Même ceux qui n’ont pas de frontières ont des limites ! Ainsi la soirée des Oscar a finalement été une grande déception : nous n’avons pas eu droit aux remerciements de Laurent Cantet ni à la photo de sa joyeuse bande d’adolescents dont la-mère-de l’un-d’eux-est-sans-papier. On remarquera qu’une fois Entre les murs écarté l’Oscar du meilleur film étranger n’intéresse plus personne. Combien de ceux qui n’ont pas passé la nuit devant leur poste savent que c’est un film japonais, Departures, qui a raflé le petit bonhomme doré ? La plupart des rédactions, prises de court, ont fait appel à la dépêche de l’AP selon lequel le film de Yojiro Takita « raconte l’histoire d’un homme qui prépare les corps pour les enterrements ». En fait, il s’agit de les préparer à la crémation. Peu importe, ces gens-là sont tous pareils et leurs films aussi. Finalement, à défaut de triomphe hollywoodien pour Entre les murs, ce qui a gagné à Paris, c’est l’esprit intramuros.
2500 ans de solitude
Grâce soit rendue à Arte d’avoir consacré, l’autre mercredi, une journée spéciale à l’Iran à l’occasion du trentième anniversaire de la révolution islamique. La chaîne a ainsi accompli un salutaire travail d’information sur ce pays toujours aussi méconnu, depuis qu’il est craint, en tant que successeur de l’Irak dans le rôle peu enviable d’ »axe du Mal ».
Hier, le danger principal pour la paix mondiale, c’était – n’oublions jamais – les « armes de destruction massive » du dictateur Saddam Hussein. Demain paraît-il, si l’on n’y prend garde, ce sera la bombe atomique aux mains de l’incontrôlable démagogue Ahmadinejad. Hier la moustache, demain la barbe !
En attendant, si j’ose dire, pour comprendre les relations chaotiques de l’Iran avec les puissances occidentales, il n’est pas inutile de se remémorer son histoire plurimillénaire et la culture du même métal. Ni de découvrir la société iranienne actuelle dans son étonnante complexité : conservatisme et modernité, « désir de réforme » et «tentation fondamentaliste», comme on dit dans la bonne presse.
Moment fort de cette journée, à 20 h 45 : le documentaire intitulé Iran, une puissance dévoilée, signé par l’excellent Jean-François Colosimo, écrivain, théologien et esprit libre. Autant lever d’emblée le suspense ! Ce film est à la hauteur du défi que s’est lancé l’auteur : raconter en quatre-vingt-dix minutes cent ans d’histoire iranienne, de la découverte du pétrole à la crise du nucléaire. Un siècle de convulsions politiques : coups d’Etat et contre-coups ; purges et assassinats ; occidentalisation à marche forcée et réaction nationale-religieuse. Remontant aux sources de la confrontation actuelle entre Iran et Occident, Colosimo ne saurait faire l’économie d’un certain didactisme ; mais après tout, le même soir, on pouvait préférer France-Argentine (TF1) ou Astérix aux Jeux Olympiques (Canal+).
Comme en exergue, le documentaire s’ouvre sur une phrase de l’ancien président Ali Akbar Rafsandjani : « La position géographique de l’Iran est un point sensible au carrefour du monde. » Délicate litote pour évoquer la non moins délicate situation d’un pays de longtemps coincé entre plusieurs mondes – et autant d’appétits… Ainsi la révolution khomeiniste, qu’on a prise un peu vite pour purement « ayatollesque », apparaît-elle aussi (surtout ?) comme un sursaut de fierté nationale face aux humiliations subies par le peuple iranien depuis le début du XXe siècle.
Je résume pour ceux qui auraient raté Arte (admirons l’allitération). En 1908, la découverte de pétrole dans le sous-sol iranien suscite – qui l’eût cru – un regain général d’intérêt pour ce pays. Mais c’est l’Occident (dignement représenté alors par l’Empire britannique) qui remporte le marché – non sans récompenser au passage l’Iran en le plaçant sous son aile tutélaire. Ce protectorat en pointillé durera jusqu’aux années 1950. Après quoi nos amis les Anglais, épuisés comme toute l’Europe par la deuxième guerre civile européenne (39-45), n’auront d’autre choix que de céder progressivement la place aux Américains.
Avec ceux-ci, et leur bras armé la CIA, plus question de pointillés. Dès 1953, chah en poche, ils déposent le leader nationaliste Mossadegh et s’emparent de la réalité du pouvoir. Ils expérimentent ainsi une « technique du coup d’Etat », comme disait l’autre, qui sera leur marque de fabrique durant toute la deuxième moitié du XXe siècle – sans compter le cadeau Bonux George W. Bush… Ça me rappelle la devinette posée par Michelle Bachelet, présidente du Chili, à des journalistes américains cois : « Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de putsch aux Etats-Unis ? – Fastoche : parce qu’il n’y a pas d’ambassade américaine ! » Pas de contre-coup sans coup. Pas de « révolution khomeiniste » en 1979 sans parachutage du chah en 1953. (Action-réaction ! comme disait le pion Kad Merad dans Les Choristes.) Telle est l’utilité du documentaire de Colosimo : une remise en perspective qui n’est pas précisément la spécialité – ou le « format », comme dirait l’ami Pujadas – du 20 heures.
