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Justin Trudeau: « Ch’tu un fighter »

En v.f., « je suis un bagarreur ».


Tout « fighter » fût-il, le gouverneur démissionnaire du 51e Etat est la première cible atteinte par Donald Trump (lequel reprend le pouvoir le 20 janvier). Dans la foulée, il a fait proroger jusqu’au 24 mars prochain le parlement canadien (qui « a besoin d’un reset, de se calmer le pompon » [sic], a-t-il ajouté avec sa légendaire éloquence bilingue), afin de laisser au parti libéral du Canada un peu de temps pour choisir un successeur.

De toute manière, il était plus que temps. Depuis des années, le Canada est la risée de la communauté internationale, et voir à sa tête pendant neuf ans un guignol qui n’avait pour bagage politique qu’un nom de famille et une expérience de professeur d’art dramatique (en anglais, bien sûr), d’instructeur de surf des neiges, et de roi du déguisement carnavalesque n’a rien arrangé. « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » est un programme un peu mince, surtout quand on affecte des fonds publics à la création du poste de « représentante spéciale du Canada dans la lutte contre l’islamophobie », dont la titulaire est la propagandiste Amira Elghawaby, contemptrice éprouvée du Québec, surtout laïque.

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Rendons quand même hommage à celui qui a fait de son État le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis.

Qui sera donc le prochain proconsul provisoire du Canada? (L’opposition a promis de faire tomber le gouvernement dès la reprise des travaux parlementaires). 

Dommage que la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, passe son tour : cette blondinette sait terroriser du regard les politiciens chinois. Quant à Marc Carney, ex-gouverneur de la banque du Canada et de la banque d’Angleterre, c’est sur une chaîne de télévision… américaine qu’il vient de lancer sa campagne. Il a pour rivale Chrystia Freeland, ex-vice Première ministre et petite-fille de collabo ukrainien.

La route semble donc sans obstacle pour Pierre Poilièvre, chef du parti conservateur du Canada, une version édulcorée de Donald Trump. D’ailleurs, au Canada, État artificiel aux frontières coloniales, tout est comme aux États-Unis, mais en plus « light ».

Roger Scruton ne plaît pas qu’à Viktor Orban…

Inspirant des figures comme Viktor Orban ou Giorgia Meloni, Roger Scruton prouvait que le conservatisme bien dosé n’est pas une idéologie rigide, mais un antidote élégant à toutes les idéologies. Il disparaissait il y a cinq ans.


Tous ceux qui s’intéressent au libéralisme et à la philosophie politique ont lu Roger Scruton ou du moins ont entendu parler de lui. Disparu il y a cinq ans à la suite d’un cancer fulgurant, sa pensée irrigue toutefois de plus en plus les réflexions et les orientations des pouvoirs, et pas seulement ceux qui seraient naturellement accordés avec elle. Sa grande force, me semble-t-il, est de privilégier une sorte de provocation de la mesure, d’élaborer une théorie argumentée du bon sens contre tous les progressismes qui n’ont pour ambition que de battre en brèche ce qui a duré et réussi.

Le conservatisme, antidote à l’idéologie

Eugénie Bastié (Champs Libres dans Le Figaro) ne pouvait pas manquer de se pencher sur cette personnalité singulière ayant su résister à l’air du temps au bénéfice de l’universel de la raison. Ses axes fondamentaux : « critique du multiculturalisme, défenseur de la nation et de la tradition contre l’orgueil de la déconstruction… » sont d’une actualité brûlante et fournissent un exceptionnel vivier aux adeptes d’une vision conservatrice aussi éloignée de la stagnation que des humeurs systématiquement régressives.

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J’apprécie tout particulièrement ce qu’a rappelé Viktor Orban en remettant à Roger Scruton la plus haute distinction hongroise le 3 décembre 2019 : « Comme nous l’avons appris de notre bien-aimé professeur, le conservatisme est tout sauf une idéologie : c’est l’antidote à l’idéologie ». En effet, on entend trop souvent des idéologues de gauche la réplique facile que le libéralisme, l’approche conservatrice, seraient également une idéologie et pâtiraient des mêmes vices que ceux qu’on leur impute.

Il me semble que l’objection décisive qui doit contredire cette tentative de confusion est que l’idéologie, par mission et par principe, est vouée à fuir la réalité en se réfugiant dans l’abstraction des concepts partisans quand le conservatisme s’honore de ne s’appuyer que sur le réel, pour éventuellement en dénoncer les ombres afin de les changer, pour en valider les lumières et donc les sauvegarder.

Amour du foyer

Le même Premier ministre hongrois, louant l’aide apportée par Roger Scruton à la lutte contre le communisme, lui rendait hommage pour n’avoir pas été dupe des dangers des sociétés « ouvertes », constat qu’apparemment l’Union européenne qui ne cesse de cibler le gouvernement hongrois ne partage pas, partant du principe qu’il est toujours facile d’être naïf et généreux sur le dos des peuples.

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Selon Eugénie Bastié, la notion centrale de la pensée de Roger Scruton est l’oikophilie, soit l’amour du foyer. On comprend bien comment à partir de ce concept à la fois humain et civilisationnel, ce grand penseur politique a pu développer des variations essentielles sur la vie en société, l’immigration, les risques du multiculturalisme et les relations internationales. Il est intéressant de noter, sur le plan de la forme, comme l’expression de Roger Scruton s’attache à répudier toute outrance, à publier ses idées et, selon lui, ses évidences, en les présentant tout simplement, par un développement limpide et quasiment irréfutable, comme héritées du réel.

Je compare à la manière dont Jean-Marie Le Pen avait usé de la même argumentation en soulignant qu’il convenait d’abord de s’occuper du prochain plus que du lointain mais son style, son oralité mettaient de l’âpreté là où Roger Scruton nous convainc doucement.

J’ai évoqué à plusieurs reprises Viktor Orban mais une démonstration encore plus éclatante de l’influence bénéfique du philosophe politique Roger Scruton est à faire : il a inspiré à l’évidence François-Xavier Bellamy mais surtout aujourd’hui il guide Giorgia Meloni et Bruno Retailleau. Dans des genres différents, en Italie et en France, deux personnalités – une femme de pouvoir, un ministre exemplaire – qui sortent du lot ! Merci, Roger Scruton !

l'erreur et l'orgueil: penseurs de la gauche moderne

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12 milliardaires en colère

Pour exercer son deuxième mandat, le président élu Donald Trump va s’entourer d’une équipe d’hommes et de femmes fortunés. Si ses détracteurs dénoncent dans ce casting une oligarchie, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’indépendance financière de ces nouveaux responsables politiques est, peut-être, la dernière chance des États-Unis de résister au rouleau compresseur du wokisme tout-puissant.


Les États-Unis n’ont jamais porté Karl Marx dans leur cœur. Alors que les écrits du philosophe allemand ont révolutionné la pensée politique sur le continent européen et bien au-delà, l’Amérique a tout fait pour barrer les idées de la lutte des classes et de l’égalité sociale. Pendant de longues années le « Manifeste du parti communiste » a été censuré sur le territoire américain et quasiment interdit durant la période du maccarthysme. Cependant, un siècle et demi après la naissance du marxisme, pendant que la gauche progressiste européenne est devenue, à l’image de LFI de Jean-Luc Mélenchon, un grand corps malade, la droite américaine fait sa révolution. Cette fois-ci, ce sont les forces conservatrices incarnées par des personnalités très riches qui portent, aux yeux de la majorité écrasante des citoyens américains, le message de liberté politique, de bon sens social et de prospérité économique.1

L’image de Donald Trump sur la tribune d’un meeting électoral, poing levé, visage en sang après une tentative échouée de son assassinat restera un symbole puissant de cette révolte : transcrite par le résultat des urnes lors des dernières élections présidentielles avec le vote de 312 grands électeurs (contre 226 pour sa rivale du parti démocrate, Kamala Harris). C’est d’ailleurs, après cette soirée bouleversante du 13 juillet 2024 en Pennsylvanie, qu’Elon Musk, l’homme le plus riche de la planète, a apporté publiquement son soutien au candidat républicain.

Musk, un milliardaire parmi les autres

Le ralliement de l’entrepreneur, lui-même objet des attaques du pouvoir californien, qui l’ont obligé de quitter la Silicon Valley pour le Texas, ne s’est pas seulement résumé pas la somme record de 277 millions de dollars2 pour financer la campagne de Trump. Le réseau social X dont il est propriétaire est devenu la tribune principale pour toutes les personnalités connues et inconnues du grand public, qui n’étaient pas d’accord avec la politique actuelle du gouvernement démocrate. Celle qui, selon eux, a amené leur pays à une crise migratoire sans précèdent, aux fractures sociales et culturelles provoquées par le wokisme inquisitorial et le monde entier quasiment au bord de la Troisième Guerre mondiale. Des évolutions dont les médias mainstream du pays tels le New York Times ou CNN auraient soigneusement ignoré la gravité, à les entendre. Ces derniers préférant porter toute leur attention sur les affaires judiciaires du candidat républicain…

Mais Elon Musk n’est pas l’unique milliardaire à se mettre au service du Donald Trump. Ils sont 12 à qui le 47ᵉ président des États-Unis a proposé un rôle important dans son administration, en signe de reconnaissance de leur précieux support durant sa campagne, mais sans doute également parce qu’il partage avec ces gens la même inquiétude pour le pays.  

Fin stratège, le nouveau locataire de la Maison Blanche a placé ses 12 acolytes pour couvrir pratiquement tous les domaines de la politique américaine. Pour Musk, le président élu a créé un nouveau département de l’efficacité gouvernementale, que le patron de Space X et de Tesla Motors va gérer avec un autre jeune magnat, l’étoile montante du paysage politique du pays Vivek Ramaswamy.  À 39 ans ce dernier a décidé d’abandonner son empire pharmaceutique pour d’abord se présenter aux primaires du Parti républicain en été 2023, avant de devenir l’allié inconditionnel de Trump, en mettant en avant sa formidable éloquence et la vision ‘anti-woke’ de l’Amérique.3

Deux hommes et une femme d’affaires devraient gérer les questions économiques : Scott Bessent comme secrétaire au Trésor, Howard Lutnick en tant que secrétaire au Commerce et Kelly Loeffler – chargée des petites et moyennes entreprises (Small business administration). Linda MacMahon qui, avec son mari a bâti la fortune de 3 milliards de dollars dans le divertissement, serait en tête de l’Éducation nationale et Frank Bisignano, le patron de la plus grande entreprise du FinTech américain Fiserv, prendrait la fonction de commissaire à l’administration de la Sécurité sociale. Pour le domaine régalien de la Défense, Jacob Isaacman, le magnat de l’industrie du paiement, s’apprête à piloter la NASA et Stephan Feinberg (Fonds d’Investissement) s’est vu proposer le poste de secrétaire-adjoint à la Défense. Enfin, le banquier Warren Stephens et le promoteur immobilier Charles Kushner ont été nommés les ambassadeurs des États-Unis respectivement en Grande-Bretagne et en France, pour donner un nouveau souffle à la politique américaine sur la scène internationale.4

La quête de liberté a changé de camp

La richesse cumulée de ces 12 personnalités s’élève à 360 milliards euros, ce qui est plus important que le budget de la France en 2024 (305,1M€). 240 ans après leur création, pour sortir d’une impasse existentielle, les États-Unis font appel aux forces qui incarnent le mieux le rêve américain depuis toujours : la réussite professionnelle accompagnée de la richesse matérielle. Les milliardaires américains sont, en effet, la dernière catégorie des citoyens qui, grâce à leur indépendance financière, peut encore résister à l’étrange agenda politique du parti démocrate. Qui, ivre de la victoire de l’Amérique dans la Guerre Froide s’est senti légitime à déconstruire les fondements millénaires de la civilisation occidentale s’appuyant sur les interdits moraux de la religion chrétienne et la puissance de la pensée libre, que cet ordre spirituel a créé en Europe.

Reste à voir comment la révolution des milliardaires américains va embarquer dans son élan les vieilles démocraties européennes. Quelques tweets de Musk en faveur du parti allemand l’AfD ont déjà bouleversé la dynamique des sondages sur l’intention des votes des électeurs allemands. Le parti classé à l’extrême droite a grimpé à la 2ᵉ place, avec le chiffre record de 22% des suffrages, talonnant ainsi les démocrates-chrétiens de CDU/CSU (30%) et dépassant déjà les sociaux-démocrates du chancelier actuel Olaf Scholz (16%).5 Le programme de l’AfD prévoit, entre autres, de faire sortir l’Allemagne de l’Union européenne, de lancer les déportations massives d’immigrés, de démolir les éoliennes et de réduire au minimum le support militaire à l’Ukraine. Une vision qui tranche radicalement avec les aspirations humanistes de la gauche historique, qu’ont façonné les modèles sociaux de pratiquement tous les pays du Vieux Contient. Oui, le temps de Karl Marx semble être définitivement révolu, même dans son propre pays…


  1. Marx censuré aux États-Unis, Wikipédia ↩︎
  2. Elon Musk investit 277 millions de dollars pour soutenir Trump et les candidats républicains, CBS News ↩︎
  3. 12 milliardaires, Bloomberg ↩︎
  4. Leurs rôles, The Hill  ↩︎
  5. « Remigration », sortie de l’UE… En Allemagne, l’extrême droite déroule son « plan d’avenir » avant les élections, BFM TV ↩︎

Saga Beigbeder

Avec Un homme seul (Grasset, 2025), Frédéric Beigbeder signe l’un de ses meilleurs livres, sinon le meilleur.


Il faut se méfier des enfants qui écrivent. Ils utilisent la nourriture familiale pour muscler leur univers romanesque. Les pères sont souvent sous le feu des projecteurs de nos jours. Ils n’ont pas forcément le beau rôle. L’époque déteste le virilisme et veut en découdre avec le patriarcat. Alors les écrivains, qui sont pour la plupart restés des enfants, car la littérature est le contraire de travailler comme le rappelle Georges Bataille, ouvrent les ordinateurs, fouillent dans les corbeilles, lisent les mails, scrutent l’historique des recherches sur internet, bref, se transforment en commissaire Maigret à la recherche de ce « misérable petit tas de secrets », pour reprendre la formule de Malraux, citée par Frédéric Beigbeder.

Ce père qu’il croyait détester

Disons-le d’entrée de jeu, Un homme seul est sûrement l’un des meilleurs livres de Beigbeder, sinon le meilleur. L’analyse y est pertinente et le style épuré ; la formule claque et l’émotion surgit là où le récit semblait froid comme le granit, surtout au moment d’atteindre les trop courts chapitres 30 et 31, c’est-à-dire de prendre congé de Jean-Michel Beigbeder (1938-2023), père de Frédéric. Il en fait un véritable personnage de roman, à situer à mi-chemin entre Roger Martin du Gard – totalement oublié aujourd’hui – et Ian Fleming : « C’était un Français qui s’est cru Américain alors qu’il était Anglais ». On avait vaguement entendu parler de cet homme à la forte corpulence qui, après de solides études de management à Harvard Business School, avait importé en France le métier de « chasseur de têtes » (executive search), « plaçant » tous les dirigeants du CAC 40 durant cinquante ans. Un homme sans foi, ni loi, en quelque sorte, utilisant des pratiques immorales dans un système réfutant toutes les valeurs suprêmes et les remplaçant par un seul mot d’ordre : faire du fric. Le très lettré – hypokhâgne, khâgne – et habile Jean-Michel n’hésitait pas à débaucher les personnes douées pour les intégrer dans des organigrammes de sociétés prestigieuses. Sa devise : « La guerre économique est la seule dont les déserteurs sont récompensés ». Pas de quoi rendre l’homme sympathique, malgré une trajectoire digne de L’homme pressé, roman électrique de Paul Morand, avec l’hypothèse probable d’avoir été un correspondant de la CIA, c’est-à-dire un « agent » agissant contre les intérêts de la France puisque les Américains ont toujours tenté de déstabiliser notre pays, notamment sous de Gaulle qui connaissait le sens du mot indépendance.

