouti des tableaux en cette éminente critique d’art – et Dieu sait si Delon fut aussi un très fin connaisseur, en même temps qu’un collectionneur avisé, en matière d’œuvres d’art – que fut son « Peintre de la vie moderne » (1863).

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Il y écrit donc au sujet des dandys : « Que ces hommes se fassent nommer raffinés, incroyables, beaux, lions ou dandys, tous sont issus d’une même origine, tous participent du même caractère d’opposition et de révolte ; tous sont des représentants de ce qu’il y a de meilleur dans l’orgueil humain, de ce besoin, trop rare chez ceux d’aujourd’hui, de combattre et de détruire la trivialité. De là naît, chez les dandys, cette attitude hautaine de caste provocante, même dans sa froideur ». Et, dans la foulée, Baudelaire, hissé ainsi au faîte de ce remarquable portrait, d’en inférer, toujours en ce « Peintre de la vie moderne », dès lors : « comme l’astre qui décline, il [le dandysme] est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie ».

Un clair-obscur en chair et en os ; un oxymore vivant

Et, de fait, ce grand fauve qu’était Alain Delon, cet astre finalement parvenu au crépuscule de sa vie, et à présent tragiquement trépassé, mais non pour autant éteint tant il demeure immortel, fut bien, par ces paradoxes qu’il ne cessa d’incarner tout au long de sa prodigieuse existence, tantôt solaire et tantôt sombre, tantôt féline et tantôt ténébreuse, cet oxymore vivant, pareil, éternellement désormais, à un clair-obscur en chair et en os !

Dandies. Baudelaire et Cie

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Manifeste dandy

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En août, lis ce que te goûte

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Errol Flynn dans A l'abordage, 1952, film de George Sherman, le 21 novembre 1952. MARY EVANS/SIPA

Les vacances imposent-elles la vacance de l’esprit ? Autant profiter de ce répit estival pour moissonner les sillons de sa bibliothèque. Sous le soleil d’août, votre serviteur y a passé sa charrue. Lectures par les champs et par les grèves… 2e livraison: « Prendre la mer ». Lire la 1ère livraison.


Voilà un volume un peu lourd pour la plage, mais excellent viatique en croisière ou au bord de la piscine. Comme toujours chez Taschen pour mieux vous mettre dans le bain, l’image flamboie autant que le texte : la maquette séduisante de ce pavé à la reliure rouge et or poinçonnée au fameux pavillon macabre – crâne et ossements croisés – dispense vignettes et illustrations pleine page (signées Michael Custode) entre des chapitres ouverts, chacun, par un feuillet où sur fond vieil or les titres s’affichent en capitales noires – superbe !  Dans leur passionnante introduction, Robert E. et Jill P. May interrogent la Piraterie du passé ( c’est le titre) aux prismes croisés de l’histoire et de l’imaginaire. Forbans, boucaniers, brigands des mers, flibustiers, frères de la côte – les pirates sont souvent confondus avec les corsaires, agents quasi-légitimes des puissances rivales qui s’affrontent sur mer.

