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Football à Amsterdam: une histoire particulière avec les juifs

Les agressions antisémites survenues jeudi dernier dans la Venise du nord sont d’autant plus inquiétantes qu’elles ont eu lieu dans une ville où les supporters ont une affection traditionnelle pour le peuple juif.


Et dire qu’avant le match, Amsterdam fut le théâtre de rarissimes moments de fraternité entre adversaires ! Car ce soir-là, la grande équipe locale, l’Ajax, recevait le Maccabi Tel-Aviv. Or l’Ajax est connu, au grand dam de ses dirigeants, comme le “club des juifs”’. Une expression aussi bien employée par les supporters des autres formations du championnat, pour qui l’épithète est loin d’être un compliment, que par les fans d’Amsterdam eux-mêmes, qui l’utilisent comme nom honorifique.

Ce qui explique que, le jeudi 7 novembre en début d’après-midi, aux abords de l’Amsterdam Arena, le public local des amateurs de foot ait salué cordialement les quelques Israéliens qui avaient fait le voyage pour soutenir le club de Tel Aviv. On entendit ainsi des Néerlandais chanter le Hava Nagila et d’autres chants traditionnels de l’État hébreu, comme ils le font lors d’autres matchs, par amour de l’Etat juif… ou pour narguer les adversaires, ce n’est pas toujours évident.

Des scènes d’horreur

Tard jeudi soir et aux premières heures de vendredi, l’atmosphère festive dans la capitale a pourtant cédé à des scènes glaçantes, qualifiées de “pogroms” par de hauts fonctionnaires israéliens et par la maire d’Amsterdam, Femke Halsema. Scènes qui n’ont rien à voir avec la défaite de Maccabi, 5-0, contre l’Ajax, mais avec l’arrivée impromptue de nouveaux protagonistes, des jeunes voyous évoluant en bande et gueulant leur soutien à la Palestine et leur haine des juifs.

Se déplaçant à scooter sur le principe de l’action “hit and run”, selon la maire, cette horde fit alors “la chasse aux Juifs”, comme le constata un journaliste présent. Si la police réquisitionna des bus pour que les supporters israéliens puissent vite regagner leur hôtel en toute sécurité, certains d’entre eux ne purent se mettre à temps à l’abri et furent agressés par les jeunes “militants pro-palestiniens” (plutôt miliciens que militants), qui les contraignirent à crier “Free Palestine” avant de les passer à tabac, selon des médias locaux.

Horrifié, le Premier ministre néerlandais, Dick Schoof, condamna ces “actes antisémites” lors d’une conversation avec son homologue israélien, Benyamin Netanyahou, qui, initialement, avait indiqué l’envoi d’avions militaires à Amsterdam pour rapatrier les supporters de Tel Aviv. Un site d’informations néerlandais titra : “Tsahal à la rescousse de juifs à Amsterdam”.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Les porcs d’Amsterdam

Plus tard, Netanyahou se calma en donna des consignes pour affréter des vols supplémentaires, mais en faisant cette fois appel à El Al, la compagnie commerciale nationale. De son côté, Geert Wilders, le très israélophile et droitier homme politique néerlandais, pilier de la bancale coalition gouvernementale, exigea la démission de la maire de gauche d’Amsterdam, accusée d’être pro-palestinienne.

Un dirigeant de la communauté juive aux Pays-Bas, Eddo Verdoner, demanda aux supporters israéliens encore présents à Amsterdam de “se faire le plus discrets possible” en attendant le départ du dernier d’entre eux. La honte… Vendredi matin, un rescapé rapporte avoir eu peur de prendre le taxi pour rejoindre l’aéroport d’Amsterdam, étant donné le regard hostile de certains chauffeurs d’origine arabe. L’hostilité des taxis peut s’expliquer par le fait que l’un des leurs aurait été passé à tabac par des fans de Maccabi, accusés également d’avoir brûlé et arraché des drapeaux palestiniens et d’avoir scandé des slogans anti-arabes.

Ainsi, un match plutôt quelconque de la Ligue Europa dégénéra en un spectacle révoltant, avec des conséquences potentiellement graves pour l’image de tolérance des Pays-Bas. Des dirigeants du monde entier, dont le président Emmanuel Macron, ont exprimé leur vive émotion.

Il est trop tôt pour identifier les fauteurs de troubles. On est en droit de penser cependant que ces “jeunes de quartiers” n’étaient pas des hooligans de l’Ajax. Lors des agressions de jeudi soir, les supporters du “club des juifs” auraient plutôt eu tendance à protéger leurs frères-ennemis israéliens.

Folklore batave

L’origine du surnom de l’Ajax reste un mystère. Ce club ne fut pas fondé par des juifs, les joueurs juifs n’y ont jamais été très nombreux, pas plus que les présidents. Les experts du sujet ont une hypothèse : l’ancien et très modeste stade du club se situait dans l’est de la capitale, où les juifs étaient traditionnellement nombreux avant la guerre. Conséquence, les supporteurs des équipes adverses traitaient les joueurs de l’Ajax de “nez”. Face à ces injures antisémites, les fans de l’Ajax choisirent à partir des années 80 de retourner l’insulte pour en faire un motif de fierté. Dans les tribunes du nouveau stade, baptisé “Johan Cruijff Arena”, de gigantesques drapeaux israéliens firent leur apparition à côté de ceux de l’équipe. Ce qui n’était pas pour plaire aux dirigeants du club, pas plus qu’aux membres de la communauté juive locale. De nombreuses fois, les supporters furent priés de ne pas abuser du nom “juif” qui, scandé par des milliers de fans simultanément – “wij zijn Joden!” (nous sommes juifs!) – peut avoir un effet sidérant, surtout à Amsterdam, ville dont la quasi-totalité de l’importante communauté juive fut déportée par les nazis dans les années 40.

Une immigrée israélienne à Amsterdam se rappelle ainsi qu’elle fut effrayée la première fois qu’elle croisa, il y a quelques années, des fans de l’Ajax en route vers le stade. “Ils criaient qu’ils étaient juifs, je croyais que c’était une moquerie, se souvient-elle. Mais quand ils ont brandi un drapeau israélien avec fierté, j’ai compris que c’était une démarche amicale”.

Dernièrement, les drapeaux israéliens se sont pourtant faits plus rares dans le stade de l’Ajax. Surtout depuis le 7 octobre 2023. “On ne veut plus voir de symboles de pays en guerre”, ont expliqué les dirigeants d’un groupe de supporters, qui voulaient ainsi empêcher d’autres spectateurs de venir avec les couleurs palestiniennes. C’est dire combien la scène de fraternité d’avant le match, celle où des supporters de l’Ajax chantèrent Hava Nagila, était inattendue. Et combien elle est réconfortante pour les amis du peuple juif.

Profession: optimiste!

Étienne Kern ressuscite un certain Émile Coué, un obscur pharmacien de Nancy devenu une star mondiale avant de retomber dans l’oubli, et dont la « méthode » est aujourd’hui moquée.


Qui dirait avoir recours à la méthode Coué serait aujourd’hui moqué. Quant à son inventeur, Émile Coué (1857-1926), personne ou presque ne le connaît. Il n’en fut pas toujours ainsi. Ce pharmacien fut en son temps une sommité. Une star même, adulée dans le monde entier. Étienne Kern brosse son portrait avec humilité et empathie dans La Vie meilleure. De ses débuts à Nancy, où il découvre l’hypnose, alors en vogue, à sa première patiente : une femme venue dans sa pharmacie pour du laudanum. Elle n’a pas d’ordonnance. Émile ne peut donc lui en procurer. Il a alors une idée : fabriquer une potion de son cru avec de l’eau, du sucre puis écrire un nom savant sur l’étiquette. La cliente n’y voit que du feu. Mieux, elle revient le lendemain remercier le pharmacien pour l’excellence de sa potion. Il vient de découvrir l’effet placebo et les pouvoirs sans fin de l’imagination. Il s’intéresse à l’esprit humain. Ses maîtres : Bernheim et Liébeault, qui furent les premiers à théoriser les bienfaits de l’hypnose et le pouvoir de la suggestion. Il commence à recevoir des patients dans un petit hangar au fond de son jardin. Tous n’ont qu’un souhait : aller mieux. La prescription d’Émile est des plus simples : répéter, matin et soir, « tous les jours, à tous point de vue, je vais de mieux en mieux ». La méthode peut prêter à sourire, mais force est de constater que les résultats sont là. Seule ombre au tableau : le père du pharmacien voit d’un mauvais œil les expériences de son fils et l’accuse même de charlatanisme. Meurtri, Émile poursuit néanmoins ses recherches. En 1920 il publie La Maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente. Le livre connaît un succès retentissant. Les journalistes viennent l’interviewer. Les patients se pressent chez lui. « Partout d’un continent à l’autre, des disciples se réclament de lui et des malades murmurent son nom dans leurs prières. » À 64 ans, Coué découvre la gloire. Il va partout, de la Grande-Bretagne aux États-Unis. En 1980, John Lennon reprend ses mots dans une chanson, Beautiful Boy : « Every day, in every way, it is getting better and better. » Une ascension vertigineuse qu’Étienne Kern retrace pas à pas, mettant en avant la ténacité, l’intuition, parfois aussi la roublardise de ce professeur d’optimisme. Une vie romanesque qu’il nous conte avec une tendresse manifeste pour ce précurseur de la pensée positive. À travers Émile Coué, Étienne Kern parle de lui mais aussi de nous-mêmes. « Sa vie est comme la nôtre, avec ses jours banals, et ses jours qu’on n’oublie pas. Il a été enfant. Il s’est marié. Il a perdu son père et sa mère. Il a vu certains rêves s’étioler et d’autres prendre forme. Il a vu son corps vieillir. C’est un homme avec ses désirs, ses angoisses. » Son goût pour les mots qui guérissent est aussi celui de l’auteur qui évoque, en creux, un drame personnel. Celui d’Irène et André, dédicataires de ce livre aussi lumineux que mélancolique.

La Vie meilleure, d’Étienne Kern, Gallimard, 2024. 192 pages

La vie meilleure

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Gloire au pâté de campagne!

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Monsieur Nostalgie ouvre son garde-manger en ce dimanche de novembre et chante les louanges du pâté sous toutes ses formes, comme l’expression d’une civilisation hautement avancée et une résistance à l’arrivée des premiers frimas…


L’automne prend ses aises, les douceurs d’octobre sont déjà un souvenir, nous entrons maintenant dans les froideurs de novembre, le mois du gibier et des abats, des poilus et du bleu horizon. À la campagne, nous enfilerons des bottes en caoutchouc qui s’enfonceront dans les ribinous bretons ; et en ville, nous verrons fleurir les premiers duffle-coats du Maréchal Montgomery sur les trottoirs détrempés à la Caillebotte. En novembre, nous célébrons nos morts et nous nous attablons autour de plats gaillards afin de faire revivre leur mémoire. Du souvenir des êtres aimés au plaisir de partager un repas, le pâté de campagne est ce dernier lien qui unit les peuples en voie de désintégration.

Une nation qui ne serait plus capable de casse-croûter, c’est-à-dire de se satisfaire d’une tranche de pâté avec un pain au levain, n’aurait plus aucun avenir commun ensemble. Ce pâté rustique par son aspect recèle cependant mille strates, mille manières de le façonner, mille couleurs mordorées, mille reliefs subtilement découpés, il est l’or de la cuisine ménagère, une consolidation de l’identité française par sa tentative réussie d’agglomérer des morceaux de viande dans une même terrine. Il est chair et épices, mâche et gelée, gras et maigre, parfaite symbiose d’un pays à la recherche d’une communion. Il est géographie des terroirs et histoire des traditions. Il est surtout cet ami de la famille qui ne chipote pas, qui réjouit autant le bourgeois affairé sur une nappe blanche que l’ouvrier débout sur un chantier, entre la bétonnière et le marteau-piqueur. Il est un peu de chaleur dans une société congelée. Une main tendue vers un idéal gastronomique et œcuménique, alors refuser cet innocent pâté en apéro ou en entrée serait bafouer les règles élémentaires de notre Humanité. Le pâté, par sa modestie, par sa convivialité incarnée, n’a pas le prestige des plats « signatures », et pourtant il est, pour nombre de nos chefs étoilés, une cathédrale du goût, par sa structure architecturale et son éclat ambré. Il demande une maîtrise technique et une touche artistique de haute volée, une cuisson et une salaison que seuls les possédés des fourneaux peuvent atteindre. Certains pâtés ont la beauté d’un Schiele, le reflet d’une peinture viennoise ; quand l’expressionnisme des morceaux se détache afin de créer l’effet visuel de corps en mouvement, l’art du cochon et de la volaille se mettent au diapason pour mieux nous régaler. Et lorsque vous l’avez en bouche, un pâté révèle alors son extraordinaire complexité et vous emmène loin. L’onde nostalgique dont je vous parle si souvent dans mes chroniques est emmaillotée sous cette crépine soyeuse, la dentelle des mères lyonnaises. Le pâté est aussi éminemment littéraire. Robert Courtine (1910-1998), critique culinaire du Monde rappelait la présence du pâté dans l’œuvre de Simenon, notamment dans la nouvelle Le client le plus obstiné du monde. Le journaliste gourmet affirmait que Maigret l’accompagnait d’un verre de Cornas. D’autres écrivains ont vanté les béatitudes du pâté. Dans son Almanach des Quatre saisons, Alexandre Vialatte évoquait le menu qu’Alexandre Dumas Fils « servit pour l’inauguration du buste de son père, le 3 novembre 1883 » et s’attardait sur ce « pâté chaud de pluviers dorés » aussi fantasmagorique que la plume du chroniqueur auvergnat. Georges Haldas (1917-2010) dans La Légende des repas se souvenait d’un pâté servi dans un « petit établissement » de la Dombes. « On avait le sentiment, ce jour-là, de vivre, en mangeant, quelque chose d’authentique encore et de réconfortant. Comme quand on sort le matin dans un léger brouillard. Dont on sait qu’il va se dissiper », écrivait-il. Le pâté dissipe en effet les malentendus, il est un pacificateur né.

Pour ceux qui ne seraient pas convaincus par les vertus du pâté de campagne sur les Hommes et le trouveraient trop roturier pour leur délicat palais, je conseille de lire Ma Tour d’Argent de Claude Terrail (1917-2006) qui s’enthousiasmait sur un pâté de merles bruns (les femelles des merles sont, parait-il, brunes). Les premières lignes de cette recette sont de la littérature pur jus : « Choisissez 12 beaux merles que vous désosserez avant de les mettre à mariner dans du madère. Les entrailles que vous avez réservées, hachez-les fines et faites-les sauter à la poêle… ».

Tendre est la province

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La Légende des repas: Chronique

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Ma «Tour d'Argent»

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Une intifada à Amsterdam?

Bien sûr, le rôle de l’immigration semble évident. Mais, la terrible chasse aux juifs d’Amsterdam jeudi soir a surtout été rendue possible par une vaste entreprise de reconstruction du réel autour de l’histoire d’Israël.