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Père brillant, jouisseur, égoïste, pour ne pas dire narcissique, indifférent surtout à ses deux fils, Charles et Frédéric. Celui qui fut jadis un beau jeune homme au regard ténébreux, cheveux bien coiffés, raie nette sur le côté, est mort totalement ruiné, seul, d’un cancer des voies biliaires, après un lent et irrémédiable délabrement physique dû à la maladie de Parkinson. La mort du vieil homme fut une délivrance. Le fils écrivain raconte : « Vers la fin, dans ma salle de bains de Guéthary, il m’a demandé de lui laver les cheveux. Il s’est mis torse nu, il avait perdu cinquante kilos et sa peau pendait sur son ventre comme de la guimauve dans une fête foraine. Pieds gonflés, sans chevilles. Seins en gants de toilette. Goître moucheté de taches de vieillesse. » L’écrivain ajoute : « Ne rigole pas, tu seras pareil, pauvre con. » Plus loin dans le récit, l’écrivain reconnait avoir été injuste avec lui dans ses livres précédents. « Je l’ai pris pour un salaud qui avait quitté ma mère alors que c’est elle qui l’a largué », confesse-t-il. Il dit encore : « Il n’a jamais réagi car il ne lisait pas mes livres : il les faisait lire à sa compagne, qui ‘’avait bien aimé’’. » Insupportable camouflet. Mais la mort a gommé la rancœur, et l’écrivain a décidé de mener l’enquête sur ce père pas si détestable que ça.

Infernal pensionnat

Françoise Sagan – que Beigbeder aime ; il ne cesse de citer son nom ; c’est bien qu’un écrivain de talent sauve d’un possible oubli un autre écrivain de talent – Sagan, donc, a écrit qu’à neuf ans, on a saisi l’essentiel de la vie. Tout est joué. Alors il convient de déjouer le système pour s’en jouer. Le cauchemar de Jean-Michel a commencé à huit ans, quand il fut mis en pension par ses parents. C’est l’incompréhensible abandon ; c’est l’entrée dans l’enfer des brimades, des coups, des humiliations, et peut-être pire… L’enfer porte un nom, Sorèze, un pensionnat catholique situé dans le Tarn. Incompréhensible, oui, quand on sait que les parents de Jean-Michel ont caché – et sauvé – une famille juive dans leur villa. Alors pourquoi avoir livré leur fils aux « kapos à chapelets » ? Frédéric Beigbeder écrit : « Quoi qu’il en soit, conditionné à la survie solitaire en milieu hostile, son caractère s’est fermé. Jean-Michel est devenu un humain claquemuré. » Son fils est parvenu à l’exfiltrer de cette forteresse invisible. L’écrivain possède des pouvoirs de démiurge. Ne les fréquentez qu’en cas de forte poussée sentimentale.

La fin est bouleversante, dégraissée de tout pathos. Frédéric l’appelle enfin « papa ». On comprend pourquoi quand il nous livre une anecdote que je vous laisse découvrir.

Frédéric Beigbeder avoue encore : « Au ciel, il ne sera plus jamais seul. Je suis heureux pour lui et triste pour moi parce qu’à partir de ce jour, l’homme seul, c’est moi. »

Jean-Michel repose sous une pierre rose de la Rhune, à Guéthary. Une tombe avec vue sur les flots fougueux. Comme Chateaubriand.

Frédéric Beigbeder, Un homme seul, Grasset. 224 pages.

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Cessez-le-feu et libération des otages: le tweet problématique d’Emmanuel Macron

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Les soutiens habituels d’Israël ont critiqué le message du président français publié le soir de l’annonce de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, y voyant une équivalence malvenue entre les souffrances des otages et celles des civils gazaouis. La « pensée complexe » présidentielle, louée par ses admirateurs, n’est peut-être pas adaptée à des messages si courts toujours sujets à interprétation…


Le tweet du président de la République sur un possible cessez-le-feu à Gaza a suscité des réactions vives, notamment en raison de l’absence d’une mention explicite du peuple israélien et du contexte même dans lequel il s’inscrit. Cet oubli, volontaire ou non, ne peut être détaché des conséquences tragiques des attaques terroristes du 7-Octobre, ni des enjeux fondamentaux de ce conflit.

Une ambiguïté choquante

« Après quinze mois de calvaire injustifiable, soulagement immense pour les Gazaouis, espoir pour les otages et leurs familles. Ce soir, mes pensées vont à Ofer et Ohad. L’accord doit être respecté. Les otages, libérés. Les Gazaouis, secourus. Une solution politique doit advenir » écrivait Emmanuel Macron le 15 janvier peu après 21 heures.

Ce message présidentiel, en mettant sur un même plan les victimes israéliennes et les conséquences de la guerre à Gaza, crée un amalgame dérangeant.

Il existe une différence fondamentale entre le pogrom sanglant du 7 octobre — une attaque préméditée contre des civils juifs, accompagnée d’enlèvements, de viols et d’assassinats — et les pertes civiles, bien que tragiques, causées par un conflit armé. En niant cette distinction, le tweet valide indirectement le discours des islamistes qui cherchent à minimiser ou justifier leurs crimes, tout en nourrissant une confusion morale inacceptable.

Le refus de reconnaître les otages juifs comme des esclaves, déshumanisés et captifs d’une barbarie assumée, renforce ce sentiment d’ambiguïté. Même le Hamas a reconnu que la population gazaouie elle-même détient une partie des otages, révélant un fanatisme enraciné et encouragé par des décennies de haine culturelle.

Une politique sans ligne claire

Ce type de communication trahit une incapacité à nommer clairement les responsabilités et à défendre les valeurs démocratiques face à l’islamisme totalitaire.

Où sont les actes forts ? Pourquoi ne pas condamner le terme de « génocide », infondé ici, ou affirmer que la guerre d’Israël contre le Hamas est légitime ? Pourquoi continuer à financer l’UNRWA ou tolérer sur le sol français des discours appelant à l’intifada et au djihad, au mépris des principes républicains ?

Une fracture intérieure

En France, chaque mot du président sur le conflit israélo-palestinien a des répercussions directes. La communauté juive, déjà fragilisée par des décennies d’antisémitisme et des tensions croissantes, mérite un soutien clair.

A lire aussi: Kibboutzim: ils auront leur haine

Mais ce tweet, en donnant des « gages » implicites à des narratifs islamistes, alimente les discours haineux et renforce un sentiment d’abandon.
Dans les rues de Paris, les appels à l’intifada et les manifestations pro-Hamas témoignent d’une radicalisation inquiétante que les dirigeants n’ont pas su endiguer.

Des réactions vives de nombreuses personnalités des médias et de la communauté juive

Suite aux propos présidentiels, les réactions ne se sont pas fait attendre. La journaliste Céline Pina a déclaré sur X (anciennement Twitter) : « Ce tweet est honteux : au nom de quoi l’évocation des otages doit-elle s’accompagner de gages donnés aux islamistes ? La mort de civils est malheureuse mais il y a une différence entre les horreurs d’un pogrom, la razzia d’esclaves et les cadavres volés qui s’ensuivent et les conséquences d’un bombardement ».  L’avocat Gilles-William Goldnadel a réagi sur son compte Instagram, avant de confirmer ses propos sur C News : « Le tweet d’Emmanuel Macron est tellement inqualifiable, que j’ai du mal à le qualifier. Car cela veut dire que pour les Gazaouis il y a un calvaire, mais pour les otages il n’y en n’a pas ». Du coté des réactions dans la communauté juive, celle du président du B’nai B’rith France, Philippe Meyer, résume le ressenti de beaucoup d’entre nous : « Message pour le moins ambiguë. On aurait aimé lire autre chose du président de la République, d’autres mots, dans un autre ordre. Le « en même-temps » ne justifie pas tout ».

La responsabilité des dirigeants

Les événements tragiques du 7-Octobre rappellent que les islamistes ne font aucune distinction : leur barbarie s’abat sur quiconque n’adhère pas à leur idéologie, comme les Juifs ce jour-là. Face à cette menace, la France se doit de tenir une ligne claire et de refuser tout relativisme.

Ce tweet présidentiel, en diluant la gravité des crimes contre l’humanité commis par le Hamas dans un discours généraliste et politicien, incarne l’impuissance des élites occidentales à affronter les totalitarismes modernes. Ce manque de courage moral pousse les citoyens à chercher refuge dans des figures populistes, bien que leurs solutions soient souvent tout aussi problématiques.

La France doit choisir : défendre Israël, démocratie imparfaite mais légitime, ou céder aux injonctions d’un fanatisme qui menace les valeurs mêmes de l’Occident. Il est temps pour le président de se tenir fermement aux côtés des victimes, de nommer sans détour les responsables, et de montrer que la République ne cédera pas face à l’islamisme ni à ses complices. Le futur de notre société et de nos enfants en dépend.

Causons! Le podcast hebdomadaire de Causeur

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Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs.


Quelle est l’espérance de vie du gouvernement Bayrou? Quelles sont les stratégies adoptées par le Parti socialiste et le Rassemblement national? Bayrou peut-il sauver le soldat Macron?

Le Royaume Uni est toujours en butte au scandale des « grooming gangs », ces bandes de pédophiles composées d’hommes d’ascendance pakistanaise. Pendant des années, ces hommes ont pu agir avec un certain degré d’impunité. Aujourd’hui, certaines de leurs victimes attendent toujours que justice soit faite. Est-ce la fin du grand rêve multiculturel?

Elon Musk vs Thierry Breton: les médias ont choisi leur champion!

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Tandis que les médias de grands chemins s’inquiètent de la montée des opinions dissidentes et des changements dans le paysage numérique, l’Union européenne prépare de nouvelles mesures pour renforcer son contrôle sur les plateformes numériques au nom de la démocratie. Mais, tout ce petit monde ne disait rien quand des ingérences « progressistes » ou woke étaient constatées par le passé…


Elon Musk « promouvant l’extrême droite partout » et Mark Zuckerberg ayant décidé de se passer dorénavant des fact-checkers sur Facebook et Instagram, l’économiste Dominique Seux déclare le plus sérieusement du monde, sur France Inter : « Thierry Breton nous manque. » Le DSA (Digital Services Act) est la loi européenne sur les services numériques concoctée par M. Breton du temps où il était commissaire européen. Le but officiel de cette loi est de « réguler » les réseaux sociaux ainsi que les plateformes de partage de contenus (Youtube, Dailymotion…), d’empêcher les « propos haineux », la désinformation et la manipulation sur la toile et d’analyser les « risques systémiques qu’ils génèrent sur les processus électoraux » – voilà qui offre mille possibilités interprétatives pouvant aboutir à une censure à peine camouflée. Voire pire.


En partance pour Bank of America, Thierry Breton fait une dernière tournée des médias

Thierry Breton a malheureusement entendu Dominique Seux. Le voici de retour. En l’espace de trois jours, il a été l’invité exceptionnel de LCI, RMC, France 5, France Info (à 8h30, le 11 janvier) et France Culture (à 12H45, le même jour).

Les journalistes ont été très gentils avec lui, ne l’ont confronté à aucun contradicteur et l’ont laissé dérouler un discours archi-rodé sur le « peuple européen » sacrément bien représenté par un « Parlement européen » garant du « progrès européen », du « vivre-ensemble européen » et de la « démocratie européenne » – ces derniers seraient menacés par les vilains réseaux sociaux en général et celui du méchant Elon Musk en particulier. Sur RMC, M. Breton a déclaré que s’il était constaté des « interférences » lors des prochaines législatives allemandes, les résultats de celles-ci pourraient être remis en cause. « On l’a fait en Roumanie et il faudra le faire si c’est nécessaire en Allemagne », a-t-il menacé en faisant référence à l’annulation par la Cour constitutionnelle de Bucarest des dernières élections présidentielles roumaines au motif que le réseau social TikTok aurait été utilisé par des « éléments étrangers » pour manipuler l’opinion publique.   

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La liberté d’expression, c’est bien. Mais c’est mieux, pensent certains, quand le cadre en est strictement délimité par les milieux informationnels qui ne manquent ni de commissaires, ni de vérificateurs, ni d’argousins médiatiques. Pour Dominique Seux, Mark Zuckerberg est passé du côté obscur de la Force numérique. « Les “vérificateurs de faits” ont fait preuve de trop de partialité politique », affirme pourtant simplement le directeur général de Meta, avant d’ajouter : « Ce qui a commencé comme un mouvement inclusif a de plus en plus été utilisé pour bloquer les opinions et exclure les personnes ayant des idées différentes ». Cette censure a été ouvertement pratiquée sur les différents réseaux sociaux, Twitter du temps où Jack Dorsey en était le propriétaire, Instagram et Facebook du temps où les Démocrates américains étaient au pouvoir et Zuckerberg à leur service. Le rachat de Twitter par Elon Musk et le revirement de Zuckerberg changent radicalement la donne. Ce dernier affirmant vouloir « supprimer un tas de restrictions sur l’immigration et le genre », les commissaires politiques de la radio publique se gargarisent de grands mots : « C’est notre modèle de démocratie qui est attaqué », gribouille sur X le journaliste Julien Pain, fact-checker officiel de France Info, avant de… bloquer les commentaires des internautes se réjouissant de la décision de Zuckerberg.

Elon Musk, le George Soros de la droite

Les médias français et la Commission européenne se plaignent de l’ingérence d’Elon Musk dans des élections européennes. Soit. On ne les a pourtant guère entendus lorsque George Soros, le discret mais très efficace financeur de centaines d’ONG immigrationnistes et d’associations wokes via son Open Society Foundation, a arrosé de ses bontés sonnantes et trébuchantes la campagne des opposants au Brexit. Aucun murmure de réprobation n’est venu entacher non plus la vidéo de soutien à Emmanuel Macron, archi-diffusée sur les réseaux sociaux entre les deux tours de la présidentielle de 2017, de l’ancien président américain Barack Obama qui, quelques mois plus tard, se rendra à Londres pour soutenir, lui aussi, la campagne contre le Brexit. Pas un mot sur Bill Gates qui, par le biais de sa fondation « philanthropique », s’insinue dans les instances internationales qui décideront demain des politiques mondiales de santé et d’alimentation. Et que dire de l’incroyable et outrancière campagne politico-médiatique européenne contre Donald Trump lors des dernières élections présidentielles américaines ou du rouleau compresseur médiatique français qui, au nom du « front républicain », a écrabouillé la campagne des dernières élections législatives ?

Il est finalement assez réjouissant de voir les journalistes progressistes paniquer en se demandant ce qui arrive. Il arrive, sommes-nous obligés de leur dire, que les digues qu’ils ont construites pour empêcher la diffusion de la libre parole commencent de se fissurer. Oh ! pas beaucoup ; mais suffisamment pour les agacer, ce qui n’est déjà pas si mal. Ne nous leurrons pas : ces digues sont si épaisses, si régulièrement réparées et même renforcées par eux-mêmes et par l’oligarchie politique, qu’il sera difficile de les abattre totalement. Il n’empêche, quelques brèches apparaissent. Aussi modestes soient-elles, elles chiffonnent ces journalistes qui ont pris l’habitude de parader dans les studios, particulièrement dans ceux de l’audiovisuel public, entre eux, sûrs d’eux, dans le confort de l’uniformité politique, la connivence et la douceur de l’endoctrinement sans accroc, en suivant la ligne définie par l’idéologie gaucho-progressiste, ligne studieusement entretenue par les crayonneurs de l’AFP et du Monde, deux éminents propagateurs de la doxa.

La presse mainstream prête à encourager les mesures coercitives et censoriales

Leur conformisme n’a d’égal que leur paresse naturelle et leur mollesse intellectuelle au moment de livrer bataille – l’adversaire est qualifié trop rapidement de réactionnaire ou de fasciste pour que l’on puisse imaginer que, derrière cette invective, se cache une argumentation intelligente, laquelle a été remplacée par le catéchisme progressiste. Ils barbotent là-dedans depuis si longtemps que la moindre résistance les blesse douloureusement. Nerveux, irascibles, peu habitués à jouter honorablement, l’existence d’une extrême droite fantasmagorique leur sert, comme d’habitude, à tenter de briser la mutinerie, aussi minime soit-elle. Leurs compatriotes regimbent et se cabrent devant leurs leçons de morale usées jusqu’à la corde ? Ils s’enferrent, frénétiques, dans un discours daté qui impressionne de moins en moins les peuples subissant les effets délétères d’une politique européenne désastreuse. Exaspérés, ils voient finalement d’un bon œil les mesures coercitives et censoriales prévues par la Commission européenne pour briser les élans patriotes.     