Et depuis trente ans, quelles raisons l’Iran a-t-il eues de renoncer au «nationalisme sourcilleux» dont on lui fait reproche ? En tout cas, pas la guerre particulièrement meurtrière que le pays a dû livrer contre l’Irak après l’attaque de Saddam Hussein, en septembre 1980. Certes nous l’avons pendu depuis, mais après usage ! En attendant, et durant ces huit années de conflit, le dictateur irakien aura bénéficié du soutien unanime et constant de l’Occident crétin.
Et voilà-t-il pas que, depuis l’«invasion libératrice» de l’Irak par les Etats Unis, l’Iran a été appelé à remplacer au pied levé son adversaire historique dans le rôle peu gratifiant de « Grand Satan » ? Que voulez-vous? Une bombe atomique, même future et putative, c’est quand même plus impressionnant que des «ADM» détruites avant même d’avoir existé. Bien sûr, on peut toujours reprocher à Colosimo de ne pas donner la parole aux oppositions iraniennes. Mais tel n’est pas l’objet, déjà vaste, de son film – qui lui impose une démarche comme qui dirait « gaullienne ». Le Général parlait d’Etat à Etat – et même de Russie éternelle devant un Politburo brejnevien qui n’en croyait pas son oreillette. Mutatis mutandis, le Colos adopte une attitude comparable : il nous parle de la nation iranienne ; pas de son régime actuel.
Et puis surtout, il convient de resituer ces quatre-vingt-dix minutes dans les quatorze heures de programmes consacrées à l’Iran ce jour-là : on y parle de tout, et tout le monde y a la parole ! Le plus impressionnant, à cet égard : les dix reportages de cinq minutes qui jalonnent cette « Journée spéciale », signés de la journaliste et cinéaste Manon Loizeau (prix Albert-Londres en 2006). Chacun s’y exprime en toute liberté – quitte à le faire, en cas de nécessité, sous couvert d’anonymat. (Comme quoi le voile, parfois, c’est bien utile !) On découvre ainsi une société complexe, traversée de courants divers et contradictoires. Ainsi parle un étudiant de Téhéran : « Nous avons réappris très jeunes, dès l’école des mollahs, à ne jamais dire à l’extérieur de la maison ce que nous pensons (…) Nous passons notre temps à jouer au chat et à la souris avec le régime, c’est la seule manière de sauver notre identité et notre peau ! »
Et puis, dans la programmation d’Arte, le documentaire de J.-F. Colosimo est encadré par un reportage et un film tout ce qu’il y a de plus critiques à l’égard du pouvoir en place à Téhéran. A 19 h, La télé des Iraniens. On y apprend qu’outre les télévisions nationales qui martèlent le message officiel, il existe en Iran des chaînes diffusées depuis l’étranger et captées par des paraboles cachées, où l’on peut voir et entendre tout ce que les autorités s’efforcent de censurer. A 23 h, Le Cercle, de Jafar Panaki, Lion d’or à Venise mais censuré en Iran : l’histoire de «six femmes proscrites dans un Téhéran aux allures de prison géante», comme dit le dossier de presse. Auparavant on avait pu voir aussi un portrait sans complaisance du président Ahmadinejad : une sorte de René Coty en plus drôle ! Les excès de langage de ce démagogue ne portent guère à conséquence, puisqu’il ne détient pas la réalité du pouvoir, réservée au «Guide suprême de la Révolution».
Au bout du compte, le grand mérite de cette Journée spéciale Iran est de balayer les idées simples et les clichés voilés (si l’on ose ce trait d’esprit), en dessinant par petites touches l’image de l’Iran réel. Un pays aux multiples facettes où se côtoient raffinement culturel et intégrisme religieux, interdits tous azimuts et société civile d’une incroyable vitalité – le tout dans le cadre politique d’une «République islamique», sorte d’oxymoron à pattes avec Parlement et turbans coordonnés. Et comme le montre admirablement Colosimo, cet Iran-là, paradoxal et schizophrène, est avant tout une vieille nation qui, 2500 ans après Cyrus le Grand, et malgré un siècle de vexations et de violences étrangères, cherche à persister dans l’être par tous les moyens, même légaux.
Ciao Walter !
C’est finalement Dario Franceschini, avocat de cinquante ans issu de la démocratie chrétienne, qui a été élu samedi à la tête du Parti démocrate italien (centre gauche). Son prédécesseur, Walter Veltroni, avait démissionné dès le lendemain de la raclée mémorable infligée à son candidat par celui de Berlusconi lors des élections régionales en Sardaigne. Veltroni avait été l’un des principaux acteurs de la mutation du PCI en parti social-démocrate d’abord, puis démocrate tout court ensuite. Il devrait être inscrit au Guiness book of records dans la catégorie « autocritique » pour avoir déclaré, à propos de son passé communiste : « Il ne suffit pas de reconnaître que nous avons eu tort, encore faut-il admettre que nos adversaires de l’époque avaient raison ! » Les électeurs l’ont reçu cinq sur cinq.
Un crime contre l’Humanité évité de justesse
Nonobstant mon aversion pour le nord-ouest de la capitale, j’avais prévu, ce dimanche, de faire un saut à la mairie du XVIIe. Je comptais aller traîner mes guêtres à l’expo organisée par les associations “Vérité et Justice” et “Solidarité-Kosovo”. Une expo de dessins d’enfants issus de la diversité, comme on dit, puisque qu’il s’agit de petits Serbes du Kosovo.