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Si « la piraterie concerne toute l’histoire de l’humanité », depuis l’antiquité jusqu’à nos jours (où des attaques sont menées contre des pétroliers, des navires de croisière ou des yachts privés dans bien des « points chauds » du globe), c’est au XVIIème siècle que la piraterie connaît son « âge d’or » – de l’Océan indien aux Caraïbes, en particulier autour des colonies espagnoles. De là que « les premiers « pirates de fiction », produits de l’imagination des écrivains », figurent « des représentations plus ou moins fidèles aux informations connues sur ces aventuriers des hautes mers » à travers « gazettes, comptes rendus de procès, souvenirs oraux de personnes ayant survécu à la captivité ».  C’est ainsi qu’« aucun auteur moderne n’a fait davantage pour l’entrée de la piraterie dans la littérature occidentale que  le prolifique écrivain anglais Daniel Defoe (1660-1731) ».  De fait, Robinson Crusoé, roman d’emblée extrêmement populaire, fortement influencé par l’ouvrage néerlandais d’Alexandre-Olivier Exquemelin, Histoire des aventuriers, à l’authenticité hautement revendiquée, constitue la matrice d’un genre qui fera florès au XIXème siècle – de Jules Vernes ( L’île mystérieuse) à Stevenson ( L’île au trésor), en un temps où la menace n’est plus que littéraire…  Howard Pyle (1853-1911), célèbre auteur et illustrateur américain, très informé sur le sujet, « travailla à humaniser ces personnages à un degré qu’auraient fortement contesté leurs victimes ».  Citons encore Le corsaire aux cheveux d’or, roman d’aventures de Louis Noir, parmi ces livres de formation, éditions qui, « étiquetées « littérature pour jeunes garçons » et considérées comme une lecture familiale » entêtèrent longtemps les ardeurs adolescentes. Si les auteurs observent à juste titre que Hamlet ou La tempête de Shakespeare ne sont pas précisément des histoires pour bambins, les productions théâtrales qui, tel Peter and Wendy de James Barry (1860-1937), y glanèrent une part de leur inspiration, participaient de la bonne éducation : « Lorsque Peter Pan fut joué pour la première fois à Londres en 1904, il fut jugé comme un tour de force de la littérature d’aventure populaire compatible avec les idées victoriennes sur la colonisation ».

D.R. Taschen.

Quels vaisseaux, quels vêtements, quels étendards arboraient ces gens de la mer ? Quels étaient leurs mœurs ? A ces questions, les auteurs répondent prudemment. Ce qui est sûr, c’est que « le monde de la piraterie de haute mer était presque exclusivement masculin ». Et qu’« à une époque où le commerce international des esclaves était légal et florissant, les pirates […] intégraient parfois les captifs noirs à leur équipage ».

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Passé cette introduction, Pirates exhume de copieux extraits de ces « incunables » que sont Robinson Crusoé, L’île mystérieuse et l’île au trésor. Mais pour le lecteur français, c’est surtout l’occasion de découvrir, occupant la dernière partie du volume ( utilement complété par des notices, un glossaire, une bibliographie), quelques morceaux choisis du Livre des pirates, anthologie écrite et illustrée par Howard Pyle, et publiée, dix ans après le décès de ce dernier, par Harper & Brothers en 1921 : « merveilleuses biographies et vignettes des plus célèbres pirates du monde atlantique des années 1600 et 1700  [Henry Morgan, Barbe noire, Edward Low] […] ainsi que de personnages plus obscurs, comme le Français Pierre Le Grand » ou encore Capitaine Avary, instigateur du marronnage, cette pratique barbare consistant à abandonner un marin sur une île déserte en punition de quelque crime…

Bien d’autres illustrateurs sont convoqués pour animer ce digest haut en couleur : de Jules Férat (1829-1906) à Zdenek Burian, natif de Moravie (1905-1981) en passant par Frank Schoonover (1877-1972) ou George Varian (1865-1923). Si l’ouvrage conçu par nos deux universitaires américains Robert E. et Jill P. May accuse forcément un certain tropisme anglo-saxon, Pirates n’en offre pas moins un bourlingage récréatif dans ces eaux agitées où les hors-la-loi de la navigation s’égaillèrent de par le monde.

A lire : Robert E. et Jill P. May, Pirates. Histoires de Daniel Defoe, Jules Vernes, Robert Louis Stevenson et Howard Pyle (Taschen, 2024), 392pp, 30,00€

Un été en noir et blanc à Landerneau

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Henri Cartier Bresson, à Paris, le 21 janvier 2000. MICHEL LIPCHITZ/AP/SIPA

Grande rétrospective Cartier-Bresson au Fonds Hélène & Edouard Leclerc (FHEL) dans la cité finistérienne où 300 œuvres du photographe français sont exposées jusqu’au 5 janvier 2025.


