Christian Clavier et Jean Reno (Photo : Nicolas Schul/GAUMONT/OUILLE PRODUCTIONS/TF1 FILMS PRODUCTION/NEXUS FACTORY/OKKO PRODUCTION)

Les Visiteurs 3, la Révolution est un film qui a presque tout raté. Presque tout. Ce qui a raté, tout le monde le sait : ce sont ses mauvais gags à base de pieds qui puent et autres cacas & prouts, tenus à bout de bras par un Jacquouille qui n’est plus que l’ombre de lui-même dans un spectacle navrant.

Car une fois qu’on lui a ôté son épaisse gangue de merdasse fatiguée, il reste au film quelques axes de lecture réellement dignes d’intérêt.

En premier lieu, il faut noter que le film prend racine sur un substrat historique sérieux. Si les personnages du récit sont presque tous caricaturaux (il s’agit d’une comédie), les situations auxquelles ils sont confrontés sont très réelles et historiquement exactes. On y décrit les griefs du peuple contre la noblesse, la paranoïa révolutionnaire, les protagonistes politiques en place, le fonctionnement d’un Paris fortifié dont on franchit les portes, etc.

Ensuite, on nous donne à voir la rencontre des classes et des époques, ce qui donne lieu à des réflexions sur la France franchement les bienvenues, mais qui sont malheureusement fugaces et vite happées par le tourbillon scatologique et les gros plans sur des dents pourries.

Ainsi, la rencontre de la noblesse médiévale et de la noblesse du XVIIIème siècle (Godefroy de Montmirail rencontrant sa descendance) donne lieu à une vraie réflexion sur la mutation de l’esprit chevaleresque en esprit de cour. Le premier réflexe de Godefroy en apprenant la mort de Louis XVI est de filer à Paris pour libérer son fils du Temple et le mettre sur le trône, parce qu’il n’imagine rien d’autre que la loyauté, les armes à la main. Les autres ont depuis longtemps troqué l’armure contre la perruque poudrée, les honneurs au champ de bataille contre les honneurs autour du royal pot de chambre. Bien vu.

Ainsi, la rencontre des idéologues de la Révolution avec ceux qui la mettent en œuvre donne à voir en quoi « le peuple », selon qu’il soit une définition politique (le Peuple, c’est-à-dire la Nation) ou une définition sociologique (le peuple, c’est-à-dire les gens) fait émerger une dissociation complète entre des utopistes intransigeants jusqu’à l’inhumanité (excellent Robespierre dans une scène de dîner) et la masse des pragmatiques qui profitent facilement du chaos pour se servir et régler leurs comptes sans ménagement. Quand le château familial est confisqué au bénéfice du Peuple (la Nation), il s’en faut de peu pour que ce soit le peuple (les gens) qui s’en emparent, par avidité ou par esprit de vengeance. Pertinent.

Bref, au milieu du purin, surnagent encore quelques grumeaux d’intelligence concernant la Terreur, qui sont sans illusion sur les révolutionnaires, mais sans pitié non plus pour une certaine noblesse. Ni progressiste ni réactionnaire, ce film cache l’inavouable envie d’être une sorte de versant comique et familial de L’Anglaise et le duc, mais il échoue finalement sur le légendaire tas de fumier où chante le coq national.

 

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Pierre Joncquez
est architecte.
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