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Vendredi 10 janvier. Une journée ordinaire sur la radio publique. Sur France Inter, Patrick Cohen tient absolument à « rediaboliser » le RN, parti toujours aussi « raciste et antisémite » que du temps du FN de feu Jean-Marie Le Pen, selon lui. Il évoque « des chaînes où le RN est désormais comme chez lui » en rabâchant la sempiternelle litanie de messages moraux invariables et paresseux sur « l’extrême droite ». Sur la radio publique, on peut quotidiennement vouer aux gémonies les millions de Français qui n’ont pas voté comme il faut sans que l’Arcom s’émeuve. Grand castor parmi les castors, M. Cohen dit ainsi espérer que le « front républicain » opérera encore et toujours lors de prochaines élections. Autant dire que les directives de l’UE pour castoriser, de gré ou de force, les prochaines élections en Europe, ne lui font pas peur. Le même jour, sur la même radio, Pierre Haski conseillera à la Commission européenne de réagir fermement face à « l’alliance Trump-Musk ». La veille, dans l’émission “Le téléphone sonne”, Fabienne Sintes, inquiète des décisions de Zuckerberg, se sera demandé si « l’Europe est assez forte pour faire barrage avant qu’on se prenne une potentielle avalanche de bouses » sur les réseaux sociaux. France Info n’est pas en reste : Aurélie Herbemont, chef adjointe du service politique de ladite radio, s’étonne qu’Elon Musk ait « remis sur le tapis une sordide affaire de pédo-criminalité impliquant des Pakistanais il y a 10 ans » au Royaume-Uni – mais ne s’étonne pas que cette effroyable affaire, qui a duré plus de trente ans sans que les autorités anglaises, par crainte d’être taxées de xénophobie et d’islamophobie, bougent le petit doigt, n’intéresse absolument pas nos militantes féministes de gauche si promptes habituellement à réagir au moindre regard concupiscent… 

« Nous allons nous débarrasser des vérifacteurs de faits et les remplacer par des notes communautaires similaires à X, en commençant avec les États-Unis », a déclaré le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, dans une vidéo publiée le 7 janvier 2025 © Andre M Chang/ZUMA Press Wire/Shutterstock

La nomenklatura médiatique française n’a en réalité pas grand-chose à craindre. Les fact-checkers vont pouvoir continuer de fact-checker, c’est-à-dire d’orienter l’information. Clara Chappaz, notre actuelle ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique, affirme en effet sur X : « J’ai échangé avec la direction de Meta France ce soir qui m’assure que cette fonctionnalité ne sera déployée qu’aux États-Unis pour le moment. En Europe, le Digital Service Act sera respecté. Croyez en ma vigilance sur le sujet. » Le service de censure européen veille donc au grain. Selon Mme Chappaz, les dirigeants de Meta « ont bien compris qu’en France comme en Europe, la façon dont nous définissons la liberté d’expression est différente de la façon dont elle est définie aux États-Unis ». Ne reste plus qu’à savoir ce que l’UE entend par « liberté d’expression ». Le DSA européen se verra bientôt complété par de nouvelles mesures censées protéger la démocratie mais qui, en réalité, la dépouilleront de ses derniers oripeaux. Les « vérificateurs de faits » des médias de gauche vont pouvoir continuer de dissimuler le réel et d’occulter les difficultés des sociétés européennes confrontées à l’immigration massive, l’insécurité physique et culturelle, la précarité, au déclassement d’un continent que la technocratique UE a accéléré. L’inénarrable Thierry Breton vit apparemment dans un monde parallèle. Sur LCI, il ose affirmer que « les empires déclinants – la Grande-Bretagne, la Russie, la Turquie – s’attaquent tous à l’UE » parce qu’ils sont jalouxde« nos progrès » (sic), de « notre dynamique démocratique » (resic) et de « notre projet et notre vivre-ensemble » (etsic de der). L’Europe mythologique de M. Breton doit absolument éviter de se frotter au réel, raison pour laquelle l’ex-commissaire européen prévient les propriétaires des réseaux sociaux, Elon Musk en tête : l’UE a les moyens de les interdire s’ils ne respectent pas les règles établies par lui-même, Thierry Breton, ex-démolisseur d’entreprises (Thomson, France Telecom, Atos) et ex-mamamouchi de l’oligarchie bruxelloise.

Pour conclure sur une note plus légère, signalons que Sandrine Rousseau a envoyé une missive écrite avec le pied gauche, truffée de fautes d’orthographe et d’un pléonasme intéressant, à « tou.tes les député.es du NFP », pour les inviter à quitter le réseau social X « de manière collective ». Extraits : « Ce courrier pour vous inviter à ce que (sic) nous quittions/arrêtions (sic) de poster sur la plateforme. […] X est devenue (sic) une véritable machine désinformation (sic), une arme de destruction massive de la réalité factuelle (sic), et la caisse de résonnance (sic) des courant (sic) d’extrême droite. Rester sur X, c’est en partie cautionner ce que la plateforme est devenu (sic) sous Elon Musk. » C’est beau comme du Sébastien Delogu.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Vincent Lindon, acteur militant…

Profession : belle âme ! Le public boude les derniers films de la star, ex de Sandrine Kiberlain, Claude Chirac et Caroline de Monaco, promoteur de la « taxe Jean Valjean ». C’est parce qu’au fil du temps, l’acteur s’est enfermé dans des rôles et dans des films où la moraline le dispute au politiquement correct.


Le cinéma français n’en finit plus de sombrer. Trop de films, trop de moraline, trop de propagande délayée dans des scénarios médiocres aboutissant fatalement à des réalisations insipides. Résultat : le nombre d’entrées s’effondre – mais l’argent public, lui, continue de bourrer les poches de producteurs, réalisateurs et acteurs se contentant le plus souvent de répondre au cahier des charges du CNC, de l’audiovisuel public, des ministères, des départements et des régions, sources de financement intarissables et promoteurs de la propagande woke, immigrationniste et diversitaire.

Films à gros messages

Parmi les acteurs, Vincent Lindon s’est particulièrement distingué ces dernières années. Comme il maitrise parfaitement son art, des producteurs et des réalisateurs ont placé de grands espoirs en lui. Ils espéraient attirer ainsi le public boudant les films à gros messages. Ça a marché une fois, avec Welcome. Au fil des ans, même cet acteur accompli et reconnu n’est plus parvenu à abuser les spectateurs attendant autre chose du cinéma français et préférant, pour les plus cinéphiles d’entre eux, redécouvrir les grands films qui ont fait sa réputation – les belles restaurations de Coin de Mire, Gaumont ou Pathé permettent de revoir ces merveilles dans de magnifiques conditions. Retour sur le parcours militant de cet acteur qui n’en finit plus de montrer sa grandeur d’âme à tous les passants.

2009. Dans Welcome, Vincent Lindon, alias Simon, aide un jeune migrant kurde désirant traverser la Manche à la nage, et espère ainsi reconquérir sa femme, Marion, militante dans une association d’aide aux sans-papiers. Le film, réalisé par Philippe Lioret, attire 1 205 000 spectateurs. Il faut reconnaître que Philippe Lioret est un réalisateur talentueux. Toutes nos envies et Le Fils de Jean sont de beaux films qui n’ont pas eu le succès qu’ils méritaient. Avec Welcome, nous n’étions qu’au tout début d’une longue série de films de propagande sur l’immigration, la diversité heureuse ou l’idyllique vivre-ensemble dans les quartiers qu’on dit difficiles pour éviter de dire invivables. Ces films de plus en plus  imprégnés d’idéologie woke ou diversitaire verront le nombre de leurs spectateurs s’effondrer au fil des ans, non sans avoir profité au passage du système de financement public évoqué ci-dessus.

2015. Dans Les Chevaliers blancs, Vincent Lindon tient le rôle du président d’une ONG humanitaire qui, pour satisfaire aux demandes d’adoption de familles françaises, organise une opération compliquée afin de ramener en France 300 orphelins d’un pays africain en guerre. Malgré ce sujet alléchant, la critique de Télérama est tellement circonspecte – « Le réalisateur Joachim Lafosse a décidé de moins miser sur l’action que sur la réflexion. Pari dangereux, pas totalement abouti, mais hardi et intriguant » – que les spectateurs renâclent : seulement 196 000 iront voir ce film pourtant plein « d’émotion et de justesse », selon la critique de Franceinfo Culture.

2021. Vincent Lindon, en pompier musculeux sous stéroïdes, s’égare complètement dans un film « férocement féministe » (L’humanité) qui « détruit le male gaze pour mieux explorer l’identité humaine » (Écran Large), donc radicalement woke. La daube de Julia Ducourneau, Titane, remporte la Palme d’or au Festival de Cannes et, dans la foulée, se ramasse une méga-gamelle commerciale : 300 000 entrées seulement. [Pour info, Parasite, l’excellent film du réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho, Palme d’or lors de l’édition précédente, a été vu par… 1 900 000 spectateurs français].

2024. Dans le film de Nicolas Boukhrief, Comme un fils, Vincent Lindon est Jacques Romand, un professeur dépressif et désabusé. Celui-ci est témoin d’une agression dans une épicerie et permet l’arrestation d’un des voleurs, Victor, un adolescent de 14 ans. Ému par la situation de ce jeune Rom, Vincent/Jacques décide de l’aider à retrouver le droit chemin. « Le film aborde avec sensibilité la question du deuil, de la filiation et de la transmission, avec en arrière-plan la question sociale de l’accueil des Roms, de leurs conditions de vie, de la violence qui s’exerce parfois sur les enfants, traitée ici avec justesse, sans caricature, et sans pathos », écrit, enthousiaste, le critique de Franceinfo Culture. Les premiers spectateurs, eux, s’ennuient profondément et tiennent à le faire savoir sur le site d’AlloCiné : « Film dégoulinant de bons sentiments » ; « On baille d’ennui devant un Vincent Lindon se plaisant à passer le costume d’un rôle qui lui est désormais familier : celui du mâle blanc d’âge mûr qui tout à la fois porte sur ses épaules le poids de la culpabilité de notre système injuste, capitaliste, postcolonial, refuse de se laisser broyer et puise dans les forces qui lui restent le ressort d’une juste colère. » Résultat : un flop. 121 000 entrées seulement.

Un documentaire à venir sur arte

2025. À partir du 22 janvier, l’on pourra voir Vincent Lindon dans le rôle d’un cheminot, veuf et père de deux garçons dont l’un est attiré par un… groupuscule d’extrême droite. Sur France Inter, Sonia Devillers a reçu l’acteur pour parler du film des sœurs Coulin, Jouer avec le feu. Ensemble, ils ont évoqué cette « jeunesse qui s’enfonce dans le rejet de l’autre » en réussissant à ne convoquer à la barre des accusés que celle qui finirait dans les bras de l’extrême droite radicalisée « façon crâne rasé et croix celtique ». Pourtant, la probabilité de voir un fils d’ouvrier attiré par un groupuscule raciste et violent d’extrême droite est aujourd’hui infiniment inférieure à celle de voir un fils de bobos aisés verser dans l’extrême gauche intolérante, furieusement woke, décolonialiste ou antisémite. La radicalisation d’une certaine jeunesse enrôlée dans des associations progressistes ou écologistes et les mouvements politiques d’extrême gauche, est d’un tout autre niveau, tant en quantité qu’en termes d’agressivité et de violence, que celle concernant les rares jeunes gens finissant dans des groupuscules d’extrême droite – pour lesquels je n’ai aucune sympathie, suis-je obligé de préciser. Vincent Lindon accepterait-il de jouer le rôle d’un cadre supérieur socialiste ou d’un enseignant mélenchoniste dont le fils se retrouve dans un groupuscule hyper-violent d’extrême gauche, genre La Jeune Garde lyonnaise, ou au sein d’un syndicat d’enseignants d’extrême gauche préconisant d’organiser des réunions racistes « non-mixtes » (sans Blancs), ou dans une association écologiste d’extrême gauche prête à toutes les exactions pour voir aboutir son projet totalitaire, ou dans les rangs d’un mouvement politique d’extrême gauche « antisioniste » ? Son talent d’acteur n’étant plus à démontrer, il trouverait là un rôle à sa mesure et le moyen d’élargir sa palette en rendant artistiquement compte d’une réalité qui semble lui échapper…

Après les films sur les gentils migrants franchissant allègrement nos frontières ou les méchants Français dérivant lamentablement vers l’extrême droite, devons-nous nous attendre à une avalanche de films ou de séries « revisitant » des œuvres classiques afin de mettre en valeur cette partie de l’humanité qui vit depuis la nuit des temps sous le joug du patriarcat et de la domination masculine, comme dirait Laure Adler ? Le 22 janvier prochain, sortira en effet sur nos écrans un film intitulé Toutes pour une. Synopsis : « Quand Sara, jeune fille en fuite, découvre que les Trois Mousquetaires qui protègent la Reine de France sont en réalité des femmes, elle décide de partir avec elles et de suivre leur exemple : se transformer pour être libre, se transformer pour être soi… » Ça donne envie, non ? Plus tard dans l’année, TF1 proposera une série dans laquelle la productrice et actrice Audrey Fleurot sera… La Comtesse de Monte-Cristo. Faut-il craindre une nouvelle adaptation des Misérables avec une Jeanne Valjean confrontée aux Thénardières et à la redoutable Javerte ? Oui, peut-être, un jour, mais pas tout de suite… une nouvelle adaptation, fidèle au roman de Victor Hugo, doit d’abord débarquer dans les salles de cinéma fin 2025. Et devinez qui tiendra le rôle de Jean Valjean. Vincent Lindon, bien entendu [1]. Avant cela, l’acteur « se dévoilera dans un documentaire à son image, passionnant portrait en forme d’introspection sur le métier d’acteur et la célébrité, sa vie intérieure angoissée, ses souvenirs d’enfant mal aimé », nous prévient-on sur le site d’Arte. Je crains le pire. Et j’affirme que, dans ce domaine aussi, c’était mieux avant. La preuve : sur Madelen, le site d’archives de l’INA, il est possible de voir et revoir, entre autres choses passionnantes, l’émission Les Monstres sacrés regroupant des extraits d’interviews de Michel Simon, Arletty, Pierre Brasseur, Fernandel, Bourvil (interviewé joyeusement, alors qu’il est en cure à Contrexéville, sous un jet d’eau de source ou lors d’une séance de massage), Michèle Morgan, Jean Gabin, Lino Ventura (entretien risqué : le journaliste interrompt l’acteur en train de dévorer une assiette de charcuterie sur le zinc d’un bistrot), Danielle Darrieux, etc. Quel plaisir d’écouter ces artistes renommés raconter simplement, parfois avec humour, souvent avec pudeur, sans jamais se prendre au sérieux, un souvenir, une rencontre décisive, une anecdote de tournage, une scène de vie, sans se croire obligés de donner ne serait-ce qu’une leçon de morale ou de politique. Mais ça, c’était avant [2]


[1] En 2020, en pleine crise sanitaire, Vincent Lindon a proposé que les plus riches de nos compatriotes contribuent exceptionnellement au redressement de l’économie française et à la lutte contre les inégalités en payant un nouvel impôt baptisé « taxe Jean Valjean ».

[2] Dans un entretien donné récemment à la chaîne Public Sénat, l’acteur Jean-Pierre Daroussin est parvenu à condenser dans une seule phrase toute la morale niaiseuse des artistes gauchisants : « La gauche tend à chercher une morale, une éthique du lien, à considérer qu’une société ne doit pas être faite de ce qui nous sépare mais doit être faite de ce qui nous relie, et donc à chercher des idées et à ne pas rejeter l’autre. » Après avoir entendu ça, histoire de me désinfecter les oreilles, j’ai réécouté Jean Rochefort dans l’émission À voix nue podcastable sur France Culture. Un pur bonheur.    

Quand la langue de Dieu tua l’école algérienne

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En décidant, dès son indépendance, que les cours scolaires seraient donnés en arabe classique et non en arabe populaire, l’Algérie a imposé la langue du Coran à tous les élèves. Selon le linguiste Alain Bentolila, l’éducation publique est devenue un outil confessionnel, non un instrument de la liberté de pensée.