Il se passe toujours quelque chose à Landerneau, et plus généralement dans le Finistère. « La Fête du Bruit » a réuni le week-end du 9, 10 et 11 août des milliers de festivaliers sur les bords de l’Élorn. Le pont habité en tremble encore. La semaine d’avant, c’était la presqu’île de Crozon qui s’agitait aux percussions du Festival du Bout du Monde. En Bretagne, on sait soulever les foules aussi bien qu’à Paris sur la Place de la Concorde, durant les Jeux Olympiques. Landerneau n’a surtout plus à rougir face à l’offre culturelle des capitales européennes. Elle leur tient même la dragée haute. Dans l’ancien couvent des Capucins, le Fonds Hélène & Edouard Leclerc (FHEL) créé à l’automne 2011, par la richesse de sa programmation et son ambition internationale, rivalise avec de prestigieuses institutions. Il a reçu plus de 2 millions de visiteurs depuis son ouverture au public en 2012. Du 15 juin jusqu’au 5 janvier, et pour la première fois, le FHEL accueille sa première grande rétrospective photo après avoir ouvert ses salles à Gérard Fromanger, Joan Miró, Dubuffet, Giacometti, Chagall ou Enki Bilal. La BD étant la marotte de Michel-Edouard Leclerc. Cette saison, le FHEL a choisi Henri Cartier-Bresson (1908-2004), photographe emblématique du XXème siècle, fils de bonne famille, « le cœur à gauche », fondateur de l’agence Magnum en 1947 qu’il quittera en 1974 en raison de sa « dérive mercantile », compagnon de route des communistes, chasseur d’image au toucher humaniste, toujours au plus près du brasier de l’actualité et cependant, léger comme une brise, cet insaisissable aura sillonné la planète, de Mexico à la Gare Saint-Lazare pendant des décennies.

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Cette exposition majeure, la plus complète depuis celle du Centre Pompidou en 2014, revient sur une longue carrière en 23 plans-séquence, elle est ponctuée par des portraits de l’artiste qui ne se laissait pas photographier facilement et montre sa palette étendue, du reportage aux clichés plus intimistes. Il fut notre meilleur sociologue, captant les soubresauts de notre pays et sa lente transformation. On découvre également un Cartier-Bresson sensible à l’esthétique surréaliste, son goût prononcé pour les figures géométriques à ses débuts, il fut formé à la peinture cubiste, puis sa recherche de l’instant décisif dans la stylisation du mouvement. Cartier-Bresson est un insatiable voyageur, il séjourne à Séville en 1933, au Mexique en 1934, il assiste au couronnement de George VI en 1937 à Londres, il choisit alors délibérément de ne pas photographier le roi mais plutôt les spectateurs présents. Il réalisera un film « Le Retour » en 1945 après trois ans de captivité dans un stalag et deux évasions ratées, il adhèrera au Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD). La liberté retrouvée, il ne s’arrêtera plus, il se lance dans un périple américain en juillet 1947 et parcourt 16 000 miles en voiture. Cartier-Bresson sera partout où le monde l’appelle, aux funérailles de Gandhi, lors de la partition de l’Inde, à l’arrivée de Mao au pouvoir, à Berlin après la construction du Mur, mais aussi en Russie au moment du dégel, dans la moiteur de Cuba, au Japon en 1965 ou en mai 1968 à Paris.