La tragique chasse aux juifs d’Amsterdam à laquelle des chauffeurs de taxis ont participé, livrant les victimes à leurs agresseurs ou signalant à leurs persécuteurs les refuges des Israéliens, la banderole pro palestinienne qui faisait disparaître Israël de la carte du Proche-Orient au Parc des princes lors du match entre l’Atletico Madrid et le Paris Saint-Germain, les graffitis antisémites contre la présence à l’université de Lyon de la présidente de l’Assemblée nationale Madame Braun-Pivet, témoignent de la réalité de plus en plus criante d’un antisémitisme qui prend prétexte de la guerre à Gaza pour libérer ses paroles de haine et passer à l’acte violent en de nombreux lieux en Europe même.

Les Israéliens ont tendu la main à plusieurs reprises

Tant que subsisteront les mensonges et les méconnaissances sur la création de l’état d’Israël et des autres États de la région, tant que persistera le refus arabe de la souveraineté d’un État juif sur cette terre, tant qu’Israël sera considéré comme un occupant illégitime opprimant une population occupée, tant qu’on parlera d’apartheid à propos des relations entre arabes et juifs en Israël, tant que les actions de défense d’Israël contre le terrorisme palestinien et les multiples guerres des pays ennemis seront considérées comme des preuves de sa malfaisance, une partie de l’Europe, heureuse de se débarrasser de sa culpabilité pour ce qui a été fait aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, verra dans Israël le bourreau à qui rien ne peut être pardonné et dans les Palestiniens un malheureux peuple de réfugiés sans terre, privé de tous les droits humains.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Les porcs d’Amsterdam

Rien n’y fera, ni la barbarie et la cruauté des actions du Hamas et d’autres mouvements de « libération » palestiniens, ni la bonne volonté des Israéliens qui ont tendu la main à plusieurs reprises en vue de la création d’un État palestinien à leurs côtés. Ces enfants de l’Europe ignorants de l’histoire du Moyen-Orient ne verront dans ce conflit au mieux qu’une dispute de territoires et au pire qu’une entreprise coloniale, semblable à celles qu’elle a menées elle-même. Ne voulant pas voir que désormais c’est la religion dans sa forme la plus archaïque qui mène là-bas une danse macabre qui ne tardera pas à se jouer en son propre sein dans un avenir proche. « Les médias ne font pas le taf » ai-je entendu. Mais peuvent-ils le faire sans paraître donner crédit à une propagande, opposée à celle qui a été diffusée pendant de nombreuses années et qui a enfanté en quelque sorte une opinion relativiste ou islamogauchiste ?

Israël vue comme une verrue dans le corps arabe

L’histoire est arrangée, en commun accord entre les repentants occidentaux et les accusateurs, de telle sorte que les juifs apparaissent comme les seuls coupables : les juifs devenus « sionistes » sont ainsi diabolisés et leurs ennemis vont même jusqu’à souhaiter leur disparition ou tout au moins leur mise à l’écart.

Ce qui est caractéristique dans cette entreprise de reconstruction du réel, c’est à la fois la fabrication d’une histoire imaginaire, l’ignorance des faits pour certains et leur manipulation par d’autres.

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C’est l’islam dans son expression radicale qui inspire les Palestiniens depuis le Mufti de Jérusalem Amin El Husseini qui collabora avec Hitler et qui est la cause du refus de la présence d’un État juif souverain au Proche-Orient. La parenthèse nationaliste du Baas syrien et irakien et du nassérisme confirma ce rejet de l’État d’Israël, considéré comme une verrue dans le corps arabe. Aujourd’hui, ce qui refuse l’existence de cet État juif c’est le totalitarisme islamiste qui, parti de l’orient et du Maghreb se développe désormais en Occident, à la faveur de l’expansion démographique de l’immigration musulmane.

Comme au temps des totalitarismes communiste et national-socialiste, les collaborateurs sont nombreux qui ont la haine de la démocratie libérale représentée par les États-Unis, l’Occident en général et Israël en particulier. En France cette collaboration avec le totalitarisme islamiste qui prend clairement le parti de l’ennemi est représentée par la France insoumise et ses alliés d’extrême-gauche, aux États-Unis par l’aile gauche des démocrates et en Israël, par une gauche qui se déclare post-sioniste.

Comment osent-ils encore la ramener?

Non contents de subir une libanisation accélérée de leur pays, les Français vont devoir payer pour les flambeurs qui ont endetté la nation pour acheter la paix sociale. Les faillis doivent partir. Et avec eux les idéologues de la post-nation.


Comment osent-ils encore la ramener ? Ceux qui ont précipité la France dans le grand effondrement, civilisationnel et économique, devraient rendre des comptes pour incompétence et trahison. Au lieu de quoi, les saccageurs sont toujours là, à faire obstacle aux reconstructeurs. Cela fait cinquante ans qu’ils pavanent : de pères en fils, les dirigeants exhibent leur progressisme pour effacer les traces du passé. Ils ressemblent à la prophétie de Jérémie : « Ils détruiront tout. Ce qu’ils ne connaissent pas, ils le briseront ; ce qu’ils connaissent, ils le saliront. » Les démolitions ont été si rondement menées que se revendiquer conservateur devient une curiosité : préserver qui, quoi, où ? La déculturation a fait son œuvre : les riches ne sont plus que des pauvres avec de l’argent, comme l’avait prédit Nicolas Gomez d’Avila. La gauche béate erre parmi les ruines, yeux clos. Les plus lucides des « antiracistes » déplorent l’islam judéophobe et sexiste. Mais ces tartuffes hurlent à la xénophobie contre ceux qui mettent en garde contre l’immigration colonisatrice. Non contents de subir une libanisation accélérée de leur pays, les Français vont devoir de surcroît éponger financièrement l’irresponsabilité des flambeurs qui ont endetté la nation pour acheter la paix sociale. La fin de règne des incapables a sonné.

Les faillis doivent partir. Et avec eux les idéologues universalistes de la post-nation. La crise politique, dont Michel Barnier est l’expression transitoire, est le résultat d’une réaction nostalgique. La « sottise des gens intelligents » (Jacques Julliard) est devenue insupportable. Leur légèreté a fait de la nation une proie à saisir. C’est dans le vide culturel et spirituel, aggravé par les casseurs de frontières, que prospère la civilisation conquérante d’Allah. Elle a pris opportunément Marx comme allié, avec la collaboration de l’extrême gauche déboussolée. La puissance de l’envahisseur se mesure à l’insécurité qui entoure à nouveau, après l’occupation nazie, la présence juive en France. Israël, sous le feu djihadiste, est considéré comme plus sûr pour les juifs qui partent la rejoindre. « Des héritiers sans testament sont des brandons de destruction[1] », prévient Bérénice Levet en dénonçant les trous de mémoire des déconstructeurs. Levet cite Anna Arendt : « C’est précisément pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice. » Mais rien n’est à attendre des fossoyeurs qui haïssent la France enracinée et son ancienne école hypermnésique. La question est de savoir si les Français, qui, à 64 %, « aimeraient que leur pays redevienne comme autrefois[2] », peuvent être à la hauteur de la brutale résistance qui, seule, arrêtera le désastre. 82 % ont une mauvaise opinion des partis[3]. Une rupture avec le vieux monde politique est à mener à son terme. Une minorité peut suffire.

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Le sursaut reste à portée de main. Il se lit dans ce que les censeurs appellent la « lepénisation des esprits ». L’effondrement des mondialistes donne raison à ceux qui avaient prédit leur échec. Les infréquentables prennent des allures de visionnaires. La politique anti-immigration de l’Italienne Giorgia Meloni, honnie par la bien-pensance, sert de modèle à la France et à l’UE. La Hongrie de Viktor Orban, qualifié d’antisémite par la gauche, a été choisie par Israël pour accueillir en sécurité, le 10 octobre, le match de football Israël-France. L’État hébreu et ses citoyens-soldats s’affirment, aux yeux des peuples vulnérables, comme exemplaires dans leur défense de la nation, de son identité, de sa religion, de ses frontières : tout ce que rejette, en France, une partie de l’intelligentsia. Celle-ci bannit le RN, qui défend les mêmes valeurs qu’Israël. Si Benyamin Nétanyahou gagne sa guerre contre l’islamisme apocalyptique des mollahs, les démocraties pourront lui dire merci, et Macron pourra s’excuser de sa lâcheté. Tout ira plus vite encore si, le 5 novembre, Donald Trump l’emporte. La possible victoire du « fasciste », selon Kamala Harris, serait un séisme tant les « élites » n’envisagent pas de voir le paria revenir à la Maison-Blanche. À quelques jours du scrutin, Kamala Harris talonnait son adversaire dans sept États pivots, sans enclencher l’enthousiasme.

La révolte des autochtones est un puissant appui pour ces résistants, bêtes noires du conformisme. Je me souviens que, dans la Bretagne des années 1950, celle de mon enfance, les grandes personnes riaient de l’histoire de l’enfant blanc briquant, dans les rues de Brest au xxie siècle, les souliers de passants noirs, en fredonnant du Théodore Botrel : « J’aime Paimpol et sa falaise, son église et son grand Pardon… » Et ses clients africains de s’exclamer, admiratifs devant le petit cireur de la rue de Siam : « Ces Bretons, quel rythme ! » En réalité, c’est l’islamisme qui s’est installé à Brest même. Trente ans à peine auront suffi. Gast ! Comme beaucoup, je ne reconnais plus mon pays que par morceaux épars. La province a pris, ici et là, les accents, les rites, les brutalités du colonisateur. La colère ne me quitte plus. C’est celle des indigènes qui ne veulent pas mourir.

Dans un entretien au Figaro (14 octobre), la mère de Lola, 12 ans, assassinée à Paris deux ans plus tôt par une Algérienne sous obligation de quitter le territoire, a dit la détresse des abandonnés : « On est impuissant. […] C’est la France… J’espère qu’un jour les choses bougeront et que tout sera fait pour lutter contre toute la violence et l’insécurité qu’il y a aujourd’hui. » Un même dénominateur unit Lola à Philippine de Carlan, violée et assassinée fin septembre par un Marocain récidiviste sous OQTF, mais aussi aux professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard, victimes de djihadistes : l’incapacité de l’État à maîtriser ses frontières et à garantir la sécurité des plus exposés. Après Harmonie Comyn, l’épouse d’un gendarme tué pour un refus d’obtempérer, Mickaëlle Paty, la sœur du professeur décapité, a accusé l’État de non-assistance à personne en péril, et le poursuit devant la justice. Les féministes de Némésis dénoncent, elles, la condition des femmes des cités. Mila se bat. Partout, des guerrières montent en première ligne. Où sont les hommes ?


[1] Penser ce qui nous arrive avec Hanna Arendt, L’Observatoire, 2024.

[2] Sondage Ipsos, Le Figaro, 24 octobre 2024.

[3] Sondage Odoxa, Le Figaro, 25 octobre 2024.

Les porcs d’Amsterdam

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Antisémitisme. Le réel frappe un grand coup lors du match Ajax – Maccabi Tel-Aviv.


L’ONU est très perturbée. C’est un porte-parole du HCR qui a fait cet aveu, avant de noyer le poisson dans des considérations antiracistes évitant soigneusement les mots « antisémitisme » ou « juif ».[1] Les événements d’Amsterdam ont en effet de quoi perturber la vision du monde qui a cours au bord de l’Hudson, selon laquelle les juifs (et leur avant-garde israélienne) sont les nouveaux nazis. Jeudi soir, dans la ville d’Anne Frank, ce sont des juifs qu’on a pourchassés, tabassés, humiliés dans un déferlement de violence haineuse et rageuse. Alors, si on cherche vraiment des nazis, on sait où les trouver.

Hamasterdam

Je vous vois venir, en particulier tous ceux qui croisent Hitler tous les quatre matins et qui ont soudainement des pudeurs de gazelle. Le président israélien ayant parlé de pogrome antisémite (ce n’est pas un pléonasme ?), vous prenez vos distances, faites les scrupuleux. Ce n’est pas un pogrom et encore moins la nuit de Cristal, souligne Laurent Joffrin dans un éditorial empreint par ailleurs, d’une grande lucidité[2].  

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D’accord, Amsterdam 2024 n’est pas Berlin 1938. Pour Joffrin, les agressions de l’autre soir « ne sauraient être comparées, même de loin (…) à la vaste opération de terreur lancée par les nazis en 1938 contre les Juifs d’Allemagne, prélude à leur déportation et à leur extermination ». À Amsterdam on n’a pas brûlé de synagogue ou de magasins, ni même tué des juifs – même si c’était peut-être au programme. La police n’a pas prêté main-forte aux fanatiques, même si elle a été incapable de les arrêter. Le maire de Berlin, dans les années 30, ne proclamait pas sa honte des violences anti-juives survenues dans sa ville. Ajoutons que, dans les années 30, les juifs ne se déplaçaient pas en horde, qu’ils ne braillaient pas des chansons racistes en hébreu, qu’ils n’arrachaient pas de drapeau, comme l’ont fait le jour du match les supporters du Maccabi Tel-Aviv, un bel exemple de la normalisation israélienne puisqu’ils ressemblent à tous les supporters abrutis du monde. Dans les années 30, il n’y avait pas d’Israël pour les rapatrier. Et aujourd’hui, il n’y a pas d’Hitler au pouvoir, même si les candidats à sa succession ne manquent pas.

Tout le monde sait désormais ce que signifie « Free Palestine »

Donc, évidemment, ce n’est pas pareil. N’empêche, ça ressemble trop au nazisme pré-génocidaire, pour qu’on se contente de regarder ailleurs. Ce juif paniqué nageant dans un canal sous les rires gras de ses tortionnaires qui l’obligent à crier des slogans pro-Hamas (tout le monde sait désormais ce que signifie Free Palestine, pour les malcomprenants, la carte est fournie), évoque ces rabbins qu’on faisait danser sur les rouleaux de la Torah. Alain Finkielkraut rappelle souvent que les nazis riaient tout le temps. S’il n’y a pas d’Hitler, il y a dans nos villes beaucoup de ces « hommes ordinaires » transformés en brutes qui, avant même son accession au pouvoir, faisaient régner la terreur dans les rues allemandes, terrorisant, molestant, arrêtant les opposants, les communistes, les juifs. Aujourd’hui, sous les traits d’islamo-racailles fanatisées, ils sont à l’œuvre à Amsterdam comme dans les rangs de Daech. Ils règnent sur les territoires perdus. En Europe, et singulièrement en France, ils ont tué des professeurs, des journalistes, des policiers, des chrétiens, des passants par centaines et des juifs. Les nazis prétendaient rendre justice au peuple allemand en asservissant l’humanité au Reich millénaire, les islamo-djihadistes prétendent défendre leurs frères palestiniens et faire advenir la victoire planétaire de l’islam. Alors ce n’est pas pareil, sans doute, mais contrairement à ce qu’écrit Laurent Joffrin, on a le droit de comparer.

Islam conquérant

L’autre ressemblance entre hier et aujourd’hui, c’est l’inconscience des sociétés libérales. Les démocrates mous du genou regardent ailleurs, espérant qu’une absence de solution (et des palabres) finiront par résoudre le problème. Quant à la gauche, elle s’est sabordée face à l’islamisme comme hier face au nazisme. Toutes ces années, elle a traqué le dérapage, scruté la résurgence, dénoncé le moindre écart de langage des partis « d’extrême droite », ignorant ou minimisant la montée d’un islam politique conquérant, criminel et volontiers totalitaire quand elle ne l’encourageait pas en dénonçant à grands cris l’islamophobie.