À l’aube de son indépendance, l’Algérie choisit l’arabe classique comme langue de l’École, alors même que la langue du peuple (la « DARIJA ») était une langue très différente de l’arabe littéral. La langue du Coran, que l’on voulait être celle de tous les musulmans, fut donc imposée au système scolaire. Affichage religieux et panarabisme furent les ressorts d’une décision qui signa de fait la faillite de ce système. Elle eut en effet deux conséquences désastreuses. La première fut de précipiter des élèves ne parlant que l’arabe dialectal ou le berbère dans une école qui leur parlait un arabe classique qu’aucun d’eux ne comprenait. La seconde conséquence fut encore plus grave ! En choisissant la langue du Coran, on choisit une conception de la lecture qui déniait au lecteur son droit essentiel de compréhension et d’interprétation. Lire le Coran et le savoir par cœur sont en effet deux choses qui sont intimement liées dans la plupart des écoles coraniques (comme l’est d’ailleurs la lecture de la Thora dans les écoles talmudiques). En faisant de l’arabe littéral la langue de l’École algérienne, on dissuada les élèves de se faire leur propre idée d’un texte. On introduisit ainsi dans l’éducation publique une conception confessionnelle de la lecture : la capacité de lire y est donnée d’en haut, elle « tombe » sur l’élève-croyant, comme elle tomba jadis sur le prophète. Elle n’est en aucune façon le fruit d’une conquête, d’un effort personnel, encore moins l’instrument d’une liberté de pensée. Elle est le fruit d’une révélation. Or l’école, dans quelque pays que ce soit, est un lieu d’élévation intellectuelle et non pas celui de la révélation. L’école algérienne, en imposant à son école une langue inconnue de ses propres élèves orienta l’apprentissage de la lecture vers la récitation servile et leur interdit ainsi de questionner et d’interpréter le sens des textes. Le juste respect dû au texte se changea en soumission craintive, au point que la compréhension même devint offense. La juste compréhension fut ainsi exclue de l’Ecole algérienne comme l’exégèse l’était au sein des mosquées. En leur imposant l’arabe littéral, ce ne fut pas une langue nationale que l’on offrit aux petits Algériens comme cadeau d’indépendance, ce fut un nouveau joug qu’on lui imposa : la langue du religieux remplaça celle du colonisateur avec la même conséquence désastreuse pour la formation intellectuelle des petits écoliers. En bref, l’arabe classique acheva le « sale boulot » que le français avait initié : le français avait exclu pendant des décennies une partie importante des petits « indigènes » des voies de la réussite scolaire ; l’arabe du Coran condamna l’idée même d’une école algérienne libératrice. La confusion entre élévation et révélation a ainsi privé les élèves algériens de tout espoir d’émancipation, de toute capacité d’autonomie. Cette confusion priva les fidèles de leur droit d’exégèse et les écoliers de toute possibilité de compréhension singulière.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: France / Algérie: l’escalade

Depuis des dizaines d’années, les responsables algériens ont sciemment évité de cultiver la pensée des enfants comme on cultive un champ pour nourrir les siens. Ils se sont gardés de leur transmettre les valeurs universelles qui leur auraient donné le sens de leur humanité. Ils les ont privés du désir et des moyens d’analyser et de questionner qui leur auraient permis de ne pas s’en laissent conter. Ils les ont ainsi détournés du goût de l’inattendu, de l’incongru et du singulier pour mieux les soumettre à la pensée dominante. Et ces élèves devenus grands se sont enlisés, année après année, dans la connivence, les apparences identitaires, la proximité et le prévisible.    Dans ce pays, sonne chaque jour le glas annonçant la mort du verbe et de la pensée et célébrant l’asservissement des esprits ; dans cette dictature, fut enterrée profondément l’idée même de résistance. Pour une bonne moitié de la population de ce pays « confisqué », le questionnement fertile a été remplacé par la docilité servile, les « mots d’esprit » ont fait place aux « mots d’ordre », le spirituel a cédé devant le rituel et finalement, la soumission intellectuelle et spirituelle est ainsi devenue une forme de vie « acceptable ». Les dictateurs ont eu en effet le champ libre, dès lors qu’ils ont acquis l’assurance qu’une partie suffisamment importante de leur population n’avait plus ni les moyens ni le goût de la résistance intellectuelle. La parole d’État devint « parole d’Évangile » ; elle tomba sur les épaules courbées de citoyens devenus des créatures et non plus des créateurs. Une spiritualité pervertie devint alors le meilleur allié de l’asservissement social et politique. 

David Lynch, un précurseur inclassable

Plasticien, réalisateur, scénariste, acteur, photographe, musicien, designer… et adepte de la méditation transcendantale, l’Américain David Lynch vient de nous quitter à l’âge de 78 ans. Il nous laisse une œuvre d’une incroyable richesse et profondeur, ce qui ne manquera pas d’accentuer encore un peu plus le caractère sidéralement vide du reste de la création contemporaine actuelle… 


 « C’est avec un profond regret que nous, sa famille, vous annonçons le décès de l’homme et de l’artiste David Lynch. Nous aimerions avoir un peu d’intimité en ce moment. Il y a un grand trou dans le monde maintenant qu’il n’est plus parmi nous. Mais, comme il se plaisait à le dire, « Gardez un œil sur le beignet et non sur le trou » ». Ce sont par ces mots laconiques que nous apprenions le décès, ce jeudi soir, de cet immense artiste farouchement indépendant et visionnaire, frappé d’emphysème, une maladie entraînant la destruction des alvéoles pulmonaires.

Réalisateur de dix films marquants et inclassables entre 1977 (Eraserhead) et 2006 (Inland Empire), lauréat de la Palme d’or cannoise en 1990 (Sailor et Lula), César du meilleur film étranger en 1982 (Elephant Man) et 2000 (Mulholland Drive), Lion d’or vénitien pour l’ensemble de sa carrière (2006) et Oscar d’honneur, consécration suprême, en 2019, le petit gars timide et réservé du Montana a connu l’un des plus beaux destins du cinéma moderne.  

Déracinement et peinture

Combien d’artistes peuvent-ils se targuer de générer de leur vivant un adjectif caractérisant un style, une ambiance, une atmosphère, reconnaissables entre mille ? « Lynchien » (ou « lynchéen ») permet en effet de caractériser une œuvre culturelle parvenant à transcender la banalité du quotidien, l’« inquiétante étrangeté » chère au Docteur Freud, en faisant délicieusement craquer le vernis social et familier de nos sociétés occidentales tout en nous projetant dans un univers aux frontières de l’étrange, concomitamment onirique, surréaliste, mystérieux ou cauchemardesque…

Après une jeunesse marquée par le déracinement permanant aux quatre coins de son pays en raison d’un papa biologiste au Ministère de l’Agriculture, le rêveur David se passionne tout d’abord pour le dessin et les beaux-arts, ce qui le conduit à entreprendre des études dans ce domaine avec comme ambition de rencontrer son idole, le peintre expressionniste autrichien Oskar Kokoschka. Une connexion qui ne pourra hélas se faire lors d’un voyage européen organisé à la hâte avec son ami Jack Fisk. De retour au pays, le jeune David Lynch a alors l’idée de réaliser des courts-métrages en mettant en mouvement et en situation ses propres peintures avec un important travail sur la sonorisation en post-synchronisation. Ainsi naissent les matériaux hybrides et insolites Six Figures Getting Sick, The Alphabet puis The Grandmother, qui le font connaître auprès des critiques et surtout des investisseurs, disposés à lui octroyer un budget conséquent pour la fabrication de son premier long-métrage en 1977…

Premières déflagrations filmiques

Avec une bourse initiale de 10 000 dollars (qui sera finalement multipliée par 10 et renflouée par le revenu de petits travaux réalisés par l’artiste lui-même), David Lynch mettra cinq ans pour accoucher d’une œuvre unique, dérangeante, inoubliable, sans doute l’un des plus grands chocs de l’Histoire du cinéma. Dans un décor noir et blanc post-expressionniste de chaos industriel et urbain, Eraserhead nous plonge dans la psyché malade d’un couple mal assorti venant de procréer un être difforme proche d’un lapin écorché vif au long cou grêle… Difficile de faire plus glauque et sordide… et pourtant, cet essai filmique expérimental est traversé par de purs moments de poésie et d’élégie. Le film a connuun succès inespéré dans les circuits indépendants new-yorkais sur les créneaux « Midnight Movies », avant de se voir distribué un peu partout dans le pays et a été fortement apprécié par un certain Mel Brooks qui propose à Lynch un projet d’une envergure beaucoup plus importante, Elephant Man, d’après l’incroyable histoire vraie d’un certain John Merrick, victime de plusieurs malformations physiques et génétiques.

Alternant ambiances gothiques, grotesques, horrifiques et mélodramatiques, rendant hommage au séminal Freaks de Tod Browning, Lynch, en état de grâce, réussit le film parfait. Rythmée par d’impressionnantes tonalités musicales, tantôt industrielles, métalliques ou mélancoliques grâce à la géniale utilisation de l’Adagio pour cordes de Samuel Barber, cette histoire d’une incroyable humanité est par ailleurs marquée par l’incroyable performance de l’acteur John Hurt dans le rôle-titre… qui loupa toutefois l’Oscar du meilleur acteur au profit de Robert De Niro avec Raging Bull.  

Le temps était-il déjà venu de se lancer, pour son troisième film seulement, dans une des productions les plus chères et les plus ambitieuses de l’Histoire ? A savoir le défi de « l’adaptation de l’inadaptable » avec le mythique roman écolo-mystico-politico-philosophique Dune de Frank Herbert. Sous la férule encombrante de Dino De Laurentiis, nabab italien millionnaire producteur du projet, Lynch fait ce qu’il peut en répondant surtout à des directives de studio pourtant très éloignées de sa conception de créateur libre et indomptable. Il rebondira en recouvrant une certaine indépendance, toujours pour De Laurentiis, avec le formidable Blue Velvet (1986), étrange thriller «néo-noir» contaminé par de sombres pratiques sexuelles déviantes, ritualisées et fétichisées dans une bourgade pavillonnaire américaine de fausse carte postale. Personne ne pourra oublier la prestation habitée de la comédienne Isabella Rossellini (future épouse de Lynch), rudoyée et sadisée par un Dennis Hopper plus givré et cocaïnomane que jamais !

Consécration cannoise… et Lynch Mania !

Puis arrive la fameuse et inattendue Palme d’or cannoise grâce à Sailor et Lula en 1990, d’après le livre de Barry Gifford, Wild at Heart : the Story of Sailor and Lula. «C’est exactement ce qu’il me fallait à ce moment-là. Le roman et la violence en Amérique se sont amalgamés dans mon esprit et beaucoup de choses ont surgi. C’est une histoire d’amour vraiment moderne dans un monde impitoyable. Un film sur deux êtres qui trouvent l’amour en enfer » révèle alors Lynch qui a le plaisir de retrouver sa muse Laura Dern avec qui il partagera une grande complicité jusqu’à la fin de sa carrière. Ce film sauvage et beau peut également se lire comme une démarcation et une variation hardcore de l’iconique Magicien d’Oz créé par le romancier Lyman Frank Baum en 1900 et adapté une première fois au cinéma par l’illustre Victor Fleming en 1939.

Le début des années 90 est plus que jamais synonyme de « Lynch Mania » avec le lancement interplanétaire d’une nouvelle série télévisée «Twin Peaks», co-écrite avec le romancier et scénariste Mark Frost. Un objet télévisuel non identifié ambitionnant de redéfinir ni plus ni moins les codes et archétypes des poussiéreux soap-opéras. Subjugué, Francis Bouygues, magnat de la construction, propriétaire de TF1 et récent fondateur d’une société de cinéma (CIBY 2000) convainc alors Lynch de réaliser, contre toute attente, une adaptation de la série sur grand écran. Ce sera donc Twin Peaks : Fire Walk With Me, ce feu incandescent qui consume progressivement les habitants de ladite bourgade et continue d’animer la passion créatrice du réalisateur avec une nouvelle égérie, la sulfureuse Sheryl Lee qui reviendra pour la troisième saison de Twin Peaks en 2017 (le très sibyllin et cryptique The Return).

Entre-temps, Lynch retrouvera l’univers alambiqué de Barry Gifford qui lui sied tant pour son extraordinaire Lost Highway (1997), un bad-trip sous acides aux confins de la folie, directement inspiré du retentissant procès médiatique O.J Simpson qui a bouleversé et clivé l’Amérique au mitant de la décennie 90. «O.J était bien coupable de l’atrocité des meurtres qu’il a commis, concède alors Lynch. Or, il a pu continuer à vivre en liberté, voir ses amis, jouer au golf tranquillement, ce qui est proprement hallucinant ! Comment peut réagir l’esprit de cet homme après ces crimes horribles ? Comment l’esprit peut-il se protéger contre ce souvenir, la connaissance de ces faits qui ont réellement existé ? Le fonctionnement du cerveau, y compris dans ce qu’il recèle de plus pervers et pernicieux, est fascinant et m’intéresse au plus haut point !».

Nouveau coup de maître en 2001 avec sans doute son magnum opus, Mulholland Drive, directement financé par ses soutiens français, le groupe Canal+ et Alain Sarde. «Une histoire d’amour dans la cité des rêves». S’inspirant à nouveau du fameux ruban de Moebius, le réalisateur poursuit son obsession consistant à gratter le vernis des conventions normatives et sociales tout en prenant un malin plaisir à faire tomber les masques des hypocrisies et des illusions au cœur de la fabrique à rêves et à cauchemars nommée Hollywood. Ce beau poème métaphorique et labyrinthique sur la « cité des anges foudroyés » est couvert de prix : la mise en scène à Cannes, le César du Meilleur film étranger ainsi que le Meilleur montage aux BAFTA britanniques. Il est par ailleurs régulièrement cité par les médias spécialisés et historiens du cinéma comme faisant partie du TOP 10 des plus grands films de tous les temps !

Vertige et hommage

2006, Inland Empire, la fin du voyage cinématographique avec sans conteste son film le plus exigeant, le plus abscons, celui qui divisera comme jamais la communauté lynchéenne… sans parler des critiques professionnels et du grand public.  

Parvenu au sommet de son art, n’ayant plus rien à prouver, le réalisateur décide alors de lâcher complètement les forces de son inconscient et de confectionner, en roue libre et sans filet, un étrange matériau expérimental, décousu, labyrinthique, comme directement relié aux synapses d’un cerveau malade. Concept à la fois topographique (la dénomination d’une zone métropolitaine excentrée de Los Angeles) et psychanalytique (textuellement, l’empire de l’intériorité, cette zone grise et noire des profondeurs de la psyché humaine), ce véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) vaut surtout pour la prestation hallucinante de Laura Dern. Une œuvre à redécouvrir sans doute aujourd’hui…

En novembre 2020, plusieurs médias font état d’une série en préparation, désignée sous le titre Wisteria, qui serait écrite et réalisée par Lynch, en collaboration avec la productrice Sabrina S. Sutherland et diffusée sur Netflix… Mais rien ne sera ensuite confirmé.

Dernière surprise… et de taille, Spielberg offre un rôle symbolique et émouvant à Lynch dans son film autobiographique The Fabelmans en 2022. Il y incarne le légendaire réalisateur John Ford, cache-œil de corsaire, casquette de militaire et gros cigare, qui reçoit dans son bureau un tout jeune garçon (Sammy Fabelman, double de Spielberg) fasciné par le monde du septième art et avide de conseils du Maître. Un beau geste rêvant et affichant une filiation nord-américaine idéale en voulant sans doute boucler la boucle de ces créateurs de génie. Seule l’Histoire pourra à présent juger et se prononcer a posteriori sur la place qu’occupera réellement David Lynch… quelque part entre John Ford, Steven Spielberg et d’autres géants. Une chose est certaine, il nous manquera énormément…

Justin Trudeau: « Ch’tu un fighter »

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Le très "woke" dirigeant canadien Justin Trudeau annonce son départ, 6 janvier 2025, Ottawa © Adrian Wyld/AP/SIPA

En v.f., « je suis un bagarreur ».


Tout « fighter » fût-il, le gouverneur démissionnaire du 51e Etat est la première cible atteinte par Donald Trump (lequel reprend le pouvoir le 20 janvier). Dans la foulée, il a fait proroger jusqu’au 24 mars prochain le parlement canadien (qui « a besoin d’un reset, de se calmer le pompon » [sic], a-t-il ajouté avec sa légendaire éloquence bilingue), afin de laisser au parti libéral du Canada un peu de temps pour choisir un successeur.