Normalement, je ne suis pas très caritatif. Mais d’abord on m’avait gentiment demandé de venir et puis ensuite, en amateur éclairé de causes perdues, je suis avec intérêt et amusement les pérégrinations des desperados humanistes de “Solidarité-Kosovo”. En particulier, j’avais beaucoup aimé que, suite à la fermeture d’une salle de boxe dans la banlieue grenobloise, Arnaud Borella et ses camarades récupèrent tous le matos, ring compris, pour l’expédier à Triffouillitch-les-Oies, au fin fond des dernières enclaves serbes du Kosovo. Convoyer des punching-balls ou des culottes Everlast, ça vous a quand même plus d’allure que de refiler aux mioches du bout du monde des vieilles barboteuses Absorba mitées ou des cartables troués avec Maya l’abeille dessus.
Je m’apprêtai donc à aller gentiment à la Mairie du XVIIe, histoire de verser trois thunes et de m’extasier avec tous les autres visiteurs sur les dessins des marmots serbo-kosovars. Je suis prêt à rudoyer pas mal de tabous, mais tout de même pas celui qui veut que tous les enfants aient du talent.
Mais non, finalement, je n’irai pas à la Mairie du XVIIe, j’irai au cinéma, voir Le bon, la brute et le cinglé, si ça se joue encore, ou sinon j’irai rererevoir The Big Lebowski, qui repasse ce dimanche au Champo. Parce que figurez-vous que Mme Brigitte Kuster, maire UMP dudit arrondissement, a annulé ladite expo. Elle l’a annulé alors que les 50 dessins étaient déjà accrochés dans la salle des fêtes, que des milliers d’invitations étaient déjà parties dans toute la France et que trente-six ambassadeurs avaient été invités au vernissage, plusieurs d’entre eux ayant confirmé leur présence. Motif de cette interdiction de dernière minute ? Mme Brigitte Kuster semble avoir découvert la veille de l’inauguration que cette expo était « politique ». Le programme de l’expo, des débats et des comptes-rendus d’action humanitaires était pourtant arrêté – et négocié avec la mairie – depuis plusieurs semaines.
Oui, mais voilà : quelqu’un a semble-t-il signalé à Mme le Maire UMP que l’association “Vérité et Justice” avait édité, il a six ans, Ma vérité, un livre de Slobodan Milosevic. Et les enfants serbes furent donc privés d’expo, les bénévoles ont été priés de remballer sur-le-champ les dessins qui déshonoraient l’édifice public. Non mais !
J’en déduis d’abord que Mme Brigitte Kuster est une abrutie. J’en déduis aussi que si l’UMP n’exclut pas illico de ses rangs cette censeuse, elle prouvera, si besoin était, sa nature foncière de parti d’abrutis. J’en déduis enfin que le mec qui dans Causeur a apporté son soutien aux mêmes élus UMP du XVIIe, quand ils bataillaient il y a quelques mois contre Delanoë pour imposer une place Alexandre-Soljenitsyne dans leur arrondissement et qui a bêtement cru qu’ils le faisaient par amour de la liberté d’expression, en l’occurrence un certain Marc Cohen, est lui aussi un abruti de première.
Georges Labica, mourir en colère
Le philosophe Georges Labica, né en 1930, est mort le jeudi 12 février. Ce spécialiste de la théorie marxiste, professeur émérite, enseigna longtemps à Nanterre. Disciple d’Henri Lefèbvre et d’Althusser, il quitta le PCF au début des années 1980. Il a, parmi de nombreux ouvrages, dirigé un monumental Dictionnaire critique du marxisme (PUF, 1981) Dans Démocratie et révolution (Le temps des cerises, 2002), Georges Labica écrivait notamment : « Le communisme, c’est le seul contrepoison, le seul antidote, le seul remède, la seule alternative à la société d’exploitation, au capitalisme qui jamais n’a le visage humain. Tous les damnés de la terre savent ça, qui sont de plus en plus nombreux et de plus en plus damnés. Seuls les salauds ne sont pas avec eux et c’est comme ça qu’on les reconnaît. » On n’est évidemment pas obligé d’être d’accord, mais il faut savoir que mourir en colère, pour le coup, c’est à ça qu’on reconnaît un communiste. Il n’y a pas, pour eux, de réconciliation possible avec ce monde-là.
Cadavres sans placard

L’exposition « Our Body » vient d’ouvrir ses portes à Paris (Espace 12 Madeleine jusqu’au 12 mai prochain). Les organisateurs la garantissent « éducative et artistique »… Présentant à la vue des spectateurs leur corps et leurs organes écorchés, les dix-sept cadavres d’origine chinoise sont, bien malgré eux, au cœur d’une vive polémique. Retrouvez les impubliables de Babouse sur son carnet.
Outing en tout genre
Je ne sais plus très bien comment cette histoire a commencé. Personne ne le sait plus vraiment au demeurant. Tout s’est passé si vite quand Jean-Paul Huchon a convoqué la presse parisienne et ses arrière-bans pour faire le plus déroutant des coming out.