Certes, pas toute la gauche. Les mélenchonistes, qui ont lié leurs intérêts de boutique à la progression de l’islam radical, persistent dans l’aveuglement jusqu’au comique. Pour Aymeric Caron, rien ne prouve que les agressions d’Amsterdam étaient de nature antisémite. Sa collègue Marie Mesmeur n’est pas loin (et même très près) d’approuver les nervis islamo-hollandais (on suppose qu’ils sont hollandais) : « Ces gens-là n’ont pas été lynchés parce qu’ils étaient juifs mais parce qu’ils étaient racistes et soutenaient un génocide. »

À lire aussi, du même auteur: Annus horribilis

À force de prendre des coups de réel, beaucoup d’autres doivent bien admettre qu’il y a un problème. En général, ils nient obstinément que celui-ci ait quoi que ce soit à voir avec l’islam et encore moins avec l’immigration, mais on les entend moins proclamer que tout ça, c’est des fantasmes d’extrême droite. La lucidité progresse. Il faut saluer Fabien Roussel, irréprochable ces derniers jours: « Des supporters ont été chassés, menacés, lynchés, dans les rues d’une ville européenne, parce qu’ils sont juifs. » Et aussi Sandrine Rousseau qui, quand elle lit que « des supporters israéliens ont provoqué », réplique « ça ne va pas de justifier la violence comme ça ! » Si la ratonnade anti-juive d’Amsterdam était une réponse légitime aux slogans débiles et haineux de supporters, il serait aussi légitime de tabasser Imzalene, Soudais ou Caron. Or cela serait une faute impardonnable.

Il faut aussi saluer la clairvoyance de Laurent Joffrin qui observe qu’une bonne « partie de l’opinion propalestinienne en Europe se laisse glisser dans un antisémitisme terrifiant ». Propalestinienne, qu’en termes galants, mais passons. À la différence de Bernard Kouchner, aussi terrible soit la guerre là-bas, Joffrin ne comprend pas les antisémites d’ici: « Il est clair que la poursuite indéfinie des opérations israéliennes à Gaza et au Liban, avec leur cortège de pertes civiles déchirantes, est propre à échauffer les esprits. Mais on sent bien, aussi, qu’il y a là un terreau local nuisible, alimenté, entre autres, par les courants islamistes, qu’il convient d’évaluer à sa juste mesure et de réprimer sans faiblesse. » Pour l’évaluation et plus encore pour la répression, on risque d’attendre longtemps. Bruno Retailleau ne peut pas mener seul toutes les guerres. Or, il est bien tard. Laurent Joffrin est bien seul. La chasse aux juifs d’Amsterdam n’a pas fait les gros titres de la presse, elle n’a pas stimulé la verve des éditorialistes (qui à leur décharge étaient sans doute en week-end). On s’habitue. Ça non plus, ça ne vous rappelle rien ?


[1] Quelques heures plus tard, le secrétaire général lui-même se dit choqué et dénonce d’un même élan l’antisémitisme et l’islamophobie.

[2] « La chasse aux juifs », Laurent Joffrin LeJournal.info, 9 novembre 2024.

Le jump de Trump

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Un joyeux saut dans l’inconnu. Qu’on aime ou pas Donald Trump, il est réjouissant de noter que de nombreux citoyens américains ont pris la liberté de voter en dehors des cases. Et si l’Amérique n’était pas que le pays du communautarisme?


Sale temps pour la corporation des idéologues et sociologues de plateau. Eux qui sont si prompts et si habiles à ranger les individus dans des cases, à les enfermer dans des catégories toutes faites, à déduire de leur appartenance, de leurs origines, de leur filiation, de leur sexe et couleur de peau, leurs choix politiques, le sens de leurs votes, voilà que les faits – je veux dire les résultats des élections présidentielles made in USA – viennent saper leurs sacro-saintes certitudes en la matière. N’allons pas espérer pour autant qu’ils en arrivent à reconnaître leur Bérézina intellectuelle. Pour cela il leur faudrait une vertu qui leur est totalement étrangère, l’humilité. Ne soyons donc pas inquiets pour eux, ils sauront manipuler, triturer, tripatouiller ce réel contrariant pour le faire entrer dans leurs dogmes. Ils ont donc encore de beaux jours devant eux tant leurs élucubrations seront encore – et pour longtemps – prisées des médias, des officines et cabinets ministériels où on fait profession de s’en nourrir, ou mieux de les déguster. Dégustation à l’aveugle, de préférence. C’est plus confortable, moins dérangeant. On ne risque pas ainsi le choc toujours terrible de la remise en question.

Les faits, disais-je. L’élection purement et simplement flamboyante de Donald Trump à la présidence des États-Unis, première puissance mondiale, est-il besoin de le souligner.

À observer ces résultats, même d’un œil peu expert – le mien en l’occurrence – on a tôt fait d’en déduire que nos idéologues- sociologues seraient fondés à considérer que les citoyens américains ont vôté absolument n’importe comment. En tout cas, en dehors des cases et catégories électorales qu’ils leurs assignaient, conformément à leurs fumisteries pompeuses, scories d’une discipline universitaire constamment dévoyée.

Des Latinos, des Blacks, des femmes, des d’jeunes, peut-être même des gays et lesbiennes auraient déposé leur bulletin ailleurs que dans la goulette à eux exclusivement dévolue ! On les attendait chez Kamala, on les retrouve chez Donald. Saperlipopette, rien ne va plus ! Où va-t-on ma bonne dame !

Eh bien, il me semble qu’on va enfin dans le bon sens. Il me semble que cette élection et la base formidablement élargie sur laquelle elle repose, sont de précieux motifs d’espérer. Que des communautés échappent au diktat convenu, à l’enfermement dans leur couloir de citoyenneté, qu’elles s’autorisent la liberté de franchir le mur invisible mais farouchement entretenu par les doctrinaires wokistes et consorts, laisse augurer le meilleur à venir, de ce côté-ci aussi de l’Atlantique.

Ces transgressions massives de la norme préétablie, voilà ce que je me permets d’appeler le Jump de Trump. (Ordinairement, je déteste le recours à toute autre langue que le français, mais, dans l’euphorie du moment, je me prends à faire le malin…) Le Jump de Trump. Le saut. Le saut que représente en effet ce passage d’une conscience politique prédéterminée et comme imposée à la manifestation de la liberté démocratique. La liberté du citoyen, décidant lui et lui seul de ses choix.

Par ce vote, le peuple américain (peuple composé pour paraphraser Jacques Bainville parlant du peuple français), par ce vote dépassant les clivages communautaires, les assignations à castes, a magistralement montré au monde entier qu’il se sentait aussi, et peut-être même surtout, une nation.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Cyrille Eldin: mon histoire avec une metoomane

Cyrille Eldin a été condamné pour « violences psychologiques » sur son ex-compagne. L’ancien animateur- vedette de Canal+ est aujourd’hui séparé du fils qu’ils ont eu ensemble, au chômage et sans possibilité de travailler. En attendant l’appel de cette condamnation, il veut rétablir la vérité.


Causeur. Précisons d’abord que nous sommes tous amis. Le 14 octobre, on a appris dans la presse (qui a traité votre cas avec la gourmandise due à un ancien animateur vedette sur Canal +) votre condamnation par le tribunal de Nanterre à six mois de prison avec sursis pour violences psychologiques sur votre ex- compagne. C’est exact ?

Cyrille Eldin. J’ai été condamné pour trois chefs d’inculpation. Détention d’arme : c’était l’arme de mon père que je cachais au fond d’un placard (sans munition), depuis sa mort en 1997 ; et que je n’ai évidemment jamais utilisée. Détention de stupéfiants, en l’occurrence du cannabis (qui était pour l’essentiel du CBD, produit légal) et 1,4 gramme d’ecstasy qui avait été donné à ma compagne au cours d’un mariage et que nous n’avions jamais consommé. Mais si j’ai été à la une de certains médias, c’est évidemment à cause de la condamnation pour violences psychologiques sur mon ex-compagne. Je fais appel, parce que je suis innocent.

Vous êtes en tout cas présumé tel. Les plaignantes ne manquant jamais de tribunes extrajudiciaires, nous donnons la parole à la défense, comme nous l’avons fait avec Yoann Manca. Racontez-nous votre version de l’histoire.

Sandrine Calvayrac et moi nous sommes rencon- trés fin 2015. Pendant trois ans nous avons vécu une histoire parfois orageuse, souvent insouciante et toujours passionnée. Il faut dire que tout nous souriait, j’étais alors un des visages vedettes de Canal, j’avais embarqué Sandrine au « Petit Journal », on s’embras- sait à l’écran pour la Saint-Valentin, on voyageait. Bref, on était un couple assumé, même si on ne vivait pas ensemble, car je n’étais pas encore divorcé. Il y avait des crises, des sautes d’humeur mais la plupart du temps, c’était joyeux. Quand elle m’a brutalement quitté en 2018, j’en ai bavé. Je n’ai eu aucune nouvelle pendant trois ans et, en avril 2021, elle débarque au Théâtre de l’Atelier où je joue le rôle de Michel Rocard dans L’Opposition. Elle me fait le grand jeu, me dit que je suis l’homme de sa vie, qu’elle veut un enfant de moi. Elle m’envoie L’Attente de Johnny Hallyday, une chanson d’excuses. Je plonge bien sûr, je suis flatté, je veux retrouver la magie de notre histoire. Je suis partant pour un enfant. J’aime être père. Je suis très fier de mes deux aînés, Camille, 23 ans et Roman, 20. Ils vivent avec moi et nous sommes très soudés.

Et alors, la magie revient ?

Les premières semaines, c’est le grand amour, quoique toujours en montagnes russes. Sandrine est contra- riée que sa carrière de comédienne soit au point mort. Pendant toute cette période, elle ne décroche aucun contrat et ça la rend amère, ce que je comprends. Quant à moi, j’ai encore une émission littéraire sur Canal, « Caractères », des envies de théâtre, mais ce n’est plus la vie facile de la période « Petit Journal ». Je redeviens un saltimbanque. En juillet 2021, elle est enceinte. En novembre 2021, à sa demande, je l’aide à payer le loyer de l’appartement qu’elle a conservé à Paris, puis quand elle décide de venir vivre chez moi, je prends en charge le déménagement et tous les frais, comme une évidence.

Ce qu’on entend, c’est qu’en quelques mois vous êtes passés de la passion aux questions budgétaires.

Alors qu’elle tombe enceinte, elle se replie, s’isole, ne sort plus de la maison, ne voit jamais d’amis malgré mes encouragements. Je l’accompagne à tous les rendez-vous chez l’obstétricienne, puis le pédiatre… Après la naissance de Julian, le 28 mars 2022, elle devient excessivement possessive. Je mets ça sur le compte de l’inquiétude maternelle, c’est son premier enfant. Mais il y a des engueulades. Ça dégénère pendant l’été, alors que nous sommes en Sardaigne. Je pense qu’elle ne le nourrit pas assez, ce que confirmera la pédiatre en septembre. Un jour, alors que je lui dis de nous foutre la paix, à Julian et moi, pendant que je donne le biberon, elle sort son portable et me filme en disant, sans aucune raison : « Tu vas faire quoi ? Tu vas me taper ?! » Et là je me dis : « Attention danger ! » En septembre, je joue au théâtre, donc je ne suis pas là le soir, ce qui me vaut d’épouvantables scènes de jalousie. Durant toute cette période, je vois le piège se tendre, je reste le plus calme possible face à ses crises d’hystérie. Je reste pour notre fils, mais il n’y a plus de couple.

Elle vous quitte en janvier, avec Julian ?

Oui, le 29 janvier, elle part chez son père, dans le sud de la France. Elle m’écrit ce jour-là ce SMS, avant de ne plus donner de nouvelles durant quatre jours : « C’est un enfant de l’amour, je veux une vie apaisée, je ne te couperai jamais de lui. Je t’embrasse », avec un cœur ! Ce qui prouve que, contrairement à ce qu’elle racontera ensuite, elle n’est pas partie de chez moi terrorisée. Le 5 février, elle m’appelle : « Comment on fait pour mes affaires ? » Moi : « Comment on fait pour Julian ? » La conversation tourne court mais sans dérapages. Le 7 février, je me désolidarise du compte commun. Le 10, je saisis le juge aux affaires familiales et dépose une main courante pour soustraction d’en- fant. J’ignore que, la veille, elle a porté plainte pour menaces de mort.

Cyrille Eldin et son ex-compagne, Sandrine Calvayrac, à Roland-Garros, 30 mai 2018. Haedrich/Niviere/SIPA

Que se passe-t-il du côté des affaires familiales ?

L’audience civile est prévue le 13 avril 2023. La veille, c’est-à-dire très tard, nous recevons les conclusions de son avocat qui annoncent des témoignages sur l’enfer qu’aurait vécu Sandrine. Je m’apprête à répondre à ces accusations dans la nuit pour mon avocate. Mais je ne serai pas à l’audience. À six heures du matin, les portes de ma maison sont défoncées. Pas moins de dix policiers pénètrent et me passent les menottes. J’attends dix minutes à poil l’arrivée d’un officier de police judiciaire qui m’annonce que je suis visé par une plainte de Sandrine Calvayrac. Je suis placé en garde à vue (pour la première fois de ma vie) et ne peux donc pas me présenter devant le juge aux affaires familiales.

Avez-vous peur ?

D’après vous ? Mes avocates de l’époque, au civil comme au pénal, me disent que le dossier est vide mais que, selon elles, je serais sûrement condamné, vu le « contexte MeToo ». J’ai changé d’avocats depuis. Ma garde à vue est prolongée à trente-six heures pour une confrontation avec Sandrine. Pendant tout ce temps, j’ai l’impression de n’avoir affaire qu’à des gens déjà convaincus de ma culpabilité.

Quels sont les jugements successifs rendus au civil ?

J’ai passé dix mois sans voir mon fils, je ne l’ai pas vu faire ses premiers pas. À la fin de ce supplice, le tribunal m’a autorisé à voir Julian de 10 à 17 heures une fois par mois. Je précise que je dois me rendre dans le Var avec ses deux frères à qui il manque beaucoup, ce qui est assez onéreux, alors que ma situation financière se dégrade. Maintenant, j’ai le droit à un week-end tous les quinze jours. Et trois jours pendant les vacances. Le plus incroyable, c’est que Sandrine m’accusait de faits relevant du pénal, pour lesquels je risquais une peine de prison, et me demandait au civil une pension de 3 000 euros par mois. Avec le recul, il est assez évident que sa plainte avait pour but de justifier son départ précipité de la maison, me privant ainsi brutalement de mon fils. Il fallait bien de telles accusations pour expliquer ce comportement.

Que se passe-t-il après votre sortie de garde à vue ? Y a-t-il un juge d’instruction ? Êtes-vous auditionné plusieurs fois par la police ?

Il n’y a pas eu de juge d’instruction, mais seulement une enquête policière qui a été minimaliste. Même le procureur a reconnu la faiblesse de l’enquête faite exclusivement à charge. Outre les trois chefs d’accusation déjà cités, Sandrine me poursuivait aussi pour menaces de mort.