De toute manière, il était plus que temps. Depuis des années, le Canada est la risée de la communauté internationale, et voir à sa tête pendant neuf ans un guignol qui n’avait pour bagage politique qu’un nom de famille et une expérience de professeur d’art dramatique (en anglais, bien sûr), d’instructeur de surf des neiges, et de roi du déguisement carnavalesque n’a rien arrangé. « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » est un programme un peu mince, surtout quand on affecte des fonds publics à la création du poste de « représentante spéciale du Canada dans la lutte contre l’islamophobie », dont la titulaire est la propagandiste Amira Elghawaby, contemptrice éprouvée du Québec, surtout laïque.

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Rendons quand même hommage à celui qui a fait de son État le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis.

Qui sera donc le prochain proconsul provisoire du Canada? (L’opposition a promis de faire tomber le gouvernement dès la reprise des travaux parlementaires). 

Dommage que la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, passe son tour : cette blondinette sait terroriser du regard les politiciens chinois. Quant à Marc Carney, ex-gouverneur de la banque du Canada et de la banque d’Angleterre, c’est sur une chaîne de télévision… américaine qu’il vient de lancer sa campagne. Il a pour rivale Chrystia Freeland, ex-vice Première ministre et petite-fille de collabo ukrainien.

La route semble donc sans obstacle pour Pierre Poilièvre, chef du parti conservateur du Canada, une version édulcorée de Donald Trump. D’ailleurs, au Canada, État artificiel aux frontières coloniales, tout est comme aux États-Unis, mais en plus « light ».

Roger Scruton ne plaît pas qu’à Viktor Orban…

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Roger Scruton en 2012 © Christopher Jones / Rex/REX/SIPA

Inspirant des figures comme Viktor Orban ou Giorgia Meloni, Roger Scruton prouvait que le conservatisme bien dosé n’est pas une idéologie rigide, mais un antidote élégant à toutes les idéologies. Il disparaissait il y a cinq ans.


Tous ceux qui s’intéressent au libéralisme et à la philosophie politique ont lu Roger Scruton ou du moins ont entendu parler de lui. Disparu il y a cinq ans à la suite d’un cancer fulgurant, sa pensée irrigue toutefois de plus en plus les réflexions et les orientations des pouvoirs, et pas seulement ceux qui seraient naturellement accordés avec elle. Sa grande force, me semble-t-il, est de privilégier une sorte de provocation de la mesure, d’élaborer une théorie argumentée du bon sens contre tous les progressismes qui n’ont pour ambition que de battre en brèche ce qui a duré et réussi.

Le conservatisme, antidote à l’idéologie

Eugénie Bastié (Champs Libres dans Le Figaro) ne pouvait pas manquer de se pencher sur cette personnalité singulière ayant su résister à l’air du temps au bénéfice de l’universel de la raison. Ses axes fondamentaux : « critique du multiculturalisme, défenseur de la nation et de la tradition contre l’orgueil de la déconstruction… » sont d’une actualité brûlante et fournissent un exceptionnel vivier aux adeptes d’une vision conservatrice aussi éloignée de la stagnation que des humeurs systématiquement régressives.

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J’apprécie tout particulièrement ce qu’a rappelé Viktor Orban en remettant à Roger Scruton la plus haute distinction hongroise le 3 décembre 2019 : « Comme nous l’avons appris de notre bien-aimé professeur, le conservatisme est tout sauf une idéologie : c’est l’antidote à l’idéologie ». En effet, on entend trop souvent des idéologues de gauche la réplique facile que le libéralisme, l’approche conservatrice, seraient également une idéologie et pâtiraient des mêmes vices que ceux qu’on leur impute.

Il me semble que l’objection décisive qui doit contredire cette tentative de confusion est que l’idéologie, par mission et par principe, est vouée à fuir la réalité en se réfugiant dans l’abstraction des concepts partisans quand le conservatisme s’honore de ne s’appuyer que sur le réel, pour éventuellement en dénoncer les ombres afin de les changer, pour en valider les lumières et donc les sauvegarder.

Amour du foyer

Le même Premier ministre hongrois, louant l’aide apportée par Roger Scruton à la lutte contre le communisme, lui rendait hommage pour n’avoir pas été dupe des dangers des sociétés « ouvertes », constat qu’apparemment l’Union européenne qui ne cesse de cibler le gouvernement hongrois ne partage pas, partant du principe qu’il est toujours facile d’être naïf et généreux sur le dos des peuples.

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Selon Eugénie Bastié, la notion centrale de la pensée de Roger Scruton est l’oikophilie, soit l’amour du foyer. On comprend bien comment à partir de ce concept à la fois humain et civilisationnel, ce grand penseur politique a pu développer des variations essentielles sur la vie en société, l’immigration, les risques du multiculturalisme et les relations internationales. Il est intéressant de noter, sur le plan de la forme, comme l’expression de Roger Scruton s’attache à répudier toute outrance, à publier ses idées et, selon lui, ses évidences, en les présentant tout simplement, par un développement limpide et quasiment irréfutable, comme héritées du réel.

Je compare à la manière dont Jean-Marie Le Pen avait usé de la même argumentation en soulignant qu’il convenait d’abord de s’occuper du prochain plus que du lointain mais son style, son oralité mettaient de l’âpreté là où Roger Scruton nous convainc doucement.

J’ai évoqué à plusieurs reprises Viktor Orban mais une démonstration encore plus éclatante de l’influence bénéfique du philosophe politique Roger Scruton est à faire : il a inspiré à l’évidence François-Xavier Bellamy mais surtout aujourd’hui il guide Giorgia Meloni et Bruno Retailleau. Dans des genres différents, en Italie et en France, deux personnalités – une femme de pouvoir, un ministre exemplaire – qui sortent du lot ! Merci, Roger Scruton !

l'erreur et l'orgueil: penseurs de la gauche moderne

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12 milliardaires en colère

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Le président de la Chambre des représentants Mike Johnson, R-La., de gauche à droite, marche avec Vivek Ramaswamy et Elon Musk pour une table ronde à propos projet d'efficacité du département du gouvernement du président élu Donald Trump, sur Capitol Hill à Washington, le jeudi 5 décembre 2024 © AP Photo/Jose Luis Magana /DCJL113/24340695028166//2412052102

Pour exercer son deuxième mandat, le président élu Donald Trump va s’entourer d’une équipe d’hommes et de femmes fortunés. Si ses détracteurs dénoncent dans ce casting une oligarchie, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’indépendance financière de ces nouveaux responsables politiques est, peut-être, la dernière chance des États-Unis de résister au rouleau compresseur du wokisme tout-puissant.


Les États-Unis n’ont jamais porté Karl Marx dans leur cœur. Alors que les écrits du philosophe allemand ont révolutionné la pensée politique sur le continent européen et bien au-delà, l’Amérique a tout fait pour barrer les idées de la lutte des classes et de l’égalité sociale. Pendant de longues années le « Manifeste du parti communiste » a été censuré sur le territoire américain et quasiment interdit durant la période du maccarthysme. Cependant, un siècle et demi après la naissance du marxisme, pendant que la gauche progressiste européenne est devenue, à l’image de LFI de Jean-Luc Mélenchon, un grand corps malade, la droite américaine fait sa révolution. Cette fois-ci, ce sont les forces conservatrices incarnées par des personnalités très riches qui portent, aux yeux de la majorité écrasante des citoyens américains, le message de liberté politique, de bon sens social et de prospérité économique.1

L’image de Donald Trump sur la tribune d’un meeting électoral, poing levé, visage en sang après une tentative échouée de son assassinat restera un symbole puissant de cette révolte : transcrite par le résultat des urnes lors des dernières élections présidentielles avec le vote de 312 grands électeurs (contre 226 pour sa rivale du parti démocrate, Kamala Harris). C’est d’ailleurs, après cette soirée bouleversante du 13 juillet 2024 en Pennsylvanie, qu’Elon Musk, l’homme le plus riche de la planète, a apporté publiquement son soutien au candidat républicain.

Musk, un milliardaire parmi les autres

Le ralliement de l’entrepreneur, lui-même objet des attaques du pouvoir californien, qui l’ont obligé de quitter la Silicon Valley pour le Texas, ne s’est pas seulement résumé pas la somme record de 277 millions de dollars2 pour financer la campagne de Trump. Le réseau social X dont il est propriétaire est devenu la tribune principale pour toutes les personnalités connues et inconnues du grand public, qui n’étaient pas d’accord avec la politique actuelle du gouvernement démocrate. Celle qui, selon eux, a amené leur pays à une crise migratoire sans précèdent, aux fractures sociales et culturelles provoquées par le wokisme inquisitorial et le monde entier quasiment au bord de la Troisième Guerre mondiale. Des évolutions dont les médias mainstream du pays tels le New York Times ou CNN auraient soigneusement ignoré la gravité, à les entendre. Ces derniers préférant porter toute leur attention sur les affaires judiciaires du candidat républicain…

Mais Elon Musk n’est pas l’unique milliardaire à se mettre au service du Donald Trump. Ils sont 12 à qui le 47ᵉ président des États-Unis a proposé un rôle important dans son administration, en signe de reconnaissance de leur précieux support durant sa campagne, mais sans doute également parce qu’il partage avec ces gens la même inquiétude pour le pays.  

Fin stratège, le nouveau locataire de la Maison Blanche a placé ses 12 acolytes pour couvrir pratiquement tous les domaines de la politique américaine. Pour Musk, le président élu a créé un nouveau département de l’efficacité gouvernementale, que le patron de Space X et de Tesla Motors va gérer avec un autre jeune magnat, l’étoile montante du paysage politique du pays Vivek Ramaswamy.  À 39 ans ce dernier a décidé d’abandonner son empire pharmaceutique pour d’abord se présenter aux primaires du Parti républicain en été 2023, avant de devenir l’allié inconditionnel de Trump, en mettant en avant sa formidable éloquence et la vision ‘anti-woke’ de l’Amérique.3

Deux hommes et une femme d’affaires devraient gérer les questions économiques : Scott Bessent comme secrétaire au Trésor, Howard Lutnick en tant que secrétaire au Commerce et Kelly Loeffler – chargée des petites et moyennes entreprises (Small business administration). Linda MacMahon qui, avec son mari a bâti la fortune de 3 milliards de dollars dans le divertissement, serait en tête de l’Éducation nationale et Frank Bisignano, le patron de la plus grande entreprise du FinTech américain Fiserv, prendrait la fonction de commissaire à l’administration de la Sécurité sociale. Pour le domaine régalien de la Défense, Jacob Isaacman, le magnat de l’industrie du paiement, s’apprête à piloter la NASA et Stephan Feinberg (Fonds d’Investissement) s’est vu proposer le poste de secrétaire-adjoint à la Défense. Enfin, le banquier Warren Stephens et le promoteur immobilier Charles Kushner ont été nommés les ambassadeurs des États-Unis respectivement en Grande-Bretagne et en France, pour donner un nouveau souffle à la politique américaine sur la scène internationale.4

La quête de liberté a changé de camp

La richesse cumulée de ces 12 personnalités s’élève à 360 milliards euros, ce qui est plus important que le budget de la France en 2024 (305,1M€). 240 ans après leur création, pour sortir d’une impasse existentielle, les États-Unis font appel aux forces qui incarnent le mieux le rêve américain depuis toujours : la réussite professionnelle accompagnée de la richesse matérielle. Les milliardaires américains sont, en effet, la dernière catégorie des citoyens qui, grâce à leur indépendance financière, peut encore résister à l’étrange agenda politique du parti démocrate. Qui, ivre de la victoire de l’Amérique dans la Guerre Froide s’est senti légitime à déconstruire les fondements millénaires de la civilisation occidentale s’appuyant sur les interdits moraux de la religion chrétienne et la puissance de la pensée libre, que cet ordre spirituel a créé en Europe.

Reste à voir comment la révolution des milliardaires américains va embarquer dans son élan les vieilles démocraties européennes. Quelques tweets de Musk en faveur du parti allemand l’AfD ont déjà bouleversé la dynamique des sondages sur l’intention des votes des électeurs allemands. Le parti classé à l’extrême droite a grimpé à la 2ᵉ place, avec le chiffre record de 22% des suffrages, talonnant ainsi les démocrates-chrétiens de CDU/CSU (30%) et dépassant déjà les sociaux-démocrates du chancelier actuel Olaf Scholz (16%).5 Le programme de l’AfD prévoit, entre autres, de faire sortir l’Allemagne de l’Union européenne, de lancer les déportations massives d’immigrés, de démolir les éoliennes et de réduire au minimum le support militaire à l’Ukraine. Une vision qui tranche radicalement avec les aspirations humanistes de la gauche historique, qu’ont façonné les modèles sociaux de pratiquement tous les pays du Vieux Contient. Oui, le temps de Karl Marx semble être définitivement révolu, même dans son propre pays…


  1. Marx censuré aux États-Unis, Wikipédia ↩︎
  2. Elon Musk investit 277 millions de dollars pour soutenir Trump et les candidats républicains, CBS News ↩︎
  3. 12 milliardaires, Bloomberg ↩︎
  4. Leurs rôles, The Hill  ↩︎
  5. « Remigration », sortie de l’UE… En Allemagne, l’extrême droite déroule son « plan d’avenir » avant les élections, BFM TV ↩︎

Saga Beigbeder

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Frédéric Beigbeder © Hannah Assouline

Avec Un homme seul (Grasset, 2025), Frédéric Beigbeder signe l’un de ses meilleurs livres, sinon le meilleur.


Il faut se méfier des enfants qui écrivent. Ils utilisent la nourriture familiale pour muscler leur univers romanesque. Les pères sont souvent sous le feu des projecteurs de nos jours. Ils n’ont pas forcément le beau rôle. L’époque déteste le virilisme et veut en découdre avec le patriarcat. Alors les écrivains, qui sont pour la plupart restés des enfants, car la littérature est le contraire de travailler comme le rappelle Georges Bataille, ouvrent les ordinateurs, fouillent dans les corbeilles, lisent les mails, scrutent l’historique des recherches sur internet, bref, se transforment en commissaire Maigret à la recherche de ce « misérable petit tas de secrets », pour reprendre la formule de Malraux, citée par Frédéric Beigbeder.

Ce père qu’il croyait détester

Disons-le d’entrée de jeu, Un homme seul est sûrement l’un des meilleurs livres de Beigbeder, sinon le meilleur. L’analyse y est pertinente et le style épuré ; la formule claque et l’émotion surgit là où le récit semblait froid comme le granit, surtout au moment d’atteindre les trop courts chapitres 30 et 31, c’est-à-dire de prendre congé de Jean-Michel Beigbeder (1938-2023), père de Frédéric. Il en fait un véritable personnage de roman, à situer à mi-chemin entre Roger Martin du Gard – totalement oublié aujourd’hui – et Ian Fleming : « C’était un Français qui s’est cru Américain alors qu’il était Anglais ». On avait vaguement entendu parler de cet homme à la forte corpulence qui, après de solides études de management à Harvard Business School, avait importé en France le métier de « chasseur de têtes » (executive search), « plaçant » tous les dirigeants du CAC 40 durant cinquante ans. Un homme sans foi, ni loi, en quelque sorte, utilisant des pratiques immorales dans un système réfutant toutes les valeurs suprêmes et les remplaçant par un seul mot d’ordre : faire du fric. Le très lettré – hypokhâgne, khâgne – et habile Jean-Michel n’hésitait pas à débaucher les personnes douées pour les intégrer dans des organigrammes de sociétés prestigieuses. Sa devise : « La guerre économique est la seule dont les déserteurs sont récompensés ». Pas de quoi rendre l’homme sympathique, malgré une trajectoire digne de L’homme pressé, roman électrique de Paul Morand, avec l’hypothèse probable d’avoir été un correspondant de la CIA, c’est-à-dire un « agent » agissant contre les intérêts de la France puisque les Américains ont toujours tenté de déstabiliser notre pays, notamment sous de Gaulle qui connaissait le sens du mot indépendance.

A lire aussi: Quand la télé donnait faim!