Son teint rose pâlissait sous la sueur quand il annonça tout de go : « Je suis antillais. Je suis le président d’une île. Et l’Ile de France, ça n’est pas rien : le coût de la vie y est plus cher que dans le Larzac. C’est la faute à la métropole. » Reprenant son souffle, il garda plusieurs secondes un silence qui lui convenait fort bien avant d’enchaîner : « Je suis non seulement antillais, mais je suis noir aussi. Complètement. » Mouvement imperceptible d’émotion, larmes aux yeux, souvenirs du commerce triangulaire de sinistre mémoire. La salle de presse de la Région Ile-de-France se vida avant que Jean-Paul Huchon pût montrer aux téméraires qui s’étaient avisés de rester quels étaient les attributs de sa néo-négritude.
Le lendemain, certains étaient encore bouche bée quand un fil de l’AFP tomba : Martine Aubry venait de confier au Courrier picard qu’elle s’appelait Raymond, qu’elle venait d’une tribu indienne et qu’elle avait été élevée à Lille par un couple qui avait décidé de lui donner le nom de Pocahontas. La réplique ne se fit pas attendre : Voici publia aussitôt un entretien exclusif avec Ségolène Royal disant qu’elle était de toute façon hyper participative. Et pas que là. A droite, Roselyne Bachelot déclarait au même moment : « Je suis une femme », mais personne ne prêta la moindre attention à ses élucubrations, qui furent, il faut le dire, vite occultées par la cérémonie de pacs entre Alain Juppé et Noël Mamère. Christian Vanneste pleura beaucoup : « Un si beau chauve, un si beau chauve avec un moustachu. »
A l’Elysée, Nicolas Sarkozy annonçait dans la foulée qu’Angela Merkel et Taro Aso quittaient le G8, permettant aux six membres restant de réaliser l’un des plus vieux rêves de l’humanité[1. Henri Guaino avait écrit le discours.] : reconstituer les Village People.
Jean-Luc Mélenchon eut beau avouer ses penchants pour les hommes à gros sourcils « du genre Emmanuelli », la presse préféra croire Olivier Besancenot lorsqu’il déclara reluquer les vieux et être à la colle depuis cinq ans avec Alain Krivine. Quant à Laurence Parisot, on le savait, mais elle sauta sur l’occasion pour rendre la chose publique : « Laguillier me fait chauffer le CAC40. »
Plus rien ne restait vraiment de la République. L’affaire culmina lorsque Jean-François Kahn annonça lui-même qu’il n’avait jamais été patron de presse, mais transformiste : depuis 1975, il jouait le sosie de Marie-George Buffet chez Michou.
Et puis vint l’ultime saillie, provocante et libératrice : Bertrand Delanoë avoua qu’il en pinçait pour Françoise de Panafieu, tandis que Roger Karoutchi disait de Rachida Dati : « Quelle belle femme. » Les deux furent heureusement conduits à l’hôpital Sainte-Anne dans la rue du même nom. Et comme Jean-Luc Romero traînait par là, ils y eurent une belle fin de vie. Rapide et digne. Bien entendu, Marc Cohen vint leur tenir la main, uniquement pour toucher les 49 euros prévus par la loi. Fois deux, ça ne se refuse pas. Mais le bougre les but si vite[2. En Havane Club 3 ans d’âge.] qu’on en oublia rapidement toute cette ténébreuse affaire.
Ça platine grave à l’UMP
Me Isabelle Wekstein n’est pas contente. Mais alors pas du tout. Avocate du groupe américain MGMT, elle se plaint que l’UMP ait utilisé à plusieurs reprises l’un des titres fétiches de son client : Kids, en le faisant passer d’abord au Conseil national du 24 janvier, puis lors d’un déplacement de Xavier Bertrand dans le Maine-et-Loire, enfin dans deux vidéos diffusées par le parti présidentiel. Trop, c’est trop. Réparation est demandée. Situation cocasse : à l’UMP on fait la sourde oreille et on jure qu’on prêtera attention aux récriminations de Me Wekstein quand l’Assemblée aura voté le projet de loi réprimant le piratage des œuvre artistiques sur Internet. Ce vote devrait intervenir le 4 mars prochain. Jusque-là, pirate qui s’en dédit, on fait comme si de rien n’était. Un petit conseil au disc jockey du parti de Xavier Bertrand : il vaudra mieux à l’avenir utiliser des œuvres tombées dans le domaine public. Emile Waldteufel, La valse des patineurs : ça collerait pile poil.
[mdeezer + 536485 Kids]
Georgia on my mind
Décidément, la Géorgie a de la ressource. Après une guerre désastreuse avec la Russie cet été, Tbilissi a trouvé le moyen de prendre sa revanche. Pour le prochain concours de l’Eurovision qui aura lieu à Moscou, la république caucasienne a choisi une chanson au refrain équivoque, jouant sur le nom du Premier ministre présidentiel russe : « We don’t wanna Put In ». Le parolier Bibi Kvachadzé se défend de toute intention non artistique, mais nous avons quelques doutes, comme en ont d’ailleurs les organisateurs de ce concours bizarre dont les règles interdisent formellement tout contenu politique. Ce qui a été pris par la force sera repris par la fanfare.
