Comme toujours, La France répugne à dénoncer la persécution des catholiques dans le monde. Alors que les grandes démocraties la condamnent explicitement et immédiatement, tels les Etats-Unis, ces dernières heures, suite aux attentats de Bagdad, nos diplomates finassent, nuancent et tergiversent. Les précautions oratoires du Quai d’Orsay ne font plus guère illusion : la suspicion semble jetée d’emblée sur les chrétiens persécutés. Tout se passe en effet comme s’ils en rajoutaient, comme si les martyrs catholiques en faisaient toujours un peu trop. De toutes les façons, la persécution religieuse, cela n’existe pas pour la France, cela n’a jamais existé puisque la religion elle-même n’existe pas publiquement. Puisque la religion n’existe pas.

De même que la « Guerre des Balkans » n’était, d’après le ministère des Affaires étrangères d’alors, qu’une guerre interethnique – comprenez tribale -, à laquelle les catholiques croates ont bien pris leur part, de même les catholiques d’Irak sont pris aujourd’hui, nous disent les hérauts du pays des droits de l’homme, dans une espèce de tourbe. Une tourbe dans laquelle il n’y a ni victimes ni bourreaux, ni coupables ni martyrs, mais une foule de barbares demeurés qui s’entretuent et attendent tous désespérément leur salut de la Démocratie, c’est-à-dire de nos leçons de morale. C’est du moins ce qui ressort de la déclaration récente du MAE. Explication de texte.

« Nous condamnons avec la plus grande fermeté toutes les violences en Irak. » Notez que la France condamne des « violences ». Aucunement les persécutions religieuses… Vous n’y pensez pas. Un nettoyage ethnique ? Vous voulez rire. « Les attentats qui ont lieu aujourd’hui à Bagdad et qui auraient fait au moins 6 victimes parmi des membres de la communauté chrétienne comme ceux qui ont eu lieu le 8 novembre à Najaf et Kerbala et qui ont causé la mort de plus de trente personnes, dont dix pèlerins iraniens, sont des actes barbares et lâches qui endeuillent à nouveau l’Irak.»

Les attentas auraient fait six morts…. On n’est pas vraiment certain qu’il y ait eu des morts du côté catholique en Irak, en fait. Ou plutôt « parmi les membres de la communauté chrétienne ». J’oubliais : il n’y a pas de « chrétiens » pour la France mais « les membres d’une communauté », qui se trouve être la communauté chrétienne, en l’occurrence. Laïcité oblige : la religion appartient à la sphère du privé. Il n’y a que des citoyens en France et pour la France. En revanche ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu des morts, de vrais morts, de vrais beaux morts du côté non-chrétien et bien davantage : trente. Trente réels contre « 6 » hypothétiques. Jugez par vous-mêmes.

« Dans ce contexte tragique, nous exprimons toutes nos condoléances aux familles et aux proches des victimes si durement frappés, ainsi qu’aux autorités irakiennes. » « Si durement frappés ». Par qui ? Par quoi ? Le sort ? La destinée ? En réalité, la France est immensément polie. Elle exprime ses condoléances les plus sincères aux parents des victimes du nettoyage ethnique mais aussi et surtout aux autorités irakiennes. On aurait tendance à l’oublier. Ce qu’on ne sait pas, c’est que les plus à plaindre dans cette histoire, ce ne sont pas les catholiques (d’ailleurs on n’est même pas sûr qu’ils soient morts), ce sont les pauvres autorités irakiennes. Les pauvres autorités irakiennes démunies devant tant de méchanceté, de haine et de religion.

« La France est solidaire de l’Irak et reste plus que jamais engagée à ses côtés dans la lutte contre le terrorisme. » Comment ? Comment la France reste-t-elle engagée dans la lutte contre le terrorisme ? Par la pensée, par l’esprit bien sûr et par le cœur bien évidemment. Il faut reconnaître que la France a accueilli dans ses hôpitaux les « membres de la communauté chrétienne » blessés dans les attentats. Ils sont autorisés à cicatriser chez nous. Forme suprême de la grandeur d’âme postmoderne.

« Bernard Kouchner a proposé que le Conseil de sécurité se réunisse. Ces consultations se tiendront aujourd’hui même à New York. L’objet de cette réunion est que le Conseil condamne les attaques contre tous les Irakiens, notamment celles visant des lieux de cultes qu’ils soient musulmans ou chrétiens. » L’important dans cette phrase, c’est l’adjectif « tous ». Il faut que le Conseil condamne les attaques contre tous les Irakiens, annonce le Ministre français. Pas seulement contre les chrétiens. Qu’on se le dise : la France ne prend pas le parti exclusif des chrétiens. D’ailleurs, il n’y a pas que les croyants qui soient persécutés. Les lieux de culte ne sont pas les seuls lieux visés. Il est nécessaire de le préciser, semble-t-il. Ne nous laissons pas aller au sentimentalisme. Un prêtre assassiné en pleine messe, c’est très triste. Mais il n’y a pas que les catholiques dans la vie.

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Thomas Gueydier
est directeur du Centre d’Etudes Théologiques de Caen.