Père brillant, jouisseur, égoïste, pour ne pas dire narcissique, indifférent surtout à ses deux fils, Charles et Frédéric. Celui qui fut jadis un beau jeune homme au regard ténébreux, cheveux bien coiffés, raie nette sur le côté, est mort totalement ruiné, seul, d’un cancer des voies biliaires, après un lent et irrémédiable délabrement physique dû à la maladie de Parkinson. La mort du vieil homme fut une délivrance. Le fils écrivain raconte : « Vers la fin, dans ma salle de bains de Guéthary, il m’a demandé de lui laver les cheveux. Il s’est mis torse nu, il avait perdu cinquante kilos et sa peau pendait sur son ventre comme de la guimauve dans une fête foraine. Pieds gonflés, sans chevilles. Seins en gants de toilette. Goître moucheté de taches de vieillesse. » L’écrivain ajoute : « Ne rigole pas, tu seras pareil, pauvre con. » Plus loin dans le récit, l’écrivain reconnait avoir été injuste avec lui dans ses livres précédents. « Je l’ai pris pour un salaud qui avait quitté ma mère alors que c’est elle qui l’a largué », confesse-t-il. Il dit encore : « Il n’a jamais réagi car il ne lisait pas mes livres : il les faisait lire à sa compagne, qui ‘’avait bien aimé’’. » Insupportable camouflet. Mais la mort a gommé la rancœur, et l’écrivain a décidé de mener l’enquête sur ce père pas si détestable que ça.

Infernal pensionnat

Françoise Sagan – que Beigbeder aime ; il ne cesse de citer son nom ; c’est bien qu’un écrivain de talent sauve d’un possible oubli un autre écrivain de talent – Sagan, donc, a écrit qu’à neuf ans, on a saisi l’essentiel de la vie. Tout est joué. Alors il convient de déjouer le système pour s’en jouer. Le cauchemar de Jean-Michel a commencé à huit ans, quand il fut mis en pension par ses parents. C’est l’incompréhensible abandon ; c’est l’entrée dans l’enfer des brimades, des coups, des humiliations, et peut-être pire… L’enfer porte un nom, Sorèze, un pensionnat catholique situé dans le Tarn. Incompréhensible, oui, quand on sait que les parents de Jean-Michel ont caché – et sauvé – une famille juive dans leur villa. Alors pourquoi avoir livré leur fils aux « kapos à chapelets » ? Frédéric Beigbeder écrit : « Quoi qu’il en soit, conditionné à la survie solitaire en milieu hostile, son caractère s’est fermé. Jean-Michel est devenu un humain claquemuré. » Son fils est parvenu à l’exfiltrer de cette forteresse invisible. L’écrivain possède des pouvoirs de démiurge. Ne les fréquentez qu’en cas de forte poussée sentimentale.

La fin est bouleversante, dégraissée de tout pathos. Frédéric l’appelle enfin « papa ». On comprend pourquoi quand il nous livre une anecdote que je vous laisse découvrir.

Frédéric Beigbeder avoue encore : « Au ciel, il ne sera plus jamais seul. Je suis heureux pour lui et triste pour moi parce qu’à partir de ce jour, l’homme seul, c’est moi. »

Jean-Michel repose sous une pierre rose de la Rhune, à Guéthary. Une tombe avec vue sur les flots fougueux. Comme Chateaubriand.

Frédéric Beigbeder, Un homme seul, Grasset. 224 pages.

Un homme seul

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Cessez-le-feu et libération des otages: le tweet problématique d’Emmanuel Macron

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Un homme tient une pancarte avec la photo d'Ohad Yahalomi, détenu en otage à Gaza, lors d'une manifestation à Tel Aviv, 14 septembre 2024 © SOPA Images/SIPA

Les soutiens habituels d’Israël ont critiqué le message du président français publié le soir de l’annonce de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, y voyant une équivalence malvenue entre les souffrances des otages et celles des civils gazaouis. La « pensée complexe » présidentielle, louée par ses admirateurs, n’est peut-être pas adaptée à des messages si courts toujours sujets à interprétation…


Le tweet du président de la République sur un possible cessez-le-feu à Gaza a suscité des réactions vives, notamment en raison de l’absence d’une mention explicite du peuple israélien et du contexte même dans lequel il s’inscrit. Cet oubli, volontaire ou non, ne peut être détaché des conséquences tragiques des attaques terroristes du 7-Octobre, ni des enjeux fondamentaux de ce conflit.

Une ambiguïté choquante

« Après quinze mois de calvaire injustifiable, soulagement immense pour les Gazaouis, espoir pour les otages et leurs familles. Ce soir, mes pensées vont à Ofer et Ohad. L’accord doit être respecté. Les otages, libérés. Les Gazaouis, secourus. Une solution politique doit advenir » écrivait Emmanuel Macron le 15 janvier peu après 21 heures.

Ce message présidentiel, en mettant sur un même plan les victimes israéliennes et les conséquences de la guerre à Gaza, crée un amalgame dérangeant.

Il existe une différence fondamentale entre le pogrom sanglant du 7 octobre — une attaque préméditée contre des civils juifs, accompagnée d’enlèvements, de viols et d’assassinats — et les pertes civiles, bien que tragiques, causées par un conflit armé. En niant cette distinction, le tweet valide indirectement le discours des islamistes qui cherchent à minimiser ou justifier leurs crimes, tout en nourrissant une confusion morale inacceptable.

Le refus de reconnaître les otages juifs comme des esclaves, déshumanisés et captifs d’une barbarie assumée, renforce ce sentiment d’ambiguïté. Même le Hamas a reconnu que la population gazaouie elle-même détient une partie des otages, révélant un fanatisme enraciné et encouragé par des décennies de haine culturelle.

Une politique sans ligne claire

Ce type de communication trahit une incapacité à nommer clairement les responsabilités et à défendre les valeurs démocratiques face à l’islamisme totalitaire.

Où sont les actes forts ? Pourquoi ne pas condamner le terme de « génocide », infondé ici, ou affirmer que la guerre d’Israël contre le Hamas est légitime ? Pourquoi continuer à financer l’UNRWA ou tolérer sur le sol français des discours appelant à l’intifada et au djihad, au mépris des principes républicains ?

Une fracture intérieure

En France, chaque mot du président sur le conflit israélo-palestinien a des répercussions directes. La communauté juive, déjà fragilisée par des décennies d’antisémitisme et des tensions croissantes, mérite un soutien clair.

A lire aussi: Kibboutzim: ils auront leur haine

Mais ce tweet, en donnant des « gages » implicites à des narratifs islamistes, alimente les discours haineux et renforce un sentiment d’abandon.
Dans les rues de Paris, les appels à l’intifada et les manifestations pro-Hamas témoignent d’une radicalisation inquiétante que les dirigeants n’ont pas su endiguer.

Des réactions vives de nombreuses personnalités des médias et de la communauté juive

Suite aux propos présidentiels, les réactions ne se sont pas fait attendre. La journaliste Céline Pina a déclaré sur X (anciennement Twitter) : « Ce tweet est honteux : au nom de quoi l’évocation des otages doit-elle s’accompagner de gages donnés aux islamistes ? La mort de civils est malheureuse mais il y a une différence entre les horreurs d’un pogrom, la razzia d’esclaves et les cadavres volés qui s’ensuivent et les conséquences d’un bombardement ».  L’avocat Gilles-William Goldnadel a réagi sur son compte Instagram, avant de confirmer ses propos sur C News : « Le tweet d’Emmanuel Macron est tellement inqualifiable, que j’ai du mal à le qualifier. Car cela veut dire que pour les Gazaouis il y a un calvaire, mais pour les otages il n’y en n’a pas ». Du coté des réactions dans la communauté juive, celle du président du B’nai B’rith France, Philippe Meyer, résume le ressenti de beaucoup d’entre nous : « Message pour le moins ambiguë. On aurait aimé lire autre chose du président de la République, d’autres mots, dans un autre ordre. Le « en même-temps » ne justifie pas tout ».

La responsabilité des dirigeants

Les événements tragiques du 7-Octobre rappellent que les islamistes ne font aucune distinction : leur barbarie s’abat sur quiconque n’adhère pas à leur idéologie, comme les Juifs ce jour-là. Face à cette menace, la France se doit de tenir une ligne claire et de refuser tout relativisme.

Ce tweet présidentiel, en diluant la gravité des crimes contre l’humanité commis par le Hamas dans un discours généraliste et politicien, incarne l’impuissance des élites occidentales à affronter les totalitarismes modernes. Ce manque de courage moral pousse les citoyens à chercher refuge dans des figures populistes, bien que leurs solutions soient souvent tout aussi problématiques.

La France doit choisir : défendre Israël, démocratie imparfaite mais légitime, ou céder aux injonctions d’un fanatisme qui menace les valeurs mêmes de l’Occident. Il est temps pour le président de se tenir fermement aux côtés des victimes, de nommer sans détour les responsables, et de montrer que la République ne cédera pas face à l’islamisme ni à ses complices. Le futur de notre société et de nos enfants en dépend.

Causons! Le podcast hebdomadaire de Causeur

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Marche contre les bandes de pédophiles organisée par l'activiste Tommy Robinson à Telford, 29/1/2022 Licensed by Story Picture Agency/SIPA

Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs.


Quelle est l’espérance de vie du gouvernement Bayrou? Quelles sont les stratégies adoptées par le Parti socialiste et le Rassemblement national? Bayrou peut-il sauver le soldat Macron?

Le Royaume Uni est toujours en butte au scandale des « grooming gangs », ces bandes de pédophiles composées d’hommes d’ascendance pakistanaise. Pendant des années, ces hommes ont pu agir avec un certain degré d’impunité. Aujourd’hui, certaines de leurs victimes attendent toujours que justice soit faite. Est-ce la fin du grand rêve multiculturel?

Elon Musk vs Thierry Breton: les médias ont choisi leur champion!

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© Jonas Ekströmer/AP/SIPA © Michel Euler/AP/SIPA

Tandis que les médias de grands chemins s’inquiètent de la montée des opinions dissidentes et des changements dans le paysage numérique, l’Union européenne prépare de nouvelles mesures pour renforcer son contrôle sur les plateformes numériques au nom de la démocratie. Mais, tout ce petit monde ne disait rien quand des ingérences « progressistes » ou woke étaient constatées par le passé…


Elon Musk « promouvant l’extrême droite partout » et Mark Zuckerberg ayant décidé de se passer dorénavant des fact-checkers sur Facebook et Instagram, l’économiste Dominique Seux déclare le plus sérieusement du monde, sur France Inter : « Thierry Breton nous manque. » Le DSA (Digital Services Act) est la loi européenne sur les services numériques concoctée par M. Breton du temps où il était commissaire européen. Le but officiel de cette loi est de « réguler » les réseaux sociaux ainsi que les plateformes de partage de contenus (Youtube, Dailymotion…), d’empêcher les « propos haineux », la désinformation et la manipulation sur la toile et d’analyser les « risques systémiques qu’ils génèrent sur les processus électoraux » – voilà qui offre mille possibilités interprétatives pouvant aboutir à une censure à peine camouflée. Voire pire.


En partance pour Bank of America, Thierry Breton fait une dernière tournée des médias

Thierry Breton a malheureusement entendu Dominique Seux. Le voici de retour. En l’espace de trois jours, il a été l’invité exceptionnel de LCI, RMC, France 5, France Info (à 8h30, le 11 janvier) et France Culture (à 12H45, le même jour).

Les journalistes ont été très gentils avec lui, ne l’ont confronté à aucun contradicteur et l’ont laissé dérouler un discours archi-rodé sur le « peuple européen » sacrément bien représenté par un « Parlement européen » garant du « progrès européen », du « vivre-ensemble européen » et de la « démocratie européenne » – ces derniers seraient menacés par les vilains réseaux sociaux en général et celui du méchant Elon Musk en particulier. Sur RMC, M. Breton a déclaré que s’il était constaté des « interférences » lors des prochaines législatives allemandes, les résultats de celles-ci pourraient être remis en cause. « On l’a fait en Roumanie et il faudra le faire si c’est nécessaire en Allemagne », a-t-il menacé en faisant référence à l’annulation par la Cour constitutionnelle de Bucarest des dernières élections présidentielles roumaines au motif que le réseau social TikTok aurait été utilisé par des « éléments étrangers » pour manipuler l’opinion publique.   

A lire aussi, du même auteur: Six femmes en colère

La liberté d’expression, c’est bien. Mais c’est mieux, pensent certains, quand le cadre en est strictement délimité par les milieux informationnels qui ne manquent ni de commissaires, ni de vérificateurs, ni d’argousins médiatiques. Pour Dominique Seux, Mark Zuckerberg est passé du côté obscur de la Force numérique. « Les “vérificateurs de faits” ont fait preuve de trop de partialité politique », affirme pourtant simplement le directeur général de Meta, avant d’ajouter : « Ce qui a commencé comme un mouvement inclusif a de plus en plus été utilisé pour bloquer les opinions et exclure les personnes ayant des idées différentes ». Cette censure a été ouvertement pratiquée sur les différents réseaux sociaux, Twitter du temps où Jack Dorsey en était le propriétaire, Instagram et Facebook du temps où les Démocrates américains étaient au pouvoir et Zuckerberg à leur service. Le rachat de Twitter par Elon Musk et le revirement de Zuckerberg changent radicalement la donne. Ce dernier affirmant vouloir « supprimer un tas de restrictions sur l’immigration et le genre », les commissaires politiques de la radio publique se gargarisent de grands mots : « C’est notre modèle de démocratie qui est attaqué », gribouille sur X le journaliste Julien Pain, fact-checker officiel de France Info, avant de… bloquer les commentaires des internautes se réjouissant de la décision de Zuckerberg.

Elon Musk, le George Soros de la droite

Les médias français et la Commission européenne se plaignent de l’ingérence d’Elon Musk dans des élections européennes. Soit. On ne les a pourtant guère entendus lorsque George Soros, le discret mais très efficace financeur de centaines d’ONG immigrationnistes et d’associations wokes via son Open Society Foundation, a arrosé de ses bontés sonnantes et trébuchantes la campagne des opposants au Brexit. Aucun murmure de réprobation n’est venu entacher non plus la vidéo de soutien à Emmanuel Macron, archi-diffusée sur les réseaux sociaux entre les deux tours de la présidentielle de 2017, de l’ancien président américain Barack Obama qui, quelques mois plus tard, se rendra à Londres pour soutenir, lui aussi, la campagne contre le Brexit. Pas un mot sur Bill Gates qui, par le biais de sa fondation « philanthropique », s’insinue dans les instances internationales qui décideront demain des politiques mondiales de santé et d’alimentation. Et que dire de l’incroyable et outrancière campagne politico-médiatique européenne contre Donald Trump lors des dernières élections présidentielles américaines ou du rouleau compresseur médiatique français qui, au nom du « front républicain », a écrabouillé la campagne des dernières élections législatives ?

Il est finalement assez réjouissant de voir les journalistes progressistes paniquer en se demandant ce qui arrive. Il arrive, sommes-nous obligés de leur dire, que les digues qu’ils ont construites pour empêcher la diffusion de la libre parole commencent de se fissurer. Oh ! pas beaucoup ; mais suffisamment pour les agacer, ce qui n’est déjà pas si mal. Ne nous leurrons pas : ces digues sont si épaisses, si régulièrement réparées et même renforcées par eux-mêmes et par l’oligarchie politique, qu’il sera difficile de les abattre totalement. Il n’empêche, quelques brèches apparaissent. Aussi modestes soient-elles, elles chiffonnent ces journalistes qui ont pris l’habitude de parader dans les studios, particulièrement dans ceux de l’audiovisuel public, entre eux, sûrs d’eux, dans le confort de l’uniformité politique, la connivence et la douceur de l’endoctrinement sans accroc, en suivant la ligne définie par l’idéologie gaucho-progressiste, ligne studieusement entretenue par les crayonneurs de l’AFP et du Monde, deux éminents propagateurs de la doxa.

La presse mainstream prête à encourager les mesures coercitives et censoriales

Leur conformisme n’a d’égal que leur paresse naturelle et leur mollesse intellectuelle au moment de livrer bataille – l’adversaire est qualifié trop rapidement de réactionnaire ou de fasciste pour que l’on puisse imaginer que, derrière cette invective, se cache une argumentation intelligente, laquelle a été remplacée par le catéchisme progressiste. Ils barbotent là-dedans depuis si longtemps que la moindre résistance les blesse douloureusement. Nerveux, irascibles, peu habitués à jouter honorablement, l’existence d’une extrême droite fantasmagorique leur sert, comme d’habitude, à tenter de briser la mutinerie, aussi minime soit-elle. Leurs compatriotes regimbent et se cabrent devant leurs leçons de morale usées jusqu’à la corde ? Ils s’enferrent, frénétiques, dans un discours daté qui impressionne de moins en moins les peuples subissant les effets délétères d’une politique européenne désastreuse. Exaspérés, ils voient finalement d’un bon œil les mesures coercitives et censoriales prévues par la Commission européenne pour briser les élans patriotes.     