Racontez-nous l’audience…

La première chose qui m’a frappé, c’est la présence de journalistes. Ils ne s’intéressent plus du tout à moi, mais tout de même assez pour faire leurs choux gras de mes déboires. Le 23 septembre 2024, j’ai demandé à mes deux aînés, qui vivent avec moi et qui étaient donc les seuls spectateurs de notre quotidien, de venir témoigner. Cette audience pénale a duré trois heures et demie. Nous étions très confiants. Mon avocat a bien plaidé, mes enfants ont témoigné en restant très factuel, expliquant que Sandrine cherchait le conflit en permanence, qu’elle mentait sur des moments précis, et que le comportement qu’elle m’imputait était en réalité le sien. Pour nous, le seul enjeu, c’était de retrouver Julian dans des conditions acceptables.

Trois semaines après, c’est la douche froide…

Mon avocate m’apprend le 14 octobre que je suis condamné pour la détention de l’arme et pour les stupéfiants : normal, j’ai reconnu les faits, même si le prétendu cannabis était, je le répète, du CBD à plus de 80 %. Je suis relaxé pour les menaces de mort. Dans ces conditions, la relaxe pour les violences psycholo- giques semblait évidente puisque les deux reposaient sur les mêmes fondements : des déclarations invéri- fiables de Sandrine et une enquête bâclée. Et pourtant, je suis déclaré coupable. C’est incompréhensible ! J’ai fourni des pages et des pages de SMS constatés par huissier, et que mon avocat a lus à l’audience, dans lesquels Sandrine m’insulte : « T’es une ordure ! », « Une vieille merde ! », « Racaille ! », « Ton immense gueule de corbeau », « Mais y a pas une mongole qui se respecte qui reste avec toi », « T’es une merde, t’es pire qu’un arabe », « Trisomique » et d’autres horreurs. Si je suis condamné, elle devrait l’être aussi car ses insultes sont écrites, tandis qu’elle me prête des propos orduriers sans la moindre preuve. Autrement dit, j’ai les preuves des « violences psychologiques » dirigées contre moi, et c’est moi le coupable !

Depuis, en quoi votre vie a-t-elle changé ?

C’est simple, j’ai tout perdu en trois jours. Le lundi, je prends six mois avec sursis, le mardi c’est mon dernier jour à Canal+ et le mercredi, je reçois un message désolé de mon ami et metteur en scène Patrice Leconte. Il dit que tous les théâtres de province craignent de me voir finir en prison en pleine tournée, ce qui l’oblige à me remplacer pour le rôle… Je suis donc éjecté de la pièce. Cependant, je n’en veux pas à Leconte qui, pour le procès, a rédigé une attestation en ma faveur. Les pressions sont énormes, en tout cas bruyantes. Certes, je préférerais que les productions résistent, après tout, que risque-t-on à me faire jouer, d’autant que je suis présumé innocent : une mauvaise presse, 20 mani- festantes devant le théâtre, des tweets malveillants, le jugement de France Inter ? Est-ce que ça dissuaderait le public ? Ce serait dommage… Si je suis coupable d’une chose, c’est d’avoir vécu une relation toxique. Elle aurait dû se finir par une séparation amiable et un partage de la garde de notre fils. Le résultat, c’est que je ne le vois pas grandir et que je me retrouve au chômage, et sans possibilité de travailler. J’ai toujours travaillé grâce à un capital sympathie, aujourd’hui je déplais, on me craint, je suis le salaud qui a terrorisé sa compagne. Depuis quelques années, ma notoriété a baissé. Mais j’en ai encore vraisemblablement assez pour me faire virer.

Pensez-vous que vous pourrez retravailler si vous êtes blanchi ? Et sinon, avez-vous des projets ?

D’abord, il faut digérer, et comme je fais appel, la digestion sera lente… J’ai écrit un seul-en-scène sur la poli- tique. J’avais un producteur très excité par le projet, mais nous l’avons mis en suspens à cause du procès. Depuis la condamnation, j’attends son coup de fil. Je dois continuer de payer les études de mon fils Roman ; je dois assurer une vie équilibrée à mes enfants et à ma famille malgré les mensonges de mon ex-compagne et de son père. Mais celui qui paie le plus cher dans cette histoire, c’est notre fils Julian.

Pensez-vous être responsable de ce qui vous arrive ?

J’aurais dû réagir aux premiers signes, lorsqu’elle est reve- nue dans ma vie. Elle est arrivée vraiment fauchée et au bout de huit jours, elle se plaignait de la cuisson du homard. À Noël, je lui avais offert un séchoir Dyson et elle s’était plainte à mon fils parce qu’elle voulait un sac Chloé… Je n’aurais pas dû accepter son narcissisme, tous ses caprices. Je n’ai jamais cherché à humilier la femme avec laquelle je venais d’avoir un enfant, je l’aimais. En plus, j’étais prévenu par mes amis, mon entourage ; et surtout, j’étais assez responsable pour rester lucide. S’il y a eu des scènes de ménage, je n’ai jamais fait subir à Sandrine de violences psychologiques. Au contraire, je prenais sur moi chaque fois que je recevais des insultes, notamment par écrit, et à la fin j’ai été accusé de ce que je subissais. Je veux rétablir cette vérité, et retrouver mon fils.

Quand les psys écrivent des contes

Après une rentrée littéraire monstrueuse, pleine de livres que nous ne lirons jamais, d’idées éculées et bien-pensantes, il est temps de s’intéresser à la vraie littérature et aux petits éditeurs discrets qui dénichent de vraies plumes, comme la maison d’édition Fables fertiles qui édite les contes pour grandes personnes de Laurent Pépin. Avec Clapotille, le psychologue-écrivain clôt sa trilogie… De quoi retourner au pays des merveilles ?


Imagine-t-on Bruno Bettelheim, auteur de La Psychanalyse des contes de fées, abandonner l’analyse pour recourir à la fiction ? Ne lui manquerait-il pas un peu de cette innocence coupable qui est la clé des contes réussis ? Savoir que la princesse qui se pique le doigt à un rouet et s’endort représente toutes ces jeunes filles qui, enfin nubiles, sont mises sous clé par des parents inquiets, jusqu’à ce que l’élu se présente, ça stérilise l’imagination…

Laurent Pépin, psychologue clinicien de formation, a donc pris le risque, en écrivant ses contes modernes, d’aller dans le sens du symbolisme à la portée des caniches, comme disait Céline.

Cauchemars

Pari pourtant réussi. Après Monstrueuse féérie en 2020 (réédité en 2022 dans une version révisée), qui adoptait la voie de la poésie la plus dévastatrice pour ressusciter les monstres et les confronter, au prix d’une « décompensation poétique », avec l’elfe que chacun porte en soi, il a écrit L’Angélus des ogres (2021), qui permet de ré-affronter, à l’âge adulte, les bêtes étranges qui vivent sous votre lit — belle métaphore de l’inconscient. Le Petit Poucet choisit de rester dans la forêt où les ogresses sont anorexiques, et les enfants traumatisés sont consolés avec des « éclairs à la viande crue ; babas à l’encre de lampyre ; gâteaux au sang caillé : tarte, où les olives et les raisins voisinaient avec la chair noire, faisandée, de bêtes en décomposition, tourtes aux pruneaux et aux anguilles vivantes qui frétillaient dans le feuilletage » : il s’agit de permettre aux malades que nous sommes de surmonter leurs traumas en redécouvrant des liens oubliés entre les mots. Parce que construire des phrases avec ses cauchemars est le premier pas vers une libération espérée.

Laurent Pépin achève, avec Clapotille (toujours dans la petite maison d’édition des Fables fertiles) une trilogie dont le titre global est Se tenir debout face aux vivants. Sacré programme.

A lire aussi: « Houris » et Kamel Daoud Prix Goncourt !

La toute jeune Capotille évolue dans « les bas-fonds de la Ville ». La terreur est partout, « les gens se cachent et ceux qui ne se cachent pas, ce sont tous des gens identiques ». Le rêve est devenu illégal, dangereux puisque susceptible de virer au cauchemar. Un effluve de rêve de travers et vous voilà bourreau et non plus victime. C’est le Rhinocéros de Ionesco repensé par Sigmund F. A chaque phrase nous faisons « des allers-et-retours entre son monde imaginaire et notre médiocrité désenchantée ». Nous ne sommes pas loin de ces bars-à-rêves clandestins aux noms de cocktails hallucinés — ceux peut-être que confectionnait Colin sur son pianocktail dans L’Ecume des jours. L’un sirote son « rêve-lointain-de-paysages-oubliés », l’autre son « rêve-à-exhumer-les-amours-perdues » : annoncez la fêlure de votre âme, comme disait Baudelaire, vos monstres et vos trous noirs distordus. Ciel ! Serait-ce une métaphore ?

Notre rapport perdu à l’imaginaire

Clapotille n’est ni un conte ni une dystopie, mais une fable, à peine déguisée, sur la tragédie de notre temps et notre rapport à la littérature et à l’imaginaire.

Nous nous sommes laissés endormir par la réalité-vraie, le récit-véridique, le témoignage-vécu et autres sornettes, taxant d’histoires de bonnes femmes les recettes à base de bave de grenouille. Nous avons oublié que c’est sous l’esquisse des vagues de l’horreur qu’« une réalité brute se transforme un jour en une image allégorique » : « Des formes apparaissent dans le flacon, des ombres, des essaims de couleurs. Et une musique ancienne, accrochée aux souvenir du corps » — mais c’est à nous, lecteurs, d’y mettre nos notes. Grâce aux inventeurs de mondes comme Laurent Pépin, nous ne sommes pas toujours « condamnées à nous dessiner tout seul », ni à errer comme des âmes en peine.

Laurent Pépin, Monstrueuse féérie, Fables fertiles, 2020 et 2022, 120 p.

L’Angélus des ogres, Fables fertiles, octobre 2023, 100 p.

Clapotille, Fables fertiles, octobre 2024, 125 p.

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L’amour, continent mystérieux

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Philippe Labro, le plus américain de nos écrivains français, qui fêta ses 18 ans sur une route américaine, peut-être la mythique 66, publie chez Gallimard ce qu’on appelle une novella, texte trop court pour être un roman, et trop long pour être une nouvelle.


La novella, c’est un genre exigeant. Il faut du rythme, de la précision, de l’équilibre. Labro possède toutes ces qualités. Ajoutons-y la plus importante : l’imagination. Le délicieux et morandien Michel Mohrt, au crépuscule de sa longue vie, avait lui aussi signé une novella intitulée Un soir, à Londres. Martin a rendez-vous avec Victoria qu’il a connue pendant son enfance. Mais la ressemblance entre les deux récits s’arrête là…

Les bons cinéastes font de bons romanciers

Ça commence à Paris, en 1961. Le gris domine, celui des façades de la capitale, des costumes des ministres, du ciel. La guerre d’Algérie agite tous les esprits. Un homme et une femme sont sur le point de se quitter. Élisabeth et Lucas, entre 20 et 23 ans, se sont aimés, mal. Lucas était immature et trop narcissique, dépressif, déjà vieux dans sa tête à vouloir vivre dans le passé proche. Les yéyés avaient tout emporté ; mais lui s’obstinait à écouter les grands standards américains des années 30 et 40. Il était également cinéphile, une dévorante passion. Élisabeth n’était pas de nature rêveuse. Blonde, d’un blond « Racing », le sourire « Colgate », les yeux jais, elle possédait un tempérament qui ne se satisfaisait pas des états d’âme de Lucas, jeune homme autodestructeur hanté par la mort de son frère Antoine, tué en Algérie. Alors elle a rompu, tandis que Lucas évoquait la maladie des marronniers du jardin du Luxembourg et « le caca » des pigeons qui dérèglait les horloges de Paris. La scène de rupture est très cinématographique. Rien d’étonnant : Philippe Labro a réalisé de bons films. Mais les mots qu’il emploie pour évoquer la rupture ne ratent pas leur cible, le cœur du lecteur. Il écrit : « Lorsqu’une femme choisit de rompre, elle agit avec une détermination, une énergie quasi féroce, des gestes précis et concrets, les preuves tangibles du non-retour. » Il ajoute, cruel : « Les hommes sont plus lâches. Ils ont peur de la solitude. Leur faiblesse est là. »

A lire aussi, Thomas Morales: Le premier Labro est enfin arrivé!

40 ans plus tard, le hasard permet à Lucas et Élisabeth de se retrouver sur la 5e Avenue. Elle reconnaît son dos, immédiatement. On est en 2001. « Le viol » des Twin Towers par les Boeing des terroristes saoudiens vient de se produire. Changement de paradigme, accélération de l’Histoire. Le XXIe commence. La guerre fait débuter les siècles. Philippe Labro analyse avec pertinence les bouleversements qui se produisent dans le cerveau des soldats. Lucas, peut-être un peu mythomane, raconte qu’il a passé près de dix mois au Viêtnam, au milieu des combats. À Élisabeth, au bar d’un hôtel, le Sherry Netherland, devant un gimlet – gin et jus de citron vert –, Lucas s’épanche : « Car c’est un virus, la guerre. On prétend que le virus a disparu et l’on suppose que les poumons sont intacts. C’est faux. Il y a des fibroses qui restent. Et puis, comment te dire, il n’y a plus grand-chose qui t’étonne. » Ils se racontent leur absence de 40 ans. Je vous laisse la découvrir, avec leurs joies et leurs désillusions. Ça ne colle toujours pas vraiment entre eux. Philippe Labro avoue : « Ils étaient devenus deux adultes qui ne ressemblaient plus aux jeunes gens d’autrefois. Ressemblaient-ils à eux-mêmes ? »

Nostalgie, une définition

Lucas n’est pas un homme complet, et cette incomplétude dérange Élisabeth. Il se drape alors dans la nostalgie, ce qui permet à Labro d’écrire une belle page sur ce qui est la preuve d’un manque impossible à combler. Il résume ainsi la nostalgie : « L’odeur des peaux de mandarine dans les wagons de deuxième classe. » Des deux, c’est Élisabeth la plus américaine car si le Français dit que « c’était mieux avant », l’Américain annonce que « demain est un autre jour. » Elle s’éloigne à nouveau pour lui laisser le temps de se trouver, et de composer avec « la parfaite imperfection de (sa) vie. »

La fin est inattendue. L’amour nous réserve des surprises. Il prend son temps, qui n’est pas celui du plus-que-présent que l’époque nous impose. Il échappe aux lois de la rationalité. C’est, au fond, assez rassurant. 

Philippe Labro, Deux gimlets sur la 5e Avenue, Gallimard. 128 pages.

Football à Amsterdam: une histoire particulière avec les juifs

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Dans cette image tirée d'une vidéo, la police escorte des supporters du Maccabi Tel Aviv jusqu'à la station de métro les menant au stade de l'Ajax, après que des supporters pro-palestiniens ont défilé près du stade, à Amsterdam, aux Pays-Bas, le jeudi 7 novembre 2024 © InterVision/AP/SIPA

Les agressions antisémites survenues jeudi dernier dans la Venise du nord sont d’autant plus inquiétantes qu’elles ont eu lieu dans une ville où les supporters ont une affection traditionnelle pour le peuple juif.