[youtube]gRXHFMPkcfk[/youtube]
Les Oscars ne sont pas murs
Même ceux qui n’ont pas de frontières ont des limites ! Ainsi la soirée des Oscar a finalement été une grande déception : nous n’avons pas eu droit aux remerciements de Laurent Cantet ni à la photo de sa joyeuse bande d’adolescents dont la-mère-de l’un-d’eux-est-sans-papier. On remarquera qu’une fois Entre les murs écarté l’Oscar du meilleur film étranger n’intéresse plus personne. Combien de ceux qui n’ont pas passé la nuit devant leur poste savent que c’est un film japonais, Departures, qui a raflé le petit bonhomme doré ? La plupart des rédactions, prises de court, ont fait appel à la dépêche de l’AP selon lequel le film de Yojiro Takita « raconte l’histoire d’un homme qui prépare les corps pour les enterrements ». En fait, il s’agit de les préparer à la crémation. Peu importe, ces gens-là sont tous pareils et leurs films aussi. Finalement, à défaut de triomphe hollywoodien pour Entre les murs, ce qui a gagné à Paris, c’est l’esprit intramuros.
2500 ans de solitude
Grâce soit rendue à Arte d’avoir consacré, l’autre mercredi, une journée spéciale à l’Iran à l’occasion du trentième anniversaire de la révolution islamique. La chaîne a ainsi accompli un salutaire travail d’information sur ce pays toujours aussi méconnu, depuis qu’il est craint, en tant que successeur de l’Irak dans le rôle peu enviable d’ »axe du Mal ».
Hier, le danger principal pour la paix mondiale, c’était – n’oublions jamais – les « armes de destruction massive » du dictateur Saddam Hussein. Demain paraît-il, si l’on n’y prend garde, ce sera la bombe atomique aux mains de l’incontrôlable démagogue Ahmadinejad. Hier la moustache, demain la barbe !
En attendant, si j’ose dire, pour comprendre les relations chaotiques de l’Iran avec les puissances occidentales, il n’est pas inutile de se remémorer son histoire plurimillénaire et la culture du même métal. Ni de découvrir la société iranienne actuelle dans son étonnante complexité : conservatisme et modernité, « désir de réforme » et «tentation fondamentaliste», comme on dit dans la bonne presse.
Moment fort de cette journée, à 20 h 45 : le documentaire intitulé Iran, une puissance dévoilée, signé par l’excellent Jean-François Colosimo, écrivain, théologien et esprit libre. Autant lever d’emblée le suspense ! Ce film est à la hauteur du défi que s’est lancé l’auteur : raconter en quatre-vingt-dix minutes cent ans d’histoire iranienne, de la découverte du pétrole à la crise du nucléaire. Un siècle de convulsions politiques : coups d’Etat et contre-coups ; purges et assassinats ; occidentalisation à marche forcée et réaction nationale-religieuse. Remontant aux sources de la confrontation actuelle entre Iran et Occident, Colosimo ne saurait faire l’économie d’un certain didactisme ; mais après tout, le même soir, on pouvait préférer France-Argentine (TF1) ou Astérix aux Jeux Olympiques (Canal+).
Comme en exergue, le documentaire s’ouvre sur une phrase de l’ancien président Ali Akbar Rafsandjani : « La position géographique de l’Iran est un point sensible au carrefour du monde. » Délicate litote pour évoquer la non moins délicate situation d’un pays de longtemps coincé entre plusieurs mondes – et autant d’appétits… Ainsi la révolution khomeiniste, qu’on a prise un peu vite pour purement « ayatollesque », apparaît-elle aussi (surtout ?) comme un sursaut de fierté nationale face aux humiliations subies par le peuple iranien depuis le début du XXe siècle.
Je résume pour ceux qui auraient raté Arte (admirons l’allitération). En 1908, la découverte de pétrole dans le sous-sol iranien suscite – qui l’eût cru – un regain général d’intérêt pour ce pays. Mais c’est l’Occident (dignement représenté alors par l’Empire britannique) qui remporte le marché – non sans récompenser au passage l’Iran en le plaçant sous son aile tutélaire. Ce protectorat en pointillé durera jusqu’aux années 1950. Après quoi nos amis les Anglais, épuisés comme toute l’Europe par la deuxième guerre civile européenne (39-45), n’auront d’autre choix que de céder progressivement la place aux Américains.
Avec ceux-ci, et leur bras armé la CIA, plus question de pointillés. Dès 1953, chah en poche, ils déposent le leader nationaliste Mossadegh et s’emparent de la réalité du pouvoir. Ils expérimentent ainsi une « technique du coup d’Etat », comme disait l’autre, qui sera leur marque de fabrique durant toute la deuxième moitié du XXe siècle – sans compter le cadeau Bonux George W. Bush… Ça me rappelle la devinette posée par Michelle Bachelet, présidente du Chili, à des journalistes américains cois : « Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de putsch aux Etats-Unis ? – Fastoche : parce qu’il n’y a pas d’ambassade américaine ! » Pas de contre-coup sans coup. Pas de « révolution khomeiniste » en 1979 sans parachutage du chah en 1953. (Action-réaction ! comme disait le pion Kad Merad dans Les Choristes.) Telle est l’utilité du documentaire de Colosimo : une remise en perspective qui n’est pas précisément la spécialité – ou le « format », comme dirait l’ami Pujadas – du 20 heures.
