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Gorby is not dead

Il a fait un discours pour les 100 ans de l’URSS…

Gorby is not dead
Mikhail Gorbachev © image BROKER .com/SIPA

Une uchronie de l’écrivain Jérôme Leroy


On a eu chaud. Si le nouveau Secrétaire Général du PCUS n’avait pas avancé au mois de juin les festivités pour le centenaire de la création de l’URSS en décembre 2022, on n’aurait pas pu assister au beau discours de Mikhaïl Sergueïevitch. Bien sûr, il est apparu un peu fatigué, comme Elisabeth II à son jubilé. Amusant, tout de même de se dire que les deux personnalités mondialement les plus aimées, sont des nonagénaires dont l’une est une reine et l’autre un communiste.

Il était bien, malgré tout, ce discours de Gorbatchev prononcé devant tous les chefs d’Etat sauf le président putschiste Trump qui avait été déclaré persona non grata. Ca, l’URSS de 2022 ne plaisante pas avec les droits de l’homme et les dernières mesures sur l’avortement et le retour de la ségrégation en Alabama, ce n’est pas passé auprès du gouvernement et de ce ministre des Affaires étrangères, comment s’appelle-t-il, déjà, ah oui, Vladimir Poutine.

On dit que le discours de Gorby a battu tous les records d’audience sur tout le territoire de l’Union Soviétique, alors que pourtant la 2ème chaine passait la dernière comédie avec ce Clavier ukrainien, Zelenski, « Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir ? ». Gorby a rappelé comment il avait déjoué in extremis la manipulation de Boris Eltsine à l’été 91 avec ce coup d’Etat foireux de vieux brejnéviens téléguidés par la CIA. Et comment dans la foulée, il avait fait arrêter Eltsine avant que la justice ne décide d’une désintoxication alcoolique en Sibérie.

Et puis, ensuite, les années de la prospérité retrouvée, la revivification de l’idéal communiste, le dépérissement des structures étatiques intermédiaires, l’autogestion et la politique tiers-mondiste menée avec Cuba et le Venezuela de Chavez qui était invité d’honneur et dont on n’aurait jamais dit qu’il avait eu ce sale cancer en 2004, guéri par les nouvelles thérapies géniques mises au point à l’hôpital de Leningrad.

Gorby a déploré les tensions avec Bruxelles et a demandé à la présidente von der Leyen de ne pas s’aigrir si l’ensemble des pays de l’Est avait refusé d’intégrer, malgré de multiples referendums, l’Union Européenne. Après tout, douze pays s’imposant un libre échange délirant et une austérité pluri-décennale avec des écarts de revenus déments, ça ne fait pas envie.

Mais ça, Mikhaïl Sergueïvitch ne l’a pas dit. Il était, de par ses fonctions d’ancien président et Secrétaire Général, tenu à une certaine prudence.

Maintenant qu’il est mort, une bonne partie de l’humanité se sent orpheline et elle ne peut s’empêcher de frissonner à l’idée de ce qu’aurait été un monde sans un Gorbatchev qui a abandonné le pouvoir de lui-même en 2010, malgré une nouvelle victoire électorale. Que serait-on sans ce pôle de stabilité et de prospérité démocratique et communiste qu’est l’URSS? Probablement un monde universellement capitaliste où des multinationales prédatrices pilleraient les pays du Sud sans le moindre souci écologique, un monde où les dictatures fondamentalistes comme les Etats-Unis, l’Iran ou l’Arabie saoudite seraient encore plus nombreuses !

Pour se féliciter lors des années 2000 de l’intégration à l’URSS de la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque, la Nouvelle Yougoslavie, Gorbatchev avait rappelé que dans les initiales mêmes de l’URSS, il n’était fait mention d’aucune référence géographique, que tout pays pouvait décider d’y entrer pour vivre selon les principes du communisme soviétique « où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».

Alors qu’en France un referendum va se jouer à l’automne autour de cette adhésion, les observateurs pensent que le « oui » va être boosté par la mort de Mikhaïl Sergueïevitch. Il n’y avait pas besoin de ça, à mon avis, pour envier le niveau de vie des Russes, des Roumains ou des Ouzbeks avec la semaine de travail à 24h et la retraite à 52 et les vacances sur la Lune. En attendant Mars, où la première colonie s’est installée, dans une parfaite collaboration entre les industries spatiales de l’URSS et de la Fédération Israélo-palestinienne.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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