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En un instant, son cliché dit tout des forces et des fragilités de l’espèce humaine. J’aime par-dessous tout le Cartier-Bresson tendre, comme sur cette photo prise au Lac Sevan en Arménie, montrant un père tenant à bout de bras son enfant ou ses gamins ensorcelés devant l’étal d’un marchand de miniatures auto, le désir du jouet est plus fort que tout. Et puis, Cartier-Bresson, c’est la mémoire de notre nation dans son imagerie populaire, un fort des halles tatoué et casquette en biais fixe l’objectif, un coureur lit le journal sur la piste du Vel d’Hiv avant la course des 6 jours, un Solex est garé devant une affiche publicitaire exhibant un décolleté ravageur, ou ma préférée, une scène du monde d’avant dans sa friabilité souveraine, on y voit un décor oublié, une agence de la Banque Nationale de Paris, un Citroën Type H aux couleurs de Monoprix juste devant, et au premier plan, un enfant allongé sur la lunette arrière d’une DS.

« Henri Cartier-Bresson », Fonds Hélène & Edouard Leclerc, Landerneau, du 15 juin 2024 au 5 janvier 2025.

Monsieur Nostalgie

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Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo

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Se passer du passé ?

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L'enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli © BALTEL/SIPA

C’est le titre de l’éditorial de notre ami Alain de Benoist en ouverture du dernier numéro de la revue Eléments. Son analyse a séduit apparemment notre chroniqueur, qui revient sur cette caractéristique extraordinaire de la modernité : l’élimination a priori de tout ce qui fut avant.


Alain de Benoist a mauvaise presse auprès des gens de gauche, qui lui reprochent, sans jamais l’avoir lu, d’avoir donné à la « nouvelle droite » les armes conceptuelles dont la Gauche revendiquait la propriété. Encore que cela change doucement : Front populaire (la revue souverainiste, pas le conglomérat de crétins qui a usurpé la mémoire de Léon Blum) est allé jusqu’à interviewer le rédacteur en chef de la revue, François Bousquet, pour éclaircir la position de notre philosophe désormais octogénaire — mais dont le petit doigt contient plus d’intelligence que toute la Gauche réunie.

Dans l’éditorial du dernier numéro (août-septembre) de la revue Eléments, « le magazine des idées à l’endroit », Benoist commence par signaler ce paradoxe français : si le public plébiscite les livres d’Histoire (et les romans historiques…), le système scolaire, lui, a décidé depuis lurette de faire table rase du passé, comme le suggère « L’Internationale » :« Tout se passe comme si l’Histoire devait être neutralisée ou vaporisée. Pourquoi ? Parce qu’elle est porteuse d’un récit que certains détestent et voudraient voir se clore. Parce qu’elle est porteuse de tous les dangers de la mémoire. Parce qu’elle renvoie à quelque chose qui n’aurait rien à nous dire, sinon susciter en nous des pensées incorrectes : le passé ».

J’ai expliqué dans La Fabrique du crétin que derrière cette éradication scolaire de l’Histoire, il y a le rêve des européanistes de liquider la mémoire de la France. D’éviter qu’une référence aux rois qui ont fait la France, aux grandes journées qui l’ont ébranlée ou fortifiée, se greffe dans les cervelles enfantines, alors que l’actualité (Mbappé, les Jeux olympiques, et le fait qu’il fasse chaud en été) fournit des réponses aux grands questionnements de notre temps : Zaho de Sagazan a-t-elle du talent, le McDo est-il hallal, avec qui Lucie Castets a-t-elle fait l’enfant qu’elle partage avec sa « femme »…

Autrement plus important que de savoir comment l’UE finance les réseaux fréristes à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros n’est-ce pas… Ou comment l’Angleterre a-t-elle fini par exploser de colère en se voyant livrée à la charia et aux meurtres rituels… Les journalistes ont choisi leur camp.

Alain de Benoist épingle « ceux qui rêvent d’une Europe seulement dotée d’une « mémoire négative », ceux qui ne s’intéressent au passé que pour en faire un repoussoir, un motif de repentance […] Pour les pétroleuses du néoféminisme, le passé, c’est la domination et le patriarcat. Pour les « wokistes », le passé n’a été qu’obscurantisme, colonialisme, persécutions et discriminations — à oublier d’urgence, sinon pour prononcer un mea culpa permanent ».