A lire aussi, Martin Pimentel: France Inter, l’islamophilie courageuse

Vendredi 10 janvier. Une journée ordinaire sur la radio publique. Sur France Inter, Patrick Cohen tient absolument à « rediaboliser » le RN, parti toujours aussi « raciste et antisémite » que du temps du FN de feu Jean-Marie Le Pen, selon lui. Il évoque « des chaînes où le RN est désormais comme chez lui » en rabâchant la sempiternelle litanie de messages moraux invariables et paresseux sur « l’extrême droite ». Sur la radio publique, on peut quotidiennement vouer aux gémonies les millions de Français qui n’ont pas voté comme il faut sans que l’Arcom s’émeuve. Grand castor parmi les castors, M. Cohen dit ainsi espérer que le « front républicain » opérera encore et toujours lors de prochaines élections. Autant dire que les directives de l’UE pour castoriser, de gré ou de force, les prochaines élections en Europe, ne lui font pas peur. Le même jour, sur la même radio, Pierre Haski conseillera à la Commission européenne de réagir fermement face à « l’alliance Trump-Musk ». La veille, dans l’émission “Le téléphone sonne”, Fabienne Sintes, inquiète des décisions de Zuckerberg, se sera demandé si « l’Europe est assez forte pour faire barrage avant qu’on se prenne une potentielle avalanche de bouses » sur les réseaux sociaux. France Info n’est pas en reste : Aurélie Herbemont, chef adjointe du service politique de ladite radio, s’étonne qu’Elon Musk ait « remis sur le tapis une sordide affaire de pédo-criminalité impliquant des Pakistanais il y a 10 ans » au Royaume-Uni – mais ne s’étonne pas que cette effroyable affaire, qui a duré plus de trente ans sans que les autorités anglaises, par crainte d’être taxées de xénophobie et d’islamophobie, bougent le petit doigt, n’intéresse absolument pas nos militantes féministes de gauche si promptes habituellement à réagir au moindre regard concupiscent… 

« Nous allons nous débarrasser des vérifacteurs de faits et les remplacer par des notes communautaires similaires à X, en commençant avec les États-Unis », a déclaré le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, dans une vidéo publiée le 7 janvier 2025 © Andre M Chang/ZUMA Press Wire/Shutterstock

La nomenklatura médiatique française n’a en réalité pas grand-chose à craindre. Les fact-checkers vont pouvoir continuer de fact-checker, c’est-à-dire d’orienter l’information. Clara Chappaz, notre actuelle ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique, affirme en effet sur X : « J’ai échangé avec la direction de Meta France ce soir qui m’assure que cette fonctionnalité ne sera déployée qu’aux États-Unis pour le moment. En Europe, le Digital Service Act sera respecté. Croyez en ma vigilance sur le sujet. » Le service de censure européen veille donc au grain. Selon Mme Chappaz, les dirigeants de Meta « ont bien compris qu’en France comme en Europe, la façon dont nous définissons la liberté d’expression est différente de la façon dont elle est définie aux États-Unis ». Ne reste plus qu’à savoir ce que l’UE entend par « liberté d’expression ». Le DSA européen se verra bientôt complété par de nouvelles mesures censées protéger la démocratie mais qui, en réalité, la dépouilleront de ses derniers oripeaux. Les « vérificateurs de faits » des médias de gauche vont pouvoir continuer de dissimuler le réel et d’occulter les difficultés des sociétés européennes confrontées à l’immigration massive, l’insécurité physique et culturelle, la précarité, au déclassement d’un continent que la technocratique UE a accéléré. L’inénarrable Thierry Breton vit apparemment dans un monde parallèle. Sur LCI, il ose affirmer que « les empires déclinants – la Grande-Bretagne, la Russie, la Turquie – s’attaquent tous à l’UE » parce qu’ils sont jalouxde« nos progrès » (sic), de « notre dynamique démocratique » (resic) et de « notre projet et notre vivre-ensemble » (etsic de der). L’Europe mythologique de M. Breton doit absolument éviter de se frotter au réel, raison pour laquelle l’ex-commissaire européen prévient les propriétaires des réseaux sociaux, Elon Musk en tête : l’UE a les moyens de les interdire s’ils ne respectent pas les règles établies par lui-même, Thierry Breton, ex-démolisseur d’entreprises (Thomson, France Telecom, Atos) et ex-mamamouchi de l’oligarchie bruxelloise.

Pour conclure sur une note plus légère, signalons que Sandrine Rousseau a envoyé une missive écrite avec le pied gauche, truffée de fautes d’orthographe et d’un pléonasme intéressant, à « tou.tes les député.es du NFP », pour les inviter à quitter le réseau social X « de manière collective ». Extraits : « Ce courrier pour vous inviter à ce que (sic) nous quittions/arrêtions (sic) de poster sur la plateforme. […] X est devenue (sic) une véritable machine désinformation (sic), une arme de destruction massive de la réalité factuelle (sic), et la caisse de résonnance (sic) des courant (sic) d’extrême droite. Rester sur X, c’est en partie cautionner ce que la plateforme est devenu (sic) sous Elon Musk. » C’est beau comme du Sébastien Delogu.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Vincent Lindon, acteur militant…

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Dans "Jouer avec le feu" de Delphine et Muriel Coulin, Vincent Lindon interprète un cheminot dont le fils bascule dans l'extrème droite © Felicita - Curiosa Films - France 3 Cinema

Profession : belle âme ! Le public boude les derniers films de la star, ex de Sandrine Kiberlain, Claude Chirac et Caroline de Monaco, promoteur de la « taxe Jean Valjean ». C’est parce qu’au fil du temps, l’acteur s’est enfermé dans des rôles et dans des films où la moraline le dispute au politiquement correct.


Le cinéma français n’en finit plus de sombrer. Trop de films, trop de moraline, trop de propagande délayée dans des scénarios médiocres aboutissant fatalement à des réalisations insipides. Résultat : le nombre d’entrées s’effondre – mais l’argent public, lui, continue de bourrer les poches de producteurs, réalisateurs et acteurs se contentant le plus souvent de répondre au cahier des charges du CNC, de l’audiovisuel public, des ministères, des départements et des régions, sources de financement intarissables et promoteurs de la propagande woke, immigrationniste et diversitaire.

Films à gros messages

Parmi les acteurs, Vincent Lindon s’est particulièrement distingué ces dernières années. Comme il maitrise parfaitement son art, des producteurs et des réalisateurs ont placé de grands espoirs en lui. Ils espéraient attirer ainsi le public boudant les films à gros messages. Ça a marché une fois, avec Welcome. Au fil des ans, même cet acteur accompli et reconnu n’est plus parvenu à abuser les spectateurs attendant autre chose du cinéma français et préférant, pour les plus cinéphiles d’entre eux, redécouvrir les grands films qui ont fait sa réputation – les belles restaurations de Coin de Mire, Gaumont ou Pathé permettent de revoir ces merveilles dans de magnifiques conditions. Retour sur le parcours militant de cet acteur qui n’en finit plus de montrer sa grandeur d’âme à tous les passants.

2009. Dans Welcome, Vincent Lindon, alias Simon, aide un jeune migrant kurde désirant traverser la Manche à la nage, et espère ainsi reconquérir sa femme, Marion, militante dans une association d’aide aux sans-papiers. Le film, réalisé par Philippe Lioret, attire 1 205 000 spectateurs. Il faut reconnaître que Philippe Lioret est un réalisateur talentueux. Toutes nos envies et Le Fils de Jean sont de beaux films qui n’ont pas eu le succès qu’ils méritaient. Avec Welcome, nous n’étions qu’au tout début d’une longue série de films de propagande sur l’immigration, la diversité heureuse ou l’idyllique vivre-ensemble dans les quartiers qu’on dit difficiles pour éviter de dire invivables. Ces films de plus en plus  imprégnés d’idéologie woke ou diversitaire verront le nombre de leurs spectateurs s’effondrer au fil des ans, non sans avoir profité au passage du système de financement public évoqué ci-dessus.

2015. Dans Les Chevaliers blancs, Vincent Lindon tient le rôle du président d’une ONG humanitaire qui, pour satisfaire aux demandes d’adoption de familles françaises, organise une opération compliquée afin de ramener en France 300 orphelins d’un pays africain en guerre. Malgré ce sujet alléchant, la critique de Télérama est tellement circonspecte – « Le réalisateur Joachim Lafosse a décidé de moins miser sur l’action que sur la réflexion. Pari dangereux, pas totalement abouti, mais hardi et intriguant » – que les spectateurs renâclent : seulement 196 000 iront voir ce film pourtant plein « d’émotion et de justesse », selon la critique de Franceinfo Culture.

2021. Vincent Lindon, en pompier musculeux sous stéroïdes, s’égare complètement dans un film « férocement féministe » (L’humanité) qui « détruit le male gaze pour mieux explorer l’identité humaine » (Écran Large), donc radicalement woke. La daube de Julia Ducourneau, Titane, remporte la Palme d’or au Festival de Cannes et, dans la foulée, se ramasse une méga-gamelle commerciale : 300 000 entrées seulement. [Pour info, Parasite, l’excellent film du réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho, Palme d’or lors de l’édition précédente, a été vu par… 1 900 000 spectateurs français].

2024. Dans le film de Nicolas Boukhrief, Comme un fils, Vincent Lindon est Jacques Romand, un professeur dépressif et désabusé. Celui-ci est témoin d’une agression dans une épicerie et permet l’arrestation d’un des voleurs, Victor, un adolescent de 14 ans. Ému par la situation de ce jeune Rom, Vincent/Jacques décide de l’aider à retrouver le droit chemin. « Le film aborde avec sensibilité la question du deuil, de la filiation et de la transmission, avec en arrière-plan la question sociale de l’accueil des Roms, de leurs conditions de vie, de la violence qui s’exerce parfois sur les enfants, traitée ici avec justesse, sans caricature, et sans pathos », écrit, enthousiaste, le critique de Franceinfo Culture. Les premiers spectateurs, eux, s’ennuient profondément et tiennent à le faire savoir sur le site d’AlloCiné : « Film dégoulinant de bons sentiments » ; « On baille d’ennui devant un Vincent Lindon se plaisant à passer le costume d’un rôle qui lui est désormais familier : celui du mâle blanc d’âge mûr qui tout à la fois porte sur ses épaules le poids de la culpabilité de notre système injuste, capitaliste, postcolonial, refuse de se laisser broyer et puise dans les forces qui lui restent le ressort d’une juste colère. » Résultat : un flop. 121 000 entrées seulement.

Un documentaire à venir sur arte

2025. À partir du 22 janvier, l’on pourra voir Vincent Lindon dans le rôle d’un cheminot, veuf et père de deux garçons dont l’un est attiré par un… groupuscule d’extrême droite. Sur France Inter, Sonia Devillers a reçu l’acteur pour parler du film des sœurs Coulin, Jouer avec le feu. Ensemble, ils ont évoqué cette « jeunesse qui s’enfonce dans le rejet de l’autre » en réussissant à ne convoquer à la barre des accusés que celle qui finirait dans les bras de l’extrême droite radicalisée « façon crâne rasé et croix celtique ». Pourtant, la probabilité de voir un fils d’ouvrier attiré par un groupuscule raciste et violent d’extrême droite est aujourd’hui infiniment inférieure à celle de voir un fils de bobos aisés verser dans l’extrême gauche intolérante, furieusement woke, décolonialiste ou antisémite. La radicalisation d’une certaine jeunesse enrôlée dans des associations progressistes ou écologistes et les mouvements politiques d’extrême gauche, est d’un tout autre niveau, tant en quantité qu’en termes d’agressivité et de violence, que celle concernant les rares jeunes gens finissant dans des groupuscules d’extrême droite – pour lesquels je n’ai aucune sympathie, suis-je obligé de préciser. Vincent Lindon accepterait-il de jouer le rôle d’un cadre supérieur socialiste ou d’un enseignant mélenchoniste dont le fils se retrouve dans un groupuscule hyper-violent d’extrême gauche, genre La Jeune Garde lyonnaise, ou au sein d’un syndicat d’enseignants d’extrême gauche préconisant d’organiser des réunions racistes « non-mixtes » (sans Blancs), ou dans une association écologiste d’extrême gauche prête à toutes les exactions pour voir aboutir son projet totalitaire, ou dans les rangs d’un mouvement politique d’extrême gauche « antisioniste » ? Son talent d’acteur n’étant plus à démontrer, il trouverait là un rôle à sa mesure et le moyen d’élargir sa palette en rendant artistiquement compte d’une réalité qui semble lui échapper…

Après les films sur les gentils migrants franchissant allègrement nos frontières ou les méchants Français dérivant lamentablement vers l’extrême droite, devons-nous nous attendre à une avalanche de films ou de séries « revisitant » des œuvres classiques afin de mettre en valeur cette partie de l’humanité qui vit depuis la nuit des temps sous le joug du patriarcat et de la domination masculine, comme dirait Laure Adler ? Le 22 janvier prochain, sortira en effet sur nos écrans un film intitulé Toutes pour une. Synopsis : « Quand Sara, jeune fille en fuite, découvre que les Trois Mousquetaires qui protègent la Reine de France sont en réalité des femmes, elle décide de partir avec elles et de suivre leur exemple : se transformer pour être libre, se transformer pour être soi… » Ça donne envie, non ? Plus tard dans l’année, TF1 proposera une série dans laquelle la productrice et actrice Audrey Fleurot sera… La Comtesse de Monte-Cristo. Faut-il craindre une nouvelle adaptation des Misérables avec une Jeanne Valjean confrontée aux Thénardières et à la redoutable Javerte ? Oui, peut-être, un jour, mais pas tout de suite… une nouvelle adaptation, fidèle au roman de Victor Hugo, doit d’abord débarquer dans les salles de cinéma fin 2025. Et devinez qui tiendra le rôle de Jean Valjean. Vincent Lindon, bien entendu [1]. Avant cela, l’acteur « se dévoilera dans un documentaire à son image, passionnant portrait en forme d’introspection sur le métier d’acteur et la célébrité, sa vie intérieure angoissée, ses souvenirs d’enfant mal aimé », nous prévient-on sur le site d’Arte. Je crains le pire. Et j’affirme que, dans ce domaine aussi, c’était mieux avant. La preuve : sur Madelen, le site d’archives de l’INA, il est possible de voir et revoir, entre autres choses passionnantes, l’émission Les Monstres sacrés regroupant des extraits d’interviews de Michel Simon, Arletty, Pierre Brasseur, Fernandel, Bourvil (interviewé joyeusement, alors qu’il est en cure à Contrexéville, sous un jet d’eau de source ou lors d’une séance de massage), Michèle Morgan, Jean Gabin, Lino Ventura (entretien risqué : le journaliste interrompt l’acteur en train de dévorer une assiette de charcuterie sur le zinc d’un bistrot), Danielle Darrieux, etc. Quel plaisir d’écouter ces artistes renommés raconter simplement, parfois avec humour, souvent avec pudeur, sans jamais se prendre au sérieux, un souvenir, une rencontre décisive, une anecdote de tournage, une scène de vie, sans se croire obligés de donner ne serait-ce qu’une leçon de morale ou de politique. Mais ça, c’était avant [2]


[1] En 2020, en pleine crise sanitaire, Vincent Lindon a proposé que les plus riches de nos compatriotes contribuent exceptionnellement au redressement de l’économie française et à la lutte contre les inégalités en payant un nouvel impôt baptisé « taxe Jean Valjean ».

[2] Dans un entretien donné récemment à la chaîne Public Sénat, l’acteur Jean-Pierre Daroussin est parvenu à condenser dans une seule phrase toute la morale niaiseuse des artistes gauchisants : « La gauche tend à chercher une morale, une éthique du lien, à considérer qu’une société ne doit pas être faite de ce qui nous sépare mais doit être faite de ce qui nous relie, et donc à chercher des idées et à ne pas rejeter l’autre. » Après avoir entendu ça, histoire de me désinfecter les oreilles, j’ai réécouté Jean Rochefort dans l’émission À voix nue podcastable sur France Culture. Un pur bonheur.    

