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Don Juan au Touquet

Splendeurs et misères des séducteurs

Don Juan au Touquet
Le Touquet Photo: Unsplash

Bleu, saignant ou à point ? de James Holin est plus qu’un bon polar d’été. C’est un livre qui brosse avec talent le portrait des dragueurs obsessionnels du XXIè siècle, ces Don Juan modernes… que seule leur propre personne intéresse.


Une fois réprimé le réflexe de recul face à la couverture d’une laideur criminelle – et sans aucun rapport avec le contenu –, le lecteur curieux est vite récompensé. Au-delà d’un polar bien ficelé à lire sur la plage, Bleu, saignant ou à point ? En mode séduction au Touquet, de James Holin, est une micro-étude du comportement séducteur, fort utile en cette période de l’année où l’« amour » rime moins encore que d’habitude avec « toujours ».

James Holin. © James Holin
James Holin.
© James Holin

D’ailleurs l’« amour » n’a proprement pas de place dans l’histoire de James Holin, ou plutôt de son personnage : Dragoljub, dit Drago, un jeunot d’origine bosniaque exilé en France où il s’entraîne avec  rigueur pour participer au « World Seduce Tour ».

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Le jeu, réunissant au Touquet les meilleurs lovelaces du monde sous l’égide de Sky TV, et bien qu’il soit romanesque et loufoque à souhait, s’inspire pourtant de l’autobiographie de Neil Strauss. Il y a une décennie, cet ancien journaliste de Rolling Stone reconverti en coach en séduction a fait date en publiant The Game : les secrets d’un virtuose de la drague, bourré de conseils et d’exercices pratiques. Avide de succès, Drago suit ses instructions à la lettre et, faille narcissique aidante, s’engouffre dans le pitoyable rituel de la pêche aux 06. Incapable de s’assumer dans le désir pour une femme, même dans la rencontre avec Michèle, une avocate quinquagénaire, l’apprenti Don Juan confond sa névrose avec la voie vers l’accomplissement. La grande réussite de Holin est de rendre son héros totalement inconscient de sa propre misère affective, de sa versatilité, de sa condamnation à répéter à l’infini, tel un Sisyphe de la jouissance, la même phrase-accroche, « j’aime votre style », en assujettissant son estime de soi à la réponse d’une femme visée au hasard. Dans l’impasse de son désir aussi impuissant que constant, Drago renonce, sans le savoir, à la merveilleuse et risquée passion de l’autre, pour se vouer à la seule passion d’un séducteur obsessionnel : lui-même. Il faut pourtant lui reconnaître le courage d’aborder les femmes dans la rue, art désormais révolu et sans doute bientôt pénalisé.

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Été 2020 – Causeur #81

Article extrait du Magazine Causeur


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Paulina Dalmayer est journaliste et travaille dans l'édition.

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