Taubira et consorts frappent plus dur que Jéhovah.

C’est une bien curieuse idée que celle de la culpabilité du fait des « fautes » de nos pères — une idée judéo-chrétienne, en fait : « J’agis contre celui qui a péché, dit le Seigneur (Exode, 34, 6-7), contre ses enfants jusqu’à la troisième ou quatrième génération ». Les wokes actuels font bien mieux, ils vous reprochent les fautes de vos aïeux les plus anciens. Pas de pardon dans le monde de la faute universelle. Taubira et consorts frappent plus dur que Jéhovah.

En tout cas, tant que vous êtes Blancs. Cette même livraison d’Eléments propose une interview de Jeremy Carl, récent auteur de The Unprotected Class : How Anti-White Racism is Tearing America Apart. La charte des droits civiques de 1964 rend impossible, quand on est Blanc, de se plaindre de racisme. Au point que nombre de Blancs, pour peu qu’ils aient quelque part un ancêtre vaguement basané, revendiquent une appartenance à l’une ou l’autre des communautés protégées par la Constitution — ce que ne sont pas les Blancs.

Un rêve pour les partisans de la culpabilité indéfiniment diluée.

Daoud Boughezala a de son côté recueilli les propos de Morgan Sportès, qui n’est pas un écrivain négligeable, et qui note, l’air de rien : « Les Possédés de Dostoïevski étaient des fanatiques politiques, mais ils avaient une culture révolutionnaire. Nos djihadistes sont pour la plupart des zombies incultes. C’est en cela qu’ils sont des dépossédés ». L’un des objectifs-phare de l’Educ-Nat actuelle, c’est d’empêcher les élèves de posséder ne serait-ce qu’un semblant de mémoire collective — ce qui les constituerait en collectivité française au lieu de les compartimenter en communautés antagonistes.

Nous allons en crever. Et les profs d’Histoire qui se complaisent, pour acheter la paix scolaire, à évoquer la traite atlantique sans même mentionner la traite saharienne, bien plus durable et meurtrière, sont des salopards qu’il faut révoquer urgemment.

Nous n’avons de culpabilité que par rapport à nos propres actes. Ce qu’ont fait mon père ou mon grand-père n’est pas de mon ressort. Et quand un Musulman, à Montpellier, massacre dans le tramway un Blanc qu’il soupçonne sans raison d’être juif — pour les fanatiques, tous les Blancs sont Juifs —, il doit être puni lourdement, et pas condamné à un an ferme sans maintien en détention, ce qui lui permettra de recommencer demain — sous les yeux las des autres voyageurs dont aucun n’est intervenu. Qu’aurions-nous entendu si un partisan du RN était tombé à bras raccourci sur un Maghrébin ou un Africain — la ville n’en manque pas…

Soleil noir

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A paraître le 29 août :

L'école sous emprise

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Présidentielle U.S : La faute révélatrice de Kamala Harris

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Kamala Harris et Tim Walz, university de Nevada, Las Végas, le 10 août 2024. Jae Hong/AP/SIPA

Est-ce le début de la fin de la lune de miel entre Kamala Harris et l’Amérique ?  Le choix de Tim Walz pour vice-président fait du « ticket » démocrate un duo progressiste ancré dans l’aile gauche du parti. Une aile trop radicale pour une majorité des électeurs. Les médias ont encensé ce choix, pas sûr que les Américains suivent.


Jusqu’à présent tout allait pour le mieux pour Kamala Harris. Elle et les Démocrates avaient réussi leurs coups. Leurs deux coups. D’abord le « coup d’Etat » interne contre Joe Biden. Ensuite leur « coup d’éclat » médiatique pour lancer la campagne de Kamala Harris, candidate présidentielle remplaçante. Mais avec le choix de Tim Walz, Kamala a commis une erreur qui fera peut-être de ce choix le premier tournant de la campagne.