Et dire qu’avant le match, Amsterdam fut le théâtre de rarissimes moments de fraternité entre adversaires ! Car ce soir-là, la grande équipe locale, l’Ajax, recevait le Maccabi Tel-Aviv. Or l’Ajax est connu, au grand dam de ses dirigeants, comme le “club des juifs”’. Une expression aussi bien employée par les supporters des autres formations du championnat, pour qui l’épithète est loin d’être un compliment, que par les fans d’Amsterdam eux-mêmes, qui l’utilisent comme nom honorifique.

Ce qui explique que, le jeudi 7 novembre en début d’après-midi, aux abords de l’Amsterdam Arena, le public local des amateurs de foot ait salué cordialement les quelques Israéliens qui avaient fait le voyage pour soutenir le club de Tel Aviv. On entendit ainsi des Néerlandais chanter le Hava Nagila et d’autres chants traditionnels de l’État hébreu, comme ils le font lors d’autres matchs, par amour de l’Etat juif… ou pour narguer les adversaires, ce n’est pas toujours évident.

Des scènes d’horreur

Tard jeudi soir et aux premières heures de vendredi, l’atmosphère festive dans la capitale a pourtant cédé à des scènes glaçantes, qualifiées de “pogroms” par de hauts fonctionnaires israéliens et par la maire d’Amsterdam, Femke Halsema. Scènes qui n’ont rien à voir avec la défaite de Maccabi, 5-0, contre l’Ajax, mais avec l’arrivée impromptue de nouveaux protagonistes, des jeunes voyous évoluant en bande et gueulant leur soutien à la Palestine et leur haine des juifs.

Se déplaçant à scooter sur le principe de l’action “hit and run”, selon la maire, cette horde fit alors “la chasse aux Juifs”, comme le constata un journaliste présent. Si la police réquisitionna des bus pour que les supporters israéliens puissent vite regagner leur hôtel en toute sécurité, certains d’entre eux ne purent se mettre à temps à l’abri et furent agressés par les jeunes “militants pro-palestiniens” (plutôt miliciens que militants), qui les contraignirent à crier “Free Palestine” avant de les passer à tabac, selon des médias locaux.

Horrifié, le Premier ministre néerlandais, Dick Schoof, condamna ces “actes antisémites” lors d’une conversation avec son homologue israélien, Benyamin Netanyahou, qui, initialement, avait indiqué l’envoi d’avions militaires à Amsterdam pour rapatrier les supporters de Tel Aviv. Un site d’informations néerlandais titra : “Tsahal à la rescousse de juifs à Amsterdam”.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Les porcs d’Amsterdam

Plus tard, Netanyahou se calma en donna des consignes pour affréter des vols supplémentaires, mais en faisant cette fois appel à El Al, la compagnie commerciale nationale. De son côté, Geert Wilders, le très israélophile et droitier homme politique néerlandais, pilier de la bancale coalition gouvernementale, exigea la démission de la maire de gauche d’Amsterdam, accusée d’être pro-palestinienne.

Un dirigeant de la communauté juive aux Pays-Bas, Eddo Verdoner, demanda aux supporters israéliens encore présents à Amsterdam de “se faire le plus discrets possible” en attendant le départ du dernier d’entre eux. La honte… Vendredi matin, un rescapé rapporte avoir eu peur de prendre le taxi pour rejoindre l’aéroport d’Amsterdam, étant donné le regard hostile de certains chauffeurs d’origine arabe. L’hostilité des taxis peut s’expliquer par le fait que l’un des leurs aurait été passé à tabac par des fans de Maccabi, accusés également d’avoir brûlé et arraché des drapeaux palestiniens et d’avoir scandé des slogans anti-arabes.

Ainsi, un match plutôt quelconque de la Ligue Europa dégénéra en un spectacle révoltant, avec des conséquences potentiellement graves pour l’image de tolérance des Pays-Bas. Des dirigeants du monde entier, dont le président Emmanuel Macron, ont exprimé leur vive émotion.

Il est trop tôt pour identifier les fauteurs de troubles. On est en droit de penser cependant que ces “jeunes de quartiers” n’étaient pas des hooligans de l’Ajax. Lors des agressions de jeudi soir, les supporters du “club des juifs” auraient plutôt eu tendance à protéger leurs frères-ennemis israéliens.

Folklore batave

L’origine du surnom de l’Ajax reste un mystère. Ce club ne fut pas fondé par des juifs, les joueurs juifs n’y ont jamais été très nombreux, pas plus que les présidents. Les experts du sujet ont une hypothèse : l’ancien et très modeste stade du club se situait dans l’est de la capitale, où les juifs étaient traditionnellement nombreux avant la guerre. Conséquence, les supporteurs des équipes adverses traitaient les joueurs de l’Ajax de “nez”. Face à ces injures antisémites, les fans de l’Ajax choisirent à partir des années 80 de retourner l’insulte pour en faire un motif de fierté. Dans les tribunes du nouveau stade, baptisé “Johan Cruijff Arena”, de gigantesques drapeaux israéliens firent leur apparition à côté de ceux de l’équipe. Ce qui n’était pas pour plaire aux dirigeants du club, pas plus qu’aux membres de la communauté juive locale. De nombreuses fois, les supporters furent priés de ne pas abuser du nom “juif” qui, scandé par des milliers de fans simultanément – “wij zijn Joden!” (nous sommes juifs!) – peut avoir un effet sidérant, surtout à Amsterdam, ville dont la quasi-totalité de l’importante communauté juive fut déportée par les nazis dans les années 40.

Une immigrée israélienne à Amsterdam se rappelle ainsi qu’elle fut effrayée la première fois qu’elle croisa, il y a quelques années, des fans de l’Ajax en route vers le stade. “Ils criaient qu’ils étaient juifs, je croyais que c’était une moquerie, se souvient-elle. Mais quand ils ont brandi un drapeau israélien avec fierté, j’ai compris que c’était une démarche amicale”.

Dernièrement, les drapeaux israéliens se sont pourtant faits plus rares dans le stade de l’Ajax. Surtout depuis le 7 octobre 2023. “On ne veut plus voir de symboles de pays en guerre”, ont expliqué les dirigeants d’un groupe de supporters, qui voulaient ainsi empêcher d’autres spectateurs de venir avec les couleurs palestiniennes. C’est dire combien la scène de fraternité d’avant le match, celle où des supporters de l’Ajax chantèrent Hava Nagila, était inattendue. Et combien elle est réconfortante pour les amis du peuple juif.

Profession: optimiste!

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Emile Coué. DR.

Étienne Kern ressuscite un certain Émile Coué, un obscur pharmacien de Nancy devenu une star mondiale avant de retomber dans l’oubli, et dont la « méthode » est aujourd’hui moquée.


Qui dirait avoir recours à la méthode Coué serait aujourd’hui moqué. Quant à son inventeur, Émile Coué (1857-1926), personne ou presque ne le connaît. Il n’en fut pas toujours ainsi. Ce pharmacien fut en son temps une sommité. Une star même, adulée dans le monde entier. Étienne Kern brosse son portrait avec humilité et empathie dans La Vie meilleure. De ses débuts à Nancy, où il découvre l’hypnose, alors en vogue, à sa première patiente : une femme venue dans sa pharmacie pour du laudanum. Elle n’a pas d’ordonnance. Émile ne peut donc lui en procurer. Il a alors une idée : fabriquer une potion de son cru avec de l’eau, du sucre puis écrire un nom savant sur l’étiquette. La cliente n’y voit que du feu. Mieux, elle revient le lendemain remercier le pharmacien pour l’excellence de sa potion. Il vient de découvrir l’effet placebo et les pouvoirs sans fin de l’imagination. Il s’intéresse à l’esprit humain. Ses maîtres : Bernheim et Liébeault, qui furent les premiers à théoriser les bienfaits de l’hypnose et le pouvoir de la suggestion. Il commence à recevoir des patients dans un petit hangar au fond de son jardin. Tous n’ont qu’un souhait : aller mieux. La prescription d’Émile est des plus simples : répéter, matin et soir, « tous les jours, à tous point de vue, je vais de mieux en mieux ». La méthode peut prêter à sourire, mais force est de constater que les résultats sont là. Seule ombre au tableau : le père du pharmacien voit d’un mauvais œil les expériences de son fils et l’accuse même de charlatanisme. Meurtri, Émile poursuit néanmoins ses recherches. En 1920 il publie La Maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente. Le livre connaît un succès retentissant. Les journalistes viennent l’interviewer. Les patients se pressent chez lui. « Partout d’un continent à l’autre, des disciples se réclament de lui et des malades murmurent son nom dans leurs prières. » À 64 ans, Coué découvre la gloire. Il va partout, de la Grande-Bretagne aux États-Unis. En 1980, John Lennon reprend ses mots dans une chanson, Beautiful Boy : « Every day, in every way, it is getting better and better. » Une ascension vertigineuse qu’Étienne Kern retrace pas à pas, mettant en avant la ténacité, l’intuition, parfois aussi la roublardise de ce professeur d’optimisme. Une vie romanesque qu’il nous conte avec une tendresse manifeste pour ce précurseur de la pensée positive. À travers Émile Coué, Étienne Kern parle de lui mais aussi de nous-mêmes. « Sa vie est comme la nôtre, avec ses jours banals, et ses jours qu’on n’oublie pas. Il a été enfant. Il s’est marié. Il a perdu son père et sa mère. Il a vu certains rêves s’étioler et d’autres prendre forme. Il a vu son corps vieillir. C’est un homme avec ses désirs, ses angoisses. » Son goût pour les mots qui guérissent est aussi celui de l’auteur qui évoque, en creux, un drame personnel. Celui d’Irène et André, dédicataires de ce livre aussi lumineux que mélancolique.

La Vie meilleure, d’Étienne Kern, Gallimard, 2024. 192 pages

La vie meilleure

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Gloire au pâté de campagne!

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Monsieur Nostalgie ouvre son garde-manger en ce dimanche de novembre et chante les louanges du pâté sous toutes ses formes, comme l’expression d’une civilisation hautement avancée et une résistance à l’arrivée des premiers frimas…


L’automne prend ses aises, les douceurs d’octobre sont déjà un souvenir, nous entrons maintenant dans les froideurs de novembre, le mois du gibier et des abats, des poilus et du bleu horizon. À la campagne, nous enfilerons des bottes en caoutchouc qui s’enfonceront dans les ribinous bretons ; et en ville, nous verrons fleurir les premiers duffle-coats du Maréchal Montgomery sur les trottoirs détrempés à la Caillebotte. En novembre, nous célébrons nos morts et nous nous attablons autour de plats gaillards afin de faire revivre leur mémoire. Du souvenir des êtres aimés au plaisir de partager un repas, le pâté de campagne est ce dernier lien qui unit les peuples en voie de désintégration.

Une nation qui ne serait plus capable de casse-croûter, c’est-à-dire de se satisfaire d’une tranche de pâté avec un pain au levain, n’aurait plus aucun avenir commun ensemble. Ce pâté rustique par son aspect recèle cependant mille strates, mille manières de le façonner, mille couleurs mordorées, mille reliefs subtilement découpés, il est l’or de la cuisine ménagère, une consolidation de l’identité française par sa tentative réussie d’agglomérer des morceaux de viande dans une même terrine. Il est chair et épices, mâche et gelée, gras et maigre, parfaite symbiose d’un pays à la recherche d’une communion. Il est géographie des terroirs et histoire des traditions. Il est surtout cet ami de la famille qui ne chipote pas, qui réjouit autant le bourgeois affairé sur une nappe blanche que l’ouvrier débout sur un chantier, entre la bétonnière et le marteau-piqueur. Il est un peu de chaleur dans une société congelée. Une main tendue vers un idéal gastronomique et œcuménique, alors refuser cet innocent pâté en apéro ou en entrée serait bafouer les règles élémentaires de notre Humanité. Le pâté, par sa modestie, par sa convivialité incarnée, n’a pas le prestige des plats « signatures », et pourtant il est, pour nombre de nos chefs étoilés, une cathédrale du goût, par sa structure architecturale et son éclat ambré. Il demande une maîtrise technique et une touche artistique de haute volée, une cuisson et une salaison que seuls les possédés des fourneaux peuvent atteindre. Certains pâtés ont la beauté d’un Schiele, le reflet d’une peinture viennoise ; quand l’expressionnisme des morceaux se détache afin de créer l’effet visuel de corps en mouvement, l’art du cochon et de la volaille se mettent au diapason pour mieux nous régaler. Et lorsque vous l’avez en bouche, un pâté révèle alors son extraordinaire complexité et vous emmène loin. L’onde nostalgique dont je vous parle si souvent dans mes chroniques est emmaillotée sous cette crépine soyeuse, la dentelle des mères lyonnaises. Le pâté est aussi éminemment littéraire. Robert Courtine (1910-1998), critique culinaire du Monde rappelait la présence du pâté dans l’œuvre de Simenon, notamment dans la nouvelle Le client le plus obstiné du monde. Le journaliste gourmet affirmait que Maigret l’accompagnait d’un verre de Cornas. D’autres écrivains ont vanté les béatitudes du pâté. Dans son Almanach des Quatre saisons, Alexandre Vialatte évoquait le menu qu’Alexandre Dumas Fils « servit pour l’inauguration du buste de son père, le 3 novembre 1883 » et s’attardait sur ce « pâté chaud de pluviers dorés » aussi fantasmagorique que la plume du chroniqueur auvergnat. Georges Haldas (1917-2010) dans La Légende des repas se souvenait d’un pâté servi dans un « petit établissement » de la Dombes. « On avait le sentiment, ce jour-là, de vivre, en mangeant, quelque chose d’authentique encore et de réconfortant. Comme quand on sort le matin dans un léger brouillard. Dont on sait qu’il va se dissiper », écrivait-il. Le pâté dissipe en effet les malentendus, il est un pacificateur né.

Pour ceux qui ne seraient pas convaincus par les vertus du pâté de campagne sur les Hommes et le trouveraient trop roturier pour leur délicat palais, je conseille de lire Ma Tour d’Argent de Claude Terrail (1917-2006) qui s’enthousiasmait sur un pâté de merles bruns (les femelles des merles sont, parait-il, brunes). Les premières lignes de cette recette sont de la littérature pur jus : « Choisissez 12 beaux merles que vous désosserez avant de les mettre à mariner dans du madère. Les entrailles que vous avez réservées, hachez-les fines et faites-les sauter à la poêle… ».

Tendre est la province

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La Légende des repas: Chronique

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Ma «Tour d'Argent»

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Une intifada à Amsterdam?

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Un supporter israélien du Maccabi Tel Aviv, Tod, Israël, 8 novembre 2024 © Tsafrir Abayov/AP/SIPA

Bien sûr, le rôle de l’immigration semble évident. Mais, la terrible chasse aux juifs d’Amsterdam jeudi soir a surtout été rendue possible par une vaste entreprise de reconstruction du réel autour de l’histoire d’Israël.