Et depuis trente ans, quelles raisons l’Iran a-t-il eues de renoncer au «nationalisme sourcilleux» dont on lui fait reproche ? En tout cas, pas la guerre particulièrement meurtrière que le pays a dû livrer contre l’Irak après l’attaque de Saddam Hussein, en septembre 1980. Certes nous l’avons pendu depuis, mais après usage ! En attendant, et durant ces huit années de conflit, le dictateur irakien aura bénéficié du soutien unanime et constant de l’Occident crétin.
Et voilà-t-il pas que, depuis l’«invasion libératrice» de l’Irak par les Etats Unis, l’Iran a été appelé à remplacer au pied levé son adversaire historique dans le rôle peu gratifiant de « Grand Satan » ? Que voulez-vous? Une bombe atomique, même future et putative, c’est quand même plus impressionnant que des «ADM» détruites avant même d’avoir existé. Bien sûr, on peut toujours reprocher à Colosimo de ne pas donner la parole aux oppositions iraniennes. Mais tel n’est pas l’objet, déjà vaste, de son film – qui lui impose une démarche comme qui dirait « gaullienne ». Le Général parlait d’Etat à Etat – et même de Russie éternelle devant un Politburo brejnevien qui n’en croyait pas son oreillette. Mutatis mutandis, le Colos adopte une attitude comparable : il nous parle de la nation iranienne ; pas de son régime actuel.
Et puis surtout, il convient de resituer ces quatre-vingt-dix minutes dans les quatorze heures de programmes consacrées à l’Iran ce jour-là : on y parle de tout, et tout le monde y a la parole ! Le plus impressionnant, à cet égard : les dix reportages de cinq minutes qui jalonnent cette « Journée spéciale », signés de la journaliste et cinéaste Manon Loizeau (prix Albert-Londres en 2006). Chacun s’y exprime en toute liberté – quitte à le faire, en cas de nécessité, sous couvert d’anonymat. (Comme quoi le voile, parfois, c’est bien utile !) On découvre ainsi une société complexe, traversée de courants divers et contradictoires. Ainsi parle un étudiant de Téhéran : « Nous avons réappris très jeunes, dès l’école des mollahs, à ne jamais dire à l’extérieur de la maison ce que nous pensons (…) Nous passons notre temps à jouer au chat et à la souris avec le régime, c’est la seule manière de sauver notre identité et notre peau ! »
Et puis, dans la programmation d’Arte, le documentaire de J.-F. Colosimo est encadré par un reportage et un film tout ce qu’il y a de plus critiques à l’égard du pouvoir en place à Téhéran. A 19 h, La télé des Iraniens. On y apprend qu’outre les télévisions nationales qui martèlent le message officiel, il existe en Iran des chaînes diffusées depuis l’étranger et captées par des paraboles cachées, où l’on peut voir et entendre tout ce que les autorités s’efforcent de censurer. A 23 h, Le Cercle, de Jafar Panaki, Lion d’or à Venise mais censuré en Iran : l’histoire de «six femmes proscrites dans un Téhéran aux allures de prison géante», comme dit le dossier de presse. Auparavant on avait pu voir aussi un portrait sans complaisance du président Ahmadinejad : une sorte de René Coty en plus drôle ! Les excès de langage de ce démagogue ne portent guère à conséquence, puisqu’il ne détient pas la réalité du pouvoir, réservée au «Guide suprême de la Révolution».
Au bout du compte, le grand mérite de cette Journée spéciale Iran est de balayer les idées simples et les clichés voilés (si l’on ose ce trait d’esprit), en dessinant par petites touches l’image de l’Iran réel. Un pays aux multiples facettes où se côtoient raffinement culturel et intégrisme religieux, interdits tous azimuts et société civile d’une incroyable vitalité – le tout dans le cadre politique d’une «République islamique», sorte d’oxymoron à pattes avec Parlement et turbans coordonnés. Et comme le montre admirablement Colosimo, cet Iran-là, paradoxal et schizophrène, est avant tout une vieille nation qui, 2500 ans après Cyrus le Grand, et malgré un siècle de vexations et de violences étrangères, cherche à persister dans l’être par tous les moyens, même légaux.
Ciao Walter !
C’est finalement Dario Franceschini, avocat de cinquante ans issu de la démocratie chrétienne, qui a été élu samedi à la tête du Parti démocrate italien (centre gauche). Son prédécesseur, Walter Veltroni, avait démissionné dès le lendemain de la raclée mémorable infligée à son candidat par celui de Berlusconi lors des élections régionales en Sardaigne. Veltroni avait été l’un des principaux acteurs de la mutation du PCI en parti social-démocrate d’abord, puis démocrate tout court ensuite. Il devrait être inscrit au Guiness book of records dans la catégorie « autocritique » pour avoir déclaré, à propos de son passé communiste : « Il ne suffit pas de reconnaître que nous avons eu tort, encore faut-il admettre que nos adversaires de l’époque avaient raison ! » Les électeurs l’ont reçu cinq sur cinq.
