La polémique sur son licenciement oubliée, il y avait trois excellentes raisons de guetter la sortie de Siné Hebdo en kiosque. La première, c’est que l’arrivée d’un nouveau titre, en ces temps d’agonie de la presse papier, est toujours réconfortante. La seconde relevait de la pure gourmandise : le mercredi étant notre jour de dégustation des publications satiriques – Le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo – on se régalait à l’avance de voir le millefeuille s’épaissir. La troisième raison, c’est qu’on nous annonçait du sport : Siné et son équipe – non pas de « collaborateurs » (le mot était rageusement biffé) mais de « résistants » – nous avaient promis de « chier dans la colle ».

A l’arrivée, ils nous ont simplement collé un truc chiant.

S’estimant « plus jeune que jamais », l’octogénaire Siné n’a hélas pas vu le temps passer et nous livre un hebdo qui retarde de quarante ans : rien de dérangeant, d’étonnant, de stimulant. Siné Hebdo ? De l’humour mordant, mais sans dent, la feuille de nostalgiques qui n’ont pas été informés que Mai 68, c’est loin, déjà fait, et que la fin du monde a déjà eu lieu – plus de bourgeois ni de curés à choquer, camarades ! On se consolera, in petto, en imaginant Jean Anouilh ou Marcel Aymé, Siné Hebdo en mains, croquant férocement cette parodie de lutte contre la pensée conformiste et ces « résistants » qui jouent à la dînette…

Que dire de « l’objet » ? Maquette tristounette. Textes tout juste dignes d’un numéro zéro. Le bâillement vient illico… Et ce ne sont pas les billets tragiquement plats de Guy Bedos, de Michel Onfray ou d’Isabelle Alonso qui pimenteront le tout. Bien sûr, on trouvera matière à quelques brefs hoquets (la chronique de Didier Porte sur les Israéliens tueurs d’enfants, celle de Michel Warschawski appelant les Palestiniens à renoncer au processus de paix pour d’autres « formes » de résistance) – mais ne savait-on pas, d’emblée, quelles tristes passions animaient cette nouvelle rédaction ?

Au final, la déception la plus vive, ce sont encore les caricatures. Fades. Attendues. Et qui pâtissent cruellement de la comparaison avec le Charlie « spécial Benoît XVI » sorti le même jour. Les partisans de Siné avaient pourtant sonné le tocsin : le caricaturiste français était muselé ! La liberté d’expression en péril ! Nom de Dieu ! avec Siné Hebdo, on allait voir ce qu’on allait voir. Bon. On a vu. Loup est égal à lui-même, Tardi a du talent. Quant aux autres… Pas de quoi gaspiller deux euros, vraiment.

Ces deux euros, il faudra néanmoins les dépenser pendant quelques semaines encore. D’abord, parce que le titre peut se bonifier et qu’il faut assurer la diversité de notre presse. Ensuite, parce que la pérennité de Siné Hebdo contribuera peut-être (je dis bien : peut-être…) à affaiblir la croyance paranoïaque d’une main mise sur la presse du lobby… Mettons de la branche française des « néo-cons ». Enfin, il faut soutenir (et donc acheter) Siné Hebdo le temps qu’il trouve son public parce que le besoin est vital d’une clarification idéologique – et qu’une certaine gauche dispose enfin de son organe est, en soi, une excellente nouvelle pour la suite des débats.

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