La tragique chasse aux juifs d’Amsterdam à laquelle des chauffeurs de taxis ont participé, livrant les victimes à leurs agresseurs ou signalant à leurs persécuteurs les refuges des Israéliens, la banderole pro palestinienne qui faisait disparaître Israël de la carte du Proche-Orient au Parc des princes lors du match entre l’Atletico Madrid et le Paris Saint-Germain, les graffitis antisémites contre la présence à l’université de Lyon de la présidente de l’Assemblée nationale Madame Braun-Pivet, témoignent de la réalité de plus en plus criante d’un antisémitisme qui prend prétexte de la guerre à Gaza pour libérer ses paroles de haine et passer à l’acte violent en de nombreux lieux en Europe même.

Les Israéliens ont tendu la main à plusieurs reprises

Tant que subsisteront les mensonges et les méconnaissances sur la création de l’état d’Israël et des autres États de la région, tant que persistera le refus arabe de la souveraineté d’un État juif sur cette terre, tant qu’Israël sera considéré comme un occupant illégitime opprimant une population occupée, tant qu’on parlera d’apartheid à propos des relations entre arabes et juifs en Israël, tant que les actions de défense d’Israël contre le terrorisme palestinien et les multiples guerres des pays ennemis seront considérées comme des preuves de sa malfaisance, une partie de l’Europe, heureuse de se débarrasser de sa culpabilité pour ce qui a été fait aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, verra dans Israël le bourreau à qui rien ne peut être pardonné et dans les Palestiniens un malheureux peuple de réfugiés sans terre, privé de tous les droits humains.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Les porcs d’Amsterdam

Rien n’y fera, ni la barbarie et la cruauté des actions du Hamas et d’autres mouvements de « libération » palestiniens, ni la bonne volonté des Israéliens qui ont tendu la main à plusieurs reprises en vue de la création d’un État palestinien à leurs côtés. Ces enfants de l’Europe ignorants de l’histoire du Moyen-Orient ne verront dans ce conflit au mieux qu’une dispute de territoires et au pire qu’une entreprise coloniale, semblable à celles qu’elle a menées elle-même. Ne voulant pas voir que désormais c’est la religion dans sa forme la plus archaïque qui mène là-bas une danse macabre qui ne tardera pas à se jouer en son propre sein dans un avenir proche. « Les médias ne font pas le taf » ai-je entendu. Mais peuvent-ils le faire sans paraître donner crédit à une propagande, opposée à celle qui a été diffusée pendant de nombreuses années et qui a enfanté en quelque sorte une opinion relativiste ou islamogauchiste ?

Israël vue comme une verrue dans le corps arabe

L’histoire est arrangée, en commun accord entre les repentants occidentaux et les accusateurs, de telle sorte que les juifs apparaissent comme les seuls coupables : les juifs devenus « sionistes » sont ainsi diabolisés et leurs ennemis vont même jusqu’à souhaiter leur disparition ou tout au moins leur mise à l’écart.

Ce qui est caractéristique dans cette entreprise de reconstruction du réel, c’est à la fois la fabrication d’une histoire imaginaire, l’ignorance des faits pour certains et leur manipulation par d’autres.

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C’est l’islam dans son expression radicale qui inspire les Palestiniens depuis le Mufti de Jérusalem Amin El Husseini qui collabora avec Hitler et qui est la cause du refus de la présence d’un État juif souverain au Proche-Orient. La parenthèse nationaliste du Baas syrien et irakien et du nassérisme confirma ce rejet de l’État d’Israël, considéré comme une verrue dans le corps arabe. Aujourd’hui, ce qui refuse l’existence de cet État juif c’est le totalitarisme islamiste qui, parti de l’orient et du Maghreb se développe désormais en Occident, à la faveur de l’expansion démographique de l’immigration musulmane.

Comme au temps des totalitarismes communiste et national-socialiste, les collaborateurs sont nombreux qui ont la haine de la démocratie libérale représentée par les États-Unis, l’Occident en général et Israël en particulier. En France cette collaboration avec le totalitarisme islamiste qui prend clairement le parti de l’ennemi est représentée par la France insoumise et ses alliés d’extrême-gauche, aux États-Unis par l’aile gauche des démocrates et en Israël, par une gauche qui se déclare post-sioniste.

Comment osent-ils encore la ramener?

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© ISA HARSIN/SIPA

Non contents de subir une libanisation accélérée de leur pays, les Français vont devoir payer pour les flambeurs qui ont endetté la nation pour acheter la paix sociale. Les faillis doivent partir. Et avec eux les idéologues de la post-nation.


Comment osent-ils encore la ramener ? Ceux qui ont précipité la France dans le grand effondrement, civilisationnel et économique, devraient rendre des comptes pour incompétence et trahison. Au lieu de quoi, les saccageurs sont toujours là, à faire obstacle aux reconstructeurs. Cela fait cinquante ans qu’ils pavanent : de pères en fils, les dirigeants exhibent leur progressisme pour effacer les traces du passé. Ils ressemblent à la prophétie de Jérémie : « Ils détruiront tout. Ce qu’ils ne connaissent pas, ils le briseront ; ce qu’ils connaissent, ils le saliront. » Les démolitions ont été si rondement menées que se revendiquer conservateur devient une curiosité : préserver qui, quoi, où ? La déculturation a fait son œuvre : les riches ne sont plus que des pauvres avec de l’argent, comme l’avait prédit Nicolas Gomez d’Avila. La gauche béate erre parmi les ruines, yeux clos. Les plus lucides des « antiracistes » déplorent l’islam judéophobe et sexiste. Mais ces tartuffes hurlent à la xénophobie contre ceux qui mettent en garde contre l’immigration colonisatrice. Non contents de subir une libanisation accélérée de leur pays, les Français vont devoir de surcroît éponger financièrement l’irresponsabilité des flambeurs qui ont endetté la nation pour acheter la paix sociale. La fin de règne des incapables a sonné.

Les faillis doivent partir. Et avec eux les idéologues universalistes de la post-nation. La crise politique, dont Michel Barnier est l’expression transitoire, est le résultat d’une réaction nostalgique. La « sottise des gens intelligents » (Jacques Julliard) est devenue insupportable. Leur légèreté a fait de la nation une proie à saisir. C’est dans le vide culturel et spirituel, aggravé par les casseurs de frontières, que prospère la civilisation conquérante d’Allah. Elle a pris opportunément Marx comme allié, avec la collaboration de l’extrême gauche déboussolée. La puissance de l’envahisseur se mesure à l’insécurité qui entoure à nouveau, après l’occupation nazie, la présence juive en France. Israël, sous le feu djihadiste, est considéré comme plus sûr pour les juifs qui partent la rejoindre. « Des héritiers sans testament sont des brandons de destruction[1] », prévient Bérénice Levet en dénonçant les trous de mémoire des déconstructeurs. Levet cite Anna Arendt : « C’est précisément pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice. » Mais rien n’est à attendre des fossoyeurs qui haïssent la France enracinée et son ancienne école hypermnésique. La question est de savoir si les Français, qui, à 64 %, « aimeraient que leur pays redevienne comme autrefois[2] », peuvent être à la hauteur de la brutale résistance qui, seule, arrêtera le désastre. 82 % ont une mauvaise opinion des partis[3]. Une rupture avec le vieux monde politique est à mener à son terme. Une minorité peut suffire.

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Le sursaut reste à portée de main. Il se lit dans ce que les censeurs appellent la « lepénisation des esprits ». L’effondrement des mondialistes donne raison à ceux qui avaient prédit leur échec. Les infréquentables prennent des allures de visionnaires. La politique anti-immigration de l’Italienne Giorgia Meloni, honnie par la bien-pensance, sert de modèle à la France et à l’UE. La Hongrie de Viktor Orban, qualifié d’antisémite par la gauche, a été choisie par Israël pour accueillir en sécurité, le 10 octobre, le match de football Israël-France. L’État hébreu et ses citoyens-soldats s’affirment, aux yeux des peuples vulnérables, comme exemplaires dans leur défense de la nation, de son identité, de sa religion, de ses frontières : tout ce que rejette, en France, une partie de l’intelligentsia. Celle-ci bannit le RN, qui défend les mêmes valeurs qu’Israël. Si Benyamin Nétanyahou gagne sa guerre contre l’islamisme apocalyptique des mollahs, les démocraties pourront lui dire merci, et Macron pourra s’excuser de sa lâcheté. Tout ira plus vite encore si, le 5 novembre, Donald Trump l’emporte. La possible victoire du « fasciste », selon Kamala Harris, serait un séisme tant les « élites » n’envisagent pas de voir le paria revenir à la Maison-Blanche. À quelques jours du scrutin, Kamala Harris talonnait son adversaire dans sept États pivots, sans enclencher l’enthousiasme.

La révolte des autochtones est un puissant appui pour ces résistants, bêtes noires du conformisme. Je me souviens que, dans la Bretagne des années 1950, celle de mon enfance, les grandes personnes riaient de l’histoire de l’enfant blanc briquant, dans les rues de Brest au xxie siècle, les souliers de passants noirs, en fredonnant du Théodore Botrel : « J’aime Paimpol et sa falaise, son église et son grand Pardon… » Et ses clients africains de s’exclamer, admiratifs devant le petit cireur de la rue de Siam : « Ces Bretons, quel rythme ! » En réalité, c’est l’islamisme qui s’est installé à Brest même. Trente ans à peine auront suffi. Gast ! Comme beaucoup, je ne reconnais plus mon pays que par morceaux épars. La province a pris, ici et là, les accents, les rites, les brutalités du colonisateur. La colère ne me quitte plus. C’est celle des indigènes qui ne veulent pas mourir.

Dans un entretien au Figaro (14 octobre), la mère de Lola, 12 ans, assassinée à Paris deux ans plus tôt par une Algérienne sous obligation de quitter le territoire, a dit la détresse des abandonnés : « On est impuissant. […] C’est la France… J’espère qu’un jour les choses bougeront et que tout sera fait pour lutter contre toute la violence et l’insécurité qu’il y a aujourd’hui. » Un même dénominateur unit Lola à Philippine de Carlan, violée et assassinée fin septembre par un Marocain récidiviste sous OQTF, mais aussi aux professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard, victimes de djihadistes : l’incapacité de l’État à maîtriser ses frontières et à garantir la sécurité des plus exposés. Après Harmonie Comyn, l’épouse d’un gendarme tué pour un refus d’obtempérer, Mickaëlle Paty, la sœur du professeur décapité, a accusé l’État de non-assistance à personne en péril, et le poursuit devant la justice. Les féministes de Némésis dénoncent, elles, la condition des femmes des cités. Mila se bat. Partout, des guerrières montent en première ligne. Où sont les hommes ?


[1] Penser ce qui nous arrive avec Hanna Arendt, L’Observatoire, 2024.

[2] Sondage Ipsos, Le Figaro, 24 octobre 2024.

[3] Sondage Odoxa, Le Figaro, 25 octobre 2024.

Les porcs d’Amsterdam

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A proximité de l'Ajax Stadium, Amsterdam, 8 novembre 2024 © InterVision/AP/SIPA

Antisémitisme. Le réel frappe un grand coup lors du match Ajax – Maccabi Tel-Aviv.


L’ONU est très perturbée. C’est un porte-parole du HCR qui a fait cet aveu, avant de noyer le poisson dans des considérations antiracistes évitant soigneusement les mots « antisémitisme » ou « juif ».[1] Les événements d’Amsterdam ont en effet de quoi perturber la vision du monde qui a cours au bord de l’Hudson, selon laquelle les juifs (et leur avant-garde israélienne) sont les nouveaux nazis. Jeudi soir, dans la ville d’Anne Frank, ce sont des juifs qu’on a pourchassés, tabassés, humiliés dans un déferlement de violence haineuse et rageuse. Alors, si on cherche vraiment des nazis, on sait où les trouver.

Hamasterdam

Je vous vois venir, en particulier tous ceux qui croisent Hitler tous les quatre matins et qui ont soudainement des pudeurs de gazelle. Le président israélien ayant parlé de pogrome antisémite (ce n’est pas un pléonasme ?), vous prenez vos distances, faites les scrupuleux. Ce n’est pas un pogrom et encore moins la nuit de Cristal, souligne Laurent Joffrin dans un éditorial empreint par ailleurs, d’une grande lucidité[2].  

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D’accord, Amsterdam 2024 n’est pas Berlin 1938. Pour Joffrin, les agressions de l’autre soir « ne sauraient être comparées, même de loin (…) à la vaste opération de terreur lancée par les nazis en 1938 contre les Juifs d’Allemagne, prélude à leur déportation et à leur extermination ». À Amsterdam on n’a pas brûlé de synagogue ou de magasins, ni même tué des juifs – même si c’était peut-être au programme. La police n’a pas prêté main-forte aux fanatiques, même si elle a été incapable de les arrêter. Le maire de Berlin, dans les années 30, ne proclamait pas sa honte des violences anti-juives survenues dans sa ville. Ajoutons que, dans les années 30, les juifs ne se déplaçaient pas en horde, qu’ils ne braillaient pas des chansons racistes en hébreu, qu’ils n’arrachaient pas de drapeau, comme l’ont fait le jour du match les supporters du Maccabi Tel-Aviv, un bel exemple de la normalisation israélienne puisqu’ils ressemblent à tous les supporters abrutis du monde. Dans les années 30, il n’y avait pas d’Israël pour les rapatrier. Et aujourd’hui, il n’y a pas d’Hitler au pouvoir, même si les candidats à sa succession ne manquent pas.

Tout le monde sait désormais ce que signifie « Free Palestine »

Donc, évidemment, ce n’est pas pareil. N’empêche, ça ressemble trop au nazisme pré-génocidaire, pour qu’on se contente de regarder ailleurs. Ce juif paniqué nageant dans un canal sous les rires gras de ses tortionnaires qui l’obligent à crier des slogans pro-Hamas (tout le monde sait désormais ce que signifie Free Palestine, pour les malcomprenants, la carte est fournie), évoque ces rabbins qu’on faisait danser sur les rouleaux de la Torah. Alain Finkielkraut rappelle souvent que les nazis riaient tout le temps. S’il n’y a pas d’Hitler, il y a dans nos villes beaucoup de ces « hommes ordinaires » transformés en brutes qui, avant même son accession au pouvoir, faisaient régner la terreur dans les rues allemandes, terrorisant, molestant, arrêtant les opposants, les communistes, les juifs. Aujourd’hui, sous les traits d’islamo-racailles fanatisées, ils sont à l’œuvre à Amsterdam comme dans les rangs de Daech. Ils règnent sur les territoires perdus. En Europe, et singulièrement en France, ils ont tué des professeurs, des journalistes, des policiers, des chrétiens, des passants par centaines et des juifs. Les nazis prétendaient rendre justice au peuple allemand en asservissant l’humanité au Reich millénaire, les islamo-djihadistes prétendent défendre leurs frères palestiniens et faire advenir la victoire planétaire de l’islam. Alors ce n’est pas pareil, sans doute, mais contrairement à ce qu’écrit Laurent Joffrin, on a le droit de comparer.

Islam conquérant

L’autre ressemblance entre hier et aujourd’hui, c’est l’inconscience des sociétés libérales. Les démocrates mous du genou regardent ailleurs, espérant qu’une absence de solution (et des palabres) finiront par résoudre le problème. Quant à la gauche, elle s’est sabordée face à l’islamisme comme hier face au nazisme. Toutes ces années, elle a traqué le dérapage, scruté la résurgence, dénoncé le moindre écart de langage des partis « d’extrême droite », ignorant ou minimisant la montée d’un islam politique conquérant, criminel et volontiers totalitaire quand elle ne l’encourageait pas en dénonçant à grands cris l’islamophobie.