Un crime contre l’Humanité évité de justesse
Nonobstant mon aversion pour le nord-ouest de la capitale, j’avais prévu, ce dimanche, de faire un saut à la mairie du XVIIe. Je comptais aller traîner mes guêtres à l’expo organisée par les associations “Vérité et Justice” et “Solidarité-Kosovo”. Une expo de dessins d’enfants issus de la diversité, comme on dit, puisque qu’il s’agit de petits Serbes du Kosovo.
Normalement, je ne suis pas très caritatif. Mais d’abord on m’avait gentiment demandé de venir et puis ensuite, en amateur éclairé de causes perdues, je suis avec intérêt et amusement les pérégrinations des desperados humanistes de “Solidarité-Kosovo”. En particulier, j’avais beaucoup aimé que, suite à la fermeture d’une salle de boxe dans la banlieue grenobloise, Arnaud Borella et ses camarades récupèrent tous le matos, ring compris, pour l’expédier à Triffouillitch-les-Oies, au fin fond des dernières enclaves serbes du Kosovo. Convoyer des punching-balls ou des culottes Everlast, ça vous a quand même plus d’allure que de refiler aux mioches du bout du monde des vieilles barboteuses Absorba mitées ou des cartables troués avec Maya l’abeille dessus.
Je m’apprêtai donc à aller gentiment à la Mairie du XVIIe, histoire de verser trois thunes et de m’extasier avec tous les autres visiteurs sur les dessins des marmots serbo-kosovars. Je suis prêt à rudoyer pas mal de tabous, mais tout de même pas celui qui veut que tous les enfants aient du talent.
Mais non, finalement, je n’irai pas à la Mairie du XVIIe, j’irai au cinéma, voir Le bon, la brute et le cinglé, si ça se joue encore, ou sinon j’irai rererevoir The Big Lebowski, qui repasse ce dimanche au Champo. Parce que figurez-vous que Mme Brigitte Kuster, maire UMP dudit arrondissement, a annulé ladite expo. Elle l’a annulé alors que les 50 dessins étaient déjà accrochés dans la salle des fêtes, que des milliers d’invitations étaient déjà parties dans toute la France et que trente-six ambassadeurs avaient été invités au vernissage, plusieurs d’entre eux ayant confirmé leur présence. Motif de cette interdiction de dernière minute ? Mme Brigitte Kuster semble avoir découvert la veille de l’inauguration que cette expo était « politique ». Le programme de l’expo, des débats et des comptes-rendus d’action humanitaires était pourtant arrêté – et négocié avec la mairie – depuis plusieurs semaines.
Oui, mais voilà : quelqu’un a semble-t-il signalé à Mme le Maire UMP que l’association “Vérité et Justice” avait édité, il a six ans, Ma vérité, un livre de Slobodan Milosevic. Et les enfants serbes furent donc privés d’expo, les bénévoles ont été priés de remballer sur-le-champ les dessins qui déshonoraient l’édifice public. Non mais !
J’en déduis d’abord que Mme Brigitte Kuster est une abrutie. J’en déduis aussi que si l’UMP n’exclut pas illico de ses rangs cette censeuse, elle prouvera, si besoin était, sa nature foncière de parti d’abrutis. J’en déduis enfin que le mec qui dans Causeur a apporté son soutien aux mêmes élus UMP du XVIIe, quand ils bataillaient il y a quelques mois contre Delanoë pour imposer une place Alexandre-Soljenitsyne dans leur arrondissement et qui a bêtement cru qu’ils le faisaient par amour de la liberté d’expression, en l’occurrence un certain Marc Cohen, est lui aussi un abruti de première.
Georges Labica, mourir en colère
Le philosophe Georges Labica, né en 1930, est mort le jeudi 12 février. Ce spécialiste de la théorie marxiste, professeur émérite, enseigna longtemps à Nanterre. Disciple d’Henri Lefèbvre et d’Althusser, il quitta le PCF au début des années 1980. Il a, parmi de nombreux ouvrages, dirigé un monumental Dictionnaire critique du marxisme (PUF, 1981) Dans Démocratie et révolution (Le temps des cerises, 2002), Georges Labica écrivait notamment : « Le communisme, c’est le seul contrepoison, le seul antidote, le seul remède, la seule alternative à la société d’exploitation, au capitalisme qui jamais n’a le visage humain. Tous les damnés de la terre savent ça, qui sont de plus en plus nombreux et de plus en plus damnés. Seuls les salauds ne sont pas avec eux et c’est comme ça qu’on les reconnaît. » On n’est évidemment pas obligé d’être d’accord, mais il faut savoir que mourir en colère, pour le coup, c’est à ça qu’on reconnaît un communiste. Il n’y a pas, pour eux, de réconciliation possible avec ce monde-là.
Cadavres sans placard

L’exposition « Our Body » vient d’ouvrir ses portes à Paris (Espace 12 Madeleine jusqu’au 12 mai prochain). Les organisateurs la garantissent « éducative et artistique »… Présentant à la vue des spectateurs leur corps et leurs organes écorchés, les dix-sept cadavres d’origine chinoise sont, bien malgré eux, au cœur d’une vive polémique. Retrouvez les impubliables de Babouse sur son carnet.
Outing en tout genre
Je ne sais plus très bien comment cette histoire a commencé. Personne ne le sait plus vraiment au demeurant. Tout s’est passé si vite quand Jean-Paul Huchon a convoqué la presse parisienne et ses arrière-bans pour faire le plus déroutant des coming out.