Pour rappel Joe Biden n’a pas renoncé à briguer un second mandat de son plein gré. Il a été convaincu, certains diraient même « forcé » de le faire. Il a été en quelque sorte déposé. Son débat désastreux du 27 juin face à Donald Trump a servi de point de départ et de justification à une campagne coordonnée qui s’est conclue le dimanche 21 juillet par l’annonce de son retrait. Cette campagne a mobilisé l’ensemble de l’appareil démocrate : les donateurs, tel George Clooney, porte-parole du tout Hollywood, les anciennes éminences grises du parti dont David Axelrod, directeur de campagne d’Obama en 2008 et James Carville, son alter égo avec Clinton en 1992 ; les élus du Congrès dont  Nancy Pelosi, ancienne speaker de la Chambre et Chuck Schumer chef des Démocrates au Sénat ; avec l’appui opportun des médias qui dénonçaient soudain à hauts cris ce qu’ils avaient consciencieusement ignoré pendant trois ans, à savoir, les déficiences de Joe Biden… 

Toutefois ce n’est pas l’âge ni les capacités cognitives diminuées de Joe Biden qui ont motivé ce coup d’Etat de palais. C’est la montée de Donald Trump dans les sondages face à l’apathie de Biden. Les Démocrates ont vu se profiler une déroute électorale et ils ont décidé d’agir. Biden aurait-il caracolé cinq points devant Trump dans les intentions de vote, rien de tout cela ne serait arrivé. Les Démocrates lui seraient rester fidèles jusqu’au bout.

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Biden hors course, les Démocrates s’exposaient à une bataille interne pour la nomination. Selon la règle, les quatre mille délégués qu’il avait réunis derrière lui, à partir des suffrages de quatorze millions d’électeurs exprimés tout au long des primaires de l’hiver et du printemps, se trouvaient « libérés » par son retrait. Ils pouvaient soutenir n’importe qui. Sauf si lui-même désignait son successeur et appelait ses délégués à le soutenir. Un peu comme la dernière volonté d’un mourant à laquelle personne ne s’oppose. C’est ce qu’il fit lors de l’annonce de son retrait en invitant le parti à se rassembler derrière Kamala Harris, l’incarnation de la nouvelle génération. Kamala Harris étant sa vice-présidente, une certaine logique de succession était respectée. Et cela satisfaisait les partisans de la diversité puisqu’elle est à la fois femme et Noire, deux minorités « opprimées ».

Le coup a parfaitement fonctionné. En vingt-quatre heures Kamala reçut la promesse du soutien de suffisamment de délégués pour être assurée de la nomination – qui ne sera officialisée que le 19 août à Chicago lors de l’ouverture de la Convention nationale démocrate. Désormais, une nouvelle campagne commençait avec deux priorités. Un, unifier le parti derrière Kamala Harris. Deux, « définir » Kamala auprès de l’électorat.

L’unification a été obtenue en rassurant l’aile gauche du parti, la plus radicale, la plus rebelle, la plus exigeante et la plus bruyante. Kamala Harris dans ses premières déclarations a défendu le droit à l’avortement sans limite, pour signifier son féminisme sans réserve; le droit à une protection de santé renforcée via une extension de « l’Obama-care », le programme d’assurance santé mis en place par Barack Obama à partir de 2010 ; le droit des séniors à une retraite et une protection sociale (droit que personne ne conteste mais qui est menacé par la faillite des caisses sociales) ; le besoin de créer des « emplois verts » et de lutter contre l’inflation. Enfin elle a confronté le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu sur le besoin d’un cesser-le-feu à Gaza, une demande chère à l’aile propalestinienne du parti.

Ensuite il fallait « définir » Kamala. « Définir » dans le jargon politique américain, c’est installer dans l’esprit des électeurs l’image, sommaire mais durable, d’une personnalité. C’est une étape cruciale dans une campagne. Un peu comme de faire une première impression à un nouvel employeur ou à ses futurs beaux-parents. On a rarement deux occasions de le faire.