Certes, pas toute la gauche. Les mélenchonistes, qui ont lié leurs intérêts de boutique à la progression de l’islam radical, persistent dans l’aveuglement jusqu’au comique. Pour Aymeric Caron, rien ne prouve que les agressions d’Amsterdam étaient de nature antisémite. Sa collègue Marie Mesmeur n’est pas loin (et même très près) d’approuver les nervis islamo-hollandais (on suppose qu’ils sont hollandais) : « Ces gens-là n’ont pas été lynchés parce qu’ils étaient juifs mais parce qu’ils étaient racistes et soutenaient un génocide. »

À lire aussi, du même auteur: Annus horribilis

À force de prendre des coups de réel, beaucoup d’autres doivent bien admettre qu’il y a un problème. En général, ils nient obstinément que celui-ci ait quoi que ce soit à voir avec l’islam et encore moins avec l’immigration, mais on les entend moins proclamer que tout ça, c’est des fantasmes d’extrême droite. La lucidité progresse. Il faut saluer Fabien Roussel, irréprochable ces derniers jours: « Des supporters ont été chassés, menacés, lynchés, dans les rues d’une ville européenne, parce qu’ils sont juifs. » Et aussi Sandrine Rousseau qui, quand elle lit que « des supporters israéliens ont provoqué », réplique « ça ne va pas de justifier la violence comme ça ! » Si la ratonnade anti-juive d’Amsterdam était une réponse légitime aux slogans débiles et haineux de supporters, il serait aussi légitime de tabasser Imzalene, Soudais ou Caron. Or cela serait une faute impardonnable.

Il faut aussi saluer la clairvoyance de Laurent Joffrin qui observe qu’une bonne « partie de l’opinion propalestinienne en Europe se laisse glisser dans un antisémitisme terrifiant ». Propalestinienne, qu’en termes galants, mais passons. À la différence de Bernard Kouchner, aussi terrible soit la guerre là-bas, Joffrin ne comprend pas les antisémites d’ici: « Il est clair que la poursuite indéfinie des opérations israéliennes à Gaza et au Liban, avec leur cortège de pertes civiles déchirantes, est propre à échauffer les esprits. Mais on sent bien, aussi, qu’il y a là un terreau local nuisible, alimenté, entre autres, par les courants islamistes, qu’il convient d’évaluer à sa juste mesure et de réprimer sans faiblesse. » Pour l’évaluation et plus encore pour la répression, on risque d’attendre longtemps. Bruno Retailleau ne peut pas mener seul toutes les guerres. Or, il est bien tard. Laurent Joffrin est bien seul. La chasse aux juifs d’Amsterdam n’a pas fait les gros titres de la presse, elle n’a pas stimulé la verve des éditorialistes (qui à leur décharge étaient sans doute en week-end). On s’habitue. Ça non plus, ça ne vous rappelle rien ?


[1] Quelques heures plus tard, le secrétaire général lui-même se dit choqué et dénonce d’un même élan l’antisémitisme et l’islamophobie.

[2] « La chasse aux juifs », Laurent Joffrin LeJournal.info, 9 novembre 2024.

Le jump de Trump

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Vanessa Vasquez Anderson, une électrice américaine de Tampa, montre son t-shirt "Femme latina pour Trump, il faut vous y faire !", Floride, 7 novembre 2024 © Douglas R Clifford/Tampa Bay Tim/SIPA

Un joyeux saut dans l’inconnu. Qu’on aime ou pas Donald Trump, il est réjouissant de noter que de nombreux citoyens américains ont pris la liberté de voter en dehors des cases. Et si l’Amérique n’était pas que le pays du communautarisme?


Sale temps pour la corporation des idéologues et sociologues de plateau. Eux qui sont si prompts et si habiles à ranger les individus dans des cases, à les enfermer dans des catégories toutes faites, à déduire de leur appartenance, de leurs origines, de leur filiation, de leur sexe et couleur de peau, leurs choix politiques, le sens de leurs votes, voilà que les faits – je veux dire les résultats des élections présidentielles made in USA – viennent saper leurs sacro-saintes certitudes en la matière. N’allons pas espérer pour autant qu’ils en arrivent à reconnaître leur Bérézina intellectuelle. Pour cela il leur faudrait une vertu qui leur est totalement étrangère, l’humilité. Ne soyons donc pas inquiets pour eux, ils sauront manipuler, triturer, tripatouiller ce réel contrariant pour le faire entrer dans leurs dogmes. Ils ont donc encore de beaux jours devant eux tant leurs élucubrations seront encore – et pour longtemps – prisées des médias, des officines et cabinets ministériels où on fait profession de s’en nourrir, ou mieux de les déguster. Dégustation à l’aveugle, de préférence. C’est plus confortable, moins dérangeant. On ne risque pas ainsi le choc toujours terrible de la remise en question.

Les faits, disais-je. L’élection purement et simplement flamboyante de Donald Trump à la présidence des États-Unis, première puissance mondiale, est-il besoin de le souligner.

À observer ces résultats, même d’un œil peu expert – le mien en l’occurrence – on a tôt fait d’en déduire que nos idéologues- sociologues seraient fondés à considérer que les citoyens américains ont vôté absolument n’importe comment. En tout cas, en dehors des cases et catégories électorales qu’ils leurs assignaient, conformément à leurs fumisteries pompeuses, scories d’une discipline universitaire constamment dévoyée.

Des Latinos, des Blacks, des femmes, des d’jeunes, peut-être même des gays et lesbiennes auraient déposé leur bulletin ailleurs que dans la goulette à eux exclusivement dévolue ! On les attendait chez Kamala, on les retrouve chez Donald. Saperlipopette, rien ne va plus ! Où va-t-on ma bonne dame !

Eh bien, il me semble qu’on va enfin dans le bon sens. Il me semble que cette élection et la base formidablement élargie sur laquelle elle repose, sont de précieux motifs d’espérer. Que des communautés échappent au diktat convenu, à l’enfermement dans leur couloir de citoyenneté, qu’elles s’autorisent la liberté de franchir le mur invisible mais farouchement entretenu par les doctrinaires wokistes et consorts, laisse augurer le meilleur à venir, de ce côté-ci aussi de l’Atlantique.

Ces transgressions massives de la norme préétablie, voilà ce que je me permets d’appeler le Jump de Trump. (Ordinairement, je déteste le recours à toute autre langue que le français, mais, dans l’euphorie du moment, je me prends à faire le malin…) Le Jump de Trump. Le saut. Le saut que représente en effet ce passage d’une conscience politique prédéterminée et comme imposée à la manifestation de la liberté démocratique. La liberté du citoyen, décidant lui et lui seul de ses choix.

Par ce vote, le peuple américain (peuple composé pour paraphraser Jacques Bainville parlant du peuple français), par ce vote dépassant les clivages communautaires, les assignations à castes, a magistralement montré au monde entier qu’il se sentait aussi, et peut-être même surtout, une nation.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Cyrille Eldin: mon histoire avec une metoomane

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Cyrille Eldin © Stéphane Edelson

Cyrille Eldin a été condamné pour « violences psychologiques » sur son ex-compagne. L’ancien animateur- vedette de Canal+ est aujourd’hui séparé du fils qu’ils ont eu ensemble, au chômage et sans possibilité de travailler. En attendant l’appel de cette condamnation, il veut rétablir la vérité.


Causeur. Précisons d’abord que nous sommes tous amis. Le 14 octobre, on a appris dans la presse (qui a traité votre cas avec la gourmandise due à un ancien animateur vedette sur Canal +) votre condamnation par le tribunal de Nanterre à six mois de prison avec sursis pour violences psychologiques sur votre ex- compagne. C’est exact ?

Cyrille Eldin. J’ai été condamné pour trois chefs d’inculpation. Détention d’arme : c’était l’arme de mon père que je cachais au fond d’un placard (sans munition), depuis sa mort en 1997 ; et que je n’ai évidemment jamais utilisée. Détention de stupéfiants, en l’occurrence du cannabis (qui était pour l’essentiel du CBD, produit légal) et 1,4 gramme d’ecstasy qui avait été donné à ma compagne au cours d’un mariage et que nous n’avions jamais consommé. Mais si j’ai été à la une de certains médias, c’est évidemment à cause de la condamnation pour violences psychologiques sur mon ex-compagne. Je fais appel, parce que je suis innocent.

Vous êtes en tout cas présumé tel. Les plaignantes ne manquant jamais de tribunes extrajudiciaires, nous donnons la parole à la défense, comme nous l’avons fait avec Yoann Manca. Racontez-nous votre version de l’histoire.

Sandrine Calvayrac et moi nous sommes rencon- trés fin 2015. Pendant trois ans nous avons vécu une histoire parfois orageuse, souvent insouciante et toujours passionnée. Il faut dire que tout nous souriait, j’étais alors un des visages vedettes de Canal, j’avais embarqué Sandrine au « Petit Journal », on s’embras- sait à l’écran pour la Saint-Valentin, on voyageait. Bref, on était un couple assumé, même si on ne vivait pas ensemble, car je n’étais pas encore divorcé. Il y avait des crises, des sautes d’humeur mais la plupart du temps, c’était joyeux. Quand elle m’a brutalement quitté en 2018, j’en ai bavé. Je n’ai eu aucune nouvelle pendant trois ans et, en avril 2021, elle débarque au Théâtre de l’Atelier où je joue le rôle de Michel Rocard dans L’Opposition. Elle me fait le grand jeu, me dit que je suis l’homme de sa vie, qu’elle veut un enfant de moi. Elle m’envoie L’Attente de Johnny Hallyday, une chanson d’excuses. Je plonge bien sûr, je suis flatté, je veux retrouver la magie de notre histoire. Je suis partant pour un enfant. J’aime être père. Je suis très fier de mes deux aînés, Camille, 23 ans et Roman, 20. Ils vivent avec moi et nous sommes très soudés.

Et alors, la magie revient ?

Les premières semaines, c’est le grand amour, quoique toujours en montagnes russes. Sandrine est contra- riée que sa carrière de comédienne soit au point mort. Pendant toute cette période, elle ne décroche aucun contrat et ça la rend amère, ce que je comprends. Quant à moi, j’ai encore une émission littéraire sur Canal, « Caractères », des envies de théâtre, mais ce n’est plus la vie facile de la période « Petit Journal ». Je redeviens un saltimbanque. En juillet 2021, elle est enceinte. En novembre 2021, à sa demande, je l’aide à payer le loyer de l’appartement qu’elle a conservé à Paris, puis quand elle décide de venir vivre chez moi, je prends en charge le déménagement et tous les frais, comme une évidence.

Ce qu’on entend, c’est qu’en quelques mois vous êtes passés de la passion aux questions budgétaires.

Alors qu’elle tombe enceinte, elle se replie, s’isole, ne sort plus de la maison, ne voit jamais d’amis malgré mes encouragements. Je l’accompagne à tous les rendez-vous chez l’obstétricienne, puis le pédiatre… Après la naissance de Julian, le 28 mars 2022, elle devient excessivement possessive. Je mets ça sur le compte de l’inquiétude maternelle, c’est son premier enfant. Mais il y a des engueulades. Ça dégénère pendant l’été, alors que nous sommes en Sardaigne. Je pense qu’elle ne le nourrit pas assez, ce que confirmera la pédiatre en septembre. Un jour, alors que je lui dis de nous foutre la paix, à Julian et moi, pendant que je donne le biberon, elle sort son portable et me filme en disant, sans aucune raison : « Tu vas faire quoi ? Tu vas me taper ?! » Et là je me dis : « Attention danger ! » En septembre, je joue au théâtre, donc je ne suis pas là le soir, ce qui me vaut d’épouvantables scènes de jalousie. Durant toute cette période, je vois le piège se tendre, je reste le plus calme possible face à ses crises d’hystérie. Je reste pour notre fils, mais il n’y a plus de couple.

Elle vous quitte en janvier, avec Julian ?

Oui, le 29 janvier, elle part chez son père, dans le sud de la France. Elle m’écrit ce jour-là ce SMS, avant de ne plus donner de nouvelles durant quatre jours : « C’est un enfant de l’amour, je veux une vie apaisée, je ne te couperai jamais de lui. Je t’embrasse », avec un cœur ! Ce qui prouve que, contrairement à ce qu’elle racontera ensuite, elle n’est pas partie de chez moi terrorisée. Le 5 février, elle m’appelle : « Comment on fait pour mes affaires ? » Moi : « Comment on fait pour Julian ? » La conversation tourne court mais sans dérapages. Le 7 février, je me désolidarise du compte commun. Le 10, je saisis le juge aux affaires familiales et dépose une main courante pour soustraction d’en- fant. J’ignore que, la veille, elle a porté plainte pour menaces de mort.

Cyrille Eldin et son ex-compagne, Sandrine Calvayrac, à Roland-Garros, 30 mai 2018. Haedrich/Niviere/SIPA

Que se passe-t-il du côté des affaires familiales ?

L’audience civile est prévue le 13 avril 2023. La veille, c’est-à-dire très tard, nous recevons les conclusions de son avocat qui annoncent des témoignages sur l’enfer qu’aurait vécu Sandrine. Je m’apprête à répondre à ces accusations dans la nuit pour mon avocate. Mais je ne serai pas à l’audience. À six heures du matin, les portes de ma maison sont défoncées. Pas moins de dix policiers pénètrent et me passent les menottes. J’attends dix minutes à poil l’arrivée d’un officier de police judiciaire qui m’annonce que je suis visé par une plainte de Sandrine Calvayrac. Je suis placé en garde à vue (pour la première fois de ma vie) et ne peux donc pas me présenter devant le juge aux affaires familiales.

Avez-vous peur ?

D’après vous ? Mes avocates de l’époque, au civil comme au pénal, me disent que le dossier est vide mais que, selon elles, je serais sûrement condamné, vu le « contexte MeToo ». J’ai changé d’avocats depuis. Ma garde à vue est prolongée à trente-six heures pour une confrontation avec Sandrine. Pendant tout ce temps, j’ai l’impression de n’avoir affaire qu’à des gens déjà convaincus de ma culpabilité.

Quels sont les jugements successifs rendus au civil ?

J’ai passé dix mois sans voir mon fils, je ne l’ai pas vu faire ses premiers pas. À la fin de ce supplice, le tribunal m’a autorisé à voir Julian de 10 à 17 heures une fois par mois. Je précise que je dois me rendre dans le Var avec ses deux frères à qui il manque beaucoup, ce qui est assez onéreux, alors que ma situation financière se dégrade. Maintenant, j’ai le droit à un week-end tous les quinze jours. Et trois jours pendant les vacances. Le plus incroyable, c’est que Sandrine m’accusait de faits relevant du pénal, pour lesquels je risquais une peine de prison, et me demandait au civil une pension de 3 000 euros par mois. Avec le recul, il est assez évident que sa plainte avait pour but de justifier son départ précipité de la maison, me privant ainsi brutalement de mon fils. Il fallait bien de telles accusations pour expliquer ce comportement.