Son teint rose pâlissait sous la sueur quand il annonça tout de go : « Je suis antillais. Je suis le président d’une île. Et l’Ile de France, ça n’est pas rien : le coût de la vie y est plus cher que dans le Larzac. C’est la faute à la métropole. » Reprenant son souffle, il garda plusieurs secondes un silence qui lui convenait fort bien avant d’enchaîner : « Je suis non seulement antillais, mais je suis noir aussi. Complètement. » Mouvement imperceptible d’émotion, larmes aux yeux, souvenirs du commerce triangulaire de sinistre mémoire. La salle de presse de la Région Ile-de-France se vida avant que Jean-Paul Huchon pût montrer aux téméraires qui s’étaient avisés de rester quels étaient les attributs de sa néo-négritude.
Le lendemain, certains étaient encore bouche bée quand un fil de l’AFP tomba : Martine Aubry venait de confier au Courrier picard qu’elle s’appelait Raymond, qu’elle venait d’une tribu indienne et qu’elle avait été élevée à Lille par un couple qui avait décidé de lui donner le nom de Pocahontas. La réplique ne se fit pas attendre : Voici publia aussitôt un entretien exclusif avec Ségolène Royal disant qu’elle était de toute façon hyper participative. Et pas que là. A droite, Roselyne Bachelot déclarait au même moment : « Je suis une femme », mais personne ne prêta la moindre attention à ses élucubrations, qui furent, il faut le dire, vite occultées par la cérémonie de pacs entre Alain Juppé et Noël Mamère. Christian Vanneste pleura beaucoup : « Un si beau chauve, un si beau chauve avec un moustachu. »
A l’Elysée, Nicolas Sarkozy annonçait dans la foulée qu’Angela Merkel et Taro Aso quittaient le G8, permettant aux six membres restant de réaliser l’un des plus vieux rêves de l’humanité[1. Henri Guaino avait écrit le discours.] : reconstituer les Village People.
Jean-Luc Mélenchon eut beau avouer ses penchants pour les hommes à gros sourcils « du genre Emmanuelli », la presse préféra croire Olivier Besancenot lorsqu’il déclara reluquer les vieux et être à la colle depuis cinq ans avec Alain Krivine. Quant à Laurence Parisot, on le savait, mais elle sauta sur l’occasion pour rendre la chose publique : « Laguillier me fait chauffer le CAC40. »
Plus rien ne restait vraiment de la République. L’affaire culmina lorsque Jean-François Kahn annonça lui-même qu’il n’avait jamais été patron de presse, mais transformiste : depuis 1975, il jouait le sosie de Marie-George Buffet chez Michou.
Et puis vint l’ultime saillie, provocante et libératrice : Bertrand Delanoë avoua qu’il en pinçait pour Françoise de Panafieu, tandis que Roger Karoutchi disait de Rachida Dati : « Quelle belle femme. » Les deux furent heureusement conduits à l’hôpital Sainte-Anne dans la rue du même nom. Et comme Jean-Luc Romero traînait par là, ils y eurent une belle fin de vie. Rapide et digne. Bien entendu, Marc Cohen vint leur tenir la main, uniquement pour toucher les 49 euros prévus par la loi. Fois deux, ça ne se refuse pas. Mais le bougre les but si vite[2. En Havane Club 3 ans d’âge.] qu’on en oublia rapidement toute cette ténébreuse affaire.
Ça platine grave à l’UMP
Me Isabelle Wekstein n’est pas contente. Mais alors pas du tout. Avocate du groupe américain MGMT, elle se plaint que l’UMP ait utilisé à plusieurs reprises l’un des titres fétiches de son client : Kids, en le faisant passer d’abord au Conseil national du 24 janvier, puis lors d’un déplacement de Xavier Bertrand dans le Maine-et-Loire, enfin dans deux vidéos diffusées par le parti présidentiel. Trop, c’est trop. Réparation est demandée. Situation cocasse : à l’UMP on fait la sourde oreille et on jure qu’on prêtera attention aux récriminations de Me Wekstein quand l’Assemblée aura voté le projet de loi réprimant le piratage des œuvre artistiques sur Internet. Ce vote devrait intervenir le 4 mars prochain. Jusque-là, pirate qui s’en dédit, on fait comme si de rien n’était. Un petit conseil au disc jockey du parti de Xavier Bertrand : il vaudra mieux à l’avenir utiliser des œuvres tombées dans le domaine public. Emile Waldteufel, La valse des patineurs : ça collerait pile poil.
[mdeezer + 536485 Kids]
Georgia on my mind
Décidément, la Géorgie a de la ressource. Après une guerre désastreuse avec la Russie cet été, Tbilissi a trouvé le moyen de prendre sa revanche. Pour le prochain concours de l’Eurovision qui aura lieu à Moscou, la république caucasienne a choisi une chanson au refrain équivoque, jouant sur le nom du Premier ministre présidentiel russe : « We don’t wanna Put In ». Le parolier Bibi Kvachadzé se défend de toute intention non artistique, mais nous avons quelques doutes, comme en ont d’ailleurs les organisateurs de ce concours bizarre dont les règles interdisent formellement tout contenu politique. Ce qui a été pris par la force sera repris par la fanfare.
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