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Kamala est certes vice-présidente depuis 2021 mais elle a été largement invisible, au cours des presque quatre années passées. Les Américains moyens qui ne suivent pas l’actualité politique de près ne la connaissent pas. Les démocrates avaient l’occasion de la présenter sous l’éclairage de leur choix. Ils ont choisi l’enthousiasme pour la campagne, la générosité pour les démunis, et la fermeté face aux extrémistes, c’est-à-dire Trump. Ils ont mis l’accent sur sa personne, pas sur ses idées. Sur sa réussite en général, pas sur ses accomplissements particuliers. Et pour cause, ils sont inexistants. 

Les Républicains ont tenté de présenter aux électeurs un contre-portrait de Kamala Harris. D’offrir leur propre définition du personnage. Ils sont souligné ses penchants ultra-progressistes – sur l’immigration clandestine qu’elle veut décriminaliser ; sur l’assurance-santé qu’elle veut nationaliser ; sur la peine de mort qu’elle veut bannir ; sur l’avortement qu’elle veut légaliser sur tout le territoire fédéral ; sur le cannabis qu’elle veut légaliser ; sur la police dont elle a voulu réduire les budgets  (« defund the police ») durant les émeutes de 2020… 

Leur narratif, pourtant basé sur des déclarations passées et des faits documentés, n’a pas été entendu. Pas au-delà de leur propre base. C’est le problème des Républicains. Ils ne bénéficient pas d’une chambre d’écho, constituée par les grands médias, comme en bénéficient les Démocrates. C’est une bataille où ils partent avec un handicap dont ils doivent tenir compte. 

Mais c’est Kamala Harris elle-même qui est, involontairement, venue à leurs secours. Car elle a dû prendre une première décision capitale : se choisir un colistier. C’est-à-dire un candidat à la vice-présidence des Etats-Unis. Son choix s’est porté sur un certain Tim Walz, gouverneur du Minnesota. Et ce choix en dit long sur Kamala elle-même. Avec quinze jours à peine pour se décider, la liste des prétendants s’est rapidement réduite à deux personnalités, offrant à Kamala deux options radicalement différentes. D’un côté Josh Shapiro, gouverneur de la Pennsylvanie. De l’autre Tim Walz.

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Josh Shapiro est le jeune (47 ans) et très populaire gouverneur démocrate de la Pennsylvanie, l’un des « Etats clés » de l’élection présidentielle. Etat clé parce qu’au résultat à la fois incertain et déterminant. La Pennsylvanie, état industriel du Midwest, compte vingt « grands électeurs ». A lui seul il pourrait faire la différence le 5 novembre. Le scrutin s’annonce très serré, et celui de Trump ou de Harris qui remportera cet Etat fera un grand pas vers la victoire. Il aurait été logique que Kamala Harris fasse de Josh Shapiro son colistier pour s’attirer les grâces des électeurs de cet Etat et le mettre dans son escarcelle.

Toutefois Josh Shapiro est un démocrate plutôt centriste. Il est aussi juif et a toujours défendu vigoureusement Israël dans son conflit avec le Hamas. Le choix de Shapiro aurait déplu à l’aile pro-Hamas du parti Démocrate avec le risque de voir la Convention Nationale, qui débutera le 19 août prochain, perturbée par des manifestations voire des heurts, autour de la situation au Proche-Orient, comme ce fut le cas en 1968 au sujet d’une autre guerre, celle du Vietnam. Le spectacle de cette division aurait été du plus mauvais effet à la télévision et aurait sans doute ruiné les chances de victoire des démocrates. Kamala Harris a donc préféré ne pas prendre ce risque. Par conviction, ou par prudence, elle s’est donc inclinée devant l’aile radicale anti-israélienne du parti Démocrate. Avec l’espoir que celle-ci se tienne coi, au moins le temps de son couronnement à Chicago. Par sûr que ce pari fonctionne. Sa réunion publique à Detroit le 6 août a été perturbée par une poignée de manifestants pro-Hamas.

