Avant-hier, la forte hausse du CAC 40 confirmait mon analyse de « la crise économique (qui) suspend son vol ». Mais voici qu’entre temps, les choses se sont considérablement compliquées à Athènes, dont le parlement juge « la dette hors de contrôle ».

Ajoutons à ce triste constat que les négociations pour appliquer le plan de « soutien » à la Grèce n’en finissent plus. Ainsi, sa ratification par les parlements nationaux est actuellement bloquée par les atermoiements de la Finlande. Depuis le 21 juillet, Helsinki – qui doit contribuer à hauteur de 2% des montants – refuse en effet d’accorder sa garantie sans obtenir de contrepartie de la Grèce . Athènes pourrait par exemple céder une de ses entreprises publiques à Helsinki si elle ne parvenait pas à rembourser ses dettes.

Si la Finlande obtenait gain de cause, cela ouvrirait une boîte de Pandore. L’Autriche, les Pays Bas, la Slovaquie ont d’ores et déjà formulé des exigences similaires, ce qui a fait hurler Jean-Claude Trichet ainsi que l’Allemagne et la France.
Bien évidemment, la Grèce ne peut fournir aucune garantie équivalente au montant du plan d’aide. Bref, contre toute attente, les difficultés qui s’amoncellent risquent de faire capoter la négociation du plan d’aide.

A Athènes, le ministre des finances a beau s’efforcer de répondre aux desiderata de la troïka bureaucratique (FMI, BCE et Commission européenne), la situation se tend. Le parlement grec ne se contente pas de tirer la sonnette d’alarme. Il affirme carrément que les différents plans d’austérité « ne peuvent pas restaurer l’état des finances », n’hésitant pas à contredire la politique suivie par le gouvernement grec depuis un an et demi !
Ses résultats sont totalement désastreux : après une chute du PIB de plus de 4% l’an dernier, la récession devrait s’aggraver en 2011, le second trimestre ayant même enregistré une dépression de 6.9% . Dire que la troïka avait prévu une légère croissance pour 2012 ! Même pioche pour le déficit budgétaire, qui dépasse lui aussi les prévisions les plus pessimistes : loin de la baisse de 7.6% attendue cette année, il s’aggrave en 2011.

Sans jouer les Cassandre, on peut dire que cette issue était prévisible. L’austérité sauvage imposée à Athènes pour renflouer ses créanciers plombe tellement la croissance grecque que l’augmentation des recettes permise par la réduction des dépenses et la hausse des impôts reste sans effets. S’ils restent englués dans le cadre actuel, les Grecs s’enfonceront dans une impasse et un troisième plan sera bientôt lancé, sans plus de succès que les précédents.

A terme, toute la question est de savoir si l’Union Européenne autorisera Athènes à restructurer sa dette ou si les dirigeants grecs, lassés de saigner leur pays, ne seront pas tentés d’imiter le précédent argentin. La Grèce se rapproche en effet de la situation de l’Argentine de 1999, lorsque Buenos Aires organisait une déflation pour retrouver sa compétitivité perdue face au Brésil et aux dragons asiatiques. Entre 1998 et 2001, le PIB argentin baissa de 10%, avant que la grave crise de 2002 aboutisse à une dévaluation et à un défaut de paiement. Cette période de gros temps avait finalement abouti au redressement de l’économie argentine.

Comme pour l’Argentine au tournant du siècle, la Grèce s’oriente probablement vers un défaut partiel sur sa dette devenue irremboursable, Une sortie de l’euro et une dévaluation de la nouvelle drachme paraissent non moins inévitables. La seule inconnue est de savoir quand tout cela arrivera. Pour rendre l’ajustement monétaire et économique moins brutal, le plus tôt serait le mieux.

Si la Grèce était sortie de l’euro cette année, elle devrait restructurer une dette équivalente à 160% de son PIB. Si rien n’est fait pour enrayer les processus en cours, ce chiffre déjà astronomique atteindra des sommets dans les mois et les années à venir.

A moins de vouloir se retrouver le couteau sous la gorge, les Grecs gagneraient à méditer l’exemple argentin…

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