« Le Cardinal », beau film hongrois, sort en DVD, après une diffusion dans les salles malheureusement trop discrète en 2023, estime notre critique. Il revient sur le destin de Iuliu Hossu, reconnu martyre par l’Église catholique, proclamé bienheureux le 2 juin 2019 par le Pape François.

Je profite de la sortie en DVD par Sage Distribution du beau film Hongrois Le Cardinal de Nicolae Mărgineanu, sorti bien trop discrètement dans les cinémas de France en 2023, pour vous en parler.
Un cinéaste face à l’Histoire
Le Cardinal de Nicolae Mărgineanu s’inscrit dans cette tradition rare d’un cinéma de mémoire, exigeant et profondément humain. Avec ce film, Nicolae Mărgineanu, scénariste et cinéaste roumain important né en 1938, réalisateur de 15 films assez méconnu hors de son pays, s’attaque frontalement à l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire roumaine du XXᵉ siècle. Sans emphase ni effets démonstratifs, il choisit la rigueur, la sobriété et la durée, pour faire émerger une œuvre de mémoire consacrée à la persécution religieuse sous le régime communiste stalinien.
La Roumanie sous le joug soviétique
En 1950, la Roumanie est entièrement soumise à l’influence soviétique. Le stalinisme s’y impose avec brutalité : élimination des opposants politiques, destruction des élites intellectuelles et persécution systématique des Églises jugées « ennemies de l’État ». L’Église gréco-catholique, fidèle à Rome, est considérée comme une influence étrangère à éradiquer. La Securitate met alors en place une politique de terreur visant à briser les consciences autant que les corps.
La prison de Sighet : lieu de destruction morale
Le film se déroule dans la prison de Sighet, lieu emblématique de la répression politique. Sept évêques gréco-catholiques y sont emprisonnés. Ils sont sommés de renier leur foi, de rompre avec le Vatican et d’adhérer à l’Église orthodoxe contrôlée par le régime. Ils refuseront tous. Aucun ne cédera. Tous mourront, soit en prison, soit en résidence surveillée dans des monastères orthodoxes, dans l’isolement, la privation et l’oubli organisé.
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Iuliu Hossu, une figure de résistance
Au cœur du récit se détache la figure de Iuliu Hossu, incarnée avec une grande retenue par Radu Botar. Figure majeure du catholicisme roumain, Iuliu Hossu est aussi un homme profondément enraciné dans l’histoire de son pays. Il fut aumônier militaire durant la Première Guerre mondiale, puis nommé évêque. Le 1er décembre 1918, au lendemain de la chute de l’Empire austro-hongrois, il prononce un discours patriotique historique lors de la proclamation de la Grande Union de la Roumanie.
Après la Seconde Guerre mondiale, son destin bascule. En 1950, il est arrêté et emprisonné à Sighet. Dans le film, il devient progressivement un guide moral pour les autres évêques. Sa résistance n’est ni spectaculaire ni héroïque au sens classique : elle repose sur l’opiniâtreté, la foi et un refus absolu de trahir sa conscience.
Un scénario entre rigueur et humanité
Le scénario de Bogdan Toma, complexe, intelligent et parfaitement maîtrisé, mêle avec justesse histoire et fiction. Il évite le piège de la reconstitution illustrative pour s’attacher à la dimension humaine de la persécution. Les dialogues, sobres et tendus, rendent compte de la violence idéologique du régime, mais aussi de la force intérieure de ces hommes confrontés à l’anéantissement programmé.
Une mise en scène austère et maîtrisée
Nicolae Mărgineanu signe une mise en scène rigoureuse, austère, presque ascétique. Le travail sur la photographie, le montage et l’espace carcéral accentue l’enfermement physique et mental. Sans jamais sombrer dans le pathos, le film décrit la mécanique implacable de la terreur communiste, tout en laissant émerger, en creux, une forme de résistance spirituelle.
Mémoire, reconnaissance et béatification
Iuliu Hossu sera nommé cardinal en 1969 par le pape Paul VI, reconnaissance tardive d’un homme brisé mais jamais vaincu. Le 2 juin, le pape François a béatifié à Blaj, lors d’une messe géante au terme de sa visite en Roumanie, les sept évêques gréco-catholiques emprisonnés et torturés par le régime communiste, reconnus comme « martyrs de la foi » : Vasile Aftenie, Valeriu Traian Frentiu, Ioan Suciu, Tit Liviu Chinezu, Ioan Balan, Alexandru Rusu et le cardinal Iuliu Hossu.
Le Cardinal est un bel ouvrage, un film grave et humaniste qui rappelle que face au totalitarisme, la dignité humaine peut encore se tenir debout. Un cinéma de mémoire, sans emphase, qui donne un visage et une voix à ceux que l’Histoire avait voulu effacer.
1h40
DVD par Sage Distribution