Son choix s’est donc porté sur Tim Walz, homme de 60 ans, gouverneur du Minnesota depuis 2018, après avoir été représentant de cet Etat au Congrès. Le Minnesota n’est pas un Etat clé. Le candidat Démocrate l’a emporté à toutes les élections présidentielles depuis 1976. En 2020 Joe Biden y a battu Donald Trump de sept points, 52% contre 45%. Sur le plan strictement mathématique le choix de Walz n’apporte donc rien au « ticket » démocrate. Par contre Walz est un ultra-progressiste, d’ailleurs soutenu par Bernie Sanders, et lui et Kamala Harris sont en parfait unisson sur les grandes questions qui divisent la société américaine aujourd’hui : immigration, énergie, avortement, santé, éducation, genre, etc. En choisissant Walz, Kamala a donc révélé ce qu’elle pense vraiment et là où elle veut emmener l’Amérique, au-delà de ses déclarations de circonstance et du portrait flatteur ciselé à souhait par les médias. Ceux qui s’interrogeaient encore pour savoir si elle était plutôt « modérée » ou plutôt « radicale » ont leur réponse. C’est une radicale, comme Walz qui se revendique comme tel.

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Tim Walz rejette toute restriction au droit à l’avortement, y compris, quant à l’avancement de la grossesse. En France la limite est de seize semaines ;

Il veut rendre l’enseignement universitaire totalement gratuit, c’est-à-dire à la charge des contribuables ;

Il a instauré au Minnesota un programme de repas gratuits dans toutes les écoles ;

Il a fait du Minnesota un Etat refuge (« sanctuary state) pour les adolescents « transgenres ». Cela signifie qu’un mineur peut se rendre au Minnesota pour y subir une opération chirurgicale pour changer de sexe, et que l’Etat n’interfèrera pas avec sa décision, et ne coopèrera pas avec d’autres Etats pour l’en empêcher ;

Il a également fait installer des tampons hygiéniques dans les toilettes pour garçons des écoles publiques. Pourquoi une telle absurdité ? Au cas où des lycéennes transgenres – nées filles mais se prenant pour des garçons – les utilisent. Il y a gagné le surnom de « Tampon Tim ».

Le Minnesota de Tim Walz est un Etat où les repris de justice incarcérés conservent le droit de vote. Dans beaucoup d’autres ce droit leur est retiré le temps de leur incarcération.

Tim Walz est opposé à la pratique du « fracking », la fracturation hydraulique qui a fait exploser la production énergétique des Etats-Unis. Il est partisan d’une transition énergétique et a subventionné d’innombrables entreprises pour développer, aux frais du contribuables, l’économie verte. 

Il est favorable à la légalisation de la marijuana à usage « récréatif ».

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En outre, la droite américaine l’accuse de vouloir restreindre la liberté d’expression et d’avoir, durant le Covid, ouvert un « numéro vert », donc une ligne de téléphone gratuite, invitant ses concitoyens à dénoncer leurs voisins s’ils venaient à enfreindre le confinement. Ron De Santis, le gouverneur républicain de la Floride, a parlé d’une « snitch line », une « ligne des balances ».

Les grands médias ont salué le choix de Kamala Harris, au prétexte que Tim Walz serait un « homme simple issu du peuple » (« folksy » en anglais), preuve que mêmes les Démocrates sont conscients de la vague populiste qui déferle sur l’Amérique. De leur côté, les Républicains ont été plutôt rassurés. Ils savent maintenant à qui ils ont affaire. A charge pour eux de faire comprendre aux Américains les implications du ticket Harris-Walz sur la société, l’identité et l’avenir des Etats-Unis.

Cet article a été publié pour la première fois, dans une version plus longue, sur le blog de Gerald Olivier.

Sur la route de la Maison Blanche

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