Quand la langue de Dieu tua l’école algérienne

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Alger, septembre 2023 © AP/SIPA

En décidant, dès son indépendance, que les cours scolaires seraient donnés en arabe classique et non en arabe populaire, l’Algérie a imposé la langue du Coran à tous les élèves. Selon le linguiste Alain Bentolila, l’éducation publique est devenue un outil confessionnel, non un instrument de la liberté de pensée.


À l’aube de son indépendance, l’Algérie choisit l’arabe classique comme langue de l’École, alors même que la langue du peuple (la « DARIJA ») était une langue très différente de l’arabe littéral. La langue du Coran, que l’on voulait être celle de tous les musulmans, fut donc imposée au système scolaire. Affichage religieux et panarabisme furent les ressorts d’une décision qui signa de fait la faillite de ce système. Elle eut en effet deux conséquences désastreuses. La première fut de précipiter des élèves ne parlant que l’arabe dialectal ou le berbère dans une école qui leur parlait un arabe classique qu’aucun d’eux ne comprenait. La seconde conséquence fut encore plus grave ! En choisissant la langue du Coran, on choisit une conception de la lecture qui déniait au lecteur son droit essentiel de compréhension et d’interprétation. Lire le Coran et le savoir par cœur sont en effet deux choses qui sont intimement liées dans la plupart des écoles coraniques (comme l’est d’ailleurs la lecture de la Thora dans les écoles talmudiques). En faisant de l’arabe littéral la langue de l’École algérienne, on dissuada les élèves de se faire leur propre idée d’un texte. On introduisit ainsi dans l’éducation publique une conception confessionnelle de la lecture : la capacité de lire y est donnée d’en haut, elle « tombe » sur l’élève-croyant, comme elle tomba jadis sur le prophète. Elle n’est en aucune façon le fruit d’une conquête, d’un effort personnel, encore moins l’instrument d’une liberté de pensée. Elle est le fruit d’une révélation. Or l’école, dans quelque pays que ce soit, est un lieu d’élévation intellectuelle et non pas celui de la révélation. L’école algérienne, en imposant à son école une langue inconnue de ses propres élèves orienta l’apprentissage de la lecture vers la récitation servile et leur interdit ainsi de questionner et d’interpréter le sens des textes. Le juste respect dû au texte se changea en soumission craintive, au point que la compréhension même devint offense. La juste compréhension fut ainsi exclue de l’Ecole algérienne comme l’exégèse l’était au sein des mosquées. En leur imposant l’arabe littéral, ce ne fut pas une langue nationale que l’on offrit aux petits Algériens comme cadeau d’indépendance, ce fut un nouveau joug qu’on lui imposa : la langue du religieux remplaça celle du colonisateur avec la même conséquence désastreuse pour la formation intellectuelle des petits écoliers. En bref, l’arabe classique acheva le « sale boulot » que le français avait initié : le français avait exclu pendant des décennies une partie importante des petits « indigènes » des voies de la réussite scolaire ; l’arabe du Coran condamna l’idée même d’une école algérienne libératrice. La confusion entre élévation et révélation a ainsi privé les élèves algériens de tout espoir d’émancipation, de toute capacité d’autonomie. Cette confusion priva les fidèles de leur droit d’exégèse et les écoliers de toute possibilité de compréhension singulière.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: France / Algérie: l’escalade

Depuis des dizaines d’années, les responsables algériens ont sciemment évité de cultiver la pensée des enfants comme on cultive un champ pour nourrir les siens. Ils se sont gardés de leur transmettre les valeurs universelles qui leur auraient donné le sens de leur humanité. Ils les ont privés du désir et des moyens d’analyser et de questionner qui leur auraient permis de ne pas s’en laissent conter. Ils les ont ainsi détournés du goût de l’inattendu, de l’incongru et du singulier pour mieux les soumettre à la pensée dominante. Et ces élèves devenus grands se sont enlisés, année après année, dans la connivence, les apparences identitaires, la proximité et le prévisible.    Dans ce pays, sonne chaque jour le glas annonçant la mort du verbe et de la pensée et célébrant l’asservissement des esprits ; dans cette dictature, fut enterrée profondément l’idée même de résistance. Pour une bonne moitié de la population de ce pays « confisqué », le questionnement fertile a été remplacé par la docilité servile, les « mots d’esprit » ont fait place aux « mots d’ordre », le spirituel a cédé devant le rituel et finalement, la soumission intellectuelle et spirituelle est ainsi devenue une forme de vie « acceptable ». Les dictateurs ont eu en effet le champ libre, dès lors qu’ils ont acquis l’assurance qu’une partie suffisamment importante de leur population n’avait plus ni les moyens ni le goût de la résistance intellectuelle. La parole d’État devint « parole d’Évangile » ; elle tomba sur les épaules courbées de citoyens devenus des créatures et non plus des créateurs. Une spiritualité pervertie devint alors le meilleur allié de l’asservissement social et politique. 

David Lynch, un précurseur inclassable

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David Lynch photographié à Oslo en 2010 © BERIT ROALD/NTB SCANPIX/SIPA

Plasticien, réalisateur, scénariste, acteur, photographe, musicien, designer… et adepte de la méditation transcendantale, l’Américain David Lynch vient de nous quitter à l’âge de 78 ans. Il nous laisse une œuvre d’une incroyable richesse et profondeur, ce qui ne manquera pas d’accentuer encore un peu plus le caractère sidéralement vide du reste de la création contemporaine actuelle… 


 « C’est avec un profond regret que nous, sa famille, vous annonçons le décès de l’homme et de l’artiste David Lynch. Nous aimerions avoir un peu d’intimité en ce moment. Il y a un grand trou dans le monde maintenant qu’il n’est plus parmi nous. Mais, comme il se plaisait à le dire, « Gardez un œil sur le beignet et non sur le trou » ». Ce sont par ces mots laconiques que nous apprenions le décès, ce jeudi soir, de cet immense artiste farouchement indépendant et visionnaire, frappé d’emphysème, une maladie entraînant la destruction des alvéoles pulmonaires.

Réalisateur de dix films marquants et inclassables entre 1977 (Eraserhead) et 2006 (Inland Empire), lauréat de la Palme d’or cannoise en 1990 (Sailor et Lula), César du meilleur film étranger en 1982 (Elephant Man) et 2000 (Mulholland Drive), Lion d’or vénitien pour l’ensemble de sa carrière (2006) et Oscar d’honneur, consécration suprême, en 2019, le petit gars timide et réservé du Montana a connu l’un des plus beaux destins du cinéma moderne.  

Déracinement et peinture

Combien d’artistes peuvent-ils se targuer de générer de leur vivant un adjectif caractérisant un style, une ambiance, une atmosphère, reconnaissables entre mille ? « Lynchien » (ou « lynchéen ») permet en effet de caractériser une œuvre culturelle parvenant à transcender la banalité du quotidien, l’« inquiétante étrangeté » chère au Docteur Freud, en faisant délicieusement craquer le vernis social et familier de nos sociétés occidentales tout en nous projetant dans un univers aux frontières de l’étrange, concomitamment onirique, surréaliste, mystérieux ou cauchemardesque…

Après une jeunesse marquée par le déracinement permanant aux quatre coins de son pays en raison d’un papa biologiste au Ministère de l’Agriculture, le rêveur David se passionne tout d’abord pour le dessin et les beaux-arts, ce qui le conduit à entreprendre des études dans ce domaine avec comme ambition de rencontrer son idole, le peintre expressionniste autrichien Oskar Kokoschka. Une connexion qui ne pourra hélas se faire lors d’un voyage européen organisé à la hâte avec son ami Jack Fisk. De retour au pays, le jeune David Lynch a alors l’idée de réaliser des courts-métrages en mettant en mouvement et en situation ses propres peintures avec un important travail sur la sonorisation en post-synchronisation. Ainsi naissent les matériaux hybrides et insolites Six Figures Getting Sick, The Alphabet puis The Grandmother, qui le font connaître auprès des critiques et surtout des investisseurs, disposés à lui octroyer un budget conséquent pour la fabrication de son premier long-métrage en 1977…

Premières déflagrations filmiques

Avec une bourse initiale de 10 000 dollars (qui sera finalement multipliée par 10 et renflouée par le revenu de petits travaux réalisés par l’artiste lui-même), David Lynch mettra cinq ans pour accoucher d’une œuvre unique, dérangeante, inoubliable, sans doute l’un des plus grands chocs de l’Histoire du cinéma. Dans un décor noir et blanc post-expressionniste de chaos industriel et urbain, Eraserhead nous plonge dans la psyché malade d’un couple mal assorti venant de procréer un être difforme proche d’un lapin écorché vif au long cou grêle… Difficile de faire plus glauque et sordide… et pourtant, cet essai filmique expérimental est traversé par de purs moments de poésie et d’élégie. Le film a connuun succès inespéré dans les circuits indépendants new-yorkais sur les créneaux « Midnight Movies », avant de se voir distribué un peu partout dans le pays et a été fortement apprécié par un certain Mel Brooks qui propose à Lynch un projet d’une envergure beaucoup plus importante, Elephant Man, d’après l’incroyable histoire vraie d’un certain John Merrick, victime de plusieurs malformations physiques et génétiques.

Alternant ambiances gothiques, grotesques, horrifiques et mélodramatiques, rendant hommage au séminal Freaks de Tod Browning, Lynch, en état de grâce, réussit le film parfait. Rythmée par d’impressionnantes tonalités musicales, tantôt industrielles, métalliques ou mélancoliques grâce à la géniale utilisation de l’Adagio pour cordes de Samuel Barber, cette histoire d’une incroyable humanité est par ailleurs marquée par l’incroyable performance de l’acteur John Hurt dans le rôle-titre… qui loupa toutefois l’Oscar du meilleur acteur au profit de Robert De Niro avec Raging Bull.  

Le temps était-il déjà venu de se lancer, pour son troisième film seulement, dans une des productions les plus chères et les plus ambitieuses de l’Histoire ? A savoir le défi de « l’adaptation de l’inadaptable » avec le mythique roman écolo-mystico-politico-philosophique Dune de Frank Herbert. Sous la férule encombrante de Dino De Laurentiis, nabab italien millionnaire producteur du projet, Lynch fait ce qu’il peut en répondant surtout à des directives de studio pourtant très éloignées de sa conception de créateur libre et indomptable. Il rebondira en recouvrant une certaine indépendance, toujours pour De Laurentiis, avec le formidable Blue Velvet (1986), étrange thriller «néo-noir» contaminé par de sombres pratiques sexuelles déviantes, ritualisées et fétichisées dans une bourgade pavillonnaire américaine de fausse carte postale. Personne ne pourra oublier la prestation habitée de la comédienne Isabella Rossellini (future épouse de Lynch), rudoyée et sadisée par un Dennis Hopper plus givré et cocaïnomane que jamais !

Consécration cannoise… et Lynch Mania !

Puis arrive la fameuse et inattendue Palme d’or cannoise grâce à Sailor et Lula en 1990, d’après le livre de Barry Gifford, Wild at Heart : the Story of Sailor and Lula. «C’est exactement ce qu’il me fallait à ce moment-là. Le roman et la violence en Amérique se sont amalgamés dans mon esprit et beaucoup de choses ont surgi. C’est une histoire d’amour vraiment moderne dans un monde impitoyable. Un film sur deux êtres qui trouvent l’amour en enfer » révèle alors Lynch qui a le plaisir de retrouver sa muse Laura Dern avec qui il partagera une grande complicité jusqu’à la fin de sa carrière. Ce film sauvage et beau peut également se lire comme une démarcation et une variation hardcore de l’iconique Magicien d’Oz créé par le romancier Lyman Frank Baum en 1900 et adapté une première fois au cinéma par l’illustre Victor Fleming en 1939.

Le début des années 90 est plus que jamais synonyme de « Lynch Mania » avec le lancement interplanétaire d’une nouvelle série télévisée «Twin Peaks», co-écrite avec le romancier et scénariste Mark Frost. Un objet télévisuel non identifié ambitionnant de redéfinir ni plus ni moins les codes et archétypes des poussiéreux soap-opéras. Subjugué, Francis Bouygues, magnat de la construction, propriétaire de TF1 et récent fondateur d’une société de cinéma (CIBY 2000) convainc alors Lynch de réaliser, contre toute attente, une adaptation de la série sur grand écran. Ce sera donc Twin Peaks : Fire Walk With Me, ce feu incandescent qui consume progressivement les habitants de ladite bourgade et continue d’animer la passion créatrice du réalisateur avec une nouvelle égérie, la sulfureuse Sheryl Lee qui reviendra pour la troisième saison de Twin Peaks en 2017 (le très sibyllin et cryptique The Return).

Entre-temps, Lynch retrouvera l’univers alambiqué de Barry Gifford qui lui sied tant pour son extraordinaire Lost Highway (1997), un bad-trip sous acides aux confins de la folie, directement inspiré du retentissant procès médiatique O.J Simpson qui a bouleversé et clivé l’Amérique au mitant de la décennie 90. «O.J était bien coupable de l’atrocité des meurtres qu’il a commis, concède alors Lynch. Or, il a pu continuer à vivre en liberté, voir ses amis, jouer au golf tranquillement, ce qui est proprement hallucinant ! Comment peut réagir l’esprit de cet homme après ces crimes horribles ? Comment l’esprit peut-il se protéger contre ce souvenir, la connaissance de ces faits qui ont réellement existé ? Le fonctionnement du cerveau, y compris dans ce qu’il recèle de plus pervers et pernicieux, est fascinant et m’intéresse au plus haut point !».

Nouveau coup de maître en 2001 avec sans doute son magnum opus, Mulholland Drive, directement financé par ses soutiens français, le groupe Canal+ et Alain Sarde. «Une histoire d’amour dans la cité des rêves». S’inspirant à nouveau du fameux ruban de Moebius, le réalisateur poursuit son obsession consistant à gratter le vernis des conventions normatives et sociales tout en prenant un malin plaisir à faire tomber les masques des hypocrisies et des illusions au cœur de la fabrique à rêves et à cauchemars nommée Hollywood. Ce beau poème métaphorique et labyrinthique sur la « cité des anges foudroyés » est couvert de prix : la mise en scène à Cannes, le César du Meilleur film étranger ainsi que le Meilleur montage aux BAFTA britanniques. Il est par ailleurs régulièrement cité par les médias spécialisés et historiens du cinéma comme faisant partie du TOP 10 des plus grands films de tous les temps !

Vertige et hommage

2006, Inland Empire, la fin du voyage cinématographique avec sans conteste son film le plus exigeant, le plus abscons, celui qui divisera comme jamais la communauté lynchéenne… sans parler des critiques professionnels et du grand public.  

Parvenu au sommet de son art, n’ayant plus rien à prouver, le réalisateur décide alors de lâcher complètement les forces de son inconscient et de confectionner, en roue libre et sans filet, un étrange matériau expérimental, décousu, labyrinthique, comme directement relié aux synapses d’un cerveau malade. Concept à la fois topographique (la dénomination d’une zone métropolitaine excentrée de Los Angeles) et psychanalytique (textuellement, l’empire de l’intériorité, cette zone grise et noire des profondeurs de la psyché humaine), ce véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) vaut surtout pour la prestation hallucinante de Laura Dern. Une œuvre à redécouvrir sans doute aujourd’hui…

En novembre 2020, plusieurs médias font état d’une série en préparation, désignée sous le titre Wisteria, qui serait écrite et réalisée par Lynch, en collaboration avec la productrice Sabrina S. Sutherland et diffusée sur Netflix… Mais rien ne sera ensuite confirmé.

Dernière surprise… et de taille, Spielberg offre un rôle symbolique et émouvant à Lynch dans son film autobiographique The Fabelmans en 2022. Il y incarne le légendaire réalisateur John Ford, cache-œil de corsaire, casquette de militaire et gros cigare, qui reçoit dans son bureau un tout jeune garçon (Sammy Fabelman, double de Spielberg) fasciné par le monde du septième art et avide de conseils du Maître. Un beau geste rêvant et affichant une filiation nord-américaine idéale en voulant sans doute boucler la boucle de ces créateurs de génie. Seule l’Histoire pourra à présent juger et se prononcer a posteriori sur la place qu’occupera réellement David Lynch… quelque part entre John Ford, Steven Spielberg et d’autres géants. Une chose est certaine, il nous manquera énormément…