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Non, chez Eric Zemmour, tout n’est pas à jeter

L’actualité va finir par légitimer Éric Zemmour dans ses prévisions apocalyptiques.

Non, chez Eric Zemmour, tout n’est pas à jeter
Eric Zemmour, le 15/10/22 / PHOTO: Chang Martin/SIPA / 01091307_000015

Oublions ses quelques outrances et faisons un effort pour l’écouter.


Samedi soir, dans son émission hebdomadaire, Mathieu Bock-Côté a donné la parole à Éric Zemmour, « ce pelé, ce galeux » d’où vient, c’est bien connu, tout notre mal. Il s’agissait d’évoquer l’actualité qui met à l’honneur, nous en sommes fort marri, les thèmes qui ont porté la campagne de l’ancien journaliste : identité, immigration et insécurité. Le « polémiste d’extrême droite », reconverti en chef du sulfureux parti « Reconquête » n’en démord pas. Dès qu’on le lui permet, et ce fut le cas samedi, il clame, non sans un courage certain, ce que nous sommes de plus en plus nombreux à chuchoter avec moult précautions oratoires visant à éviter les tombereaux de purin que pourrait déverser sur nos têtes le camp du Bien, s’il venait à nous entendre. Accueillir toute la misère du monde, sans en avoir les moyens, envoie la France dans le mur.

L’actualité, convenons-en, va finir par légitimer Éric Zemmour dans ses prévisions apocalyptiques quant au destin français : les faits divers liées à l’immigration se multiplient, devenant les faits d’une société en voie de délitement avancé. La situation économique du pays, l’engouement pour l’idéologie woke et les dérives d’une écologie qui prend des allures de totalitarisme ne sont pas, non plus, de nature à lui donner tort. Cerise sur le gâteau, ces jours-ci, tout le monde se gausse de la « Léonarda » (Vous vous souvenez certainement d’elle ?) subie par Gérald Darmanin à l’occasion de l’accueil de L’Ocean Viking. Alors qu’il s’agissait de porter secours aux passagers du navire, cas de force majeure, assistance à personnes en danger, en deux temps trois mouvements, voici les occupants du bateau humanitaire dispersés ; carapatés aux quatre coins du territoire, forts de l’appui de nos lois.

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Dans ce contexte et en préambule à son propos, notre orateur, reçu par Mathieu Bock-Côté, aurait pu réciter, enveloppé dans les vapeurs du soufre, le sonnet XV des « Antiquités de Rome ». Les vers autrefois adressés aux Romains par le désormais méconnu du Bellay parlent, en effet, assez clairement aux Français d’aujourd’hui.

Pâles Esprits, et vous Ombres poudreuses,

Qui jouissant de la clarté du jour

Fîtes sortir cet orgueilleux séjour,

Dont nous voyons les reliques cendreuses :`

Dites, Esprits (…)

Ne sentez-vous augmenter votre peine,

Quand quelquefois de ces coteaux Romains

Vous contemplez l’ouvrage de vos mains

N’être plus rien qu’une poudreuse plaine ?

Il ne le fit pas. Cela ne l’empêcha pas, toutefois, de dénoncer posément et sans fioritures (Nous regrettons quand même l’omniprésence de la locution « en vérité » qui ponctue son propos, lui conférant parfois les accents d’un prêche) un réel brutal mais savamment travesti, édulcoré par les idéologies qui travaillent la France.

Il fut d’abord question de la posture du Chef de l’État face aux flux migratoires. Emmanuel Macron semblerait piégé par la nécessité de satisfaire son électorat et (en même temps…) son opposition afin de se maintenir au pouvoir. Aussi, se contenterait-il, comme c’est le cas dans la plupart de ses entreprises, de se fendre de creuses paroles, au grand jamais, hélas, performatives.

On pourrait tout aussi bien imaginer que, largement affranchi par François Hollande et surtout par Gérard Collomb, le Président sait qu’il est désormais impossible de juguler le flux migratoire. Mieux vaut, par conséquent, faire mine de maîtriser la situation en accompagnant le mouvement, débonnaire et serein. Sans oublier de feindre la contrition la plus vive dès qu’il s’agit d’évoquer les exactions françaises commises sur le continent africain.

Peut-être enfin (dernière hypothèse), est-il envisageable de croire que notre Nivelant et Mondialisant de la République travaille à l’avènement d’un monde sans frontières dont il aspirerait à être l’un des maîtres. Ce projet n’est, du reste, pas incompatible avec la « créolisation » vivement souhaitée par Jean-Luc Mélenchon et ses partisans.

Pour Éric Zemmour, en tout cas, il convient de stopper d’urgence les flux migratoires qui génèrent insécurité et désordre sur notre sol, engendrant la paupérisation du pays. Assimilons déjà les étrangers présents. C’est à eux, précise-t-il, qu’il incombe de « faire des accommodements raisonnables » avec la France qui les accueille et non l’inverse.

Mathieu Bock-Côté évoque ensuite les propos de Chantal Delsol. La philosophe souligne la fin, en France, de seize siècles de chrétienté. Nous sommes entrés dans une la phase d’agonie qui correspond à l’effondrement du catholicisme. Le sociologue canadien demande alors à Éric Zemmour comment il serait possible d’envisager la conservation des racines de notre civilisation face à un Islam conquérant.

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La religion catholique a bâti une civilisation qui est celle de la France, répond le président de Reconquête. Cette civilisation ne concerne pas seulement la vie spirituelle. Elle a aussi trait à l’identité intellectuelle, artistique, morale, sociale ou matérielle. Il convient donc de la préserver, dans ces dernières dimensions, des attaques d’une religion expansionniste comme de celles des wokes de tout poil et des écologistes fanatiques. Ne nous laissons pas imposer, au nom de la laïcité, des déboulonnages de statues ou autre proscription des crèches dans l’espace public.

Pour Éric Zemmour, le salut se fera par l’école, qu’il estime pour l’instant gangrenée par le wokisme et le diktat écologique. L’école doit redevenir un sanctuaire préservé des assauts de toute idéologie. Alors, seulement, elle pourra instruire et par là même contribuer à la fabrique de Français enracinés dans une civilisation devenue commune et, de fait, unis.

Il fut enfin question de savoir si Éric Zemmour envisageait un possible rassemblement des droites. Il en affirme la nécessité pour que la droite reprenne le pouvoir et puisse redresser le pays. Mais, selon lui, pour l’instant, seul le parti Reconquête semble y aspirer.

Éric Zemmour, compte tenu de la situation de la France, est tout à fait audible. Il serait donc bon que dans notre pays on puisse, en toute liberté, confronter des idées et des projets. Puissent les censeurs qui sévissent au nom de la bien-pensance méditer ce qu’écrivit en 1850 le philosophe John Stuart Mill dans : De la Liberté : « Ce qu’il y a de particulièrement néfaste à imposer silence à l’expression d’une opinion, c’est que cela revient à voler l’humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs. Si l’opinion est juste, on les prive de l’occasion d’échanger l’erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l’erreur ».


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est professeur de Lettres modernes

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