Que se passe-t-il après votre sortie de garde à vue ? Y a-t-il un juge d’instruction ? Êtes-vous auditionné plusieurs fois par la police ?

Il n’y a pas eu de juge d’instruction, mais seulement une enquête policière qui a été minimaliste. Même le procureur a reconnu la faiblesse de l’enquête faite exclusivement à charge. Outre les trois chefs d’accusation déjà cités, Sandrine me poursuivait aussi pour menaces de mort.

Racontez-nous l’audience…

La première chose qui m’a frappé, c’est la présence de journalistes. Ils ne s’intéressent plus du tout à moi, mais tout de même assez pour faire leurs choux gras de mes déboires. Le 23 septembre 2024, j’ai demandé à mes deux aînés, qui vivent avec moi et qui étaient donc les seuls spectateurs de notre quotidien, de venir témoigner. Cette audience pénale a duré trois heures et demie. Nous étions très confiants. Mon avocat a bien plaidé, mes enfants ont témoigné en restant très factuel, expliquant que Sandrine cherchait le conflit en permanence, qu’elle mentait sur des moments précis, et que le comportement qu’elle m’imputait était en réalité le sien. Pour nous, le seul enjeu, c’était de retrouver Julian dans des conditions acceptables.

Trois semaines après, c’est la douche froide…

Mon avocate m’apprend le 14 octobre que je suis condamné pour la détention de l’arme et pour les stupéfiants : normal, j’ai reconnu les faits, même si le prétendu cannabis était, je le répète, du CBD à plus de 80 %. Je suis relaxé pour les menaces de mort. Dans ces conditions, la relaxe pour les violences psycholo- giques semblait évidente puisque les deux reposaient sur les mêmes fondements : des déclarations invéri- fiables de Sandrine et une enquête bâclée. Et pourtant, je suis déclaré coupable. C’est incompréhensible ! J’ai fourni des pages et des pages de SMS constatés par huissier, et que mon avocat a lus à l’audience, dans lesquels Sandrine m’insulte : « T’es une ordure ! », « Une vieille merde ! », « Racaille ! », « Ton immense gueule de corbeau », « Mais y a pas une mongole qui se respecte qui reste avec toi », « T’es une merde, t’es pire qu’un arabe », « Trisomique » et d’autres horreurs. Si je suis condamné, elle devrait l’être aussi car ses insultes sont écrites, tandis qu’elle me prête des propos orduriers sans la moindre preuve. Autrement dit, j’ai les preuves des « violences psychologiques » dirigées contre moi, et c’est moi le coupable !

Depuis, en quoi votre vie a-t-elle changé ?

C’est simple, j’ai tout perdu en trois jours. Le lundi, je prends six mois avec sursis, le mardi c’est mon dernier jour à Canal+ et le mercredi, je reçois un message désolé de mon ami et metteur en scène Patrice Leconte. Il dit que tous les théâtres de province craignent de me voir finir en prison en pleine tournée, ce qui l’oblige à me remplacer pour le rôle… Je suis donc éjecté de la pièce. Cependant, je n’en veux pas à Leconte qui, pour le procès, a rédigé une attestation en ma faveur. Les pressions sont énormes, en tout cas bruyantes. Certes, je préférerais que les productions résistent, après tout, que risque-t-on à me faire jouer, d’autant que je suis présumé innocent : une mauvaise presse, 20 mani- festantes devant le théâtre, des tweets malveillants, le jugement de France Inter ? Est-ce que ça dissuaderait le public ? Ce serait dommage… Si je suis coupable d’une chose, c’est d’avoir vécu une relation toxique. Elle aurait dû se finir par une séparation amiable et un partage de la garde de notre fils. Le résultat, c’est que je ne le vois pas grandir et que je me retrouve au chômage, et sans possibilité de travailler. J’ai toujours travaillé grâce à un capital sympathie, aujourd’hui je déplais, on me craint, je suis le salaud qui a terrorisé sa compagne. Depuis quelques années, ma notoriété a baissé. Mais j’en ai encore vraisemblablement assez pour me faire virer.

Pensez-vous que vous pourrez retravailler si vous êtes blanchi ? Et sinon, avez-vous des projets ?

D’abord, il faut digérer, et comme je fais appel, la digestion sera lente… J’ai écrit un seul-en-scène sur la poli- tique. J’avais un producteur très excité par le projet, mais nous l’avons mis en suspens à cause du procès. Depuis la condamnation, j’attends son coup de fil. Je dois continuer de payer les études de mon fils Roman ; je dois assurer une vie équilibrée à mes enfants et à ma famille malgré les mensonges de mon ex-compagne et de son père. Mais celui qui paie le plus cher dans cette histoire, c’est notre fils Julian.

Pensez-vous être responsable de ce qui vous arrive ?

J’aurais dû réagir aux premiers signes, lorsqu’elle est reve- nue dans ma vie. Elle est arrivée vraiment fauchée et au bout de huit jours, elle se plaignait de la cuisson du homard. À Noël, je lui avais offert un séchoir Dyson et elle s’était plainte à mon fils parce qu’elle voulait un sac Chloé… Je n’aurais pas dû accepter son narcissisme, tous ses caprices. Je n’ai jamais cherché à humilier la femme avec laquelle je venais d’avoir un enfant, je l’aimais. En plus, j’étais prévenu par mes amis, mon entourage ; et surtout, j’étais assez responsable pour rester lucide. S’il y a eu des scènes de ménage, je n’ai jamais fait subir à Sandrine de violences psychologiques. Au contraire, je prenais sur moi chaque fois que je recevais des insultes, notamment par écrit, et à la fin j’ai été accusé de ce que je subissais. Je veux rétablir cette vérité, et retrouver mon fils.

Quand les psys écrivent des contes

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Laurent Pépin. DR.

Après une rentrée littéraire monstrueuse, pleine de livres que nous ne lirons jamais, d’idées éculées et bien-pensantes, il est temps de s’intéresser à la vraie littérature et aux petits éditeurs discrets qui dénichent de vraies plumes, comme la maison d’édition Fables fertiles qui édite les contes pour grandes personnes de Laurent Pépin. Avec Clapotille, le psychologue-écrivain clôt sa trilogie… De quoi retourner au pays des merveilles ?


Imagine-t-on Bruno Bettelheim, auteur de La Psychanalyse des contes de fées, abandonner l’analyse pour recourir à la fiction ? Ne lui manquerait-il pas un peu de cette innocence coupable qui est la clé des contes réussis ? Savoir que la princesse qui se pique le doigt à un rouet et s’endort représente toutes ces jeunes filles qui, enfin nubiles, sont mises sous clé par des parents inquiets, jusqu’à ce que l’élu se présente, ça stérilise l’imagination…

Laurent Pépin, psychologue clinicien de formation, a donc pris le risque, en écrivant ses contes modernes, d’aller dans le sens du symbolisme à la portée des caniches, comme disait Céline.

Cauchemars

Pari pourtant réussi. Après Monstrueuse féérie en 2020 (réédité en 2022 dans une version révisée), qui adoptait la voie de la poésie la plus dévastatrice pour ressusciter les monstres et les confronter, au prix d’une « décompensation poétique », avec l’elfe que chacun porte en soi, il a écrit L’Angélus des ogres (2021), qui permet de ré-affronter, à l’âge adulte, les bêtes étranges qui vivent sous votre lit — belle métaphore de l’inconscient. Le Petit Poucet choisit de rester dans la forêt où les ogresses sont anorexiques, et les enfants traumatisés sont consolés avec des « éclairs à la viande crue ; babas à l’encre de lampyre ; gâteaux au sang caillé : tarte, où les olives et les raisins voisinaient avec la chair noire, faisandée, de bêtes en décomposition, tourtes aux pruneaux et aux anguilles vivantes qui frétillaient dans le feuilletage » : il s’agit de permettre aux malades que nous sommes de surmonter leurs traumas en redécouvrant des liens oubliés entre les mots. Parce que construire des phrases avec ses cauchemars est le premier pas vers une libération espérée.

Laurent Pépin achève, avec Clapotille (toujours dans la petite maison d’édition des Fables fertiles) une trilogie dont le titre global est Se tenir debout face aux vivants. Sacré programme.

A lire aussi: « Houris » et Kamel Daoud Prix Goncourt !

La toute jeune Capotille évolue dans « les bas-fonds de la Ville ». La terreur est partout, « les gens se cachent et ceux qui ne se cachent pas, ce sont tous des gens identiques ». Le rêve est devenu illégal, dangereux puisque susceptible de virer au cauchemar. Un effluve de rêve de travers et vous voilà bourreau et non plus victime. C’est le Rhinocéros de Ionesco repensé par Sigmund F. A chaque phrase nous faisons « des allers-et-retours entre son monde imaginaire et notre médiocrité désenchantée ». Nous ne sommes pas loin de ces bars-à-rêves clandestins aux noms de cocktails hallucinés — ceux peut-être que confectionnait Colin sur son pianocktail dans L’Ecume des jours. L’un sirote son « rêve-lointain-de-paysages-oubliés », l’autre son « rêve-à-exhumer-les-amours-perdues » : annoncez la fêlure de votre âme, comme disait Baudelaire, vos monstres et vos trous noirs distordus. Ciel ! Serait-ce une métaphore ?

Notre rapport perdu à l’imaginaire

Clapotille n’est ni un conte ni une dystopie, mais une fable, à peine déguisée, sur la tragédie de notre temps et notre rapport à la littérature et à l’imaginaire.

Nous nous sommes laissés endormir par la réalité-vraie, le récit-véridique, le témoignage-vécu et autres sornettes, taxant d’histoires de bonnes femmes les recettes à base de bave de grenouille. Nous avons oublié que c’est sous l’esquisse des vagues de l’horreur qu’« une réalité brute se transforme un jour en une image allégorique » : « Des formes apparaissent dans le flacon, des ombres, des essaims de couleurs. Et une musique ancienne, accrochée aux souvenir du corps » — mais c’est à nous, lecteurs, d’y mettre nos notes. Grâce aux inventeurs de mondes comme Laurent Pépin, nous ne sommes pas toujours « condamnées à nous dessiner tout seul », ni à errer comme des âmes en peine.

Laurent Pépin, Monstrueuse féérie, Fables fertiles, 2020 et 2022, 120 p.

L’Angélus des ogres, Fables fertiles, octobre 2023, 100 p.

Clapotille, Fables fertiles, octobre 2024, 125 p.

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L’amour, continent mystérieux

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L'écrivain Philippe Labro invité de l'émission "La grande librairie" sur France 5, cette semaine. Capture TV.

Philippe Labro, le plus américain de nos écrivains français, qui fêta ses 18 ans sur une route américaine, peut-être la mythique 66, publie chez Gallimard ce qu’on appelle une novella, texte trop court pour être un roman, et trop long pour être une nouvelle.


La novella, c’est un genre exigeant. Il faut du rythme, de la précision, de l’équilibre. Labro possède toutes ces qualités. Ajoutons-y la plus importante : l’imagination. Le délicieux et morandien Michel Mohrt, au crépuscule de sa longue vie, avait lui aussi signé une novella intitulée Un soir, à Londres. Martin a rendez-vous avec Victoria qu’il a connue pendant son enfance. Mais la ressemblance entre les deux récits s’arrête là…

Les bons cinéastes font de bons romanciers

Ça commence à Paris, en 1961. Le gris domine, celui des façades de la capitale, des costumes des ministres, du ciel. La guerre d’Algérie agite tous les esprits. Un homme et une femme sont sur le point de se quitter. Élisabeth et Lucas, entre 20 et 23 ans, se sont aimés, mal. Lucas était immature et trop narcissique, dépressif, déjà vieux dans sa tête à vouloir vivre dans le passé proche. Les yéyés avaient tout emporté ; mais lui s’obstinait à écouter les grands standards américains des années 30 et 40. Il était également cinéphile, une dévorante passion. Élisabeth n’était pas de nature rêveuse. Blonde, d’un blond « Racing », le sourire « Colgate », les yeux jais, elle possédait un tempérament qui ne se satisfaisait pas des états d’âme de Lucas, jeune homme autodestructeur hanté par la mort de son frère Antoine, tué en Algérie. Alors elle a rompu, tandis que Lucas évoquait la maladie des marronniers du jardin du Luxembourg et « le caca » des pigeons qui dérèglait les horloges de Paris. La scène de rupture est très cinématographique. Rien d’étonnant : Philippe Labro a réalisé de bons films. Mais les mots qu’il emploie pour évoquer la rupture ne ratent pas leur cible, le cœur du lecteur. Il écrit : « Lorsqu’une femme choisit de rompre, elle agit avec une détermination, une énergie quasi féroce, des gestes précis et concrets, les preuves tangibles du non-retour. » Il ajoute, cruel : « Les hommes sont plus lâches. Ils ont peur de la solitude. Leur faiblesse est là. »

A lire aussi, Thomas Morales: Le premier Labro est enfin arrivé!

40 ans plus tard, le hasard permet à Lucas et Élisabeth de se retrouver sur la 5e Avenue. Elle reconnaît son dos, immédiatement. On est en 2001. « Le viol » des Twin Towers par les Boeing des terroristes saoudiens vient de se produire. Changement de paradigme, accélération de l’Histoire. Le XXIe commence. La guerre fait débuter les siècles. Philippe Labro analyse avec pertinence les bouleversements qui se produisent dans le cerveau des soldats. Lucas, peut-être un peu mythomane, raconte qu’il a passé près de dix mois au Viêtnam, au milieu des combats. À Élisabeth, au bar d’un hôtel, le Sherry Netherland, devant un gimlet – gin et jus de citron vert –, Lucas s’épanche : « Car c’est un virus, la guerre. On prétend que le virus a disparu et l’on suppose que les poumons sont intacts. C’est faux. Il y a des fibroses qui restent. Et puis, comment te dire, il n’y a plus grand-chose qui t’étonne. » Ils se racontent leur absence de 40 ans. Je vous laisse la découvrir, avec leurs joies et leurs désillusions. Ça ne colle toujours pas vraiment entre eux. Philippe Labro avoue : « Ils étaient devenus deux adultes qui ne ressemblaient plus aux jeunes gens d’autrefois. Ressemblaient-ils à eux-mêmes ? »

Nostalgie, une définition

Lucas n’est pas un homme complet, et cette incomplétude dérange Élisabeth. Il se drape alors dans la nostalgie, ce qui permet à Labro d’écrire une belle page sur ce qui est la preuve d’un manque impossible à combler. Il résume ainsi la nostalgie : « L’odeur des peaux de mandarine dans les wagons de deuxième classe. » Des deux, c’est Élisabeth la plus américaine car si le Français dit que « c’était mieux avant », l’Américain annonce que « demain est un autre jour. » Elle s’éloigne à nouveau pour lui laisser le temps de se trouver, et de composer avec « la parfaite imperfection de (sa) vie. »

La fin est inattendue. L’amour nous réserve des surprises. Il prend son temps, qui n’est pas celui du plus-que-présent que l’époque nous impose. Il échappe aux lois de la rationalité. C’est, au fond, assez rassurant. 

Philippe Labro, Deux gimlets sur la 5e Avenue, Gallimard. 128 pages.

Deux gimlets sur la 5ᵉ Avenue

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