De Marx à Staline, en passant par Lénine ou le Che, le communisme a toujours été l’histoire d’un vieux mensonge manichéen où la manipulation des esprits est omniprésente


La période qui a suivi la Seconde guerre mondiale a vu le triomphe définitif de l’idéologie marxiste. Le Parti Communiste Français (PCF) fut longtemps un des premiers partis de France, avant une gauchisation des esprits qui voulait dépasser un PCF embourgeoisé, et progressivement décrédibilisé par les excès de l’URSS et de ses satellites. Cette gauche qui se voulait vraiment révolutionnaire fit florès en mai 68 mais continua à sévir bien au-delà.

Il y eut les trotskystes (avec différents courants), les maoïstes, des révolutionnaires radicaux comme les situationnistes, ou plus sages comme le PSU, mais aussi des organisations ouvertement terroristes comme Action Directe.

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Mais le plus important effet de cette prééminence marxiste fut une dictature intellectuelle qui imposa la doxa « révolutionnaire » à nombre d’artistes, écrivains, penseurs, journalistes, et même à certains membres du clergé. Il y eut ainsi une revue de Franciscains maoïstes – Frères du monde – c’est dire jusqu’où alla le délire.

Une des origines de cette dictature est certainement à trouver dans la guerre et l’Occupation. Les communistes ont su habilement se faire passer pour le fer de lance de la Résistance, laissant dans l’ombre tous ceux, aussi nombreux, qui avaient résisté tout en étant centristes, de droite ou d’extrême droite, royalistes même.

Le tour de passe-passe fut double : les communistes (donc la gauche) sont assimilés à la Résistance, Pétain le collabo était un homme de droite donc, peu ou prou, et par ce mécanisme d’opposition-association, la droite fut insidieusement associée à la collaboration. Quant à de Gaulle, démissionnaire dès 1946, il fut accueilli par la gauche à son retour en 1958 aux cris de « dictateur ». Un qualificatif ridicule mais qui lui resta attaché dans l’esprit de beaucoup, par une propagande intense qu’alimentaient des gens comme François Mitterrand par exemple avec son essai Le coup d’État permanent.

Les gens de gauche, et les gens qui ne sont rien

Donc pour être un homme de valeur, à la fois intelligent (car le marxisme est considéré comme une science) et dévoué aux autres (car le communisme c’est la quête du bonheur pour tous), il faut avoir « le cœur à gauche ». Et cette présence obsessionnelle du communisme dans les esprits rend aveugle à tout ce qui s’y oppose. Et tout ce qui s’y oppose se transforme en faire-valoir des valeurs de gauche. Tout roman, pièce, film, peinture, toute œuvre qui sort de ce cadre imposé est vite qualifié de réactionnaire.

Si l’on prend l’exemple du maccarthysme aux États-Unis, les excès de la chasse aux sorcières sont incontestables, mais le fait que nombre d’artistes et d’intellectuels américains croyaient réellement au communisme comme projet pour l’humanité, est totalement occulté dans l’histoire. Cet engagement était sans doute généreux et on ne doute pas de la sincérité d’un Chaplin par exemple, mais on sait aujourd’hui que ce fut une erreur, qui consistait à soutenir des régimes tout à fait tyranniques.

Au sein de cette même nébuleuse idéologique, certains préféraient se dire « pacifistes », ou tiers-mondistes, ce qui était une façon d’être de gauche tout en semblant rester « neutre » politiquement. En ce domaine les Soviétiques avaient l’art de manipuler les esprits. Aujourd’hui, depuis l’ouverture des archives moscovites de l’époque, on sait que tous les grands mouvements et les manifestations « pacifistes » étaient provoqués et manipulés directement depuis Moscou. L’URSS, patrie des prolétaires, représentait le bien absolu. Et même ses répressions féroces de toute contestation (avec envoi des chars quand il le fallait) ont été longtemps défendues comme la lutte des travailleurs face aux contre-révolutionnaires manipulés par l’occident. L’idéologie communiste elle-même n’était pas remise en cause pour autant. Il a fallu attendre 1997 et la parution du Livre noir du Communisme pour qu’enfin soit directement déboulonné le communisme lui-même.

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Bien sûr Soljenitsyne criait déjà depuis longtemps la tragédie de ce système, et l’imbécillité des idéologues occidentaux qui le soutenaient, mais le chemin fut long avant que ne cessent les arguties essayant de nier, puis de minimiser, voire de justifier le Goulag.

Le communisme, c’est le bien, le reste, c’est le mal

La manipulation intellectuelle était simple, parce qu’elle proposait une grille de lecture du monde d’un extraordinaire manichéisme.

D’un côté, le capitalisme est l’exploitation de l’homme par l’homme. Le capitalisme mène à l’impérialisme et au colonialisme. La démocratie qui règne dans ces pays est une illusion car le vrai pouvoir est aux mains du capital (« élections, piège à cons »). Toutes les guerres viennent des ambitions capitalistes et de la recherche du profit. Tout ce qui va mal dans le monde s’explique par le jeu des crises économiques. Tout le mouvement de l’histoire, et la puissance provisoire du capitalisme s’explique par la science marxiste (matérialisme historique, matérialisme dialectique).

D’un autre côté, les pays socialistes type URSS ou Chine où se construit le communisme. Le communisme est une société sans classe où chacun a selon ses besoins, et où personne n’exploite personne grâce à la suppression de toute propriété privée des moyens de production, d’échange, de transport. Dans les pays communistes, tous les hommes sont frères, libres et participent à la prospérité de tous.

Bref, le bien contre le mal.

Une idéologie destructrice omniprésente

En Amérique latine les guerilleros (que soutiennent les Soviétiques) sont des héros sanctifiés comme le boucher Guevara. Les régimes autoritaires soutenus par la CIA sont des salauds. Au Moyen-Orient les Palestiniens, inventeurs du terrorisme moderne, soutenus par les Soviétiques, luttent pour une juste cause. Les Israéliens, soutenus par les Américains, sont des salauds.

Au XXe siècle il fallait être de gauche si l’on voulait se sentir membre de l’élite qui pense et qui sait. Au XXIe il semble qu’une partie de la génération montante, soutenue par les gauchistes sur le retour du genre Mélenchon ou Plenel, se replonge dans de nouveaux combats, qui ne sont qu’une resucée affadie de ceux de leurs ainés : antiracisme, féminisme, immigrationnisme, écologisme, sociologisme… Et comme leurs aînés, ils ne voient pas qu’ils sont les idiots utiles d’une déstabilisation systématique des valeurs occidentales pourtant fondées sur la non-discrimination, la liberté, l’égalité des chances, la démocratie représentative. Toutes valeurs que ne supportent pas les régimes autoritaires type Chine ou Russie, ou les théocraties et les mouvements islamistes.

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Quant aux violentes attaques, réelles, mais aussi idéologiques, que subissent les forces de l’ordre, elles sont un des signes patents de ces mouvements déstabilisateurs. Et c’est un des avatars de la décidément indestructible idéologie marxiste-léniniste : pour elle tout état est l’instrument de domination d’une classe par une autre, et le premier instrument de cette domination, c’est la police. Il faut bien comprendre que la gauche marxiste naît avec ce péché originel : pour elle, la police est au service de l’ennemi de classe. Elle est donc par définition dans le camp opposé. Et si aujourd’hui il est encore difficile en France d’oser avouer que l’on soutient les forces de l’ordre, c’est parce que ce vieux terrorisme intellectuel est toujours bien vivant.

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