Il y a des moments où un peuple sent qu’il se trouve face à des choix qui définissent son identité et conditionnent son avenir. Comme lorsque Renan publiait, à l’issue de la victoire prussienne, La Réforme intellectuelle et morale, nous vivons des temps d’incertitude et de remise en cause qui appellent des choix clairs et déterminés.
Mme Taubira a parlé du mariage homosexuel comme d’une « réforme de civilisation » et elle a eu raison. La remise en cause, par un gouvernement soumis à la pression de lobbies ultra-minoritaires, des fondements de la vie en société, a suscité une contestation pacifique, respectueuse de la dignité et de l’orientation sexuelle de chacun – en clair, absolument pas homophobe. Cela fut, j’en suis certain, une des raisons du succès du mouvement. Par son ampleur insoupçonnée, cet élan a surpris tout le monde, y compris ses initiateurs.
Après huit mois d’une intense bataille politique et au terme d’une mobilisation historique qui a vu à trois reprises plus d’un million de Français battre le pavé parisien, il est temps de se livrer à l’exercice « bilan et perspectives ».
La première surprise, c’est l’irruption sur la scène publique d’une France « bien élevée », selon l’expression de Gabrielle Cluzel. Souvent bourgeoise et provinciale, formée de familles parfois nombreuses, elle n’a pas la culture de la rue des professionnels de la contestation. Cette France silencieuse, qui paye des impôts et dont les démêlés avec la police se réduisaient jusqu’alors à des amendes pour stationnement interdit, n’a guère l’habitude de défiler. Et pourtant, elle a sacrifié ses dimanches, bravant la pluie, surmontant la fatigue, pour dire calmement son mécontentement. Pour la réveiller, il aura fallu la pousser à bout.

*Photo : Mon_Tours.